L’ARA BLEU
corps® ; ce jaune est vif et plein, et le bleu a des reflets et un lustre éblouissants. Les sauvages admirent ces aras et chantent leur beauté; le refrain ordinaire de leurs chansons est : Oiseau jaune, oiseau jaune, que tu es beau ^ !
Les aras bleus ne se mêlent point avec les aras rouges , quoiqu’ils fréquentent les mêmes lieux sans chercher à se faire la guerre : ils ont quelque chose de différent dans la voix ; les sauvages reconnaissent les rouges et les bleus sans les voir et par leur seul cri ; ils prétendent que ceux-ci ne prononcent pas si distinctement ara'.
TROISIÈME Espèce.
L’ara vert est bien plus rare que l’ara rouge et l’ara bleu; il est aussi bien plus petit, et l’on n’en doit compter qu’une espèce, quoique les nomenclateurs en aient encore fait deux, parce qu’ils l’ont confondu avec une perruche verte qu’on a appelée perruche ara parce qu’elle prononce assez distinctement le mot ara, et qu’elle a la queue beaucoup plus longue que les autres perruches ; mais ce n’en est pas moins une vraie perruche, trèsconnue à Cayenne et très-commune, au lieu que l’ara vert y est si rare, que les habitants même ne le connaissent pas, et que, lorsqu’on leur en parle, ils croient que c’est cette perruche. M. Sloane dit que le petit macao
а. « L’autre nommé canidé , ayant tout le plumage sous le ventre et à l’entour du cou aussi jaune que fin or; le dessus du dos, les ailes et la queue d’un bleu si naïf, qu’il n’est pas possible de plus ; vous diriez , à le voir, qu’il est vêtu d’une toile d’or par dessous, et émantelé de damas violet figuré par-dessus. » Léry, Voyage au Brésil, Paris, 1578, page 171. — Thevet ne caractérise pas moins bien les deux espèces d’aras : a Nature s’est plue à portraire ce bel oiseau, nommé des sauvages carinde , le revêtant d’un si plaisant et beau plumage, qu’il est impossible de n’en admirer telle ouvrière. Cet oiseau n’excède point la grandeur d’un corbeau, et son plumage, depuis le ventre jusqu’au gosier, est jaune comme fin or; les ailes et la queue, laquelle il a fort longue , sont de couleur de fin azur. A cet oiseau se trouve un autre semblable en grosseur, mais différent en couleur, car, au lieu que l’autre a le plumage jaune, celui-ci l’a rouge comme fine écarlate et le reste azuré. » Singularités de la France antarctique , par Thevet; Paris, 1558, p. 92.
б. « Canidé jouve, canidé jouve, lieura oncèbe. » Léry, page 173.
c. Coréal indique les aras sous les noms de canidas et d’arar, qu’ils portent, dit-il, au Brésil. Voyage aux Indes occidentales , Paris, 1722 , 1. 1, p. 179. — Dampierre désigne ceux de la baie de Tous-les-Saints par les noms de macaws et jackons. Nouveau voyage autour du monde, Rouen, 1715 , t. IV, p. 65.
d. Voyez les planches enluminées , n° 383 , sous la dénomination de VAra vert du Brésil.
e. Maracana Brasiliensihus secunda. Marcgrave , Hist. nat. Brasil., p. 207. — Maracana Brasiliensibus secunda. Jonston , Avi., p. 142. — Maracana Brasiliensihus secunda Marc-
* Psittacus militaris (Kuhl. ). — « Une autre espèce est confondue avec celle-ci dans cet article : c’est l’ara maracana ou psittacus severus ( Linn. ) . » — ( Desmarets. )
OU petit ara vert est fort commun dans les bois de la Jamaïque; mais Edwards remarque avec raison qu’il s’est trompé, parce que, quelques recherches qu’il ait faites, il n’a jamais pu s’en procurer qu’un seul par ses correspondants, au lieu que, s’il était commun à la Jamaïque , il en viendrait beaucoup en Angleterre : cette erreur de Sloane vient probablement de ce qu’il a, comme nos nomenclateurs, confondu la perruche verte à longue queue avec l’ara vert. Au reste, nous avons cet ara vert vivant; il nous a été donné par M. Sonnini de Manoncour, qui l’a eu à Cayenne des sauvages del’Oyapoc, où il avait été pris dans le nid.
Sa longueur, depuis l’extrémité du bec jusqu’à celle de la queue, est d’environ seize pouces; son corps, tant en dessus qu’en dessous, est d’un vert qui, sous les différents aspects, paraît ou éclatant et doré, ou olive foncé ; les grandes et petites pennes de l’aile sont d’un bleu d’aigue-marine sur fond brun doublé d’un rouge de cuivre; le dessous de la queue est de ce même rouge, et le dessus est peint de bleu d’aigue-marine fondu dans du vert d olive; le vert de la tête est plus vif et moins chargé d’olivâtre que le vert du reste du corps; à la base du bec supérieur, sur le front, est une bordure noire de petites plumes effilées qui ressemblent à des poils; la peau blanche et nue qui environne les yeux est aussi parsemée de petits pinceaux rangés en lignes des mêmes poils noirs ; l’iris de l’œil est jaunâtre.
