‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 284 sur 495 · LES COUROUCOUS OU COUROUCOAIS · texte numérisé non relu

LES COUROUCOUS OU COUROUCOAIS

Ces oiseaux, dans leur pays natal, au Brésil sont nommés curucuis, qu’on doit prononcer couroucouis ou couroucoais , et ce mot représente leur voix d’une manière si sensible que les naturels de la Guiane n’en ont supprimé que la première lettre et les appellent ouroucoais. Leurs caractères sont

1. Buffon vient de nous exposer sa classification des perroquets.

Il les partage, d’abord, en perroquets de l’ancien continent et en perroquets du nouveau continent.

Il divise les premiers de la manière suivante : 1° les kakatoès , à queue courte et carrée et pourvus d’une huppe mobile; 2“ les perroquets proprement dits , à queue courte, égale, et à tète dépourvue de huppe; S» les loris, dont le bec est petit, courbé et aigu, dont le plumage a le rouge pour couleur dominante, et dont la voix est perçante et le mouvement prompt ; les uns, ou les loris proprement dits, ont la queue médiocrement longue et en forme de coin, et les autres, les loris-perruches , l’ont plus longue et plus semblable à celle des perruches; 4» les perruches à longue queue , subdivisées en celles qui Tout également étagée , et celtes qui ont les deux pennes intermédiaires beaucoup plus grandes que les autres ; 5° les perruches à queue courte.

Les seconds se composent : 1° des aras, à longue queue étagée et à joues nues ; 2» des amazones, à queue courte, égale, à plumage vert, avec du rouge au fouet de l’aile et du jaune sur la tète; 3° des cricks , semblables aux précédents , sans rouge sur le fouet de l’aile , mais seulement sur les couvertures, à plumage d’un vert plus mat, sans jaune sur la tête, et de plus petite taille; 4» des papegais , plus petits que les cricks et sans rouge sur l’aile; 5» des perriches, subdivisées en celles à queue longue, ou perriches proprement dites, et celles à queue courte , qui sont les touits.

M. Cuvier n’a que fort peu modifié cette classification.

Il divise les perroquets : 1“ en aras; 2» en perruches, subdivisées en perruches-aras , en perruches à queue en flèche, en perruches à queue élargie vers le bout, en perruches ordinaires, à queue étagée à peu près également, et en perruches à queue carrée , dont les deux pennes du milieu s’allongent, mais dont la partie allongée n’a de barbes qu’au bout; 3» en kakatoès; 4° en perroquets proprement dits; 5° en loris; 6“ en psittacules; 7“ en perroquets à trompe , et 8° en perruches ingambes , dont le bec est plus faible, les tarses plus élevés et les ongles plus droits qu’aux autres perroquets. Elles marchent à terre et cherchent leur nourriture dans les herbes. C’est le genre pezoporus d’Illiger.

2. « 11 s’ea trouve dans les deux continents. — Les espèces d’Amérique ont les bords des « mandibules dentelés. Celles de l’ancien monde les ont plus entiers. — Il y en a une remar- « quable par la découpure de sa queue ( Trogon temnurus), et une autre dont les couvertures « de la queue sont presque aussi longues que le corps ( Trogon pavoninus ) . Elle est célèbre « dans la mythologie des Mexicains , et recherchée par les indigènes pour leur parure. —

« .Ajoutez, en Amérique : Trogon curucui, Tr. rosalba, viridis, violaceus, strigillatus, ru fus,

« atricollis , domicellus, albiventer : en Asie, Trogon fasdatus, oreskios , Reinwartii, condea,

« Temnïkii , etc. ; en Afrique, Trogon narina, etc. — Il est permis de douter que le Trogon « maculatus de Browne soit un vrai couroucou. » (Cuvier.)

