‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 181 sur 495 · LE JACO OU PERROQUET CENDRÉ · texte numérisé non relu

LE JACO OU PERROQUET CENDRÉ

PREMIÈRE espèce.

C’est l’espèce que l’on apporte le plus communément en Europe aujourd’hui, et qui s’y fait le plus aimer tant par la douceur de ses mœurs que par son talent et sa docilité, en quoi il égale au moins le perroquet vert, sans avoir ses cris désagréables. Le mot de jaco, qu’il paraît se plaire à prononcer, est le nom qu’ordinairement on lui donnej tout son corps est d’un beau gris de perle et d’ardoise, plus foncé sur le manteau, plus clair au-dessus du corps et blanchissant au ventre; une queue d’un rouge de vermillon termine et relève ce plumage lustré, moiré, et comme poudré d’une blancheur qui le rend toujours frais; l’œil est placé dans une peau blanche, nue et farineuse, qui couvre la joue; le bec est noir, les pieds sont gris, l’iris de l’œil est couleur d’or ; la longueur totale de l’oiseau est d’un pied.

La plupart de ces perroquets nous sont apportés de la Guinée ils viennent de l’intérieur des terres de cette partie de l’Afrique on les trouve

a. Voyez les planches enluminées, n® 311.

h. Psittacus cinereus , seu sub-cœruleus. Aldrovande, Avi., t. I, p. 675. — Willughby, GrnithoL, p. 76. — Ray, Synops. avi., p. 31, n®7. — Psittacus cinereus cauclâ ruirâ. — Frischjtah. 51. — Klein, Avi., p. 25, n» 13. — Psittacus cinereus. Jonston, Avi., p. 23. — Barrère, Ornithol., class. 3, gen. 11, sp. 2. — Gharleton, Exercit.,p.lh , n® 8. — Idem,

Onomast., p. 67, n® 8. — « Psittacus brachyurus canus, temporibus albis caudà coccineâ »

Psittacus erylhacus. Linnæus, Syst. nat., édit. X, gen. 44 , sp. 20. — Grand papegaut. Selon, Nat. des oiseaux, p. 297, avec une mauvaise figure; la même. Portrait d’oiseaux, p. 73, a, sous les noms de papegay grand, perroquet grand. — Perroquet couleur de fresne. Albin, 1. 1 , pi. 12. — « Psittacus major brevicaudus, cinereus, oris pennarum in capite, collo et corpore « inferiore cinereo-albis; uropygio et imo ventre cinereo-albis, oris pennarum cinereis; oculo- « mm ambitu nudo candido; rectricibus coccineis... » Psittacus Guineensis cinereus. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 310.

c. Willughby.

d. « On en trouve dans toute cette côte ( de Guinée ) , mais en petit nombre, et il faut même qu'ils y viennent la plupart du fond du pays. On estime plus ceux de Bénin, de Calbari, de Cabolopez , et c’est pour cela qu’on en apporte ici de ces endroits-là ; mais on ne prend pas garde qu’ils sont beaucoup plus vieux que ceux que l’on peut avoir ici, et que par conséquent ils ne sont pas si dociles et n’apprennent pas si bien. Tous les perroquets sont ici sur la côte, de même que vers l’angle de la Guinée, et dans les lieux susdits, de couleur bleue... Ces animaux sont si communs en Hollande, qu’on les y estime moins qu’ici, et qu’ils n’y sont pas si chers, » Voyage en Guinée , par Bosman ; Utrecht , 1705. — Albin se trompe quand il dit que cette espèce vient des Indes orientales; elle parait renfermée dans l’Afrique, et à plus forte raison ne sc trouve pas en Amérique, quoique M. Brisson la place à la Jamaïque, apparemment sur une indication de Browne et de Sloane; mais sans les avoir consultés, puisque Sloane {Janiaïca, t. II, p. 297) dit expressément que les perroquets que l’on voit en grande quantité à la Jamaïque y sont tous apportés de Guinée : cette espèce ne se trouve naturellement dans aucune des cen-

* Psittacus erylhacus (Linn.). — Le perroquet gris on jaco. — Gome Perroquets , scusgenre Perroquets proprement dits (Cuv.).