Cet oiseau, aussi beau que rare, est encore aimable par ses mœurs sociales et par la douceur de son naturel ; il est bientôt familiarisé avec les personnes qu’il voit fréquemment; il aime leur accueil, leurs caresses et semble chercher à les leur rendre; mais il repousse celles des étrangers, et surtout celles des enfants, qu’il poursuit vivement et sur lesquels il se jette; il ne connaît que ses amîs. Comme tous les perroquets élevés en domesticité, il se met sur le doigt dès qu’on le lui présente ; il se tient aussi sur le bois ; mais en hiver et même en été, dans les temps frais et pluvieux, il préfère être sur le bras ou sur l’épaule, surtout si les habillements sont de laine ; car en général il semble se plaire beaucoup sur le drap ou sur les autres étoffes
gravii. Willugliby, Ornithol.) p. 74. — Maracana araræ, id est, Macai species minor. Ray, Synops.avi., p. 29, n“ 5. — The small Macaw. Maracana altéra Biasiliensibus. Sloane, Voyage of Jamaïca , p. 297. — The Brasilian green Mackaw. L’ara vert du Brésil. Edwards, Clan., p. 41, axec une bonne figure coloriée, pl. 229. — « Psittacus majordongicaudus, viridis;
« syncipite et tænià utrimque secundùm maxillam inferiorem castaneo-purpurascentibus ; ver- « ticecæruleo; marginibus alarum coccineis; calcaneis rubro circumdatis ; genisnudis, can- « didis, lineis plumosis nigris striatis ; rectricibus supernè in exortu viridibus, apice cæruleis « subtus obscurè rubris... » Ara Brasiliensis viridis. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 199. — «Psittacus major longicaudus, saturatè viridis; macula in syncipite fuscà; vertice viridi- « cærulescente ; macula in alarum exortuminiatà, genis nudis, candidis, lineis plumosis nigris « striatis; rectricibus supernè prima medietate viridibus, altéra cyaneis, subtus saturatè « rubris... » Ara Brasiliensis erytrochlora. Ibid., p. 202. — « Psittacus macrourus viridis;
« genis nudis, remigibus rectricibusque cæruleis, subtus purpurascentibus... » Psittacus seve~ rus. Linnæus, Syst. nat., édit. X , gen. 44 , sp. 5. — Autre maracanas , qui est une petite espèce d'ara ou de macao. Salerne , Ornithol., p. 63.
de cette nature qui garantissent le mieux du froid ; il se plaît aussi sur les fourneaux de la^isine, lorsqu’ils ne sont pas tout à fait refroidis et qu ils conservent encore une chaleur douce. Par la même raison, il semble evUer de se poser sur les corps durs qui communiquent du froid, tels que le fer, i
le marbre, le verre, etc. , et même dans les temps froids et pluvieux de 1 ete ,
il frissonne et il tremble si on lui jette de l’eau sur le corps ; cependant il se baigne volontiers pendant les grandes chaleurs et trempe souvent sa tete ,
dans l’eau. ' , • t ^ i i
Lorsqu’on le gratte légèrement, il étend les ailes en s accroupissant et il ^
fait alors entendre un son désagréable assez semblable au cri du gem, en i soulevant les ailes et hérissant ses plumes, et ce cri habiUiel paraît être l’expression du plaisir comme celle de l’ennui ; d autres fois, il fait un cri bref et aigu qui est moins équivoque que le premier et qui exprime la joie ou la satisfaction, car il le fait ordinairement entendre lorsqu’on lui fait accueil ou lorsqu’il voit venir à lui les personnes qu’il aime; c’est cependant par ce même dernier cri qu’il manifeste ses petits moments dbmpatience et de mauvaise humeur. Au reste, il n’est guère possible de rien statuei de positif sur les différents cris de cet oiseau et de ses semblables, parce qu on sait que ces animaux, qui sont organisés de manière à pouvoir contrefaire les sifflements, les cris et même la parole, changent de voix presque toutes i les fois qu’ils entendent quelques sons qui leur plaisent et qu’ils peuvent
imiter. !
