LES BERGERONNETTES OU BERGERETTES
fection est plus forte que la peur; il n’est point d’oiseau libre dans les champs qui se montre aussi privé®, qui fuie moins et moins loin, qui soit aussi confiant, qui se laisse approcher de plus près, qui revienne plus tôt à portée des armes du chasseur, qu’elle n’a pas 1 air de redouter, puisqu’elle ne sait pas même fuir K
Les mouches sont sa pâture pendant la belle saison ; mais quand les frimas ont abattu les insectes volants et renfermé les troupeaux dans l’étable, elle se retire sur les ruisseaux et y passe presque toute la mauvaise saison. Du moins la plupart de ces oiseaux ne nous quittent pas pendant 1 hiver; la bergeronnette jaune est la plus constamment sédentaire , la grise est moins commune dans cette mauvaise saison.
Toutes les bergeronnettes sont plus petites que la lavandière, et ont la queue à proportion encore plus longue. Delon, qui n a connu distinctement que la bergeronnette jaune, semble désigner notre bergeronnette grise sous le nom de autre sorte de lavandière
La bergeronnette grise a le manteau gris, le dessous du corps blanc, avec une bande brune en demd-collier au cou ; la queue noirâtre, avec du blanc aux pennes extérieures; les grandes pennes de l’aile brunes, les autres noirâtres et frangées de blanc comme les couvertures.
Elle fait son nid vers la fin d’avril, communément sur un osier près de terre, a l’abri de la pluie; elle pond et couve ordinairement deux fois par an. La dernière ponte est tardive, car l’on trouve des nichées jusqu’en septembre. ce qui ne pourrait avoir lieu dans une famille d’oiseaux qui seraient obligés de partir et d’emmener leurs petits avant l’hiver : cependant les premières couvées et les couples plus diligents des bergeronnettes se répandent dans les champs dès les mois de juillet et d’août, au lieu que les lavandières ne s’attroupent guère que pour le passage, sur la fin de septembre et en octobre'^.
La bergeronnette, si volontiers amie de l’homme, ne se plie point à devenir son esclave ; elle meurt dans la prison de la cage ; elle aime la société et craint l’étroite captivité ; mais laissée libre dans un appartement en hiver, elle y vit, donnant la chasse aux mouches et ramassant les mies de pain
a. « De tous oysillons sauvages, il n’y en a aucun qui soit si privé que les bergeronnettes, car elles viennent jusque bien près des personnes sans en avoir peur. » Selon, Nat. des ois.,
^ b. a Quand elle s’est abattue 'ans un troupeau , occupée à gober les mouebes, elle se laisse
ajjprocher de très-près. » Salerne. . ^
c « Encore y a une autre sorte de lavandière qui est moindre que la susdite , qui n est pas plus grosse qu’une bergerette. Il semble que c’est quelque espèce entre les deux. >. Belon, Nat.
des oiseaux, p. 351. .
d. U La lavandière n’est pas de la nature de la bergerette; car mesmement Ion prenc si grande quantité de bergerettes durant les mois de juillet et d’aoust, comme au contraire en septembre et en octobre l’on prend des lavandières et point de bergerettes. » Belon, Nat. aes oiseaux.
LA BERGERONNETTE GRISE
qu’on lui jette Quelquefois les navigateurs la voient arriver sur leur borJ, entrer dans le vaisseau, se familiariser, les suivre dans leur voyage, et ne les quitter qu’au débarquement*' ; si pourtant ces faits ne doivent pas plutôt s’attribuer à la lavandière, plus grande voyageuse que la bergeronette, et sujette dans ses traversées à s’égarer sur les mers.
Lk BERGERONNETTE DE PRINTEMPS.'^
Cette bergeronnette est la première à reparaître au printemps dans les prairies et dans les champs, où elle niche au milieu des blés verts. A peine néanmoins a-t-elle disparu de l’hiver, si ce n’est durant les plus grands froids, se tenant ordinairement, comme la bergeronnette jaune, au bord des ruisseaux et près des sources qui ne gèlent pas. Au reste, ces dénominations paraissent assez mal appliquées, car la bergeronnette jaune a moins de jaune que la bergeronnette de printemps**; elle n’a cette couleur bien décidée qu’au croupion et au ventre, tandis que la bergeronnette de printemps a tout le dessous et le devant du corps d’un beau jaune, et un trait de cette même couleur tracé dans l’aile sur la frange des couvertures moyennes ; tout le manteau est olivâtre obscur : cette même couleur borde les huit
a. Gessner, Scliwenckfeld.
