Celui-ci est le trogon rufus de Cuvier
LE COUROUCOU A VENTRE JAUNE
Nous avons vu un autre individu de cette même espèce, dont la poitrine et le ventre étaient blanchâtres avec une teinte de jaune citron en plusieurs endroits : ce qui nous a fait soupçonner que le couroucou à ventre blanc dont nous venons de parler n’était qu’une variété du couroucou à ventre jaune.
LE COUROUCOU A CHAPERON VIOLET
Ce couroucou a la gorge, le cou, la poitrine, d’un violet très-rembruni, la tête de même couleur, à l’exception de celle du front, du tour des yeux et des oreilles, qui est noirâtre; les paupières sont jaunes, le dos et le croupion d’un vert foncé avec des reflets dorés; les couvertures supérieures de la queue sont d’un vert bleuâtre avec les mêmes reflets dorés; les ailes sont brunes, et leurs couvertures, ainsi que les pennes moyennes, sont pointillées de blanc ; les deux pennes intermédiaires de la queue sont d’un vert tirant au bleuâtre et terminées de noir ; les deux paires suivantes sont de la même couleur dans ce qui paraît, et noirâtres dans le reste; les trois paires latérales sont noires, rayées et terminées de blanc; le bec est de couleur plombée à sa base et blanchâtre vers la pointe; la queue dépasse les ailes pliées de deux pouces neuf lignes, et la longueur totale de l’oiseau est d’environ neuf pouces et demi.
M. Koelreuter a appelé cet oiseau lanius, mais il est bien diflérent, même pour le genre, de celui de la pie-grièche, du lanier et de tout autre oiseau de proie. Un bec large et court, des barbes autour du bec inférieur, voilà ce qui marque la place de cet oiseau parmi les couroucous, et tous les attributs qui lui sont communs avec les coucous, tels que les pieds très-courts et couverts de plumes jusqu’aux doigts, qui sont faibles et disposés par paires, l’une en avant et l’autre en arrière; les ongles courts et peu crochus, enfin le manque de membrane autour de la base du bec, sont tous des caractères qui l’éloignent entièrement de la classe des oiseaux de proie.
Les couroucous sont des oiseaux solitaires qui vivent dans l’épaisseur des forêts humides, où ils se nourrissent d’insectes : on ne les voit jamais aller en troupes ; ils se tiennent ordinairement sur les branches à une moyenne hauteur, le mâle séparé de la femelle, qui est posée sur un arbre
a. « Lanius capite, collo, pectore è violaceo-nigiicautibus , dorso et uropygio saturatè viiidi- « hiis cum splendore aureo, remigibus fuscis, primariis immaculatis , secundariis punctis « minimis albescéntibus conspersis. » — Koelreuter, Avcs Indicæ rarüsinm ,nov. comment. l’etropoL, an 17C5, page 436.
* Trogon violaceus (Lath. Cuv. ).
LE COUROUCOU A CHAPERON VIOLET. 299
voisin; on les entend se rappeler alternativement en répétant leur sifflement grave et monotone, ouroucoais. Ils ne volent point au loin , mais seulement d’un arbre à un autre, et encore rarement, car ils demeurent tranq-uilles au même lieu pendant la plus grande partie de la journée, et sont cachés dans les rameaux les plus touffus, où l’on a beaucoup de peine à les découvrir, quoiqu’ils fassent entendre leur voix à tous moments; mais comme ils ne remuent pas, on ne les aperçoit pas aisément. Ces oiseaux sont si garnis de plumes, qu’on les juge beaucoup plus gros qu’ils ne le sont réellement; il paraissent de la grosseur d’un pigeon et n’ont pas plus de chair qu’une grive; mais ces plumes, si nombreuses et si serrées, sont en même temps si légèrement implantées qu’elles tombent au moindre frottement, en sorte qu’il est difficile de préparer la peau de ces oiseaux pour les conserver dans les Cabinets : ce sont, au reste, les plus beaux oiseaux de l’Amérique méridionale, et ils sont assez communs dans l’intérieur des terres. Fernandez dit que c’est avec les belles plumes du couroucou à ventre rouge que les Mexicains faisaient des portraits et des tableaux trèsagréables, et d’autres ornements qu’ils portaient les jours de fêtes ou de combats.
Il y a deux autres oiseaux indiqués par Fernandez dont M. Brisson a cru devoir foire des espèces de couroucous; mais il est certain que ni l’un ni l’autre n’appartiennent à ce genre.
Le premier est celui que Fernandez a dit être semblable à l’étourneau et duquel nous avons fait mention à la suite des étourneaux, t. VI, p. 23. Je suis étonné que M. Brisson ait voulu en faire un couroucou, puisque Fernandez dit lui-rnême qu’il est du genre de l’étourneau, et qu’ils sont semblables par la figure : or, les étourneaux ne ressemblent en rien aux couroucous : le bec, la disposition des doigts, la forme du corps, tout est si éloigné, si différent dans ces deux oiseaux, qu’il n’y a nulle raison de les réunir dans un même genre*.
Le second oiseau que M. Brisson a pris pour un couroucou, est celui que Fernandez ** dit être d’une grande beauté , gros comme un pigeon, se trouvant sur le bord de la mer, et qui a le bec long, large, noir, un peu crochu; cette forme du bec est, comme l’on voit, bien différente de celle du bec des couroucous, et cela seul devait suffire pour le faire exclure de
a. Tzanatltototl. Fernandez , Hist. nov. Hisp., p. 22 , cap. xxxvii. — « Trogon supernèalbo, « nigro et fulvo variegatus, infernè rubescens ; capite riigro; rectricibus nigris, tribusque apice « albis... » Trogon Mexicanus, Brisson, Ornilhol., t. IV, p. 175.
h. Quaxoxoctototl. Fernandez, Hist. nov. Hisp., p. 49, cap. clxxvii. — « Trogon cyaneo, « luteo, Yiridi et nigro variegatus; vertice cyaneo... » Trogo Mexicanus varias. Brisson, Ornilhol., t. IV, p. 176.
1. « Selon M. Vieillot, cet oiseau appartiendrait plutôt au genre des troupiales ou des M carouges qu’à celui des étourneaux, qui n’est représenté par aucune espèce en Amérique. » ( Desmarets. )
LE COUROUCOU A CHAPERON VIOLET
ce genre. Fernandez ajoute qu’il ne chante pas, et que sa chair n’est pas bonne à manger , qu’il a la tête bleue et le reste du plumage d’un bleu varié de vert , de noir et de blanchâtre ; mais ces indications ne nous paraissent pas encore suffisantes pour pouvoir rapporter cet oiseau du Mexique à quelque genre connu.
LE COUROUCOUCOU.
Enti'e la grande famille du coucou et celle du couroucou , il paraît que l’on peut placer un oiseau qui semble participer des deux, en supposant que son indication donnée par Seba ^ soit moins fautive et plus exacte que la plupart de celles qu’on trouve dans son gros ouvrage. Yoici ce qu’il en dit :
« Il a la tête d’un rouge tendre et surmontée d’une belle huppe d’un « rouge plus vif et varié de noir. Le bec est d’un rouge pâle; le dessus du « corps d’un rouge vif; les couvertures des ailes et le dessous du corps, « sont d’un rouge tendre; les pennes des ailes et celles de la queue sont « d’un jaune ombré d’une teinte noirâtre. »
Cet oiseau est moins gros que la pie ; sa longueur totale est d’environ dix pouces.
Il faut remarquer que Seba ne parle point de la disposition des doigts, et que dans la figure ils paraissent disposés trois et un , et non pas deux et deux; mais ayant donné à cet oiseau le nom de coucou, c’était dire assez qu’il avait les doigts disposés de cette dernière manière.
LE TOURACO.'^*
Cet oiseau est un des plus beaux de l’Afrique , parce qu’indépendamment de son plumage brillant par les couleurs, et de ses beaux yeux couleur de
a. Cuculus Brasiliensis vemslissimè pictus. Seba, vol. I, p. 102, avec une figure, pl. 66, n° 2. — «Cuculus cristatus ruber, supernè saturatiùs, infernè dilutiùs , flavo varias : cristà « saturatè rubrà, nigro variegatà : remigibus, rectricibusque flavis; nigricante adumbratis... » Coucou rouge huppé du Brésil. Brisson , Ornithol., t. IV, p. 151. — Columbœ adfinis. Moehring, Av. gênera , gen. 103. — « Cuculus caudà sub-æquali, corpore rubro, remigibus flaves- « centibus. » Linnæus, Syst. nat., édit. XIII , p. 171, sp. 18. — Ornilhol. ital., t I , p. 84 , sp. 31.
b. Voyez les planches enluminées, n" 601.
c. Cuculo adfin's. Mochring, Avi., gen. 106. — Crown bird (rom Mexico. Oiseau huppé ou " uronné du Mexique. Albin, t. II , p. 12 , avec une figure mal coloriée, pl. 19. — Touraco.
* Cuculus brasiliensis (Linn.). — « Oiseau dont l’existence est douteuse, et qui n’est connu
que par la description et la figure très-imparfaites qu’en a données Seba. » ( Desmarets. }
'* Cuculus persa (Innn.). — Corylhaix persa (lllig. ). — Ordre des Grimpeurs, genre Touracos. — « On place communément parmi les grimpeurs deux oiseaux d’Afrique très-
LE TOURACO.
feu, il porte sur la tête une espèce de huppe, ou plutôt une couronne qui lui donne un air de distinction. Je ne vois donc pas pourquoi nos nomenclateurs l’ont mis dans le genre des coucous, qui, comme tout le monde sait, sont des oiseaux très-laids, d’autant que le touraco en diffère non-seulement par la couronne de la tête, mais encore par la forme du bec, dont la partie supérieure est plus arquée que dans les coucous, avec lesquels il n’a de commun que d’avoir deux doigts en avant et deux en arrière ; et comme ce caractère appartient à beaucoup d’oiseaux, c’est sans aucun fondement qu’on a confondu avec les coucous le touraco, qui nous paraît être d’un genre isolé.
Cet oiseau est de la grosseur du geai ; mais sa queue large et longue semble agrandir sa taille , quoiqu’il ait les ailes très-courtes, car elles n’atteignent qu’à l’origine de sa longue queue. 11 a la mandibule supérieure convexe, recouverte de plumes rabattues du front, et dans lesquelles les narines sont cachées : son œil vif et plein de feu est entouré d’une paupière écarlate , surmontée d’un grand nombre de papilles éminentes de la même couleur. La belle huppe, ou plutôt la mitre qui lui couronne la tête, est un faisceau de plumes relevées, fines et soyeuses, et composées de brins si déliés que toute la touffe en est transparente : le beau camail vert qui lui couvre tout le cou, la poitrine et les épaules, est composé de brins de la même nature aussi déliés et soyeux.
