‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 317 sur 495 · L’ANI DES PALÉTUVIERS · texte numérisé non relu

L’ANI DES PALÉTUVIERS

SECONDE ESPÈCE

^ Cet oiseau est plus grand que le précédent et à peu près de la grosseur d un geai : il a dix-huit pouces de longueur, en y comprenant celle de la

a. Voyez les planches enluminées, n» 102, fig. l, sous la dénomination de grand bout dn pctun de Cayenne. — Le tour des yeux qui est rouge dans cette planche, n’est pas de cette ccnleur dans la nature, mais brun noirâtre, comme on le voit dans la même pL, fig. 2.

b. «Grotophagus nigro-yiolaceus , oris pennarnm. yiridibus; remigibus obscurè yiridibus, « rectricibus nigro-yiolaceis... » Grotophagus major. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 180; etpl. 18, fig. 2. — L’ani des Brasiliens, seconde espèce. Salerne, Ornithol., p. 73, n» 10. — Ani. Supplément à 1 Encyclopédie , t. I, article Ani, par M. Adanson. Nous devons observer que Is

* Crotophaga major (Lath., Gmel.). — Genre Anis (Cuv.).

L’ANl DES PALÉTUVIERS.

queue qui en fait plus de moitié; son plumage est à peu près de la même couleur noir brunâtre que celui du premier, seulement il est un peu plus varié par la bordure de vert brillant qui termine les plumes du dos et des couvertures des ailes; en sorte que si l’on n’en Jugeait que par ces différences de grandeur et de couleurs, on pourrait regarder ces deux oiseaux comme des variétés de la même espèce ; mais la preuve qu ils forment deux espèces distinctes, c’est qu’ils ne se mêlent Jamais : les uns habitent constamment les savanes découvertes, et les autres ne se trouvent que dans les palétuviers. Néanmoins ceux-ci ont les mêmes habitudes naturelles que les autres : ils vont de même en troupes ; ils se tiennent sur le bor,tl des eaux salées ; ils pondent et couvent plusieurs dans le meme nid , et semblent n’être qu’une race différente qui s’est accoutumée à vivre et à habiter dans un terrain plus humide, et où la nourriture est plus abondante par la grande quantité de petits reptiles et d’insectes que produisent ces terrains humides.

Comme Je venais d’écrire cet article, J’ai reçu une lettre de M. le chevalier Lefebvre-Deshayes au sujet des oiseaux de Saint-Domingue, et voici l’extrait de ce qu’il me marque sur celui-ci :

« Cet oiseau , dit-il, est un des plus communs dans l’île de Saint-Domin-

« gue Les nègres lui donnent différentes dénominations : celle de bout

« de tabac, de bout de petun, d'amangoua, de perroquet noir, etc..... Si on « fait attention à la structure des ailes de cet oiseau, au peu d étendue de a son vol , au peu de pesanteur de son corps, relativement à son volume, « on n’aura pas de peine à le reconnaître pour un oiseau indigène de ces « climats du Nouveau-Monde : comment en effet, avec un vol si borné et « des ailes si faibles, pourrait-il franchir le vaste intervalle qui sépare les

« deux continents? Son espèce est particulière à l’Amérique méridio-

« nale; lorsqu’il vole il étend et élargit sa queue, mais il vole moins vite et

« moins longtemps que les perroquets Il ne peut soutenir le vent, et les

« ouragans font périr beaucoup de ces oiseaux.

« Ils habitent les endroits cultivés ou ceux qui l’ont été anciennement : « on n’en rencontre Jamais dans les bois de haute futaie ; ils se nourrissent « de diverses espèces de graines et de fruits; ils mangent des grains du (( pays, tels que le petit mil, le maïs, le riz, etc. Dans la disette ils font la « guerre aux chenilles et à quelques autres insectes. Nous ne dirons pas c( qu’ils aient un chant ou un ramage, c’est plutôt un sifflement ou un piau- « lement assez simple : il y a pourtant des occasions où sa façon de s ex- « primer est plus variée ; elle est toujours aigre et désagréable ; elle change « suivant les diverses passions qui agitent l’oiseau. Aperçoit-il quelque chat

s ivant auteur de cet article , parait douter que les anis pondent et couvent ensemble dans le même nid ; cependant ce fait nous a été assuré par un si grand nombre de témoins oculaires, qu’il n’est plus possible de le nier.