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d’avoir le bec court, crochu, dentelé, plus large en travers qu’épais en hau- ,

leur, et assez semblable à celui des perroquets ; ce bec est entoure a sa base i

de plumes effilées, couchées en avant, mais moins longues que celles des j oiseaux barbus, dont nous parlerons dans la suite; ils ont de plus les pieds | fort courts et couverts de plumes à peu de distance de la naissance des | doigts, qui sont disposés deux en arrière et deux en devant. Nous ne con- :

naissons que trois espèces de ces oiseaux, qu’on pourrait peut-être même |

réduire à deux, quoique les nomenclateurs en ait indiqué six, dont les ,

unes ne sont que des variétés de celui-ci, et les autres des oiseaux d un , genre différent. :

LE COUROUCOU A VENTRE R0UGE.“^"

PREMIÈRE ESPÈCE

Cet oiseau a dix pouces et demi de longueur ; la tête, le cou en entier et le commencement de la poitrine, le dos, le croupion et les couvertures du dessus de la queue sont d’un beau vert brillant, mais changeant et qui paraît bleu à un certain aspect ; les couvertures des ailes sont d’un gris bleu, varié de petites lignes noires en zigzags, et les grandes pennes des ailes sont noires, à l’exception de leur tige, qui est en partie blanche ; les pennes de la queue sont d’un beau vert comme le dos, à l’exception des deux extérieures, qui sont noirâtres et qui ont de petites lignes transversales giises , une partie de la poitrine, le ventre et les couvertures du dessous de la queue sont d’un beau rouge ; le bec est jaunâtre et les pieds sont bruns.

Un autre individu, qui paraît être la temelle de celui-ci, n en difféiait qu’en ce que toutes les parties cjui sont d un beau vert brillant dans le piemier ne sont dans celui-ci que d’un gris noirâtre et sans aucun reflet; les

a. Voyez les planches enluminées, n» 4S2, sous la dénomination de Couroucou à ventre rouge de Cayenne.

h. Ciirucui Brasiliensibus. Maregrave, Hist. nat. Brasil. p. 211. — Avis anonma species curucui. Ibid., p. 219. — Tzinitzean. Fernandez, Hist. nov. Hisp., p. 23. — Tzinitzean. Nie- 1 remlterg, p. 230. — Tzinitzian. Jonston, Avi., p. 122. — ’lzinitcan. Willugliby , OrnithoL, i p. 303. — Tzinitzean. Ray, Synops. avi., p. 163. - Psittacus flammeus, viridis et cinereus | rostro ferrato. Feuillée, Journal des observ. physiq., p. 20. — Picis congener. Aldiovande, , Avi., t. I. — Curucui Brasiliensibus. Jonston, Avi.,p. 144. — Irogon. Moehring, Avi., g. 114.- j

Picis congener, curucui Brasiliensibus dictas Maregravii. Willugliby, OrnithoL, p. 96. j

Curucui Brasiliensibus Maregravii. Ray, Synops. avi., p. 45 , n« 4. - Picis congener, curucui j Maregravii, Willuqhbeii. Klein, ylwi., p. 28, - « Trogon supernè viridi aureus, cæruleo et | « cupri puri colore varians, infernè coccineus ; gutture nigro; rectricibus sex intermediis dorso | <( concoloribus, apice nigris, tribus utrimque extimis albis, nigro transversim striatis... » j Trogon Brasiliensis viridis. Brisson , Ornilhol., t. IV, p. 173.

• Trogon curucui (Linn. ). — Ordre des Grimpeurs; genre Couroucous { Cnv. ).

LE COUROUCOU A VENTRE ROUGE. 29

petites lignes en zigzags sont aussi beaucoup moins apparentes, parce que le brun noirâtre y domine, et les trois pennes extérieures de la queue ont sur leurs barbes extérieures des bandes alternatives blanches et noirâtres ; la mandibule supérieure du bec est entièrement brune, et l’inférieure est jaunâtre j enfin la couleur rouge s’étend beaucoup moins que dans le premier et n’occupe que le bas-ventre et les couvertures du dessous de la queue.

Il y a un troisième individu au Cabinet du Roi, qui diffère principalement des deux précédents, en ce qu il a la queue plus longue, et que les trois pennes extérieures de chaque côté ont leurs barbes extérieures blanches, ainsi que leur extrémité; les trois pennes extérieures de l’aile sont marquées de taches transversales alternativement blanches et noires sur le bord extérieur ; on aperçoit de plus une nuance de vert doré, changeant sur le dos et sur les pennes du milieu de la queue, ce qui ne se trouve pas sur le précédent; mais la couleur rouge se trouve située de même et ne commence que sur le bas-ventre, et le bec est aussi semblable par la forme et par la couleur.