Edwards, Hist. of Birds, p. 7. — Touraco, régla avis. Klein, Avi., p. 36. — « Cuculus candi « æquali, capite cristâ erectâ, remigibns primoribus rubris... » Cuculus Persa. Linnæus, Syst. nat., édit. X, p. 111. — « Cuculus cristatus saturatè viridis; dorso inflmo et uropygio « purpureo-cærulescentibus ; imo Tentre nigricante ; latà fascià per oculos nigrà ; tæniis supra « et infra oculos candidis ; remigibus quatuor primoribus coccineis , exteriùs et apice nigro « marginatis] rectricibus purpureo-cærulescentibus... » Cuculus Guineensîs cristatus viridis. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 152.
« voisins l’un de l’autre, qui me paraissent aussi avoir quelque analogie avec les gallinacés , « et nommément avec le genre des hoccos. — Ils ont les ailes et la queue des hoccos, et se « tiennent, comme eux, sur les arbres; leur bec est court et la mandibule supérieure bombée; « leurs pieds ont une courte membrane entre les doigts de devant ; mais il est vrai que le doigt « externe se dirige souvent en arrière, comme celui des chouettes. Leurs narines sont aussi « simplement percées dans la corne du bec, les bords des mandibules sont dentelés, et le « sternum (au moins celui du touraco) n’a pas ces grandes écbancrures ordinaires dans les « gallinacés.
« Ces oiseaux, dont on a fait deux genres , sont :
« 1» Les touracos [corylhaix, lUig.), dont le bec ne remonte pas sur le front, et dont la tète « est garnie d’une buppe qui peut se redresser. L’espèce la plus commune (cuculus persa, « Linn. ) habite aux environs du Cap, est d’un beau vert, avec une partie des pennes des ailes « cramoisi. Elle niche dans des trous d’arbres, et se nourrit de fruits. — Ajoutez le touraco « géant, le touraco pauline , le touraco brun (phasianus africanus Lath.);
« 2® Les musophages , ainsi nommés parce qu’ils vivent surtout du fruit du bananier, ont « pour caractère la base du bec formant un disque qui recouvre une partie du front. L’espèce « connue (musophaga violacea VieiU., touraco violet Levaill.) ale lourdes yeux nu et rouge, « le plumage violet, l’occiput et les grandes pennes de l’aile cramoisi : un trait blanc passe « sous le nu du tour de l’œil. Elle habite en Guinée et au Sénégal. » (Cuvier.)
302 LE TOURACO.
Nous connaissons deux espèces, ou plutôt deux variétés dans ce genre, dont l’une nous est venue sous le nom de touraco cl Abyssinie, et la seconde BOUS celui de touraco du cap de Donne- Espérance.
Elles ne diffèrent guère que par des teintes , la masse et le fond des couleurs étant les mêmes. Le touraco d’Abyssinie^ porte une huppe noirâtre, ramassée et rabattue en arrière et en flocon : les plumes du front, de la gorge et du tour du cou, sont d’un vert de pré; la poitrine et le haut du dos sont de cette même couleur, mais avec une teinte olive qui vient se fondre dans un brun pourpré, rehaussé d’un beau reflet vert; tout le dos, les couvertures des ailes et leurs pennes les plus près du corps ainsi que toutes celles de la queue sont colorées de même : toutes les grandes pennes de l’aile sont d’un beau rouge cramoisi avec une échancrure de noir aux petites barbes vers la pointe. Nous ne concevons pas comment M. Brisson“ n’a vu que quatre de ces plumes rouges : le dessous du corps est gris brun faiblement nuancé de gris clair.
Le touraco du cap de Bonne-Espérance ne diffère de celui d’Abyssinie, que par la huppe relevée en panache, tel que nous venons de le décrire , et qui est d’un beau vert clair, quelquefois frangé de blanc : le cou est du môme vert, qui va se fondre et s’éteindre sur les épaules dans la teinte sombre, à reflet vert lustré.
Nous avons eu vivant le touraco du Cap : on nous avait assuré qu il se nourrissait de riz, et on ne lui offrit d abord que cette nouirituie, il ny toucha pas, s’affama, et dans cette extrémité il avalait sa fiente ; il ne subsista pendant deux ou trois Jours , que d’eau et de sucre dont on avait mis un morceau dans sa cage; mais voyant apporter des raisins sur la table, il marqua l’appétit le plus vif ; on lui en donna des grains, il les avala avidement; il s’empressa de même pour des pommes, puis pour des oranges ; depuis ce temps on l’a nourri de fruits pendant plusieurs mois. Il paraît que c’est sa nourriture naturelle, son bec courbé n étant point du tout fait pour ramasser des graines : ce bec présente une large ouverture, fendue Jusqu’au-dessous des yeux ; cet oiseau saute et ne marche pas : il a les ongies aigus et forts, et la serre bonne, les doigts robustes et recouverts de fortes écailles. Il est vif et s’agite beaucoup; il fait entendre a tout moment un petit cri bas et rauque, creû, creû, du fond du gosier et sans ouvrir le bec ; mais de temps en temps il Jette un autre cri éclatant et très-fort, co, co, co, co, co, co, co, les premiers accents graves, les autres plus hauts, précipités et très-bruyants, d’une voix perçante et rude : il fait entendre de lui- môme ce cri quand il a faim ; mais
a. Ornithologie, tome IV, page lü3.
1. « Cet oiseau a été regardé par Bulîon comme une variété du touraco propre au cap de « Bonnc-Espéraiice; mais Levaillant en a formé une espèce particulière sous le nom de toura « deDu/Ton {opæŒus Butfoni WmiW.)- » (Desmarets, Dict. des soi. nat., art. louracos.)
LE TOÜRACO. 3^3
ii le répète à volonté quand on l’excite et qu’on l’anime en l’imitant.
Ce bel oiseau m’a été donné par madame la princesse de Tingri , et je dois lui en témoigner ma respectueuse reconnaissance; il est mêm'e devenu plus beau qu il n était d’abord , car il était dans un état de mue lorsque jeu ai fait la description qii on vient de lire; aujourd’hui, c’est-à-dire quatre mois après, il a refait son plumage et repris de nouvelles beautésil porte deux traits blancs de petites plumes ou poils ras et soyeux^ l’un assez court à l’angle intérieur de l’œil, l’autre devant l’œil et prolongé en arrière à l’angle extérieur; entre deux est un autre trait de ce meme duvet, mais d’un violet foncé; son manteau et sa queue brillent d’un riche bleu pourpré, et sa huppe est verte et sans franges • ces nouveaux caractères me font croire qu’il ne ressemble pas exactement au touraco du cap de Bonne-Espérance comme je l’avais cru d’abord; il me paraît différer aussi par ces mêmes caractères de celui d’Abyssinie. Voilà donc trois variétés dans le genre du touraco ; mais nous ne pouvons encore décider si elles sont spécifiques ou individuelles , périodiques ou constantes ou seulement sexuelles.
Il ne paraît pas que cet oiseau se trouve en Amérique , quoique Albin 1 ait donné comme venant du Mexique. Edwards assure qu’il est indigène en Guinée, d où il est possible que l’individu dont parle Albin ait été transporté en Amérique.^ Nous ne savons rien sur les habitudes naturelles de cet oiseau dans son état de liberté; mais comme il est d’une grande beauté, il laut espérer que les voyageurs le remarqueront et nous feront part de leurs ob.servations.
Dès le temips d’Aristote, on disait communément que jamais personne Il avait vu la couvée du coucou; on savait dès lors que cet oiseau pond
а. Voyez les planches enluminées , n° 8H.
б. Koxîcu?, que Gaza traduit, cuculus. Aristote, Hist. animal., lih. vi, cap vu - lib ix cm
nonïntr mot ; t T' T ™dernes pro-
Oüna Urr^ii ■ ’ 1®® observations du même auteur, fol. 11. —
qui Îeterlucimie f ■’ “ auteur,
« Yiluperio deUe Zh ' ® ''O'' s’accorgon del
«iCoZzfLr^^^ Poi corrompendosiper
1 ifanoianza di cbi profenva detta parola , s’ è detto cornuto ; e anticamente , e anco hoggZ
CoucouZ{Cv.T)°'^^ (Linn. ). — Ordre des Grim-geurs ; genre Coucous; sous-genre Vrais
loo -.ntvp.! mais qu’il ne fait point (le nid ; on savait qu’il déposé comme les autr , q endroit)
scs oeufs ou son ceuf (car il est rare qu e i
,1-,„S les nids des autres oiseaux . plus petits ou plus grands, qu. î, veaes les verdiers, les alouettes, les ramiers, etc. qu il mange souveries œn s qu’il y trouve; qu’il laisse à l’étrangère le soin de couver, noîà ir élël sa génilure; que cette étrangère, et nommément la fau- " s’a quitte Mllemenl de tous ces soins -, et avec tant de succès que lë fèv'es deviennent très-gras, et sont alors un morceau succulent ; on
. , é v,«a ,»su p.r.la, com'
« non s’ accorga. » Remarquez que Gessner, flerumque usque ad diem SancU
le nom de cuculus. Audiuntur a^ud on LueiUait de ce nom ceux
Joatini., p. 364. Cela éclaircrt une . ^Tte paresseux qui étaient
que l’on surprenaU faisant une f J nom de couïou à tous les paresen retard pour tailler les , Aristophane. Cela a encore lieu chez quelques nations
seux, aux gens dun esprit ho . y jréPreu selon différents auteurs, kaath , kik,
de l’Europe. - Cuculus, cucullus, cuccus, en hehreu se on a ^
kakik,kakata, schalac, ^<^haschaph , kore Jn espagnol, cuclillo;
ruption, karkolix,kakakoz; ’ g^ùch, kukkuk, gugckuser; en flamand,
en français, cocou, coquu , en allemand, gu ’ iHyrien, ziez guk. Gessner,
feocfeo/i ou /coc/cMMt, fcoc/cMunf; en anglais, , Én syriaque , coco ; en français ,
lues., p.249. Sonieune Rzaczynski,
Cucutuc; en Si,’ t. I, clas. iv, di.
pr m?i;, v! arTo’. C’est mal à propos qu’il en a fait un pic,
Ltalan! cocut, cugul. Barrère, O'-f îiï, sp 3 Ce "^n’e'st point une
nigricans maeuhs subrufis. Cuculus “ ^ variété d’âge — Cuculus caudâ rotundatâ ,
espèce différente delà première, mais une simple ^^^___Cuculusrectri-
nigricante , albo punctatâ. hmnæus , Syst nat.,tdii. ^ S ’ 'geccka. Linnæus, Fauna
Jus nigricantibus, punclis albis ; en suédois - Strcl eandd rotun-
, Suecioa, 1746. - Kramer, Elenchus ^ norvégien, gouk. Muller, Zoolog.
datâ,eic., en danois, gioeg-kukert , kuk, ™ ^ alhus, fusco
Danicoi prodrom. Gen. 95 p. 12. " rectricihus nigricantibus , apice albis, octo
« transversim striatus; collo mferiore dilute ciner , , , (gres^ariegatis, utrimque extimi
« intermediis maculis albis circa scapum et ad margines cucule
« albo transversim striatâ... » Cuculus, le coucou, «uco cuciiho, Gerini,
commune , osia cucule di color cenermo o P^omb‘no gO. - Coucou,
Ornühol. Ital., p. 80, pl. 67. - The cuckoo. BnUsh ^ "n Lellê te eune coucouat, ce rocou, coquu, cocu, eaux ; en Provence , coudiou , en S g PP coucou.
qui a beLoup de rapport au mot italien cuccuoa a .a«ua,e.