aussi à Congo “ et sur la côte d’Angole ^ : on leur apprend fort aisément à parler', et ils semblent imiter de préférence la yoix des enfants et recevoir d’eux plus facilement leur éducation à cet égard. Au reste, les anciens ont remarqué que tous les oiseaux susceptibles de l’imitation des sons de la voix humaine écoutent plus volontiers et rendent plus aisément la parole des enfants, comme moins fortement articulée et plus analogue, par ses sons clairs, à la portée de leur organe vocal : néanmoins, ce perroquet imite aussi le ton grave d’une voix adulte ; mais cette imitation semble pénible, et les paroles qu’il prononce de cette voix sont moins distinctes. Un de ces perroquets de Guinée, endoctriné en route par un vieux matelot, avait pris sa voix rauque et sa toux, mais si parfaitement qu’on pouvait s’y méprendre; quoiqu’il eût été donné ensuite à une jeune personne, et qu’il n’eût plus entendu que sa voix, il n’oublia pas les leçons de son premier maître, et rien n’était si plaisant que de l’entendre passer d’une voix douce et gracieuse à son vieux enrouement et à son ton de marin.

Non-seulement cet oiseau a la facilité d’imiter la voix de l’homme : il semble encore en avoir le désir; il le manifeste par son attention à écouter, par l’effort qu’il fait pour répéter; et cet effort se réitère à chaque instant, car il gazouille sans cesse quelques-unes des syllabes qu’il vient d’entendre, et il cherehe à prendre le dessus de toutes les voix qui frappent son oreille, en faisant éclater la sienne ; souvent on est étonné de lui entendre répéter des mots ou des sons que l’on n’avait pas pris la peine de lui apprendre, et qu’on ne le soupçonnait pas même d’avoir écoutés'; il semble se faire des tâches et cherche à retenir sa leçon chaque jourf ; il en est occupé jusque

trées du Nouveau-Monde. — « Dans la multitude des perroquets qui se trouvent au Para, on ne connaît point l’espèce grise qui est si commune en Guinée. » Voyage de la Condamine, p. 173. — « Dans la France antarctique... il ne s’en trouve point de gris, comme en la Guinée et en la liaute Afrique. » Thevet, Singularités de la France antarctique; Paris, 1558 , p. 92.

а. Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes; Amsterdam, 1702, t. IV, p. 321.

б. Hist. générale des Voyages, t. V, p. 76.

c. « Ils peuplent aussi les iles de France et de Bourbon , où on les a transportés. » Lettres édifiantes, recueil xviii, p. 11. — « On vécut dans cette île (Maurice ou de France) de tortues, de tourterelles et de perroquets gris, et d’autre cirasse qu’on allait prendre avec la main dans les bois. Outre l’utilité qu’on en retirait, on y trouvait encore beaucoup de divertissement; quelquefois, quand on avait pris un perroquet gris, on le faisait crier, et aussitôt on en voyait autour de soi voltiger des centaines, qu’on tuait à coups de bâtons. » Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes; Amsterdam, 1702 , t. III , p. 195.

d. Albert, lib. xxin.

e. Témoin ce perroquet de Henri YIII , dont Aldrovande fait l’bistoire , qui, tombé dans la Tamise, appela les bateliers à son secours, comme il avait entendu les passagers les appeler du rivage.

f. Cardan va jusqu à lui attribuer la méditation et l’étude intérieure de ce qu’on vient de lui enseigner, et cela, dit- il, par émulation et par amour de la gloire : « Meditatur ob studium « gloriæ. » 11 faut que l’amour du merveilleux soit bien puissant sur le philosophe pour lui faire avancer de pareilles absurdités.

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dans le sommeil , et Marcgrave dit qu’il jase encore en rêvant®. C est surtout dans ses premières années qu il montre cette facilite, qu il a plus de mémoire, et qu’on le trouve plus intelligent et plus docile; quelquefois cette faculté de mémoire, cultivée de bonne heure, devient etonnante, comme dans ce perroquet dont parle Rbodiginus qu un cardinal acheta cent ecus d’or parce qu’il vécxtait correctement le Symbole des Apohes’^ , mais, plus âgé, il devient rebelle et n’apprend que difficilement. Au reste, Olina conseille de choisir l’heure du soir, après le repas des perroquets, pour leur donner leçon, parce qu’étant alors plus satisfaits ils deviennent plus dociles et plus attentifs.