M. le chevalier Lefebvre Deshayes, correspondant du Cabinet, que nous avons déjà eu occasion de citer plusieurs fois comme un excellent observateur, nous a envoyé un dessin colorié de cet oiseau avec de bonnes observations ; il dit qu’on l’appelle à Saint-Domingue le caleçon rouge, et que dans plusieurs autres îles on le nomme demoiselle ou dame anglaise. «C’est « dans 1 épaisseur des forets, ajoute-t-il, que cet oiseau se retire au temps « des amours; son accent mélancolique, et même triste, semble être l’ex- « pression de la sensibilité profonde qui l’entraîne dans le désert pour y « jouir de sa seule tendresse et de cette langueur de l’amour, plus douce « peut-être que ses transports ; celte voix seule décèle sa retraite, souvent « inaccessible, et qu’il est difficile de reconnaître ou remarquer.

« Les amours commencent en avril; ces oiseaux cherchent un trou d’ar- «bre et le garnissent de poussière ou de bois vermoulu; ce lit n’est pas « moins doux que le coton ou le duvet : s’ils ne trouvent pas du bois ver- « moulu, il brisent du bois sain avec leur bec et le réduisent en poudre; «le bec, dentelé vers la pointe, est assez fort pour cela; ils s’en servent « aussi pour élargir l’ouverture du trou qu’ils choisissent lorsqu’elle n’est “ pas assez grande ; ils pondent trois ou quatre œufs blancs et un peu moins “ gros que ceux de pigeon.

« Pendant que la femelle couve, l’occupation du mâle est de lui porter à « manger, de faire la garde sur un rameau voisin et de chanter; il est silen- » cieux et même taciturne en tout autre temps, mais tant que dure celui de « 1 incubation de sa femelle il fait retentir les échos de sons languissants,

planches enluminées, n® 737, sous le nom de Couroucou gris à longue queue 1. Cet oiseau-ci est le couroucou ou trogon rosalba.

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«qui, tout insipides qu’ils nous paraissent, charment sans doute les « ennuis de sa compagne chérie.

«Les petits, au moment de leur éclosion, sont entièrement nus, sans « aucun vestige de plumes, qui néanmoins paraissent pointer deux ou « trois jours après 5 la tête et le bec des petits nouvellement eclos semblent |

«être d’une prodigieuse grosseur, relativement au reste da corps; les ;

« jambes paraissent aussi excessivement longues, quoiqu’elles soient fort « courtes quand l’oiseau est adulte : le mâle cesse de chanter au moment |

« que les petits sont éclos, mais il reprend son chant en renouvelant ses ,

« amours aux mois d’août et de septembre. . . î

« Ils nourrissent leurs petits de vermisseaux, de chenilles, d’insectes; ils « ont pour ennemis les rats, les couleuvres et les oiseaux de proie de jour | « et de nuit : aussi l’espèce des ouroucoais n’est pas nombreuse, car la « plupart sont dévorés par tous ces ennemis.

« Lorsque les petits ont pris leur essor, ils ne restent pas longtemps « ensemble ; ils s’abandonnent à leur instinct pour la solitude et se dis- « persent.

« Dans quelques individus, les pattes sont de couleur rougeâtre, dans « d’autres d’un bleu ardoisé; on n’a point observé si cette diversité tient à « l’âge ou appartient à la différence du sexe. » |

M. le chevalier Deshayes a essayé de nourrir quelques-uns de ces oiseaux ' de l’année précédente, mais ses soins ont été inutiles ; soit langueur ou ; fierté, ils ont obstinément refusé de manger : « Peut-être, dit-il, eussé-je « mieux réussi en prenant des petits nouveau-nes; mais un oiseau qui fuit « si loin de nous, et pour qui la nature a mis le bonheur dans la liberté et « le silence du désert, paraît n’être pas né pour l’esclavage, et devoir res- « ter étranger à toutes les habitudes de la domesticité. »

LE COUROUCOU A VENTRE JAUNE

SECONDE ESPÈCE

Cet oiseau a environ onze pouces de longueur ; les ailes pliées ne s’étendent pas tout à fait jusqu’à moitié de la longueur de la queue ; la tête et le

a. Voyez les planches enluminées, n° 195, sous la dénomination de Couroucou de Cayenne.

