L’OISEAU-MOUCHE A LONGUE QUEUE NOIRE
VINGT-QUATRIÈME ESPÈCE
Cet oiseau-mouche a la queue plus longue qu’aucun des autres; les deux grandes plumes en sont quatre fois aussi longues que le corps, qui à peine a deux pouces ; ce sont encore les deux plus extérieures : elles ne sont barbées que d’un duvet effilé et flottant, elles sont noires comme le sommet de la tête ; le dos est vert-brun doré, le devant du corps vert, l’aile brun pourpré. La figure d’Albin est très-mauvaise, et il a grand tort de donner cette espèce comme la plus petite du genre : quoi qu’il en soit, il dit avoir trouvé cet oiseau-mouche à la Jamaïque, dans son nid fait de coton.
Nous trouvons dans Y Essai sur l'Histoire naturelle de la Guiane^ l’indication d’un petit oiseau-mouche à huppe bleue (page 169) ; il ne nous est pas connu, et la notice qu’en donne l’auteur, ainsi que de deux ou trois autres, ne peut suffire pour déterminer leurs espèces, mais peut servir à nous convaincre que le genre de ces jolis oiseaux, tout riche et tout nombreux que nous venions de le représenter, l’est encore plus dans la nature.
LE COLIBRI
La nature, en prodiguant tant de beautés à l’oiseau-mouche, n’a pas oublié le colibri, son voisin et son proche parent ; elle l’a produit dans le même climat et formé sur le même modèle : aussi brillant, aussi léger que l’oiseau-mouche, et vivant comme lui sur les fleurs, le colibri est paré de même de tout ce que les plus riches couleurs ont d’éclatant, de moelleux, de suave,
a. The long tail’d black-cap humming bird. Edwards, Hist., pag. et pl. 32. — « Polythmus « major nigrans, aureo varié splendens, pinnisbinis uropygii longissimis. » Browae, Nat. hist. of Jamaïca, p. 475. — Falcinellus caudâ septem unciarum. Klein, Avi., p. 108, nol7, — Bourdonneur de Mango à longue queue. Albin , t. III , p. 20 , avec une mauvaise figure , pl. 49 , a. — « Mellisuga supernè viridi-flavicans , infernè viridi-aurea cæruleo colore varians ; a capite superiore nigro-cæruleo ; marginibus alarum candidis; rectricibus nigricantibus caudâ « bifurcâ, » Mellisuga Jamaïcensis atricapilla caudâ bifurcâ. Brisson, Ornithol., t. III, page 729.
b. An Essay on Hist. nat. of Guyana.
c. En brésilien, guainumbi, comme l’oiseau-moucbe, avec lequel le colibri est confondu dans la plupart des auteurs, sous des dénominations communes : à la Guiane, en langue garipane, toukouki ; ronckjes, chez certains Indiens, suivant Seba ( nom que nous ne trouvons nulle part); en latin de nomenclature, polythmus, falcinellus, trochilus et mellisuga.
* U M. Vieillot considère cet oiseau comme ne différant pas spécifiquement du vrai colibri à « tête noire. » (Desmarcts.) — Voyez, plus loin, la nomenclature de ce dernier oiseau.
** Ces généralités se rapportent aux vrais colibris, lesquels diffèrent des oiseaux mouches proprement dits, par un bec plus ou moins arqué. — Voyez la nomenclature de la p. 146.
LE COLIBRI
et ce que nous avons dit de la beauté de l’oiseau-mouche, de sa vivacité, de son vol bourdonnant et rapide, de sa constance à visiter les fleurs, de sa manière de nicher et de vivre, doit s’appliquer également au colibri : un même instinct anime ces deux charmants oiseaux, et comme ils se ressemblent presque en tout, souvent on les a confondus sous un même nom ; celui de colibri est pris de la langue des Caraïbes. Marcgrave ne distingue pas les colibris des oiseaux-mouches, et les appelle tous indifféremment du nom brésilien cependant ils diffèrent les uns des autres par un carac-
tère évident et constant; cette différence est dans le bec: celui des colibris, égal et effdé, légèrement renflé par le bout, n’est pas droit comme dans l’oiseau-mouche, mais courbé dans toute sa longueur; il est aussi plus long à proportion. De plus, la taille svelte et légère des colibris paraît plus allongée que celle des oiseaux-mouches; ils sont aussi généralement plus gros; cependant il y a de petits colibris moindres que les grands oiseaux-mouches. C’est au-dessous de la famille des grimpereaux que doit être placée celle des colibris, quoiqu’ils diffèrent des grimpereaux par la forme et la longueur du bec, par le nombre des plumes de la queue, qui est de douze dans les grimpereaux et de dix dans les colibris, et enfin par la structure de la langue, simple dans les grimpereaux, et divisée en deux tuyaux demicylindriques dans le colibri comme dans l’oiseau-mouche ^
Tous les naturalistes attribuent avec raison aux colibris et aux oiseauxmouches la même manière de vivre, et l’on a également contredit leur opinion sur ces deux points mais les mêmes raisons que nous avons déjà déduites nous y font tenir, et la ressemblance de ces deux oiseaux en tout le reste garantit le témoignage des auteurs qui leur attribuent le même genre de vie*.