On a comparé l’éducation du perroquet à celle de l’enfant : il y aurait souvent plus de raison de comparer 1 éducation de 1 enfant a celle du peiroquet; à Rome, celui qui dressait un perroquet tenait à la main une petite verge et l’en frappait sur la tête. Pline dit que son crâne est très-dur, et qu’à moins de le frapper fortement lorsqu on lui donne leçon, il ne sent rien des petits coups dont on veut le punir Cependant celui dont nous parlons craignait le fouet autant et plus qu’un enfant qui 1 aurait souvent senti : après avoir resté toute la journée sur sa perche, 1 heure d aller dans le jaidin approchant, si par hasard il la devançait et descendait trop tôt (ce qui lui arrivait rarement), la menace et la démonstration du fouet suffisaient pour le faire remonter à son juchoir avec précipitation; alors il ne descendait plus, mais marquait son ennui et son impatience en battant des ailes et en jetant des cris.

« Il est naturel de croire que le perroquet ne s’entend pas parler, mais « qu’il croit cependant que quelqu’un lui parle : on l’a souvent entendu se « demander à lui-même la patte, et il ne manquait jamais de répondre à sa « propre question en tendant effectivement la patte. Quoiqu’il aimât fort le « son de la voix des enfants, il montrait pour eux beaucoup de haine; il « les poursuivait, et, s’il pouvait les attraper, les pinçait jusqu’au sang. « Comme il avait des objets d’aversion, il en avait aussi de grand attachec( ment; son goût, à la vérité, n’était pas fort délicat, mais il a toujours été « soutenu ; il aimait, mais aimait avec fureur la fdle de cuisine; il la sui- « vait partout, la cherchait dans les lieux où elle pouvait être, et presque <( jamais en vain : s’il y avait quelque temps qu’il ne l’eùt vue, il grimpait « avec le bec et les pattes jusque sur ses épaules, lui faisait mille caresses et

а. Marcgi'ave l’assui'e au sujet de la question qu’Aristote laisse indécise, savoir, si les animaux qui naissent d’un œuf ont des songes ( lUst. animal., lili. iv, cap. x). « Tester.... de meo « psiltaco, quam lauram Yocabam , quôd sæpius denocte seipsum expergiscens, semi-somnus « locutus est. » Marcgrave, page 205.

б. Cælius Rhodig., Antiq. lect., lib. in , cap. xxxii.

c. M. de la Borde nous dit en avoir vu un qui servait d’aumônier dans un vaisseau; il récitait la prière aux matelots, ensuite le rosaire.

d. Élien.

e. Pline, lib. x, cap. xlii.

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LE JACO.

» ne la quittait plus, quelque effort qu’elle fît pour s’en débarrasser 5 l’in- « stant d'après elle le retrouvait sur ses pas : son attachement avait toutes « les marques de l’amitié la plus sentie : cette fille eut un mal au doigt «considérable et très-long, douloureux à lui arracher des cris; tout le « temps qu’elle se plaignit, le perroquet ne sortit point de sa chambre ; il « avait l’air de la plaindre en se plaignant lui-même, mais aussi douloii- « reusement que s’il avait souffert en effet : chaque jour sa première dé- « marche était de lui aller rendre visite ; son tendre intérêt se soutint pour « elle tant que dura son mal, et dès qu’elle en fut quitte il devint tran- « quille avec la même affection, qui n’a jamais changé. Cependant son goût « excessif pour cette fille paraissait être inspiré par quelques circonstances « relatives à son service à la cuisine plutôt que par sa personne; car cette « fille ayant été remplacée par une autre, l’affection du perroquet ne fit que « changer d’objet, et parut être au même degré dès le premier jour pour « cette nouvelle fille de cuisine, et par conséquent avant que ses soins n’eus- « sent pu inspirer et fonder cet attachement »

