‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 237 sur 495 · L’ARA NOIR · texte numérisé non relu

L’ARA NOIR

QUATRIÈME ESPÈCE

Cet ara a le plumage noir avec des reflets d’un vert luisant, et ces couleurs mélangées sont assez semblables à celles du plumage de l’ani. Nous ne pouvons qu’indirjuer l’espèce de cet ara, f[ui est connue des sauvages de la Guiane, mais que nous n’avons pu nous procurer. Nous savons seulement que cet oiseau diffère des autres aras par quelques habitudes naturelles; il ne vient jamais près des habitations et ne se tient que sur les sommets secs et stériles des montagnes de roches et de pierres. Il paraît que c est de cet ara noir que de Laët a parlé sous le nom d araruna ou niachao, et dont il dit que le plumage est noir, mais si bien mêlé de vert, qu aux rayons du soleil il brille admirablement; il ajoute que cet oiseau a les pieds jaunes, le bec et les yeux rougeâtres, et qu’il ne se tient que dans 1 intérieur ues terres L

M. Brisson a fait encore un autre ara d’une perruche, et il l’a appelé ara varié des Blolucjues ; mais, comme nous l’avons dit, il n y a point d aras dans les Grandes-Indes, et nous avons parlé de cette perruche à l’article des perruches de l’ancien continent.

a. The great green maccauw. Glan., part, ni, pl. 313, p. 224.

b. De Laët, Description des Indes occidentales , p. 490.

c. Ornilhol., t. IV, p. 197.

1. « Celui-ci est le Yéritable ara vert {psittacus miliiaris). » (Desmarets. )

* Psittacus ater ( Liun.),

LES AMAZOiNES ET LES CRIKS.

Nous appellerons amazones tous ceux qui ont du rouge sur le fouet de l’aile j ils sont connus en Amérique sous ce nom, parce qu’ils viennent originairement du pays des Amazones. Nous donnerons le nom de crih à ceux qui n’ont pas de rouge sur le fouet de l’aile, mais seulement sur l’aile 5 c’est aussi le nom que les sauvages de la Guiane ont donné à ces perroquets, qui commencent même à être connus en France sous ce même nom. Ils diffèrent encore des amazones : 1“ en ce que le vert du plumage des amazones est brillant et même éblouissant, tandis que le vert des criks est mat et jaunâtre ; 2° en ce que les amazones ont la tête couverte d’un beau jaune très-vif, au lieu que dans les criks ce jaune est obscur et mêlé d’autres couleurs; 3° en ce que les criks sont un peu plus petits que les amazones, lesquels sont eux-mêmes beaucoup plus petits que les aras; 4“ les amazones sont très-beaux et très-rares, au lieu que les criks sont les plus communs des perroquets et les moins beaux; ils sont d’ailleurs répandus partout en grand nombre, au lieu que les amazones ne se trouvent guère qu’au Para et dans quelques autres contrées voisines de la rivière des Amazones. — -

Mais les criks, ayant du rouge dans les ailes, doivent être ici rapprochés des amazones, dont ce rouge fait le caractère principal; ils ont aussi les mêmes habitudes naturelles : ils volent également en troupes nonrjbreuses, se perchent en grand nombre dans les mêmes endroits, et jettent tous ensemble des cris qui se font entendre fort loin ; ils vont aussi dans les bois, soit sur les hauteurs, soit dans les lieux bas et jusque dans les savanes noyées, plantées de palmiers common et A'avouara, dont ils aiment beaucoup les fruits, ainsi que ceux des gommiers élastiques, des bananiers, etc. Ils mangent donc de beaucoup plus d’espèces de fruits que les aras, qui ne se nourrissent ordinairement que de ceux du palmier-latanier, et néanmoins ces fruits du latanier sont si durs qu’on a peine à les couper au couteau; ils sont ronds et gros comme des pommes de rainette.

Quelques auteurs® ont prétendu que la chair de tous les perroquets d’Amérique contracte l’odeur et la couleur des fruits et des graines dont ils se nourrissent; qu’ils ont une odeur d’ail lorsqu’ils ont mangé du fruit d’acajou, une saveur de muscade et de gérofle lorsqu’ils ont mangé des fruits de bois d’Inde, et que leur chair devient noire lorsqu’ils se nourrissent du fruit du génipa, dont le suc, d’abord clair comme de l’eau, devient en quelques heures aussi noir que de l’encre. Ils ajoutent que les perroquets deviennent très-gras dans la saison de la maturité des goyaves, qui sont en

a. Dutertre, Hist. des Antilles, t. II , p. 251. — Labat, Nouveau voyage auxiles del’Amét. II , p. 159.

effet fort bons à manger ; enfin que la graine de coton les enivre au point qu’on peut les prendre avec la main.

