II. — LE TACCO
M. Sloaiie dit positivement qu’à l’exception du bec que cet oiseau a plus allongé, plus grêle et plus blanc, il ressemble de tout point à l’oiseau de pluie; il lui attribue les mêmes habitudes, et en conséquence il lui donne
a. Voyez les planches enluminées, n» 813.
i. Ces grosses chenilles ont jusqu'à quatre pouces et demi de long, sur sept ou huit lignes de large. Dans les années 1773 et 1776, elles se multiplièrent au point qu’elles dévorèrent presque entièrement la plupart des palétuviers et heaucoup d’autres plantes; c’est alors qu’on dut regretter de n’avoir pas multiplié cette espèce de coucou.
c. Voyez les planches enluminées, n° 772, où cet oiseau est représenté sous le nom de Coucou à long bec de la Jamaïque.
d. Cuculus major rostro longiore et magis recto. Sloane , Jamaïca, p. 31G , n° 33 , pl. 258, fîg. 2 ; eu anglais, another sort of rainbird , or old-man. — Cuculus Jamaicensis major. Klein, Ordo avivm , p. 31, n° 8. — Ficus seupluviœ avis alla canescens, senex dicta, rostro longiore et rectiore. Ray, Synops. avi., p. 182 , n“ 13. — « Cuculus supernè cinereo-olivaceus,
« infernè nifns ; genis et gutture dilutè fulvis ; collo inferiore et pectore dilutè cinereis ; rec- « tricihus lateralibus in exortu cinereo-olivaceis, in medio nigris, apice alhis... » Coucou à long bec de la Jamaïque. Brisson, t. IV, p. IIG. — Velula. Linnæus , Syst. nat , édit. XIII, gen. 57, sp. 4. Cet auteur fait de cet oiseau une variété du précédent, ainsi que M. Sloane. — Cucule di becco longo di Giammaica. Ornithol. ital., p. 83 , sp. 2. — Fica Antülana. Feuillée, Observations , t. III, p. 409. On lui a donné ce nom aux Antilles, parce qu’il a beaucoup de rapport avec la pie d’Europe, soit par la conformation du bec et de la queue, soit par plusieurs de ses habitudes, comme on peut le voir dans son histoire- — Cuculus cinereus, rostro lon~ giori. Ibidem , p. 416. — « On lui donne aux Antilles le surnom de tacco , d’après son cri; les nègres l’appellent cracra et tacra bayo : on ne sait pourquoi. » M. le chevalier Lefebvre-Deshayes. — On le nomme colivicou à S'aint-Domingue , suivant M. Salerne.
* Cuculus seniculus (Lath.). — Genre Coucous, sous-genre Couas (Cuv. ).
« M. Vieillot a reconnu que cet oiseau ne diffère pas spécifiquement du vieillard ou oiseau « de pluie. » ( Desmarets. ) . — Voyez la nomenclature de la page 349.
les mêmes noms. Mais M. Brisson, se fondant apparemment sur cette différence notable dans la longueur et la conformation du bec , a fait de 1 oiseau dont il s’agit ici une espèce distincte, avec d’autant plus de raison , qu en y regardant de près, on lui découvre aussi des différences de plumage, et qu’il n’a pas même cette gorge ou barbe blanche qui a fait donner le nom de vieillard à l’espèce précédente : d’ailleurs M. le chevalier Lefebvre- Desbaycs, qui a observé le tacco avec attention , ne lui reconnaît pas les mêmes habitudes que M. Sloane a remarquées dans le vieillard.
Tacco eü\e cri habituel, et néanmoins peu fréquent, de ce coucou; mais, pour le rendre comme il le prononce, il faut articuler durement la première syllabe, et descendre d’une octave pleine sur la seconde : il ne le lait jamais entendre qu’après avoir fait un mouvement de la queue, mouvement qu’il répète chaque fois qu’il veut changer de place, qu il se pose sur une branche, ou qu’il voit quelqu’un s’approcher de lui ; il a encore un autre cri, qua , qua , qua, qita, mais qu’il fait entendre seulement lorsqu il est effrayé par la présence d’un chat ou de quelque autre ennemi aussi dangereux.