Les talents des perroquets de cette espèce ne se bornent pas à l’imitation de la parole; ils apprennent aussi à contrefaire certains gestes et certains mouvements : Scaliger en a vu un qui imitait la danse des Savoyards en répétant leur chanson ; celui-ci aimait à entendre chanter, et lorsqu’il voyait danser il sautait aussi, mais de la plus mauvaise grâce du monde, portant les pattes en dedans et retombant lourdement ; c’était là sa plus grande gaieté; on lui voyait aussi une joie folle et un babil intarissable dans l’ivresse, car tous les perroquets aiment le vin, particulièrement le vin d’Espagne et le muscat, et l’on avait déjà remarqué du temps de Pline les accès de gaieté que leur donnent les fumées de cette liqueur ^ L’hiver, il cherchait le feu, son grand plaisir dans cette saison était d’être sur la cheminée ; et dès qu’il s’y était réchauffé il marquait son bien-être par plusieurs signes de joie. Les pluies d’été lui faisaient autant de plaisir, il s’y tenait des heures entières, et pour que l’arrosement pénétrât mieux il étendait ses ailes et ne demandait à rentrer que lorsqu’il était mouillé jusqu’à la peau. De retour sur sa perche il passait toutes ses plumes dans son bec les unes après les autres; au défaut de la pluie, il se baignait avec plaisir dans une cuvette d’eau, y rentrait plusieurs fois de suite, mais avait toujours grand soin que sa tête ne fût pas mouillée; autant il aimait à se baigner en été, autant il le craignait en hiver ; en lui montrant dans cette saison un vase plein d’eau , on le faisait fuir, et même crier.

Quelquefois on le voyait bâiller, et ce signe était presque toujours celui de 1 ennui. Il sifflait avec plus de force et de netteté qu’un homme, mais

a. Note communiquée par madame Nadault, ma sœur, à laquelle appartenait ce perroquet. h. « In vino præcipuè lasciva. » Pline, lit), i , cap. xlii.

LE JACO. !

quoiqu’il donnât plusieurs tons, il n’a jamais pu apprendre à siffler un air. | Il imitait parfaitement les cris des anim.aux sauvages et domestiques, parti- , culièrement celui de la corneille, qu’il contrefaisait à s y méprendre; il ne i jasait presque jamais dans une chambre où il y avait du monde ; mais, seul j

dans la chambre voisine, il parlait et criait d’autant plus qu’on faisait plus ■

de bruit dans l’autre ; il paraissait même s’exciter et répéter de suite et pré- j

cipitamment tout ce qu’il savait, et il n’était jamais plus bruyant et plus ;

animé : le soir venu, il se rendait volontairement à sa cage, qu’il fuyait le ; jour ; alors une patte retirée dans les plumes ou accrochée aux barreaux ' de la cage et la tête sous l’aile, il dormait jusqu’à ce qu’il revît le jour du | lendemain ; cependant il veillait souvent aux lumières : c’était le temps où | il descendait sur sa planche pour aiguiser ses pattes, en faisant le même ^ mouvement qu’une poule qui a gratté ; quelquefois il lui arrivait de siffler | ou de parler la nuit lorsqu’il voyait de la clarté, mais dans l’obscurité il :

était tranquille et muet !

L’espèce de société que le perroquet contracte avec nous par le langage est plus étroite et plus douce que celle à laquelle le singe peut prétendre par son imitation capricieuse de nos mouvements et de nos gestes : si celle du chien, du cheval ou de l’éléphant sont plus intéressantes par le sentiment et par l’utilité, la société de l’oiseau parleur est quelquefois plus attachante par l’agrément; il récrée, il distrait, il amuse; dans la solitude i! est compagnie, dans la conversation il est interlocuteur; il répond, il appelle, il accueille, il jette l’éclat des ris, il exprime l’accent de l’affection, il joue la gravité de la sentence; ses petits mots, tombes au basai d, égaient par les disparates, ou quelquefois surprennent par la justesse ^ Ce jeu d’un langage sans idée' a je ne sais quoi de bizarre et de grotesque, et sans être plus vide que tant d’autres propos, il est toujours plus amusant. Avec cette imitation de nos paroles, le perroquet semble prendre quelque chose de nos inclinations et de nos mœurs; il aime et il hait, il a des attachements, j des jalousies, des préférences, des caprices; il s’admire, s’applaudit, s en- ; courage, il se réjouit et s’attriste ; il semble s’émouvoir et s’attendrir aux | caresses ; il donne des baisers affectueux : dans une maison de deuil il apprend à gémir'; et souvent accoutumé à répéter le nom chéri d’une !