Celui-ci est jaloux : il l’est surtout des petits enfants qu’il voit avoir quelque part aux caresses ou aux bienfaits de sa maîtresse ; s il en voit un sur l elle, il cherche aussitôt à s’élancer de son côté en étendant les ailes; mais i comme il n’a qu’un vol court et pesant et qu’il semble craindre de tomber en chemin, il se borne à lui témoigner son mécontentement par des gestes i
et des mouvements inquiets et par des cris perçants et redoublés, et il con- | tinue ce tapage jusqu’à ce qu’il plaise à sa maîtresse de quitter 1 enfant et d’aller le reprendre sur son doigt : alors il lui en témoigne sa joie par un j murmure de satisfaction et quelquefois par une sorte d éclat qui imite parfaitement le rire grave d’une personne âgée ; il n’aime pas non plus la corn- i pagnie des autres perroquets, et si on en met un dans la chambre qu il habite, il n’a point de bien qu’on ne l’en ait débarrassé. Il semble donc que cet oiseau ne veuille partager avec qui que ce soit la moindre caresse ni le plus petit soin de ceux qu’il aime, et que cette espèce de jalousie ne lui est inspirée que par l’attachement ; ce qui le fait croire, cest que si un autre que sa maîtresse caresse le même enfant contre lequel il se met de si mauvaise humeur, il ne paraît pas s’en soucier et n’en témoigne aucune inquiétude.
Il mange à peu près de tout ce que nous mangeons : le pain, la viande de bœuf, le poisson frit, la pâtisserie et le sucre surtout sont fort de son
goût J néanmoins, il semble leur préférer les pommes cuites, qu’il avale avidement, ainsi que les noisettes, qu il casse avec son bec et épluche ensuite fort adroitement entre ses doigts, afin de n’en prendre que ce qui est mangeable,; il suce les fruits tendres au lieu de les mâcher, en les pressant avec sa langue contre la mandibule supérieure du bec, et pour les autres nourritures moins tendres, comme le pain, la pâtisserie, etc., il les broie ou les mâche, en appuyant l’extrémité du demi-bec inférieur contre l’endroit le plus concave du supérieur j mais, quels que soient ses aliments, ses excréments ont toujours été d’une couleur verte et mêlée d’une espèce de craie blanche, comme ceux de la plupart des autres oiseaux, excepté les temps où il a été malade, qu’ils étaient d’une couleur orangée ou jaunâtre foncé.
Au reste, cet ara, comme tous les autres perroquets, se sert très-adroitement de ses pattes ; il ramène en avant le doigt postérieur pour saisir et retenir les fruits et les autres morceaux qu’on lui donne et pour les porter ensuite à son bec. On peut donc dire que les perroquets se servent de leurs doigts à peu près comme les écureuils ou les singes; ils s’en servent aussi pour se suspendre et s’accrocher : l’ara vert, dont il est ici question, dormait presque toujours ainsi accroché dans les fils de fer de sa cage. Les perroquets ont une autre habitude commune que nous avons remarquée sur plusieurs espèces différentes : ils ne marchent, ne grimpent ni ne descendent jamais sans commencer par s’accrocher ou s’aider avec la pointe de leur bec; ensuite ils portent leurs pattes en avant pour servir de second point d’appui ; ainsi ce n’est que quand ils marchent à plat qu’ils ne font point usage de leur bec pour changer de lieu.
Les narines, dans cet ara, ne sont point visibles comme celles de la plupart des autres perroquets : au lieu d’être sur la corne apparente du bec, elles sont cachées dans les premières petites plumes qui recouvrent la base de la mandibule supérieure qui s’élève et forme une cavité à sa racine quand l’oiseau fait effort pour imiter quelques sons difficiles; on remarque aussi que sa langue se replie alors vers l’extrémité, et lorsqu’il mange il la replie de même, faculté refusée aux oiseaux qui ont le bec droit et la langue pointue, et qui ne peuvent la faire mouvoir qu’en la retirant ou en l’avançant dans la direction du bec. Au reste, ce petit ara vert est aussi et peutêtre plus robuste que la plupart des autres perroquets; il apprend bien plus aisément à parler et prononce bien plus distinctement que l’ara rouge et l’ara bleu ; il écoute les autres perroquets et s’instruit avec eux; son cri est presque semblable à celui des autres aras : seulement il n’a pas la voix si forte à beaucoup près et ne prononce pas si distinctement ara.
On prétend que les amandes amères font mourir les perroquets ; mais je ne m’en suis pas assuré. Je sais seulement que te persil, pris même en petite quantité, et qu’ils semblent aimer beaucoup, leur fait grand mal ; dès
qu’ils 611 ont mangé, il coula (Ig leur bec une liqueur épaisse et gluante, et
ils meurent ensuite en moins (l’une heure ou deux.
Il paraît qu’il y a dans l’espèce de l’ara vert la même variété de races ou d’individus que dans celle des aras rouges ; du moins, M. Edwards a donné l’ara vert“‘ sur un individu de la première grandeur, puisqu’il trouve à l’aile pliée treize pouces de longueur et quinze à la plume du milieu de la queue ; cet ara vert avait le front rouge; les pennes de l’aile étaient bleues, ainsi que le bas du dos et le croupion. M. Edwards appelle la couleur du dedans des ailes et du dessous de la queue un orangé obscur : c’est apparemment ce rouge bronzé sombre que nous avons vu à la doublure des ailes de notre ara vert; les plumes de. la queue de celui d’Edwards étaient rouges en dessus et terminées de bleu.