Il n’est pas plus facile d’élever les petits du colibri que ceux de l’oiseaumouche : aussi délicats, ils périssent de même en captivité; on a vu le père et la mère, par audace de tendresse, venir jusque dans les mains du ravisseur porter de la nourriture à leurs petits. Labat nous en fournit un exemple assez intéressant pour être rapporté. « Je montrai, dit-il, au P. Montdidier « un nid de colibris qui était sur un appentis auprès de la maison; il l’em- « porta avec les petits lorsqu’ils eurent quinze ou vingt jours, et le mit
a. Quelques nomenclateurs ( confusion qui leur est moins pardonnable ) parlent aussi indistinctement de l’oiseau-mouche et du colibri, M. Salerne, par exemple : « le colibri ou colubri, « dit-il, qui s’appelle autrement V oiseau-mouche. » OrnithoL, p. 249.
b. Voyez Supplément à l'Encyclopédie, tome II, au mot colibri.
c. Journal de Physique , janvier 1778.
1. «Ces petits oiseaux (les oiseaux-mouches) ont un bec long et grêle, renfermant une « langue qui s’allonge presque comme celle des pics , et par un mécanisme analogue, et qui se « divise presque jusqu’à sa base en deux filets, que l’oiseau emploie, dit-on, à sucer le nectar « des fleurs. Cependant les colibris vivent aussi de petits insectes, et nous en avons trouvé leur « estomac rempli. » (Cuvier.)
LE COLIBRI
« dâris un6 C3g6 a la fonetiG de sa chambre, ou le père et la mère ne maii- « quèrent pas de venir donner à manger à leurs enfants, et s’apprivoisèrent « tellement qu’ils ne sortaient presque plus de la chambre, où, sans cage et « sans contrainte, ils venaient manger et dormir avec leurs petits. Je les ai «vus souvent tous quatre sur le doigt du P. Monldidier, chantant comme « s’ils eussent été sur une branche d’arbre. Il les nourrissait avec une pâtée « très-fine et presque claire, faite avec du biscuit, du vin d’Espagne et du « sucre ; ils passaient leur langue sur cotte pâte, et quand ils étaient rassa- « sies, ils voltigeaient et chantaient... Je n’ai rien vu de plus aimable que « ces quatre petits oiseaux, qui voltigeaient de tous côtés dedans et dehors « de la maison, et qui revenaient dès qu’ils entendaient la voix de leur père « nourricier®. »
Maregrave, qui ne séparé pas les colibris des oiseaux-mouches, ne donne à tous qu’un même petit cri, et nul des voyageurs n’attribue de chant à ces oiseaux. Les seuls Thevet et Léry assurent de leur gonaniboiick qu’il chante de manière à le disputer au rossignol*; car ce n’est que d’après eux que CoréaH et quelques autres ont répété la même chose'*. Mais il y a toute apparence que c’est une méprise : legonarabouch ou petit oiseau de Léry à plumage blanchâtre et luisant et a voix claire et nette est le sucTicr ou quelque autre, et non le colibri; car la voix de ce dernier oiseau, dit Labat, n’est qu’une espèce de petit bourdonnement agréable ^
Il ne parait pas que les colibris s avancent aussi loin dans l’Amérique .septentrionale que les oiseaux-mouches : du moins Catesby n’a vu à la Caroline qu’une seule espèce de ces derniers oiseaux, et Chaiievoix, qui prétend avoir trouvé un oiseau-mouche au Canada, déclare qu’il n’y a point vu de colibris C Cependant, ce n est pas le froid de cette contrée qui les empêche d’y fréquenter en été; car ils se portent assez haut dans les Andes pour y trouver une température déjà froide. M. de la Condamine n’a vu nulle part
O. « Il les conserva de cette manière pendant cinq ou six mois, et nous espérions de voir bientôt de lem- race, quand le père Montdidier ayant oublié un soir d’attacher la cage où ils se retiraient à une corde qui pendait du plancher, pour les garantir des rats, il eut le chagrin de ne les plus trouver le matin : ils avaient été dévorés. » Lahat, Nouveau voyage aux ües de l’Amérique; Paris, 1722, t. IV, p. 14.
b. « Mais par une singulière merveille et chef-d’œuvre de petitesse, il ne faut pas omettre un oiseau que les sauvages nomment gonambouch, de plumage blanchâtre et luisant, lequel, combien qu’il n’ait pas le corps plus gros qu’un frelon ou qu’un cerf-volant, triomphe néanmoins de chanter, tellement que ce très-petit oiselet ne bougeant guère de dessus ce gros mil, que nos Américains appellent avati, ou sur les autres grandes herbes, ayant le bec et le gosier toujours ouverts : si on ne l’oyoit et voyoit par expérience, on ne diroit jamais que d’un si petit corps il pust sortir un chant si franc et si haut, voire si clair et si net, qu’il ne doit rien au lossignol. » Voyage au Brésil, par Jean de Léry; Paris, 1578, page 175. La même chose se trouve dans Thevet , Singularités de la France antarctique; Paris, 1558 , p. 94. c Voyage aux Indes occidentales; Paris, 1722, t. I , p. 180.
d. Hist. nat. et mor. des Antilles de l’Amérique; Rotterdam, 1658 , p. 164.
e. Nouveau voyage aux ües de l’Amérique , par Labat , t. IV, p. 14.
f. Hist. de Saint-Domingue; Paris, 1730 , t. 1 , p. 32.
LE COLIBRI
des colibris en plus grand nombre que dans les jardins de Quito, dont le climat n’est pas bien chaud C’est donc à vingt ou vingt-un degrés de température qu’ils se plaisent; c’est là que, dans une suite non interrompue de jouissances et de délices, ils volent de la fleur épanouie à la fleur naissante, et que l’année, composée d’un cercle entier de beaux jours, ne fait pour eux qu’une seule saison constante d’amour et de fécondité.