Salcrne, Hist. nat. des oiseaux, p. 46. - En quelques cantons de Bourgogne,
b! On Utend môme que tes adultes ne sont pas un mauvais ® "'nUteté,’ id l’au-
est des pays où on ne tes mange ni jeunes, ni vieux, m g , ® •’ g^re ; d’autres
tomne , parce qu’on les regarde comme des oiseaux immondes et de mauvais aug
savait que leur plumage change beaucoup lorsqu’ils arrivent à l’âge aduKeon savait enfin que les coucous commencent à paraître et à se faire en fendre dès les premiers jours du printemps, qu’ils ont l’aile faible en arrivant, qu'ils se taisent pendant la canicule , et l’on disait que certaine espèce faisait sa ponte dans des trous de rochers escarpés Voilà les principaux faits de l’histoire du coucou : ils étaient connus il y a deux mille ans, et les siècles postérieurs n’y ont rien ajouté; quelques-uns même de ces faits étaient tombés dans l’oubli, notamment leur ponte dans des trous de rochers. On n’a pas ajouté davantage aux fables qui se débitent, depuis le même temps à peu près, sur cet oiseau singulier ; le faux a ses limites ainsi que le vrai , l’un et l’autre est bientôt épuisé sur tout sujet qui a une grande célébrité, et dont par conséquent on s’occupe beaucoup.
Le peuple disait donc il y a vingt siècles, comme il le dit encore aujourd’hui, que le coucou n’est autre chose qu’un petit épervier métamorphosé ; que cette métamorphose se renouvelle tous les ans à une époque déterminée; que lorsqu’il revient au printemps , c’est sur les épaules du milan qui veut bien lui servir de monture, afin de ménager la faiblesse de ses ailes (complaisance remarquable dans un oiseau de proie tel que le milan); qu il jette sur les plantes une salive qui leur est funeste par les insectes qu’elle engendre ; que la femelle coucou a l’attention de pondre dans chaque nid qu’elle peut découvrir, un œuf de la couleur des œufs de ce md pour mieux tromper la mère; que celle-ci se fait la nourrice ou la gouvernante du jeune coucou , qu’elle lui sacrifie ses petits qui lui paraissent moins jolis ; qu’en vraie marâtre elle les néglige, ou qu’elle les tue et les lui fait manger. D’autres soupçonnent que la mère coucou revient au nid où elle a déposé son œuf, et qu’elle chasse ou mange les enfants de la maison pour mettre le sien plus à son aise; d’autres veulent que ce soit celui-ci qui en fasse sa proie, ou du moins qui les rende victimes de sa voracité, en s’appropriant exclusivement toutes les subsistances que peut
au contraire les regardent comme des oiseaux de bon augure , et comme des oracles qu’ils consultent en plus d’une occasion; d’autres enfin, ont cru ou voulu faire croire que la terre qui se trouve sous le pied droit de celui qui entend le premier cri du coucou est un préservatif sûr contre les puces et autres vermines.
a. « Genus quoddam in saxis præruptis nidum struere. » Aristote. Ne serait-ce pas le coucou d Andalousie de Brisson, et le grand coucou tacheté d’Edwards ? L’individu dont parle ce dernier avait été tué sur les rochers des environs de Gibraltar, et ses pareils pourraient bien se trouver aussi dans la Grèce , dont le climat est à peu près semblable : enfin, ne serait-ce pas des éperviers que l’on aurait pris pour des coucous, à cause de la ressemblance du plumage? or,
1 ou sait que les éperviers nichent dans des trous de rochers escarpés.
fc. Voyez Élien, Salerne, etc. Le véritable œuf du coucou est plus gros que celui du rossignol, de forme moins allongée, de couleur grise presque blanchâtre, tachetée vers le gros bout de brun violet presque effacé , et de brun foncé plus tranché ; enfin, marqué dans sa partie moyenne de quelques traits irréguliers couleur de marron.
c. Les coucous sont hideux lorsqu’ils viennent d’éclore, et même plusieurs jours après qu’ils sont éclos.
vu.
fournir la pourvoyeuse commune. Élien raconte que le jeune coucou sentant bien en lui-même qu’il est bâtard ou plutôt qu’il est un intrus, et craignant d’être traité comme tel sur les seules couleurs de son plumage, s’envole dès qu’il peut remuer les ailes, et va rejoindre sa véritable mère D'autres prétendent que c’est la nourrice qui abandonne le nourrisson lorsqu’elle s’aperçoit, aux couleurs de son plumage, qu’il est d’une autre espèce. Enfin, plusieurs croient qu’avant de prendre son essor, le nourrisson dévore la nourrice qui lui avait tout donné jusqu’à son propre sang. Il semble qu’on ait voulu faire du coucou un archétype d’ingratitude % mais il ne fallait pas lui prêter des crimes physiquement impossibles : n’est-il pas impossible en effet que le jeune coucou à peine en état de manger seul , ait assez de force pour dévorer un pigeon ramier, une alouette, un bruant, une fauvette? il est vrai que l’on peut citer en preuve de cette possibilité un fait rapporté par un auteur grave, M. Klein, qui l’avait observé à l’câge de seize ans : ayant découvert dans le jardin de son père, un nid de fauvette, et dans ce nid un œuf unique qu’on soupçonna être un œuf de coucou , il donna au coucou le temps d’éclore et même de se revêtir de plumes , après quoi il renferma le nid et l’oiseau dans une cage qu’il laissa sur place; quelques jours après, il trouva la mère fauvette prise entre les bâtons de la cage, ayant la tête engagée dans le gosier du jeune coucou qui l’avait avalée, dit-on, par mégarde, croyant avaler seulement la chenille que sa nourrice lui présentait apparemment de trop près. Ce sera quelque fait semblable qui aura donné lieu à la mauvaise réputation de cet oiseau; mais il n’est pas vrai qu’il ait l’habitude de dévorer ni sa nourrice ni les petits de sa nourrice ; premièrement, il a le bec trop faible , quoique assez gros , le coucou de M. Klein en est la preuve , puisqu’il mourut étouffé par la tête de la fauvette dont il n’avait pu briser les os; en second lieu , comme les preuves tirées de l’impossible sont souvent équivoques et presque toujours suspectes aux bons esprits , j’ai voulu constater le fait par la voie do l’expérience. Le 27 juin , ayant mis un jeune coucou de l’année, qui avait déjà neuf pouces de longueur totale , dans une cage ouverte, avec trois jeunes fauvettes qui n’avaient pas le quart de leurs plumes, et ne mangeaient point encore seules, ce coucou, loin de les dévorer ou de les menacer, semblait vouloir reconnaître les obligations qu’il avait à l’espèce; il souffrait avec complaisance que ces petits oiseaux, qui ne paraissaient point du tout avoir peur de lui, cherchassent un asile sous ses ailes, et s’y réchauffassent comme ils eussent fait sous les ailes de
a. Nat. animalivni,\\]). ni, cap. xxx. On a dit aussi, en se jetant dans l’excès opposé, et même oppo.sé à toutes les obsei vations, que la mère coucou, oubliant ses propres œufs, couvait des œuis étrangers. Voyez Acron, in SaC VII llorat., lïh. i.
b. Voyez Linuæus à l’endroit cité, et plusieurs autres.
c. Ingrat coinme un coucou, disent les Allemands : Mclanclithon a fait une belle barangiie contre l’ingratitude de cet oiseau.
tour mère, tandis que dans le même temps une jeune chouette de l’année, et qui n’avait encore vécu que de la béquée qu’on lui donnait, apprit à manger seule en dévorant toute vivante une quatrième fauvette que l’on avait attachée auprès d’elle. Je sais que quelques-uns, pour dernier adoucissement, ont dit que le coucou ne mangeait que les petits oiseaux qui venaient d’éclore et n’avaient point encore de plumes :à la vérité, ces petits embryons sont pour ainsi dire des êtres intermédiaires entre l’œuf et l’oiseau, et par conséquent peuvent absolument être mangés par un animal qui a coutume de se nourrir d’œufs couvés ou non couvés; mais ce fait, quoique moins invraisemblable, ne doit passer pour vrai que lorsqu’il aura été constaté par l’observation.
Quant à la salive du coucou, on sait que ce n’est autre chose que l’exudation écumeuse de la larve d’une certaine cigale appelée la bedaude'^-, il est possible qu’on ait vu un coucou chercher cette larve dans son écume, et qu’on ait cru l’y voir déposer sa salive, ensuite on aura remarqué qu’il sortait un insecte de pareilles écumes , et on se sera cru fondé à dire qu’on avait vu la salive du coucou engendrer la vermine.