L’AMI DES PALETUVIERS. 36;^

a OU un autre animal capable de nuire, il en avertit aussitôt tous ses scm- « blables par un cri très-distinct, qui est prolongé et répété tant que le péril « dure ; son épouvante est surtout remarquable lorsqu’il a des petits, car « il ne cesse de s’agiter et de voler autour de son nid... Ces oiseaux vivent « en société sans être en aussi grandes bandes que les étourneaux; ils ne « s’éloignent guère les uns des autres... et même dans le temps qui précède « la ponte on voit plusieurs femelles et mâles travailler ensemble à la conft struction du nid, et ensuite plusieurs femelles couver ensemble, chacune « leurs œufs, et y élever leurs petits; cette bonne intelligence est d’autant « plus admirable, que l’amour rompt presque toujours dans les animaux «les liens qui les attachaient à d’autres individus de leur espèce... Ils « entrent en amour de bonne heure : dès le mois de février, les mâles clier- « chent les femelles avec ardeur, et dans le mois suivant le couple amou- « reux s’occupe de concert à ramasser les matériaux pour la construction « du nid... Je dis amoureux, parce que ces oiseaux paraissent l’être autant « que les moineaux; et pendant toute la saison que dure leur ardeur, ils « sont beaucoup plus vifs et plus gais que dans tout autre temps... Ils « nichent sur les arbrisseaux, dans les cafiers, dans les buissons et dans « les haies ; ils posent leur nid sur l’endroit où la tige se divise en plusieurs « branches... Lorsque les femelles se mettent plusieurs ensemble dans le « même nid, la plus pressée de pondre n’attend pas les autres, qui agran- « dissent le nid pendant qu’elle couve ses œufs. Ces femelles usent d’une « précaution qui n’est point ordinaire aux oiseaux, c’est de couvrir leurs « œufs avec des feuilles et des brins d’herbes à mesure qu’elles les pondent. . . « Elles couvrent également leurs œufs pendant l’incubation lorsqu’elles « sont obligées de les quitter pour aller chercher leur nourriture... Les « femelles qui couvent dans le même nid ne se chicanent pas comme font « les poules lorsqu’on leur donne un panier commun; elles s’arrangent « les unes auprès des autres : quelques-unes cependant, avant de pondre, « font avec des brins d’herbe une séparation dans le nid afin de contenir en « particulier leurs œufs ; et s’il arrive que les œufs se trouvent mêlés ou « réunis ensemble, une seule femelle fait éclore tous les œufs des autres « avec les siens ; elle les rassemble, les entasse et les entoure de feuilles : « par ce moyen la chaleur se répartit dans toute la masse et ne peut se « dissiper... Cependant chaque femelle fait plusieurs œufs par ponte... Ces « oiseaux construisent leur nid très-solidement, quoique grossièrement, avec « de petites tiges de plantes filamenteuses, des branches de citronnier ou « d’autres arbrisseaux; le dedans est seulement tapissé et couvert de feuilles « tendres et qui se fanent bientôt : c’est sur ce lit de feuilles que sont déport sés les œufs ; ces nids sont fort évasés et fort élevés des bords ; il y en a « dont le diamètre a plus de dix-huit pouces; la grandeur du nid dépend « du nombre des femelles qui doivent y pondre. Il serait assez difficile de

364 L’ANI DES PALETUVIERS.

r dire au juste si toutes les femelles qui pondent dans le même nid ont (c chacune leur mâle ; il se peut faire qu’un seul mâle suffise à plusieurs e femelles, et qu’ainsi elles soient en quelque façon obligées de s’entendre K lorsqu’il s’agit de construire les nids; alors il ne faudrait plus attribuer « leur union à l’amitié , mais au besoin qu’elles ont les unes des autres « dans cet ouvrage... Ces œufs sont de la grosseur de ceux de pigeon; ils « sont de couleur d’aigue-marine uniforme, et n’ont point de petites taches «■ vers les bouts, comme la plupart des œufs des oiseaux sauvages... 11 y a apparence que les femelles font deux ou trois pontes par an, cela dépend «. de ce qui arrive à la première ; quand elle réussit, elles attendent l’arac rière-saison avant d’en faire une autre ; si la ponte manque, ou si les ic œufs sont enlevés, mangés par les couleuvres ou les rats, elles en font une seconde peu de temps après la première ; vers la fin de juillet, ou « dans le courant d’août, elles commencent la troisième ; ce qu’il y a de « certain, c’est qu’en mars, en mai et en août on trouve des nids de ces « oiseaux... Au reste, ils sont doux et faciles à apprivoiser, et on prétend U qu’en les prenant jeunes on peut leur donner la même éducation qu aux « perroquets, et leur apprendre à parler quoiqu’ils aient la langue aplatie «' et terminée en pointe, au lieu que celle du perroquet est charnue, épaisse et arrondie...