Les amazones, les criks et tous les autres perroquets d’ Amérique font, comme les aras, leurs nids dans des trous de vieux arbres creusés par les pics ou charpentiers, et ne pondent également que deux œufs deux fois par an, que le mâle et la femelle couvent alternativement. On assure qu ils ne renoncent jamais leurs nids, et que, quoiqu’on ait touché et manié leurs œufs, ils ne se dégoûtent pas de les couver, comme font la plupart des autres oiseaux. Ils s’attroupent dans la saison de leurs amours, pondent ensemble dans le même quartier et vont de compagnie chercher leur nourriture; lorsqu’ils sont rassasiés, ils font un caquetage continuel et bruyant, changeant de place sans cesse, allant et revenant d un arbre à 1 autre, jusqu’à ce que l’obscurité de la nuit et la fatigue du mouvement les forcent à se reposer et à dormir; le matin, on les voit sur les branches dénuées de feuilles dès que le soleil commence à paraître ; ils y restent tranquilles jusqu’à ce que la rosée qui a humecté leurs plumes soit dissipée, et qu ils sotcnt réchauffés; alors ils partent tous ensemble avec un bruit semblable à celui des corneilles grises, mais plus fort; le temps de leurs nichées est la saison

des pluies®. i

D’ordinaire, les sauvages prennent les perroquets dans le nid, parce qu’ils j

sont plus aisés à élever et qu’ils s apprivoisent mieux ; cependant les Caraïbes, selon le P. Labat, les prennent aussi lorsqu’ils sont grands; ils observent, dit-il, les arbres sur lesquels ils se perchent en grand nombie le soir, et quand la nuit est venue, ils portent aux environs de l’arbre des charbons allumés, sur lesquels ils mettent de la gomme avec du piment vert; cela fait une fumée épaisse qui étourdit ces oiseaux, et les fait tomber à terre; ils les prennent alors, leur lient les pieds, et les font revenir ne leur étourdissement en leur jetant de l’eau sur la tete^; ils les abattent aussi, sans les

blesser beaucoup, à coups de flèches émoussées*’.

Mais lorsqu’on les prend ainsi vieux, ils sont difficiles à priver ; il n y a qu’un seul moyen de les rendre doux au point de pouvoir les manier, c’est de leur souffler de la fumée de tabac dans le bec : ils en respirent assez pour s’enivrer à demi, et ils sont doux tant qu ils sont ivres, apres quoi on réitère le même camouflet s’ils deviennent méchants, et ordinairement ils cessent de l’être en peu de jours; au reste, on n a pas 1 idée de la mechancete des perroquets sauvages : ils mordent cruellement et ne démordent pas, et cela sans être provoqués. Ces perroquets, pris vieux, n’apprennent jamais

a. Note communiquée par M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne.

b. Labat, Nouveau voyage aux îles de l’ Amérique , t. II, p. 52.

c. « Les sauvages du Brésil, qui ont grande industrie à tirer de l’arc, ont les flèches moult longues, au bout desquelles ils mettent un bourlet de coton, afin que, tirants aux papegauts, ils les abattent sans les navrer; car les ayant étonnés du coup, ne laissent de se guérir puis après. » Belon, Nat. des oiseaux, p. 297.

que très-imparfaitement à parler. On fait la même opération de la fumée de tabac pour les empêcher de cancaner; c’est le mot dont se servent tes Français d’Amérique pour exprimer leur vilain cri, et ils cessent en effet de crier lorsqu’on leur a donné un grand nombre de camouflets.

Quelques auteurs® ont prétendu que les femelles des perroquets n’apprenaient point à parler; mais c’est en même temps une erreur et une idée contre nature; on les instruit aussi aisément que les mâles, et même elles sont plus dociles et plus douces. Au reste, de tous les perroquets de l’Amérique, les amazones et les criks sont ceux qui sont les plus susceptibles d’éducation et de l’imitation de la parole, surtout quand ils sont pris jeunes.

Comme les sauvages font commerce entre eux des plumes de perroquet, ils s’emparent d’un certain nombre d’arbres sur lesquels ces oiseaux viennent faire leurs nids : c’est une espèce de propriété dont ils tirent le revenu en vendant les perroquets aux étrangers et commerçant des plumes avec les autres sauvages; ces arbres aux perroquets passent de père en fils, et c’est souvent le meilleur immeuble de la succession ^

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