Je ne combattrai pas sérieusement la prétendue métamorphose annuelle du coucou en épervier* : c’est une absurdité qui n’a jamais été crue par les vrais naturalistes, et que quelques-uns d’eux ont réfutée; je dirai seulement que ce qui a pu y donner occasion c’est que ces deux oiseaux ne se trouvent guère dans nos climats en même temps, et qu’ils se ressemblent par le plumage% par la couleur des yeux et des pieds, par leur longue queue, par leur estomac membraneux, par la taille, par le vol, par leur peu de fécondité, par leur vie solitaire, par les longues plumes qui descendent des jambes sur le tarse, etc. Ajoutez à cela que les couleurs du plumage sont fort sujettes à varier dans l’une et l’autre espèce au point qu’on a vu une femelle coucou, bien vérifiée femelle par la dissection, qu’on eût prise pour le plus bel émerillon, quant aux couleurs, tant son plumage était joliment varié mais ce n’est point tout cela qui constitue l’oiseau de
a. On a dit que les cigales qui sortaient de cette larve donnaient la mort au coucou en le piquant sous l’aile ; c’est tout au plus quelque fait particulier, mal vu , et plus mal à propos généralisé.
b. Je viens d’étre spectateur d’une scène assez singulière : un épervier s’était jeté dans une
basse-cour assez bien peuplée; dès qu’il fut posé, un jeune coq de l’année s’élança sur lui et le icnversa sur son dos; dans cette situation, l’épervier se couvrant de ses serres et de son bec, en imposa aux poules et dindes qui criaient en tumulte autour de lui; quand il fut un peu lassuré, il se releva et allait prendre sa volée, lorsque le jeune coq se jeta sur lui une seconde lois , le renversa comme la première , et le tint ou l’occupa assez longtemps pour qu’on pût s’en s’aisir. ^
c. Surtout étant vus par-dessous, taudis qu’ils volent. Le coucou bat des ailes en partant, et file ensuite comme le tiercelet.
d. Voyez ci-devant, 1. 1, p. 120; et Aristote, Hist. animal, lib. ix, cap. 49.
e. Voyez Salerne, Hist. des oiseaux, p. 40. M. Hérissant a vu plusieurs coucous qui, par leui plumage, ressemblaient à différentes espèces d’émouchets ou mâles d’éperviers, et un
3Qg LE COUCOU.
proie, c’est le bec et la serre, c’est le courage et la force, du moins la force relative, et à cet égard il s’en faut bien que le coucou soit un oiseau de proie “;Ü ne l’est pas un seul jour de sa vie, si ce n’est en apparence et par des circonstances singulières, comme le fut celui de M. Klein. M. Lottinger a observé que les coucous de cinq ou six mois sont aussi niais que les jeunes pigeons; qu’ils ont si peu de mouvement qu ils restent des heures dans la même place, et si peu d appétit qu il faut leur aider a avaler . il est vrai qu’en vieillissant ils prennent un peu plus de hardiesse et qu’ils en imposent quelquefois à de véritables oiseaux de proie. M. le vicomte de Querhoént, dont le témoignage mérite toute confiance, en a vu un qui, lorsqu’il croyait avoir quelque chose à craindre d’un autre oiseau, hérissait ses plumes, haussait et baissait la tête lentement et à plusieurs reprises, puis s’élançait en criant, et par ce manège mettait souvent en fuite une cresserelle qu’on nourrissait dans la même maison ^
Au reste, bien loin d’être ingrat, le coucou parait conseiver le souvenir des bienfaits et n’y être pas insensible : on prétend qu’en arrivant de son quartier d’hiver il se rend avec empressement aux lieux de sa naissance, et que lorsqu’il y retrouve sa nourrice ou ses frères nourriciers, tous éprouvent une joie réciproque qu’ils expriment chacun à leur manière ; et sans doute ce sont ces expressions différentes, ce sont leurs caresses mutuelles, leurs cris d’allégresse, leurs jeux, qu’on aura pris pour une guerre que les petits oiseaux faisaient au coucou ; il se peut néanmoins qu on ait vu entre eux de véritables combats : par exemple, lorsqu un coucou etranger, cédant à son instinct aura voulu détruire leurs œufs pour placer le sien dans leur nid, et qu’ils l’auront pris sur le fait. G est cette habitude bien constatée qu’il a de pondre dans le nid d’autrui, qui est la principale singularité de son histoire, quoiqu’elle ne soit pas absolument sans exemple. Gessner parle d’un certain oiseau de proie fort ressemblant à 1 autoui, qui
autre qui ressemblait assez à un pigeon biset. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1752,
page 417. , . • -1 „
a. Aristote dit avec raison, que c’est un oiseau timide; mais je ne sais pourquoi il cite en preuve de sa timidité son habitude de pondre au nid d’autrui. De gcneratione , lib. m, cap. i.
l. Un coucou adulte, élevé chez M. Lottinger, se jetait sur tous les oiseaux, sur les plus forts comme sur les plus faibles, sur ceux de son espèce comme sur les autres, attaquant la tète et les yeux par préférence; il s’élancait même sur les oiseaux empaillés, et quelque iu( omcnt qu’il fût repoussé , il revenait toujours à la charge, sans se rebuter jamais. Pour moi, j’ai reconnu par mes propres observations, que les coucous menacent la main qui s avance fioni les prendre , qu’ils s’élèvent et s’abaissent alternativement en se hérissant, et même qu’ils mordent avec une sorte de colère , mais sans beaucoup d eflet.
c. Voyez Frisch , à l’endroit cité. .
d. Aristote , Pline , et ceux qui les ont copiés ou qui ont renchéri sur eux , s’accordent a dire ciue le coucou est timide ; que tous les petits oiseaux lui courent sus , et qu’il n’en est pas un d’eux qui ne le mette en fuite : d’autres ajoutent que cette persécution vient de ce qu d ressemble à un oiseau de proie ; mais depuis quand les petits oiseaux poursuivent-ils les oiseaux de proie ?
pond dans le nid du choucas»; et si l’on veut croire que cet oiseau inconnu, qui ressemble à 1 autour, n’est autre chose qu’un coucou, d’autant plus que celui-ci a été souvent pris pour un oiseau de proie, et que l’on ne connaît point de véritable oiseau de proie qui ponde dans des nids étrangers, du moins on ne peut nier que les torcous n’établissent quelquefois ”leur nombreuse couvée dans des nids de sittelle, comme je m’en suis assuré , que les moineaux ne s’emparent aussi des nids d’hirondelles, etc. ; mais ce sont des cas assez rares, surtout à l’égard des espèces qui construisent un nid, pour que 1 habitude qu’a le coucou de pondre tous les ans dans des nids étrangers doive être regardée comme un phénomène singulier.
Une autre singularité de son histoire, c’est qu’il ne pond qu’un œuf, du moins qu un seul œuf dans chaque nid ; car il est possible qu’il en ponde deux, comme le dit Aristote, et comme on l’a reconnu possible par la dissection des femelles, dont l’ovaire présente assez souvent deux œufs bien conformés et d’égale grosseur ^
Ces deux singularités semblent tenir à une troisième et pouvoir s’expliquer par elle : c est que leur mue est et plus tardive et plus complète que celle de la plupart des oiseaux; on rencontre quelquefois l’hiver, dans le creux des arbres, un ou deux coucous entièrement nus, nus au point qu’on les- prendrait au premier coup d’œil pour de véritables crapauds. Le R. P. Bougaud, que nous avon& cité plusieurs fois avec la confiance qui lui est due, nous a assuré en avoir vu un dans cet état, qui avait été trouvé sur la fin de décembre dans un trou d’arbre. De quatre autres coucous élevés, lun chez M. Johnson, cité par AVillughby, le second chez M. le comte dé Buffon, le troisième chez M. Hebert, et le quatrième chez moi, le premier devint languissant aux approches de l’hiver, ensuite galeux, et mourut; le second et le troisième se dépouillèrent totalement de leurs plumes dans le mois de novembre, et le quatrième, qui mourut sur la fin d’octobre, en avait perdu plus de la moitié; le second et le troisième moururent aussi, mais avant de mourir ils tombèrent dans une espèce d’engourdissement et de torpeur. On cite plusieurs autres faits semblables; et, si l’on a eu tort d’en conclure que tous les coucous qui paraissent l’été dans un pays y restent i hiver dans des arbres creux ou dans des trous en terre engourdis
a. De avibus , p. 3C5.
pageIo°^^^ Liuuæus, Fauna Suecica, n» 77, édit, de 1746; et Salerne, Hist. nat. des oiseaux,
c. Ceux qui parlent (,e ces coucous trouvés J’hiver dans des trous , s’accordent tous à dire quils sont absolument nus et ressemblent à des crapauds ; cela me ferait soupçonner qu’on a pris quelquefois pour des coucous des gienouilles qui passent véritablement l’hiver dans des rous sans manger, sans pouvoir manger, ayant la bouche fermée et les deux mâchoires comme sou ees ensemble. Au demeurant, Aristote dit positivement que les coucous ne paraissent point 1 hiver dans la Grèce.
dépouillés de plumes, et, selon quelques-uns, avec une ample provision de blé (dont toutefois cette espèce ne manque jamais), on peut du moins, ce me semble, en conclure légitimement: 1° que ceux qui, au moment du départ sont malades ou blessés, ou trop jeunes, en un mot trop faibles, par quelque raison que ce soit, pour entreprendre une longue route, restent dans le pays où ils se trouvent et y passent riiiver, se mettant de leur mieux à l’abri du froid dans le premier trou qu’ils rencontrent à quelque bonne exposition, comme font les cailles ^ et comme avait fait apparemment ie coucou vu par le R. P. Bougaud: 2° qu’en général ces sortes d’oiseaux entrent en mue fort tard, que par conséquent ils refont leurs plumes aussi fort tard, et qu’à peine elles sont refaites au temps où ils reparaissent, c’est-à-dire au commencement du printemps : aussi ont-ils les ailes faibles alors et ne vont-ils que rarement sur les grands arbres ; mais ils se traînent, pour’ainsi dire, de buisson en buisson, et se posent même quelquefois à terre où ils sautillent comme les grives. On peut donc dire que dans la saison de l’amour le superflu de la nourriture étant presque entièrement absorbé par l’accroissement des plumes, ne peut fournir que très-peu à la reproduction de l’espèce ; que c’est par cette raison que la femelle coucou ne pond ordinairement qu’un œuf, ou tout au plus deux; que cet oiseau ayant moins de ressources en lui-même pour l’acte principal de la génération, il a aussi moins d’ardeur pour tous les actes accessoires tendant a la conLrvation de l’espèce, tels que la nidification, l’incubation, l’éducation des petits, etc., tous actes qui partent d’un même principe et gardent entre eux une sorte de proportion. D’ailleurs, de cela seul que les mâles de cette espèce ont l'instinct de manger les œufs des oiseaux, la femelle doit cacher soigneusement le sien ; elle ne doit pas retourner à l’endroit où eile l’a déposé, de peur de l’indiquer à son mâle ; elle doit donc choisir le md le mieux caché, le plus éloigné des endroits qu’il fréquente ; elle doit meme, si elle a deux œufs, les distribuer en différents nids ; elle doit les confier a des nourrices étrangères et se reposer sur ces nourrices de tous les soins nécessaires à leur entier développement : c’est aussi ce qu’elle fait, en prenant toutes les précautions qui lui sont inspirées par la tendresse pour sa géniture, et sachant résister à cette tendresse même pour qu elle ne se trahisse point par indiscrétion. Considérés sous ce point de vue, les procédés du coucou rentreraient dans la règle générale, et supposeraient 1 amour de la mère pour ses petits, et même un amour bien entendu, qui prelere
a. Lliiver, on trouve quelquefois en chassant, des cailles tapies sous une d-ms Quelque autre trou exposé au midi , avec une petite provision de grains et d epis de tt mue ScesTe ne dois point dissimuler que M. le marquis de Piolenc et une antre persane m'oS d-’on avait élevés et nourris pendant pl-eurs «
n'avaient point perdu toutes leurs plumes dans l’hiver ; inais \
temps, ni la durée, ni la quantité de leur mne, on ne peut rien conclure de ces deux
valions.