« La même amitié, le meme accord qui ne s’est point démenti pendant K le temps de l’incubation, continue après que les petits sont éclos ; lorsque jf les mères ont couvé ensemble, elles donnent successivement a manger à « toute la petite famille... Les mâles aident à fournir les aliments , mais «s lorsque les femelles ont couvé séparément elles élèvent leurs petits à part, «î cependant sans jalousie et sans colère ; elles leur portent la becquée à « tour de rôle, et les petits la prennent de toutes les mères; la nourriture K qu’elles leur donnent dépend de la saison : tantôt ce sont des chenilles, ^tdes vers, des insectes, tantôt des fruits, tantôt des grains, comme le mil, ««le maïs, le riz, l’avoine sauvage, etc.... Au bout de quelques semaines, «c les petits ont acquis assez de force pour essayer leurs ailes, mais ils ne «« s’aventurent pas au loin ; peu de temps après ils vont se percher auprès M de leurs père et mère sur les arbrisseaux, et c’est là oû les oiseaux de w proie les saisissent pour les emporter...

« L’ani n’est point un oiseau nuisible ; il ne désole pas les plantations «. de riz comme le merle, il ne mange pas les amandes du cocotier comme « le charpentier (le pic) , il ne détruit pas les pièces de mil comme les perroquets et les perruches.

LE nOüTOU.

LE nOüTOU ou MOMOT.

Nous conservons à cet oiseau le nom de houtou que lui ont donné les naturels de la Guiane, et qui lui convient parfaitement, parce qu’il est l’expression même de sa voix ; il ne manque jamais d’articuler houtou brusquement et nettement toutes les fois qu’il saute; le ton de cette parole est grave et tout semblable à celui d’un homme qui la prononcerait, et ce seul caractère suffirait pour faire reconnaître cet oiseau lorsqu’il est vivant * soit en liberté, soit en domesticité.

Fernandez, qui le premier a parlé du houtou, ne s’est pas aperçu qui! 1 indiquait sous deux noms differents, et cette méprise a été copiée par tous les nomenclateurs qui ont également fait deux oiseaux d’un seul , comme

a. ^ \ oyez les planches enluminées , n» 370 , sous la dénomination de Motmot du Brésil-, os. aurait dù dire motmot du Mexique, car motmot est un nom mexicain que Fernandez a citépouf cet oiseau , tandis qu’au Brésil ü ne porte pas le nom de motmot, mais celui de guira-gumnumli , que Marcgrave nous a conservé.

b. Motmot. Fernandez, Hist. nov. Hisp., p. S2. — Yayauhquitototl. Fernandez, ibidem^ p. S5. — Guira-guainumli Brasiliensihus tupinambis. Marcgrave, Hist. nat. Bras., p. isi" Guira-guainunibi. Pison, Hist. nat. Bras., p. 93. — Motmot. Eusèb. Nieremberg, p. 209. — Avis caudata. Ibidem, p. 209. — Yayauh quitototl. Ray, Synops. avi., p. 167. -—Ispidæ, se& meropis a f finis , guira:guainumbi Brasiliensibus tupinambis Marcgravii. Ibidem, p. 49, mS.

Guira-guainumbi Brasiliensibus . Jonston, Avi., p. 132. — Jo,jauquilototl. Ibid., p. lis.

Merula. Moebring, Avi., gen. 112. — Ispidæ, seu meropis affinis guira-guainumbi Brasiliessibiis tupinambis Marcgravii. Willughby, Ornithol., p. 103. - Yayau quitototl seu avis caudata. Ibidem, p. 298. — The Brasilian saw-büled roller. Le rolier au bec dentelé du Brésil. Edwards Glan., p. 2S1 , avec une planche très-bien coloriée. — « Momotus viridîs.,,

« superiiê splendidiùs , interné obscuriùs : syncipite cæruleo beryllino ; occipitio cæruleo-vicK « laceo; vertice et macula per oculos splendide nigris; fascicule pennarum nigro, ad latera « cæruleo in medio pectore; rectricibus fubtus nigricantibus, supernè tribus utrimque extimis « viridibus, sex interme diis primùm viridibus, dein cæruleo-violaceis , quatuor intermedfe « nigricante terminatis... » Momotus. Brisson, Ornithol, t. IV, p. 463; et pl. 35, fig. 3,

« Momotus viridi, cyaneo, fulvo et cinereo variegatus; rectricibus subtus nigricantibus, supernè « tribus utrimque extimis viridibus, sex intermediis primùm viridibus, dein cæruleo-violaceis,

« quatuor intermediis nigricante terminatis... » Momotus varius. Ibidem, p. 469.