b. « Le 8 juin, nous étions environ à la hauteur des côtes de Sicile, à douze ou quinze lieues de toute terre. On prit sur le vaisseau une bergeronnette; on lui donna la liberté, elle resta cependant avec nous : on lui avait mis à boire et à manger sur une des fenêtres, où elle ne manquait pas de venir prendre ses repas. Elle nous accompagna fidèlement jusqu’à ce qu’elle se vit très-près de terre de l’ile de Caudie. Elle nous abandonna lorsque nous étions dans le port de la Sonde. » ( Note communiquée par M. de Manoncour. )
c. En allemand, gelber sticherling ; irlin, suivant Scliwenchfeld ; gelbriistige, bach sleltze, selon Frisch ; en anglais, yelloio water-wagiaii. Willughby, Ray, Edwards; en suédois, sacdesaerla. Linnæus. — Motacilla flava. Willughby, OrnithoL, p. 127. — Ray, Synops., p. 75 , n“ a , 2. — Linnæus , Syst. nat., édit VI , g. 82 , sp. 2. — « Motacilla pectore abdomi- « neque fl.i vo ; rectricibus duabus exterioribus dimidiato obliqué albis. » Idem, F aima Suecica, 11“ 215; et Syst. nat., édit. X, g. 99, sp. 13. — Motacilla flava altéra. Aldrovande, Avi., t. II , p. 729. — Jonston , Avi., p. 87. — Motacilla lutea. Frisch , avec une bonne figure, pl. 23. — Sylvia lutea capile nigro. Klein, Avi., p. 78 , n“ 8. — Muscipeta secunda. Schwenckfeld, Avi. Siles., p. 307. — « Ficedula supernè obscurè viridi-olivacea , infernè flava ; capite cinereo « ( maculis infra gênas et in collo inferiore lunulatis uigris , Mas ) ; tæniâ supra oculos flava « (Mas ) albidâ ( Fœmina) ; rectricibus duabus utrimque extimis plusqnam dimidiatim obliqué « albis, » Motacilla verna. Brisson, t. III, p. 468. — Bergeronnette jaune. Edwards, Glan., p. 102 , avec une belle figure du mâle , pl. 158.
d. Aldrovande l’observe déjà : motacilla flava alîa intensiùs quàm præcedens (la berge-
roimettc jaune ) flava, etc., Avi., t. II, p. 729 : aussi Edwards donne-t-il cette bergeronnette de printemps sous le nom de bergeronnette jaune. Glanures, p. 102, pl. 253.
* Motacilla flava (Linn. ). — Genre id., sous-genre Bergeronnettes (Cuv. ).
LA BLUGERONNETTli DR PRINTEMPS.
pennes de la queue, sur un fond noirâtre; les deux extérieures sont plus d’à moitié blanches; celles de l’aile sont brunes, avec leur bord extérieur blanchâtre, et la troisième des plus voisines du corps s’étend, quand l’aile est pliée, aussi loin que la plus longue des grandes pennes : caractère que nous avons déjà remarqué dans la lavandière ; la tête est cendrée, teinte au sommet d’olivâtre; au-dessus de l’œil passe une ligne blanche dans la' femelle, jaune dans le mâle, qui se distingue de plus par des mouchetures noirâtres plus ou moins fréquentes, semées en croissant sous la gorge, et marquées encore au-dessus des genoux. On voit le mâle, lorsqu il est en amour, courir, tourner autour de sa femelle en renflant les plumes de son dos d’une manière étrange, mais qui, sans doute, exprime énergiquement à sa compagne la vivacité du désir. Leur nichee est quelquefois tardive et ordinairement nombreuse; ils se placent souvent le long des ruisseaux, sous une rive, et quelquefois au milieu des blés, avant la moisson®. Ces bergeronnettes viennent en automne, comme les autres, au milieu de nos troupeaux. L’espèce en est commune en Angleterre, en France^, et paraît être répandue dans toute l’Europe jusqu’en Suède'. Nous avons remarqué dans plusieurs individus que l’ongle postérieur est plus long que le grand doigt antérieur : observation qu’Edwards et Willughby avaient déjà faite, et qui contredit l’axiome des nomenclatures dans lesquelles le caractère générique de ces oiseaux est d’avoir cet ongle et ce doigt égaux en longueur
LA BERGERONNETTE JAUNE
TROISIÈME ESPÈCE
Quand les lavandières s’envolent en automne, les bergeronnettes se rapprochent de nos habitations, dit Gessner, et viennent, durant 1 hiver, jus-
a. Willughby, Edwards.
h. Edwards.
c. Linnæus.