l’intérêt de l’objet aimé à la douce satisfaction de lui prodiguer ses soins • d’ailleurs, la seule dispersion de ses œufs en différents nids, quelle qu’en puisse être la cause, soit la nécessité de les dérober à la Yoracité du mâle soit la petitesse du nid suffirait seule, et très-évidemment, pour lui en rendre l’incubation impossible : or, cette dispersion des œufs du coucou est plus que probable, puisque, comme nous l’avons dit, on trouve assez souvent deux œufs bien formés dans l’ovaire des femelles, et très-rarement deux de ces œufs dans le même nid ; au reste, le coucou n’est pas le seul, parmi les oiseaux connus, qui ne fasse point de nid, plusieurs espèces de mésanges, les pics, les martins-pêcheurs, etc., n’en font point non plus; il n’est pas le seul qui ponde dans des nids étrangers, comme nous venons de le dire ; il n est pas non plus le seul qui ne couve point ses œufs ; nous avons vu que 1 autruche, dans la zone torride, dépose les siens sur le sable, où la seule chaleur du soleil suffit pour les faire éclore; il est vrai qu’elle ne les peid guère de vue, et qu’elle veille assidûment à leur conservation , mais elle n’a pas les mêmes motifs que la femelle du coucou pour les cacher et pour dissimuler son attachement; elle ne prend pas non plus, comme cette femelle, des précautions suffisantes pour la dispenser de tout autre soin. La conduite du coucou n’est donc point une irrégularité absurde, une anomalie monstrueuse, une exception aux lois de la nature, comme l’appelle Willughby*; mais c’est un effet nécessaire de ces mêmes lois, une nuance qui appartient à l’ordre de leurs résultats, et qui ne pourrait y manquer sans laisser un vide dans le système général, sans causer une interruption dans la chaîne des phénomènes.
Ce qui semble avoir le plus étonné certains naturalistes, c’est la complaisance qu ils appellent dénaturée de la nourrice du coucou, laquelle oublie si facilement ses propres œufs pour donner tous ses soins à celui d’un oiseau étranger, et même d’un oiseau destructeur de sa propre famille. Un de ces naturalistes, fort habile d’ailleurs en ornithologie, frappé de cette singularité, a fait des observations suivies sur cette matière, en ôtant à plusieurs petits oiseaux les œufs qu’ils avaient pondus, et y substituant un œuf unique de quelque oiseau autre que le coucou et que celui auquel appartenait le nid ; il s’est cru en droit de conclure de ses observations qu aucun des oiseaux qui se chargent de couver l’œuf du coucou, même au préjudice de sa propre famille, ne se chargerait de couver un œuf unique de tout autre oiseau qui lui serait présenté dans les mêmes circonstances, c est-à-dire qui serait substitué à tous les siens, parce que cette
а. Des personnes dignes de foi m’ont dit avoir vu deux fois deux coucous dans un seul nid , mais toutes les deux fois dans un nid de grive : or, un nid de grive est beaucoup plus grand quuû nid de fauvette , de chantre ou de rouge-gorge,
б. Quelques auteurs , trompés par ces façons de parler, ont dit que Willughby ne croyait point a ce fait de 1 histoire du coucou; mais c’est une méprise : Willughby dit précisément qu’il en a ete témoin oculaire avec un grand nombre d’autres personnes.
3,2 le coucou.
complaisance est nécessaire au seul coucou, et que lui seul en jouit en
vertu d’une loi spéciale du Créateur.
Mais que cette conséquence paraîtra précaire et hasardée si l’on pèse les réflexions suivantes! 1" il faut remarquer que la proposition dont il s agit est générale, par cela même qu’elle est exclusive ; qu à ce titre il ne faudrait qu’un seul fait contraire pour la réfuter, et que même en supposant qu’on n’aurait point connaissance des faits contraires, il faudrait pour 1 établir un peu plus de quarante- six observations ou expériences faites sur une vingtaine d’espèces; 2° qu’il en faudrait beaucoup plus encore, et de plus rigoureusement vérifiées, pour établir la nécessité et 1 existence d une loi particulière dérogeant aux lois générales de la nature en faveur du coucou; 3“ qu’eu admettant que les expériences eussent été faites en nombre suffisant et suffisamment vérifiées, il eût fallu encore, pour les rendre concluantes, en assimiler les procédés, autant qu’il était possible, dans toutes leurs circonstances, et n’y soutfrir absolument d’autres différences que celle de l’œuf : par exemple, il n’est pas égal, sans doute, que 1 œuf soit dépose dans un nid étranger par un homme ou par un oiseau, par un homme qui couve une hypothèse chérie, contraire a la réussite de 1 incubation de l’œuf, ou par un oiseau qui paraît ne désirer rien tant que cette réussite ; or, puisque l’on ne pouvait pas se servir du coucou, du merle, de 1 écorcheur, de la fauvette ou du roitelet pour substituer un œuf unique de ces différentes espèces aux œufs des chantres, rouges-gorges, lavandières, etc., il eût fallu que la même main qui avait agi dans ces sortes d’expériences faites avec des œufs, autres que celui du coucou, agit aussi dans un pareil nombre d’expériences correspondantes, faites avec l’œuf même du coucou, et comparer les résultats; or, c’est ce qui n’a point été fait : cela était néanmoins d’autant plus nécessaire, que la seule apparition de 1 homme, plus ou moins fréquente, suffit pour faire renoncer ses propres œufs à la couveuse la plus échautfée, et même pour lui faire abandonner l’éducation déjà avancée du coucou®, comme j’ai été à portée de m’en assurer par moi-môme ; 4“ les assertions fondamentales de l’auteur ne sont pas toutes exactes, car le coucou pond quelquefois, quoique très-rarement, deux œufs dans le môme nid, et cela était connu des anciens. De plus, lauteui sup pose que l’œuf du coucou est toujours seul dans le nid de la nourrice, et que la mère coucou mange ceux qu’elle trouve dans ce nid, ou les détuût de quelque autre manière; mais on sent combien un pareil fait est difficile à prouver, et combien il est peu vraisemblable; il faudrait donc que jamais cette mère coucou ne déposât son œuf ailleurs que dans le nid d’un oiseau qui aurait fait sa ponte entière, ou que jamais elle ne manquât de levcnii
a. Ou a vu uuo vevdière des prés, dont le nid était à terre, sous une grosse racine, abondonner l’éducaiion d’un jeune œueou , par la seule inquiétude que lui causèrent les visucs réitérées de quelques cuiieu.'c.
à ce môme nid pour détruire les œufs pondus subséquemment : autrement ces œufs pourraient être couvés et éclore avec celui du coucou et il y aurait quelques changements à faire, soit dans les conséquences tirées, soit dans la loi particulière imaginée à plaisir; et c’est précisément le'ca^ puisqu on m’a apporté nombre de fois des nids où il y avait plusieurs œufs de 1 oiseau propriétaire - avec un œuf de coucou, et même plusieurs de ces œufs^ éclos ainsi que celui du coucou ‘ ; 5° mais ce qui n’est pas moins décisif, c est qu’il y a des faits incontestables observés par des personnes aussi familiarisées avec les oiseaux qu’étrangères cà toute hypothèse ^ lesquels faits, tout différents de ceux rapportés par l’auteur, réfutent invincib ement ses inductions exclusives, et font tomber le petit statut particulier qu il a bien voulu ajouter aux lois de la nature.
Première expérience.
Une serine qui couvait ses œufs et les lit éclore, couva en même temps, et encore huit jours après, deux œufs de merle pris dans les bois : elle ne cessa de les couver que parce qu’on les lui ôta.
Seconde expérience.
Une autre serine, ayant couvé pendant quatre Jours, sans aucune préférence marquée, sept œufs, dont cinq à elle et deux de fauvettes, les abandonna tous, la volière ayant été transportée dans l’étage inférieur ; ensuite elle pondit deux œufs qu’elle ne couva point du tout.
Troisième expérience.
Une autre serine, dont le mcàle avait mangé ses sept premiers œufs, a couve pendant treize jours ses deux derniers avec trois autres, dontrun
avec l'œuf du coucou : les œufs de la mésange
rmâuSv m .1 7 , rouge-gorge avec l’œuf du coucou. -
mai 1/ /7, quatie œufs de rossignol avec l’œuf du coucou. — 17 mai , deux œufs de mésm-p
(VoKt Gessnepg p 3gÏ couver les œufs de sa nounice. b. Le 14 juin 1777, un coucou nouvellement éclos, dans un nid de grive • avec deux ieunes
tLe, ® 7®" ?" ™^ge-gorge qui paraissait pins anciennement éclos. - M. Lot-
de iu n u,“ par lui-méme, dans sa lettre du 17 octobre 1776 ; au mois
Qo,'i''ellement éclos dans un nid de fauvette à tète noire , avec une ienne
' c Je doîsM°nl'i* 7^’ r ™ pourrais citer plusieurs autres faits semblables,
beillard oui ^ ““ parentes , madame Potot deMont-
« 7 Plosienrs années s’amuse utilement des oiseaux, se plait à étudier leurs
desrDé,Ll7 T' quelquefois a bien voulu faire des observations et tenter
uis Lxpuieuces iclatives aux questions dont j’étais occupé.