* Ramphastos momota (Gmel.). - Prionites momota (Illig.). - Le motmot à tête blem ou ïe houtou de la Guiane (Cuy.). — Guira guay-numbi , au Brésil, selon Marcgrave. — Ordre des Passereaux, famille ou plutôt division 1 des syndacfyles. Genre Motmots (Cuv.). —

« Le motmot à tête rousse ou du Pérou, le prionites Mardi, le tutre du Paraguay, en sont « du moins très-voisins. » ( Cuvier. ) ^

1. (*) M. Cuvier partage les passereaux £n deux divisions. La première et la plus nombreuse comprend les genres où le doigt externe est réuni à l’interne, seulement par une ou deux phalanges. Cette première division se sous-divise en quatre familles : les Dentirostres , les Fîssiroslres, les Conirostres et les Ténuirostres : chacune de ces familles réunit plusieurs genrJis La seconde^ et la plus petite division des passereaux comprend ceux où le doigt externe,, presque^ aussi long que celui du milieu , lui est uni jusqu’à l’avant-dernière articulation. — •

M. Cuvier ne fait de cette division qu’un seul groupe, composé de cinq genres : les Guêpiers^ les Motmots, les Martins-Pêcheurs , les Ceyx et les Todiers.

LE nOüTOU.

on peut le voir dans leurs pîirases que nous avons rapprochées dans la nomenclature ci-dessous. Marcgrave est le seul des naturalistes qui ne se soit pas trompé ; l’erreur de Fernandez est venue de ce qu il a vu un de ces oiseaux qui n’avait qu’une seule penne ébarbée ; il a cru que c était une conformation naturelle, tandis qu’elle est contre nature, car tous les oiseaux ont tout aussi nécessairement les pennes par paires, et semblables, que les autres animaux ont les deux jambes ou les deux bras pareils. Il y a donc grande apparence que dans l’individu qu’a vu Fernandez cette penne de moins avait été arrachée, ou qu’elle était tombée par accident, car tout le reste de ses indications ne présente aucune différence : ainsi l’on peut présumer avec tout fondement que ce second oiseau qui n’avait quune penne ébarbée n’était qu’un individu mutilé.

Le houtou est de la grosseur d’une pie ; il a dix-sept pouces trois lignes de longueur jusqu’à l’extrémité des grandes pennes de la queue; il aies doigts disposés comme les martins-pêcheurs, les manakins, etc. ; mais ce qui le distingue de ces oiseaux et même de tous les autres, c’est la forme de son bec, qui sans être trop long pour la grandeur du corps, est de figure conique, courbé en bas et dentele sur les bords des deux mandibules; ce caractère du bec conique, courbé en bas et dentelé, suffirait encore pour le faire reconnaître ; néanmoins il en a un autre plus singulier et qui n appartient qu’à lui , c’est d’avoir dans les deux longues pennes du milieu de la queue un intervalle d’environ un pouce de longueur, à peu de distance de leur extrémité, lequel intervalle est absolument nu, c est-a-dire ebarbe, en sorte que la tige de la plume est nue dans cet endroit, ce qui néanmoins ne se trouve que dans l’oiseau adulte, car dans sa jeunesse ces pennes sont revêtues de leurs barbes dans toute leur longueur, comme toutes les autres plumes. L’on a cru que cette nudité des pennes de la queue n’était pas produite par la nature, et que ce pouvait etre un caprice de 1 oiseau, qui arrachait lui-même les barbes de ses pennes dans l’intervalle où elles manquent ; mais l’on a observé que dans les jeunes ces barbes sont continues et tout entières, et qu’à mesure que l’oiseau vieillit, ces mêmes barbes diminuent de longueur et se raccourcissent, en sorte que dans les vieux elles disparaissent tout à fait. Au reste, nous ne donnons pas ici une description plus détaillée de cet oiseau, dont les couleurs sont si mêlées, qu il ne serait pas possible de les représenter autrement que par le portrait que nous eu avons donné dans notre planche enluminée, et encore mieux par la planche d’Edwards®, qui est plus parfaitement coloriée que la nôtre; néanmoins nous observerons que les couleurs en général varient suivant 1 âge ou le sexe, car on a vu de ces oiseaux beaucoup moins tachetés les uns que les autres.