d. Brisson, Ornithol., t. 111, p. 3C9.
e. MotacUla flava. Gessner, Avi., p. 618. — Idem, Icon. avi., p. 124. — Aldrovande, Avi., t. II, p. 728 , avec la figure, p. 859. — Jonston, Avi., p 86. — Scfiwenckfeld , Avi. Sites., p. 307. — Sibbald , Scot. illuslr., part, ii Aib. m , p. 18. — Charleton , Exercit., p. 96, n» 2. — Idem , Onomast., p. 90 , n» 2. — Rzaczynski , Ilist. nat. Po’.on., p. 288. — Idem , Aucluar., p. 396, et dans la même page le même oiseau une seconde fois , sous le nom de mo'acUla cinerea. — Molacilla ci/îevea. Willugbby, Ornithol. ,'Ç. 172. — Ray, Sî/rîops., p. 75,n°3. — Sytvia (lava Junsloni. Barrère, Ornithol., class. 3, g. 19, sp. 3. — Sylvia flava. Klein, Avi., p. 78, n“ 7. — « Ficedula supernè ex cinereo ad olivaceum inclinans , infernè pallidè flava; O uropygio üavo-olivaceo; tænià supra oculos albidâ ( macula in gutture nigrà, Mas); rectrice
* Molacilla boarula (Linu.). — Genre et sous-genre id.
LA BERGERONNETTE JAUNE
qu’au milieu des villages; c’est surtout à la jaune que l’on doit appliquer ce passage et allribiier celle habitude Elle cherche alors sa vie sur les bords des sources chaudes, et se met à l’abri sous les rives des ruisseaux ; elle s’y trouve assez bien pour faire entendre son ramage dans celte triste saison, à moins que le froid ne soit excessif : cesl un petit chant doux, ei comme à demi-voix, semblable au chant d’automne de la lavandière; el ces sons si doux sont bien différents du cri aigu que cette bergeronnette jette en passant pour s’élever en l’air. Au printemps elle va nicher dans les prairies, ou quelquefois dans des taillis sous une racine, près d’une source ou d’un ruisseau ; le nid est posé sur la terre et construit d’herbes sèches ou de mousse en dehors, bien fourni de plumes, de crin ou de laine en dedans, et mieux tissu que celui de la lavandière; on y trouve six, sept ou huit œufs blanc sale, tachetés de jaunâtre; quand les petits sont élevés, après la récolte des herbes dans les prés, le père et la mère les conduisent avec eux à la suite des troupeaux.
Les mouches et les moucherons sont alors leur pâture, car tant qu’ils fréquentent le bord des eaux en hiver ils vivent de vermisseaux, et ne laissent pas aussi d’avaler de petites graines : nous en avons trouvé avec des débris de scarabées et une petite pierre dans le gésier d’une bergeronnette jaune prise à la fin de décembre ; l’œsophage se dilatait avant son insertion, le gésier musculeux était doublé d’une membrane sèche, ridée, sans adhérence; le tube intestinal, long de dix pouces, était sans cæcum el sans vésicule de fiel; la langue était éfrangée par le bout comme dans toutes les bergeronnettes ; l’ongle postérieur était le plus grand de tous.
De tous ces oiseaux à queue longue, la bergeronnette jaune est celui où ce caractère est le plus marqué** ; sa queue a près de quatre pouces, et son corps n’en a que trois et demi; son vol est de huit pouces dix ligues; la tête est grise ; le manteau jusqu’au croupion olive foncé, sur fond gris; le croupion jaune, le dessous de la queue d’un jaune plus vif; le ventre avec la poitrine jaune pâle dans des individus jeunes, tels apparemment que celui qu’a décrit M. Brisson; mais dans les adultes d’un beau jaune écla-
« extimà albâ , sequentibus binis interiùs et apice albis, exteiiùs nigricantibus, margine intc- « riore tertiæ nigricaiite, » Moiacüla flava , la bergeronnette jaune. Brisson, OrnithoL, t. III, p, 471. — Bergerelte ou bergeronnette jaulne. Belon, .Naf. des oiseaux, p. 351. Bergeronnette jaune. Albin, t. II , p. 38 , avec des figures mal coloriées de la femelle, pl. 58. — Bergeronnette grise. Edwards , Glan., p. 105 , avec une belle figure du mâle, pl. 259. — Boarula A nsf. Schwenckfeld et Klein. — En allemand, S'ae.'fie bach steltze, kleine bach steltse ; en polonais, pliska zolta; en anglais, yellow water-wagtail; et grey water-wagtail , suivant Willugbby, Edwards.
a. « Motacillæ albæ automne avolant; flavæ non item.... Meme per vicos , apparent. » Ge.'^sner, Avi., p. 593. — Motacillas migrare aiunt, banc (fiavam) apud nos manere. » Aldrovande, t. Il , p. 728. — « L’iuverno s’arrischia a venir nell’ abitato, lasciandosi vedere per i giar-'llui « dellecase, et eziandio ne’ corlili. » Olina, Uccelki ia.
b. Edwards, Clan., p. 259.