était d’une autre serine, le second de linotte, et le troisième de bouvreuil ; mais tous ces œufs se sont trouvés clairs.
Quatrième expérience.
Une femelle troglodyte a couvé et fait éclore un œuf de merle; unefemelle friquet a couvé et fait éclore un œuf de pie.
Cinquième expérience.
Une femelle friquet couvait six œufs qu’elle avait pondus : on en ajouta cinq, elle continua de couver; on en ajouta encore cinq, elle trouva le nombre trop grand , en mangea sept et couva le reste ; on en ôta deux , et on mit à la place un œuf de pie que la femelle friquet couva et fit eclore.
avec les sept autres.
Sixième expérience.
Une manière connue de faire éclore sans embarras des œufs de serin , c’est de les donner à une couveuse chardonneret, prenant garde quiis aient à peu près le même degré d’incubation que ceux de la couveuse qu on
a choisie.
Septième expérience.
Une serine ayant couvé trois de ses œufs et deux de fauvette à tête noire, pendant neuf à dix jours, on retira un œuf de fauvette dont l’embryon était non-seulement formé, mais vivant; dans ce même temps on lui donna a élever deux petits bruants à peine éclos, dont elle a pris soin comme des siens , sans cesser de couver les quatre œufs restants qui se trouvèrent clairs.
Huitième expérience.
Sur la fin d’avril 1776 , une autre serine ayant pondu un œuf, on le lin enleva ; trois ou quatre jours après , cet œuf lui ayant été rendu , elle le mangea; deux ou trois jours après elle pondit un autre œuf et le couva; on lui en donna deux de pinson qu’elle couva, après avoir casse les siens : au bout de dix jours on lui ôta ces œufs de pinson qui étaient gâtés; on lu donna à élever deux petits bruants qui ne faisaient que d’éclore et qu elle éleva très-bien, après quoi elle fit un nouveau nid, pondit deux œufs, en mangea un, et quoiqu’on lui eût ôté l’autre elle couvait toujours à vu c, comme si elle eût eu des œufs; pour profiter de ses bonnes dispositions, on lui donna un œuf unique de rouge-gorge qu’elle couva et fit éclore.
Neuvième expérience.
Une autre serine ayant pondu trois œufs, les cassa presque aussitôt : on les remplaça par deux œufs de pinson et un de fauvette à tête noire qu’elle a couvés, ainsi que trois autres qu’elle a pondus successivement; au bout de quatre ou cinq jours, la volière ayant été transportée dans une autre cliambre de l’étage inférieur, la serine abandonna : peu de temps après elle pondit un œuf auquel on en joignit un de sittelle ou torche-pot, ensuite elle en pondit deuxautres auxquels on en ajouta un de linotte; elle couva le tout pendant sept jours, mais par préférence les deux étrangers, car elle éloigna constamment les siens et les jeta successivement les trois jours suivants; le onzième jour elle jeta celui du torche-pot; en un mot, celui de linotte fut le seul qu’elle amena à bien : si par hasard ce dernier œuf eût été un œuf de coucou, que de fausses conséquences n’eût-on pas vues éclore avec lui!
Dixième expérience.
Le 5 juin, on a donné à la serine de la septième expérience un œuf de coucou qu elle a couvé avec trois des siens; le 7, un de ses trois œufs avait disparu; le 8, un autre; le 10, le troisième et dernier; enfin le 11, quoiqu elle se trouvât précisément dans le cas de la loi particulière, celui où le coucou met ordinairement les femelles des petits oiseaux, et qu’elle n’eût à couver que l’œuf privilégié, elle ne se soumit point à cette prétendue loi, et elle mangea 1 œuf unique du coucou comme elle avait mangé les siens.
Enfin on a vu une femelle rouge-gorge, qui était fort échauffée à couver, se réunir avec son mâle devant leur nid pour en défendre l’entrée à une femelle coucou qui s’en était approchée de fort près, s’élancer en criant contre cet ennemi, l’attaquer à coups de bec redoublés, le mettre en fuite, et le poursuivre avec tant d’ardeur qu’ils lui ôtèrent toute envie de revenir®.
Il résulte de ces expériences : 1° que les femelles de plusieurs espèces de petits oiseaux qui se chargent de couver l’œuf du coucou se chargent aussi
a. Voyez les Observations... sur l'instinct des animaux, t. I, p. 167, note 32. L’auteur de cette note ajoute quelques détails relatifs à l’histoire de notre oiseou ; « Tandis que l’un des « rouges-gorges donnait au coucou des coups de bec dans le bas-ventre, celui-ci avait dans les .( ailes un trémoussement presque insensible , ouvrait le bec fort large, et si large que l’autre « rouge-gorge qui 1 attaquait en front, s’y jeta plusieurs fois et y cacha sa tète tout entière ,
« mais toujours impunément, car le coucou n’éprouvait aucun mouvement de colère ; son état « fut regardé comme celui d’une femelle pressée du besoin de pondre. Bientôt le coucou accablé « chancela , perdit 1 équilibre et tourna sur sa branche , à laquelle il demeura suspendu les « pieds en haut , les yeux à demi fermés , le bec ouvert et les ailes étendues. Étant resté envi- « ion deux minutes dans cette attitude et toujours pressé par les deux rouges-gorges, il quitta « sa branche , alla se percher plus loin, et ne reparut plus : la femelle rouge-gorge se remit « sur ses œufs qui vinrent tous à bien , et formèrent une petite famille qu’on vit longtemps « attachée à ce canton. » M. le marquis de Piolenc me parle aussi dans ses lettres, d’un coucou repoussé par des bruants.
3, g LE COUCOU.
de couver d’autres œufs étrangers avec les leurs propres; 2" qu elles couvent quelquefois ces œufs étrangers par préférence aux leurs propres, et qu elles détruisent quelquefois ceux-ci sans en garder un seul; 3“ qu elles couvent et font éclore un œuf unique autre que celui du coucou; 4" qu elles repoussent avec courage la femelle coucou lorsqu’elles la surprennent venant déposer son œuf dans leur nid ; 5» enfin qu’elles mangent quelquefois cet œuf privilégié, même dans le cas où il est unique ; mais un résultat plus important et plus général, c’est que la passion de couver, qui paraît quelquefois si forte dans les oiseaux, semble n’être point déterminée à tels ou tels œifis, ni à des œufs féconds, puisque souvent ils les mangent ou les cassent, et que plus souvent encore ils en couvent de clairs ; ni à des œufs réels, puisqu’ils couvent des œufs de craie, de bois, etc., ni même à ces vains simulacres, puisqu'ils couvent quelquefois à vide; que par conséquent une couveuse qui fait éclore, soit un œuf de coucou, soit tout autre œuf étranger substitué aux siens, ne fait en cela que suivre un instinct commun <à tous les oiseaux, et par une dernière conséquence, qu’il est au moins inutile ue recourir à un décret particulier de l’Auteur de la nature, pour explique! le procédé de la femelle coucou®.
Je demande pardon au lecteur de m’être arrêté si longtemps sur un sujet dont peut-être l’importance ne lui sera pas bien démontrée; mais 1 oiseau dont il s’agit a donné lieu à tant d’erreurs, que j’ai cru devoir non-seulement m’attacher à en purger l’histoire naturelle, mais encore ra opposer à l’entreprise de ceux qui les voulaient faire passer dans la métaphysique. Rien n’est plus contraire à la saine métaphysique que d avoir recours à autant de prétendues lois particulières qu’il y a de phénomènes dont nous ne voyons point les rapports avec les lois générales : un phénomène n est isolé que parce qu’il n’est point assez connu, il faut donc tâcher de le bien connaître avant d’oser l’expliquer; il faut, au lieu de prêter nos petites idées à la Nature, nous efforcer d’atteindre à ses grandes vues par la comparaison attentive de ses ouvrages, et par l’étude approfondie de leurs rapports.
Je connais plus de vingt espèces d’oiseaux dans le nid desquels le coucou dépose son œuf ; la fauvette ordinaire, celle à tête noire, la babillarde, la lavandière, le rouge-gorge, le chantre, le troglodyte, la mésange, le rossignol, le rouge-queue, l’alouette, le cujelier, la farlouse, la linotte, la veidièrc, le bouvreuil, la grive, le geai, le merle et la pie-grièche. On ne trouve
a. M. Fi'isch suppose une autre loi particulière, afin d’expliquer pourquoi les coucous d aujourd’hui ne couvent point leurs œufs : c’est, dit-il, parce qu’un oiseau ne couve point s il iia lui-mèine été couvé par une femelle de sa propre espèce. A la vérité, il avoue de bonne loi que la première femelle coucou soitie de l’arche de Noé dut pondre dans son propre nid , et piendit la peine de couver elle-même ses œufs; encore aurait-il pu se dispenser d’admettre ccti,e excf.ption, puisqu’il y a maint exemple de petits oiseaux qui ont amené à bien leurs propres œiils avec celui du coucou.
jr.mnis d’œufs de coucou, ou du moins ses œufs ne réussissent jamais dans les nids de cailles et de perdrix, dont les petits courent presque en naissant • Il est meme assez singulier qu’on en trouve qui viennent à bien dans les mdsd alouettes, qui, comme nous l’avons vu dans leur histoire, donnent moins de quinze jours à l’éducation de leurs petits, tandis que les jeunes coucous, du moins ceux qu’on élève en cage, sont plusieurs mois sans manger seuls; mais, dans l’état de nature, la nécessité, la liberté, le choix de la nourriture qui leur est propre, peuvent contribuer à accélérer le développement de leur instinct et le progrès de leur éducation ou bien serait-
ce que les soins de la nourrice n’ont d’autre mesure que les besoins du nourrisson?
On sera peut-être surpris de trouver plusieurs oiseaux granivores tels que la linotte, la verdière et le bouvreuil, dans la liste des nourrices du coucou; mais il faut se souvenir que plusieurs granivores nourrissent leurs petits avec des insectes, et que d’ailleurs les matières végétales macérées dans le jabot de ces petits oiseaux peuvent convenir au jeune coucou à un certain point, et jusqu’à ce qu’il soit en état de trouver lui-même les chem es, es araignées, les coléoptères et autres insectes dont il est friand et qui le plus souvent fourmillent autour de son habitation.