M. Sloane dit de ce coucou, comme de celui qu’il a nommé oiseau de pluie, qu’il annonce la pluie prochaine par ses cris redoublés; mais M. le chevalier Deshayes® n’a rien observé de semblable.
Quoique le tacco se tienne communément dans les terrains cultivés, il fréquente aussi les bois, parce qu’il y trouve aussi la nourriture qui lui convient : cette nourriture, ce sont les chenilles, les coléoptères, les vers et les vermisseaux, les ravets, les poux de bois et autres insectes qui ne sont malheureusement que trop communs aux Antilles, soit dans les lieux cultivés, soit dans ceux qui ne le sont pas; il donne aussi la chasse aux petits lézards appelés anolis, aux petites couleuvres, aux grenouilles, aux jeunes rats, et même quelquefois, dit-on, aux petits oiseaux ; il surprend les lézards dans le moment où, tout occupés sur les branches à epier les mouches, ils sont moins sur leurs gardes. A l’égard des couleuvres, il les avale par la tête, et, à mesure que la partie avalée se digère, il aspire la partie qui reste pendante au dehors. C’est donc un animal utile, puisqu’il détruit les animaux nuisibles; il pourrait même devenir plus utile encore, si on venait à bout de le rendre domestique; et c’est ce quî paraît très-possible, vu qu’il est d’un naturel si peu farouche et si peu défiant, que les petits nègres le prennent à la main, et qu’ayant un bec assez fort, il ne songe pas à s en servir pour se défendre.
Son vol n’est jamais élevé; il bat des ailes en partant, puis épanouissant sa queue il fde, et plane plutôt qu’il ne vole; il va d’un buisson à un autre, il saute de branche en branche, il saute même sur les troncs des arbres,
a. C’est (le M. le chevalier Desbayes que je tiens tout ce que je dis ici des mœurs et des habitudes du tacco.
auxquels il s’accroche comme les pics; quelquefois il se pose à terre, où il sautille encoie, comme la pie, et toujours a la poursuite des insectes ou des reptiles. On assure qu’il exhale une odeur forte en tout temps, et que sa chair est un mauvais manger; ce qui est facile à croire, vu les mets dont il se nourrit.
Ces oiseaux se retirent, au temps de la ponte, dans la profondeur des forêts, et s’y cachent si bien que jamais personne n’a vu leur nid; on serait tenté de croire qu’ils n’en font point, et qu’à l’instar du coucou d’Europe, ils pondent dans le nid des autres oiseaux; mais ils différeraient en cela de la plupart des coucous d’Amérique, qui font un nid et couvent eux-mêmes leurs œufs.
Le tacco n’a point de couleurs brillantes dans son plumage, mais en toutes circonstances il conserve un air de propreté et d’arrangement qui fait plaisir à voir; il a le dessus de la tête et du corps, compris les couvertures des ailes, gris un peu foncé, avec des reflets verdâtres sur les grandes couvertures seulement; le devant du cou et de la poitrine gris cendré; sur toutes ces nuances de gris une teinte légère de rougeâtre; la gorge fauve clair; le reste du dessous du corps, les cuisses et les couvertures inférieures des ailes comprises, d’un fauve plus ou moins animé; les dix premières pennes de l’aile d’un roux vif, terminées d’un brun verdâtre, qui dans les pennes suivantes va toujours gagnant sur la couleur rousse; les deux pennes intermédiaires de la queue de la couleur du dos, avec des reflets verdâtres; les huit autres de même dans leur partie moyenne, d’un brun noirâtre, avec des reflets bleus près de leur base, et terminées de blanc;
1 iris d un jaune brun ; les paupières rouges; le bec noirâtre dessus, d’une couleur un peu plus claire dessous, et les pieds bleuâtres. Ce coucou est moins gros que le nôtre; son poids est d’un peu plus de trois onces : il se trouve à la Jamaïque, à Saint-Domingue, etc.
Longueur totale, quinze pouces et demi (dix-sept un tiers, suivant M. Sloane); bec, dix-huit lignes, suivant M, Sloane; vingt et une, selon M. le chevalier Deshayes, et vingt-cinq, suivant M. Brisson; langue cartilagineuse, terminée par des filets ; tarse, environ quinze lignes; vol, comme la longueur totale; queue, huit pouces, selon M. Deshayes, et huit pouces trois quarts, suivant M. Brisson, composée de dix pennes étagées; les intermédiaires superposées aux latérales : dépasse les ailes d’environ cinq pouces et demi.
vn.