a. Suite de la note communiquée par madame Nadault.

h. Willughby parle, d’après Clusius, d’un perroquet qui, lorsqu’on lui disait ; Eiez,'perro- j quet, riez, riait effectivement, et l’iustant d’après s’écriait, avec un grand éclat ; O le grand j sot qui me fait rirel Nous en avons vu un autre qui avait vieilli avec son maître et partageait avec lui les infirmités du grand âge : accoutumé à ne plus guère entendre que ces mots : je suis i malade , lorsqu’on lui demandait : ÇM’as-tM, perroquet, qu’as-tu?... Je suis malade , ïeÿOTi- , daim d’un ton douloureux et en s’étendant sur le foyer, je suis malade. i

c. Voyez, dans les Annales de Constantin Manassès, l’histoire du jeune prince Léon, fils de l l’empereur Basile, condamné à la mort par ce père impitoyable, que les gémissements de tout |

1. Ce jeu d'un langage sans idée : on ne peut mieux peindre la parole, purement physique, du perroquet. '

LE JACO.

personne regrettée, il rappelle à des cœurs sensibles et leurs plaisirs et leurs cliagrins“.

L’aptitude à rendre les accents de la voix articulée, portée dans le perroquet au plus haut degré, exige dans l’organe une structure particulière et plus parfaite; la sûreté de sa mémoire, quoique étrangère à l’intelligence, suppose neanmoins un degre d’attention et une force de réminiscence mécanique', dont nul oiseau n’est autant doué. Aussi les naturalistes ont tous remarqué la forme particulière du bec, de la langue et de la tête du perroquet : son bec arrondi en dehors, creusé et concave en dedans, offre en quelque manière la capacité d’u'ne bouche, dans laquelle la langue se meut librement; le son venant frapper contre le bord circulaire de la mandibule inférieure, s’y modifie comme il ferait contre une file de dents, tandis que de la concavité du bec supérieur il se réfléchit comme d’un palais; ainsi le son ne s’échappe ni ne fuit pas en sifflement, mais se remplit et s’arrondit en voix. Au reste, c’est la langue qui plie en tons articulés les sons vagues qui ne seraient que des chants ou des cris: cette langue est ronde et épaisse, plus grosse même dans le perroquet à proportion que dans l’homme; elle serait plus libre pour le mouvement, si elle n’était d’une substance plus dure que la chair, et recouverte d’une membrane forte et comme cornée.

Mais cette organisation si ingénieusement préparée, le cède encore à l’art qu il a fallu à la nature pour rendre le demi-bec supérieur du perroquet mobile, pour donner à ses mouvements la force et la facilité, sans nuire en même temps à son ouverture, et pour muscler puissamment un organe auquel on n aperçoit pas même où elle a pu attacher des tendons; ce n’est ni a la racine de cette pièce, où ils eussent été sans force, ni à ses côtés, où ils eussent ferme son ouverture, qu’ils pouvaient être placés; la nature a pris un autre moyen, elle a attache au fond du bec deux os qui, des deux côtés et sous les deux joues, forment, pour ainsi dire, des prolongements de sa substance, semblables pour la forme aux os qu’on nomme ptérigoïdes dans 1 homme, excepté qu ils ne sont point, par leur extrémité postérieure, implantes dans un autre os, mais libres de leurs mouvements; des faisceaux épais de muscles partant de l’occiput et attachés à ces os les meuvent et le hcc avec eux. Il faut voir, avec plus de détail, dans Aldrovande l’artifice et 1 assortiment de toute cette mécanique admirable

Ce naturaliste fait remarquer avec raison, depuis l’œil à la mâchoire inférieure, un espace qu’on peut ici plus proprement appeler une joue que dans

ce qui len^i^onnait ne pouvaient toucher, et dont les accents de l’oiseau, qui avait appris à déplorer la destinée du jeune prince, émurent enfin le cœur barbare.

U. Vojez dans Aldrovande (page 062) une pièce gracieuse et touchante, qu’un poète qui P ciue sa maîtresse adresse à son perroquet, qui en répétait sans cesse le nom.

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