Lorsque le nid est celui d'un pelit oiseau, et par conséquent conslruit sur l e petite edielle, il se Irouve ordinairement fort aplati et presque méconnaissable, effet naturel de la grosseur et du poids du jeune coucou ; un autre effet de celte cause c'est que les œufs ou les petits de la nourrice son! quelquefois pousses hors du nid; mois ces petits, chassés de la maison alernelle, ne périssent pas toujours: lorsqu'ils sont déjà un peu forts, que d est jmes de terre, le lieu bien exposé et la saison favorable, ils se mellenl a abri dans la mousse ou le feuillage, el les père et mère en ont soin sans abandonner pour cela le nourrisson élranger.
Tous les habitaiils des bois assurent que lorsqu'une fois la mère coucou a déposé son ceut dans le nid qu'elle a choisi, elle s'éloigne, semble oublier M genitiire el la perdre enlièrement de vue, el qu'à plus forte raison le ale ne s en occupe point du tout ; cependant M. Loltinger a observé, non pie es pere et mere donnent des soins à leurs petits, mois qu'ils s'en apl'.oclieii a unecerlaine disloiice en chantant, que de part cl d'autre ils sem en s ecouter, se répondre et se prêter mutuelleiiienl allenlioii- il ajoiilc que le jeune coucou ne manque jamais de répondre à l'appeau, soit uns es bois, soit dans la volière, pourvu qu’il ne voie personne ; ce qu’il } a (le sur, c’est qu’on fait approcher les vieux en imitant leur cri, et qu’on CS entend quelquefois chanter aux environs du nid où est le jeune, comme
cnîei'f par f des mois
demander à nniin-er- e qiul k suit autant qu’il peut, criant sans cesse pour lui
imiiicCi , mais on sent que c est un fait difficile à observer.
3,8 le COüCOÜ.
partout ailleurs; mais il n’y a aucune preuve que ce soient les père et mère du petit, ils n’ont pour lui aucune de ces attentions affectueuses qui décèlent la paternité; tout se borne de leur part à des cris stériles auxquels on a voulu prêter des intentions peu conséquentes à leurs procédés connus, et qui dans le vrai ne supposent autre chose, sinon la sympathie qui existe
ordinairement entre les oiseaux de même espèce.
Tout le monde connaît le cliantdu coucou, du moins son chant le plus ordinaire ; il est si bien articulé et répété si souvent®, que dans presque toutes les langues il a influé sur la dénomination de l’oiseau, comme on le peut voir dans la nomenclature : ce chant appartient exclusivement au mâle, et c’est au printemps, c’est-à-dire au temps de l’amour, que ce mâle le tait entendre, tantôt perché sur une branche sèche, et tantôt en volant; il 1 interrompt quelquefois par un râlement sourd, tel à peu près que celui d une personne qui crache, et comme s’il prononçait crou, crou, d une voix enrouée et en grasseyant : outre ces cris, on en entend quelquefois un autre assez sonore, quoique un peu tremblé, composé de plusieurs notes, et semblable à celui du petit plongeon ; cela arrive lorsque les mâles et les femelles se cherchent et se poursuivent ; quelques-uns soupçonnent que c’est le cri de la femelle ; celle-ci, lorsqu’elle est bien animée, a encore un gloussement, glou, glou, qu’elle répète cinq à six fois d’une voix forte et assez claire en volant d’un arbre à un autre ; il semble que ce soit son cri d’appel ou plutôt d’agacerie vis-à-vis son mâle, car dès que ce mâle 1 entend, il s’approche d’elle avec ardeur en répétant son tou cou cou \ Malgré cette variété d’inflexions, le chant du coucou n a jamais dû être comparé avec celui du rossignol, sinon dans la Fable Au reste, il est fort douteux que ces oiseaux s’apparient; ils éprouvent les besoins physiques, mais lien qui ressemble à l’attachement ou au sentiment. Les mâles sont beaucoup plus nombreux que les femelles % et se battent pour elles assez souvent , mais c’est pour une femelle en général, sans aucun choix, sans nulle pié-
a. Cou cou, cou cou, cou cou cou, tou cou cou : cette fréquente répétition a donné lieu à deux façons de parler proverbiales; lorsque quelqu’un répète souvent la même chose, cela s’appelle', en Allemagne, chanter la chanson du coucou. On le dit aussi de ceux qui, netan qu’en petit nombre , semblent se multiplier par la parole, et font croire, en causant beaucoup et tous à la fois, qu’ils forment une assemblée considérable.
b. Ceux qui ont bien entendu ce cri l’expriment ainsi : go, go, guet, guet , guet.
c. Note communiquée par M. le comte de Riollet, qui se fait un louable amusement d observer ce que tant d’autres ne font que regarder.
d. On dit que le rossignol et le coucou disputant le prix du chant devant l’àne, celui-ci 1 adjugea au coucou, que le rossignol en appela devant l’homme, lequel prononça en sa faveur, et que depuis ce temps le rossignol se met à chanter aussitôt qu’il voit 1 homme, comme poai remercier son Juge ou pour Justifier sa sentence.
e. Ou ne tue, on ne prend presque jamais que des coucous chanteurs, et par conséquen mâles ; J’en ai vu tuer trois ou quatre dans une seule chasse , et pas une femelle. La Zoologie Britannique dit que dans le même été, sur le même arbre et dans le même piège, ou a pus cinq coucous, tous cinq mâles.
le coucou. 319
(lilection ; et lorsqu’ils se sont satisfaits, ils s’éloignent et cherchent de nouveaux objets pour se satisfaire encore et les quitter de même, sans les regretter, sans prévoir le produit de toutes ces unions furtives, sans rien tliire pour les petits qui en doivent naître; ils ne s’en occupent pas même après qu’ils sont nés : tant il est vrai que la tendresse mutuelle des père et mère est le fondement de leur atfection commune pour leur géniture, et par conséquent le principe du bon ordre, puisque sans l’affection des père et mère, les petits et même les espèces courent risque de périr, et qu’il est du bon ordre que les espèces se conservent !
Les petits nouvellement éclos ont aussi leur cri d’appel, et ce cri n’est pas moins aigu que celui des fauvettes et des rouges-gorges leurs nourrices, dont ils prennent le ton par la force de l’instinct imitateur®; et comme s’ils sentaient la nécessité de solliciter, d’importuner une mère adoptive, qui ne peut avoir les entrailles d’une véritable mère, ils répètent à chaque instant ce cri d’appel, ou, si l’on veut, cette prière, sans cesse excitée par des besoins sans cesse renaissants et dont le sens est très-clair, très-déterminé par un large bec qu’ils tiennent continuellement ouvert de toute sa largeur : ils en augmentent encore l’expression par le mouvement de leurs ailes qui accompagne chaque cri. Dès que leurs ailes sont assez fortes, ils s’en servent pour poursuivre leur nourrice sur les branches voisines lorsqu’elle les quitte, ou pour aller au-devant d’elle lorsqu’elle leur apporte la becquée. Ce sont des nourrissons insatiables*, et qui le paraissent d’autant plus, que de petits oiseaux, tels que le rouge-gorge, la fauvette, le chantre et le troglodyte, ont de la peine à fournir la subsistance à un hôte de si grande dépense, surtout lorsqu’ils ont en même temps une famille à nourrir, comme cela arrive quelquefois. Les jeunes coucous que l’on élève conservent ce cri d’appel, selon M. Frisch, jusqu’au 15 ou 20 septembre, et en accueillent ceux qui leur portent à manger : mais alors ce cri commence à devenir plus grave par degrés, et bientôt après ils le perdent tout à fait.
La plupart des ornithologistes conviennent que les insectes sont le fonds de la nourriture du coucou, et qu’il a un appétit de préférence pour les Tsufs d’oiseaux, comme je l’ai dit ci-dessus. Ray a trouvé des chenilles dans son estomac : j’y ai trouvé, outre cela, des débris très-reconnaissables de
ce contribue peut-être, dit M. Frisch, à produire
assez sin°niiLl ® 1 ^ l’extérieur, d’une structure
nullemeiu à ’i verrons plus bas ; mais j e me suis assuré qu’elles ne contribuent
avec (iP U même, quoique j’eusse fait boucher ses narines
sur le tmp-inîi^* répétant cette expérience sur d’autres oiseaux, et notamment
JeTlnil ! ^ f ’ J^OTiche leurs narines , soit qu’on
est non °° d’ailleurs que le siège des principaux organes de la voix des oiseaux
..‘Sï Sri™' “ ,0.
<>■ G est de là que l’on dit proverbialement ; avaler comme un coucou.
1 (a). Voyez la note i de la page 20 du volume.
matières végétales, de petits coléoptères bronzés, vert-dorés, etc., et quelanefois de petites pierres. M. Frisch prétend qu’en toute saison il fau donner à manger aux jeunes coucous aussi matin et aussi tard qu on le fait ordinairement dans les grands jours d’été. Le meme auteur a observe la manière dont ils mangent les insectes tout vivants : ils prennent les chenilles par la tête, puis les faisant passer dans leur bec, ils en expriment et font sortir par l’anus tout le suc, après quoi ils les agitent encore et les secouent plusieurs fois avant de les avaler; iis prennent de meme les papillons par la tête et les pressant dans leur bec, ils les crèvent vers le corselet, et les avalent avec leurs ailes ; ils mangent aussi des vers, mais ils preferent ceux qui sont vivants. Lorsque les insectes manquaient, Frisch donnait a an ieune qu’il élevait, du foie et surtout du rognon de mouton coupe en petites tranches longuettes, de la forme des insectes qu’il aimait; lorsque ces tranches étaient trop sèches, il fallait les humecter un peu, afin qu il put les avaler : du reste, il ne buvait jamais que dans le cas ou ses aliments étaient ainsi desséchés, encore s’y prenait-il de si mauvaise grâce, que ou voyait bien qu’il buvait avec répugnance, et, pour ainsi dire, a son corps défendant ; en toute autre circonstance il rejetait, en secouant son ^ec, les gouttes d’eau qu’on y avait introduites par force ou par adresse “, et hydrophobie, proprement dite, paraissait être son état habituel.