III, — LE GEIRA CANTARA.®*
Ce COUCOU est fort criard ; il se lient dans les forêts du Brésil , qu'il fait retentir de sa voix, plus forte qu’agréable. Il a sur la tête une espèce de huppe dont les plumes sont brunes, bordées de jaunâtre ; celles du cou et des ailes, au contraire, jaunâtres, bordées de brun; le dessus et le dessous du corps d’un jaune pâle; les pennes des ailes brunes; celles de la queue brunes aussi, mais terminées de blanc; l’iris brun ; le bec d un jaune biun;
les pieds vert de mer.
Il est de la taille de la pie d’Europe.
Longueur totale, quatorze à quinze pouces; bec, environ un pouce, un peu crochu par le bout; tarse, un pouce et demi, revêtu de plumes; queue, huit pouces, composée de huit pennes, selon Marcgrave; mais n’en manquait-il aucune? Elles paraissent égales dans la figure.
lY, — LE QUAPACTOL OU LE RIEUR. '' **
On a donné à ce coucou le nom d’oûeaw rieur, parce qu’en effet son cri ressemble à un éclat de rire, et par la même raison, dit Fernandez, il passait au Mexique pour un oiseau de mauvais augure avant que le jour de la vraie religion eût lui dans ces contrées. A l’égard du nom mexicain quapachtototl, que j’ai cru devoir contracter et adoucir, il a rapport a la couleur fauve qui règne sur toute la partie supérieure de son corps, et meme sur les pennes de ses ailes; celles de la queue sont fauves aussi, mais d’une teinte plus rembrunie; la gorge est cendrée, ainsi que le devant du cou et
a. Guîraacangatara, en langue brasilienne. Marcgraye, f ^
Hist nat p. 95. — Jonston, Aves, p. 148. — Ray, Synops. am., p. 45, sp. . g Yj
n 96 S IX. - « Cucnlns cristatus, ex alLo pallidè flavescens ; cristâ, capite, collo et tectnci- « Lus Lmm superioribus fusco et Ravescente yariegatis ; rectricibus fusas, arnce a^s... » Coucou huppé du Brésil. Brisson,t. IV, p. m. - Cucule giallognolo col ciuffo. O^nithol. liai p 84 sp. XXX. - Trogon. Moehring, gen. 114. Je ne sais pourquoi cet auteur confond l’oiseau dont il s’agit ici avec le curucui de Marcgrave; oiseau fort different, et M.^ Brissoi a rangé parmi les couroucous. Je ne vois pas non plus pourquoi il veut rapprocher e ja
iri de Ma.mgïd.Ye àe son guira acangatara. ^ ,q
b. Quapachtototl , en langue mexicaine. Fernandez, Hist. nov. Hisp., p. 49, c P-^ •
- Avis ridibunda. Eus. Nieremberg , p. 214, cap. xvii. - Jonston , Aves, p. 119. Ray,
Synops. avi., Append., p. 174. - Wülugliby, p. 198. - Cliarleton , Exerat., p. 117, n 7 .
« Cuculus supernè fulvus, infernè niger; collo inferiore etpectore cinereis ; jectncibus fil « nigricautibus... » Coucou du Mexique. Brisson, t. IV, p. 119. - Cucule del Messico, delto uccello ridente. Ornithol. ital., p. 84 , sp. xxvi.
- Cuculus guira (Lath., Gmel.). - Genre Coucous, sous-genre Coucous proprement dits
Cuculus ridihundus (Lath., Gmel.). - «M. Vieillot pense que cet oiseau a beaucoup de « rapport avec le tacco, et qu’il se pourrait qu’il n’en différât pas spécifiquement. « (Desmalets. ) — Voyez la nomenclature de la p. 351.
la poitrine; le reste du dessous du corps est noir, l’iris blanc, et le bec d’un noir bleuâtre.
La taille de ce coucou est à peu près celle de l’espèce européenne; il a seize pouces de longueur totale, et la queue seule fait la moitié de cette longueur.