LA BERGERONNETTE JAUNE
tant et plein la gorge est blanche : une petite bande longitudinale blancbâlre prend à l’origine du bec et passe sur l’œil; le fond des plumes des ailes est gris brun, légèrement frangé sur quelques-unes de gris blanc; il y a du blanc à l’origine des pennes moyennes, ce qui forme sur l’aile une bande transversale quand elle est étendue ; de plus, le bord extérieur des trois plus proches du corps est jaune pâle, et de ces trois la première est presque aussi longue que la plus grande penne; la plus extérieure do celles de la queue est toute blanche, hormis une échancrure noire en dedans; la suivante l’est du côté intérieur seulement, la troisième de même; les six autres sont noirâtres. Les individus qui portent sous la gorge une tache noire surmontée d’une bande blanche sous la joue sont les mâles^; suivant Belon, ils ont aussi leur jaune beaucoup plus vif, et la ligne des sourcils également jaune; et l’on observe que la couleur de tous ces oiseaux paraît plus forte en hiver après la mue. Au reste, dans la figure de la planche enluminée, la couleur jaune est trop faible, et la teinte verte est trop forte.
Edwards décrit notre bergeronnette jaune sous le nom de bergeronnette grise % et Gessner lui attribue les noms de batte-queue, batte-lessive, qui équivalent à celui de lavandière : effectivement, ces bergeronettes ne se trouvent pas moins souvent que la lavandière sur les eaux et les petites rivières pierreuses elles s’y tiennent même plus constamment, puisqu’on les y voit encore pendant l’hiver ; cependant il en déserte beaucoup plus qu’il n’en reste au pays, car elles sont en bien plus grand nombre au milieu des troupeaux, en automne qu’en hiver, sur les sources et les ruisseaux f. MM. Linnæus et Frisch ne font pas mention de cette bergeronnette jaune, soit qu’ils la confondent avec celle que nous avons nommée de^mtemps, soit qu’il n’y ait réellement qu’une de ces deux espèces qui se trouve dans le nord de l’Europe.
La bergeronnette de Java de M. Brisson 9 ressemble si fort à notre berge-
a. Edwards, ibidem. — «Il y a distinction en la bergerette , du mâle et de la femelle ; c’est que le mâle est si fort jaune par-dessous le ventre, qu’on ne voit aucun oiseau qui le soit plus. » Belon , Nat. des oiseaux , p. 351.
b. Willughby n’a décrit que la femelle, qu’il appelle bergeronnette grise [Motacilla cinerea, Ornilhol., p. 172), et Albin, qui donne deux figures de cet oiseau, donne deux fois la femelle, n’y ayant de noir sur la gorge de l’une ni de l’autre.
c. The grey waler-wagtail. Glan., ubi supra. Dénomination peu exacte, et qui vient originairement de Willughby, qui reconnaît lui-mème n’avoir décrit que la femelle [loco citalo).
d. Gessner, Avi., p. 594.
e. a Fluvios lapidosos fréquentât. » Willughby.
f. a L’on en voit prendre au mois d’aoust si grande quantité , qu’on les apporte à la ville à centaines, et toutesfois en autres saisons sont si rares, qu’on n’en peut recouvrer. » Belon, N’ai, des oiseaux, p. 351. — M. Adanson a trouvé la bergeronnette jaune au Sénégal. « On trouve sur cette île ( de Corée ) de petites poules d’eau, des bécasses de plusieurs espèces , des alouettes, des grives, des perdrix de mer et des lavandières jaunes, ou pour mieux dire les ortolans du p.ays; ce sont de petits pelotons de graisse d’un goût excellent. » Voyage au Sénégal, p. 1G9.
g. « Ficedula supernè ex cinerco fusco ad olivaceum inclinans infernè flava; collo inferiore et
LA bergeronnette JAUNE. IJ
ronnelte jaune, les différences en sont si faibles ou plutôt tellement nulles, à comparer les deux descriptions, que nous n’hésiterons pas de rapporter cette espèce d’Asie à notre espèce européenne, ou plutôt à ne faire des deux qu'un seul et même oiseau.
OISEAUX ÉTRANGERS