Les jeunes coucous ne chantent point la première annee, et les vieux cessent de chanter, ou du moins de chanter assidûment, vers la fin de juin ; mais ce silence n’annonce point leur départ; on en trouve même dans les plaines jusqu’à la fin de septembre et encore plus tard" ; ce sont sans doute les premiers froids et la disette d’insectes qui les déterminent a passeï’ ^aiis des climats plus chauds ; ils vont la plupart en Afrique, puisque MM. es commandeurs de Godeheu et des Mazys les mettent au nombre des oiseaux qu’on voit passer deux fois chaque année dans l’île de Malte A. leur arrivée dans notre pays ils semblent moins fuir les lieux habités; le reste du temps ils voltigent dans les bois, les prés, etc,, et partout où ils trouvent des nids pour y pondre et en manger les œufs, des insectes et des Irui s pour se nourrir. Sur l'arrière-saison les adultes, surtout les femelles, sont bons à manger et aussi gras qu’ils étaient maigres au printemps ; leur
«. J'ai observé la nrême chose, ainsi que le chartreux de M. Salerne, et comme Lohserveront tons ceux qui prentlroot la peine d’élever ces sortes d’oiseaux. Serait-ce a cause de cetie hphopliobie naturelle qu’on a imaginé de conseiller, contre la vraie maladie de ce nom, nne dccoc-
tioii de la fiente dn concou dans du vin ? miipniis
b M. le commandeur de Qnerboent et M. Hébert ont vu plusieurs fois de jeune coucous rester dans le pays jusqu’au mois de septembre, et quehiues-nus jusqu a la fia
c. M. Salerne dit, d’après les voyageurs , que les coucous se posent quelquefois engiaii
nomb' e sur les navires. un
d. C’est dans cette saison seulement que la façon de parler provcrbia e , m ig
coucou, a sa juste application.
I graisse se reunit particulièrement sous le cou«, et c’est le meilleur morceau de cette espece de gibier; ils sont ordinairement seuls ^ inquiets, changeant de place a tout moment, et parcourant chaque jour un terrain considérab e, sans cependant faire jamais de longs vols. Les anciens observaient les temps de l’apparition et de la disparition du coucou en Italie. Les vi<^nerons qui n avaient point achevé de tailler leurs vignes avant son arrivée étaient regardés comme des paresseux, et devenaient l’objet de la risée publique; les passants qui les voyaient en retard leur reprochaient leur paresse en répétant le cri de cet oiseau % qui lui-même était l’emblème de a laineantise, et avec très-grande raison, puisqu’il se dispense des devoirs es plus sacres de la nature. On disait aussi fin comme un coucou { car on peut etre a la fois fin et paresseux ) , soit parce que ne voulant point couver ses œufs, il vient à bout de les faire couver à d’autres oiseaux, soit par une autre raison tirée de l’ancienne mythologie**.
Quoique rusés, quoique solitaires, les coucous’ sont capables d’une sorte d éducation; plusieurs personnes de ma connaissance en ont élevé et apprivoisé : on les nourrit avec de la viande hachée, cuite ou crue, des insectes des œufs, du pain mouillé, des fruits, etc. Un de ces coucous apprivoisés reconnaissait son maître, venait à sa voix, le suivait à la chasse, perché sur son fusil, et lorsqu’il trouvait en chemin un griottier, il y volait et ne revenait qu 'après s’être rassasié pleinement; quelquefois il ne revenait point à son maître de toute la journée, mais le suivait à vue en voltigeant d’arbre en arbre ; dans la maison, il avait toute liberté de courir, et passait la nuit sur un juchoir. La fiente de cet oiseau est blanche et fort abondante ; c’est un des inconvénients de son édueation; il faut avoir soin de le garantir du Iroid dans le passage de l’automne à l’hiver ; c’est pour ces oiseaux le temps critique, du moins c’est à cette époque que j’ai perdu tous ceux que j’ai voulu faire élever, et beaucoup d’autres oiseaux de différentes espèces.
mon af mîrdtlTf '
h. «On a TU, dans le courant de juillet, une douzaine de coucous sur un gros chêne- les mis criaient de toutes leurs forces, tandis que les autres restaient tranquilles : on tira sur cette c’était un jeune. Cela ferait croire que ces oiseaux se rassemblent comte de LolTef^ de jeunes pour voyager. » Note communiquée par M. le
c. « Inde natam exprobrationem fœdam putantium vîtes per imitationem cantùs alitis tem- « poram quem cuculurn vocant; dedecus enim habetur... falcemab illà volucre in vite deprecap^xxvi petulantiæ sales etiam cum primo vere ludantur. » Pline, lib. xviii ,
s’étant aperçu que sa sœur Junon était seule sur le mont Diceyen, autrement dit rte te ! ’ et vint sous la forme d’un coucou se poser sur les genoux
: rV- mouillé, transi, battu de la tempête, en eut pitié et le récliauffa
mont TV forme à propos, et devint l’époux de sa sœur. De cet instant, le
tut appelé C.occygien ou montagne du coucou; et de là l’origine du Jupiter mulus. Voyez Gessner, Aves, p. 368.
Olina dit qu’on peut dresser le coucou pour la chasse du vol comme les éperviers et les faucons, mais il est le seul qui assure ce fait, et ce pourrait bien être une erreur occasionnée, comme plusieurs autres de 1 histoire de cet oiseau, par la ressemblance de son plumage avec celui de l’épervier.
Les coucous sont répandus assez généralement dans tout l’ancien continent, et quoique ceux d’Amérique aient des habitudes différentes, on ne peut s’empêcher de reconnaître dans plusieurs un air de famille. Celui dont il s’agit ici ne se voit que l’été dans les pays froids ou même tempérés, tels que l’Europe; et riiivei’ seulement dans les climats plus chauds, tels que ceux de l’Afrique septentrionale : il semble fuir les températures excès-
siv6s.
Cet oiseau, posé à terre, ne marche qu’en sautillant comme je l’ai remarqué, mais il s’y pose rarement ; et quand cela ne serait point prouvé par le fait, il serait facile de le juger ainsi d’après ses pieds très-courts et ses cuisses encore plus courtes. Un jeune coucou du mois de juin, que j’ai eu occasion d’observer, ne faisait aucun usage de ses pieds pour marcher, mais il se servait de son bec pour se traîner sur son ventre, à peu près comme le perroquet s’en sert pour grimper : et lorsqu’il grimpait dans sa cage, j’ai pris garde que le plus gros des doigts postérieurs se dirigeait en avant, mais qu’il servait moins que les deux autres antérieurs “ : dans son mouvement progressif il agitait ses ailes comme pour s en aider.
J’ai déjà dit que le plumage du coucou était fort sujet à varier dans les divers individus : il suit de là qu’en donnant la description de cet oiseau, on ne peut prétendre à rien de plus qu’à donner une idée des couleurs et de leur distribution, telles qu’on les observe le plus communément dans son plumage. La plupart des mâles adultes qu’on m’a apportés ressemblaient fort à celui qui a été décrit par M. Brisson ; tous avaient le dessus de la tête et du corps, compris les couvertures de la queue, les peUtes couvertures des ailes, les grandes les plus voisines du dos et les trois pennes qu’elles recouvrent, d’un joli cendré; les grandes couvertures du mdieu de l’aile brunes, tachetées de roux et terminées de blanc, les plus éloignées du dos, et les dix premières pennes de l’aile d’un cendré foncé, le côté .ultérieur de celles-ci tacheté de blanc roussâtre ; les six pennes suivantes brunes, marquées des deux côtés de taches rousses, terminées de blanc; la gorge et le devant du cou d’un cendré clair; le reste du dessous du corps raye transversalement de brun sur un fond blanc sale; les plumes des cuisses de même, tombant de chaque côté sur le tarse en façon do manchettes, e
a. Si cette haMtude est commune à toute l’espèce, que devient l’expression dtgth scanson,, appliquée par plusieurs naturalistes aux doigts disposés, comme dans le coucou, ^
Tdl en andère? D’ailleurs, ne saison pas que lcs sittelles, les appelés grimpereaux par excellence, grimpent supérieurement, quoiqu ils aient les doigts posés à la manière vulgaire, c’est-à-dire trois en avant et un seul en arriéré.
tarse garni 'extérieurement de plumes cendrées jusqu’à la moitié de sa longueur; les pennes de la queue noirâtres et terminées de blanc, les huit intermédiaires tachetées de blanc près de la côte et sur le côté intérieur • les deux du milieu tachetées de même sur le bord extérieur, et la dernière des latérales rayée transversalement de la même couleur; l’iris noisette, quelquefois jaune, la paupière interne fort transparente; le bec noir au dehors, jaune à 1 intérieur; les angles de son ouverture orangés; les pieds jaunes; un peu de cette couleur à la base du bec inférieur.
J ai vu plusieurs femelles qui ressemblaient beaucoup aux mâles; j’ai aperçu à quelques-unes, sur les côtés du cou, des vestiges de ces traits bruns dont parle Linnæus.
Le docteur Derham dit que les femelles ont le cou varié de roussâtre, et le dessus du corps d’un ton plus rembruni®, les ailes aussi, avec une teinte loussâtre et les yeux moins jaunes selon d’autres observateurs, c’est le mâle qui est plus noirâtre; il n’y a rien de bien constant dans tout cela que la grande variation du plumage.
Les jeunes ont le bec, les pieds, la queue et le dessous du corps à peu près comme dans l’adulte, excepté que les pennes sont engagées plus ou moins dans le tuyau ; la gorge, le devant du cou et le dessous du corps rayés de blanc et de noirâtre, de sorte cependant que le noirâtre domine sui les parties antérieures plus que sur les parties postérieures (dans quelques individus il n’y a presque point de blanc sous la gorge) ; le dessus de ia tête et du corps joliment varié de noirâtre, de blanc et de roussâtre, distribués de manière que le roussâtre paraît plus sur le milieu du corps, et le blanc sur les extrémités ; une tache blanche derrière la tête, et quelquefois au-dessus du front; toutes les pennes des ailes brunes, terminées de blanc et tachetées plus ou moins de roussâtre ou de blanc; l’iris gris verdâtre, le fond des plumes cendré très-clair. Il y a grande apparence que cette femelle si joliment madrée, dont parle M. Salerne, était une jeune de 1 année : au reste, M. Frisch nous avertit que les jeunes coucous élevés dans les bois par leur nourrice sauvage ont le plumage moins varié, plus approchant du plumage des coucous adultes que celui des jeunes coucous élevés à la maison : si cela n’est pas, il semble au moins que cela devrait être, car on sait qu’en général la domesticité est une des causes qui font \arier les couleurs des animaux, et l’on pourrait croire que les espèces d oiseaux qui participent plus ou moins à cet état doivent aussi participer plus ou moins à la variation du plumage; cependant je ne puis dissimuler
O- Une personne digne de foi m’assure qu’elle a vu quelques-uns de ces individus plus bruns, grande taille : si c’étaient des femelles, ce serait un nouveau trait de
oimite entre l’espèce du coucou et les oiseaux de proie. D'un autre côté, M. Frisch a
marque que, de deux jeunes coucous de différents sexes qu’il nourrissait, le mâle était le plus brun.