b. « Trogon supernè viridi-aureus, inferiùs llavo auxantius ; capite superiore et collo cseru- « leo-violaceis, -viridi-aureo colore variantibus; genis et gutture nigris ; tænià transversàin « pectore viridi-aureà ; rectricibus nigricantibus , quatuor intermediis viridi aureo mixtis « utrimque sequenti exteriùs viridi-aureâ, tribus utrimque extimis apice obliqué et dentaüm a albis... » Trogon Caijanensis viridis. Brisson, Ornilhol, t. IV, p. 168. — Yellow-bellwd cjreen, cuckow. Le coucou Yert au yentre jaune. Edwards, Clan., p. 256, pl. 331.

* Trogon viridis (Liun. Guv. ).

LE COUROUCOU A VENTRE JAUNE

dessus du cou sont noirâtres avec quelques reflets d’un assez beau vert en quelques endroits; le dos, le croupion et les couvertures du dessus de la queue sont d’un vert brillant ainsi que les cuisses; les grandes couvertures des ailes sont noirâtres avec de petites taches blanches; les grandes pennes des ailes sont noirâtres, et les quatre ou cinq plus extérieures ont la tige blanche; les pennes de la queue sont de même couleur que celles des ailes, excepté qu’elles ont quelques reflets de vert brillant; les trois extérieures de chaque côté sont rayées transversalement de noir et de blanc; la gorge et le dessous du cou sont d’un brun noirâtre; la poitrine, le ventre et les couvertures du dessous de la queue sont d’un beau jaune ; le bec est dentelé et paraît d’un brun noirâtre ainsi que les pieds ; les ongles sont noirs, la queue est étagée, la plume de chaque côté ayant deux pouces de moins que les deux du milieu, qui sont les plus longues.

Il se trouve entre le couroucou à ventre rouge et le couroucou à ventre jaune quelques variétés que nos nomenclateurs ont prises pour des espèces dilTérentes : par exemple, celui que l’on a représenté dans les planches enluminées, n°765, sous la dénomination de couroucou de la Guiane^', n’est qu’une variété d’âge du couroucou à ventre jaune, duquel il ne diffère que par la couleur du dessus du dos, qui dans l’oiseau adulte est d’un beau bleu d’azur, et dans l’oiseau jeune d’une couleur cendrée.

De même, l’oiseau représenté dans les planches enluminées, n” 736, sous la dénomination de couroucou à queue rousse de Cayenne''- est encore une variété provenant de la mue de ce même couroucou à ventre jaune, puisqu’il n’en diffère que par la couleur des plumes du dos et de la queue, qui sont rousses au lieu d’être bleues.

On doit rapporter encore comme variété à ce même couroucou à ventre jaune l’oiseau indiqué par M. Brisson sous la dénomination de couroucou vert à ventre blanc de Cayenne parce qu’il n’en diffère que par la couleur du ventre, qui paraît provenir de l’âge de l’oiseau, car les plumes de cet oiseau, décrit par M. Brisson, n’étaient pas entièrement formées : ce pourrait être aussi une variété accidentelle qui ne se trouve que dans quelques individus ; mais il paraît certain que ni l’une ni l’autre de ces trois variétés ne doivent être regardées comme des espèces distinctes et séparées.

a. « Trogon saturatè cinereus ; ventre flavo-aurantio ; tectricibus alarnm superioribns nigri- « cantibus, lineolis albidis transversim striatis ; rectricibus nigricantibus tribus utrimque exti- « mis exteriùs albo transversim striatis, apice albis... » Trogon Cayanensis cinereus. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 165.

b. « Trogon supernè viridi-aureus, interné albus; capite superiore et collo cæruleo-viola- M ceis, viridi-aureo colore variantibus, genis et gutture nigris; tænià transversà in pectore « viridi-aureà, rectricibus nigris, binis intermediis viridi-aureo mixtis, duabus utrimque « sequentibus exteriùs viiidi-aureis, tribus utrimque extimis apice obliqué albis... » Trogon Cayanensis viridis ventre candido. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 170.

1. Cet oiseau est le trogon slrigillatus de Latliam et de Cuvier.

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