a. Voyez GZa«Mm, page 32S,

LE HOUTOU,

dbl

On ne les élève que difficilement, quoique Pison dise le contraire; comme ils vivent d insectes, il n’est pas aisé de leur en choisir à leur o-ré on ne peut nourrir ceux que l’on prend vieux : ils sont tristement craintifs' et refusent constamment de prendre la nourriture. C’est d’ailleurs un oiseail sauvage très-solitaire et qu’on ne trouve que dans la profondeur des forêtsil ne va ni en troupes ni par paires, on le voit presque toujours seul à terre ou sur des branches peu élevées, car il n’a pour ainsi dire point de vol il ne fait que sauter vivement et toujours prononçant brusquement houtou; il esteveille de grand matin et fait entendre cette voix avant que les autres oiseaux ne commencent leur ramage. Pison “ a été mal informé lorsqu il a dit que cet oiseau faisait son nid au-dessus des grands arbres • nonseulement il n’y fait pas son nid, mais il n’y monte jamais : il se contente de chercher a la surface de la terre quelque trou de tatous, d’acouchis ou d autres petits animaux quadrupèdes, dans lequel il porte quelques brins d herbes seches pour y déposer ses œufs, qui sont ordinairement au nombre de deux. Au reste, ces oiseaux sont assez communs dans l’intérieur des terres de la Guiane, mais ils fréquentent très-rarement les environs des habitations : leur chair est sèche et n’est pas trop bonne à manger, ison s est encore trompé en disant que ces oiseaux se nourrissent de ruits; et comme c’est la troisième méprise qu’il a faite au sujet de leurs habitudes naturelles, il y à. grande apparence qu’il a appliqué les faits liistoriques d un autre oiseau à celui-ci, dont il n’a donné la description que d apres Marcgrave, et que probablement il ne connaissait pas; car il est certain que le houtou est le même oiseau que le gaira-guainumbi de Marcgrave qu il ne s’apprivoise pas aisément, qu’il n’est pas bon à manger, et qu enfin il ne se perche ni ne niche au-dessus des arbres, ni ne se nourrit de fruits, comme le dit Pison.

LES HUPPES, LES PROMEROPS ET LES GUEPIERS

S il est vrai que la comparaison soit le véritable instrument de la connaissance, c’est principalement lorsqu’il s’agit d’objets qui ont plusieurs qualités communes et qui se ressemblent à beaucoup d’égards : on ne peut trop comparer ces sortes d’objets, on ne peut trop les rassembler sous le meme coup d’œil; il résulte de ces rapprochements, de ces comparaisons

a. Hist. nat. Bras., pag. 93 et 94.

iites les wromprrmVt générique de huppes, les craves, les huppes proprement,

t I ; ae la pa^e 305), aux passereaux syndactyles.

les huppes, les PROMEPiOPS ET LES GUÊPIERS.

une lumière qui fait souvent découvrir des différences réelles où l’on n’avait d’abord aperçu que de fausses analogies, pour avoir trop isolé les objets et ne les avoir considérés que l’un après l’autre. Par ces raisons, j ai dû léunii dans un seul article ce que j’ai à dire de général mr les genres très-voisins

des huppes, des promerops et des guêpiers.

Notre huppe est bien connue par sa belle aigrette double, qui est presque unique dans son espèce, puisqu’elle ne ressemble à aucune autre, si ce n est à celle des kakatoès, par son bec long, menu et arqué, et par ses pieds courts. La huppe noire et blanche du Gap diffère de la nôtre en plusieurs points, et notamment par son bec plus court et plus pointu, comme on le verra dans les descriptions ; mais on a dû la rapporter à ce genre dont elle approche plus que de tout autre.

Les promerops ont tant de rapports avec le genre de la huppe, qu’on pourrait dire, en adoptant pour un moment les principes des méthodistes, que les promerops sont des huppes sans huppe ; mais la vérité est qu ils sont un peu plus haut montés, et qu’ils ont communément la queue beaucoup plus longue.

Les guêpiers ressemblent, par leurs pieds courts, à la huppe comme au martin-pêcheur, et plus particulièrement à ce dernier par la singulière dibposition de leurs doigts, dont celui du milieu est adhérent au doigt extérieur jùsqu’à la troisième phalange, et au doigt intérieur jusqu à la première seulement. Le bec des guêpiers, qui est assez large à sa base et assez fort, tient le milieu entre les becs grêles des huppes et des promerops d une part, et les becs longs, droits, gros et pointus des martins-pêcheurs d’autre part, toutefois s’approchant un peu plus des premiers que des derniers, puisque le guêpier vit d’insectes comme les huppes et les promerops., et non de petits poissons comme les martins-pêcheurs : or, l’on sait combien la force et la conformation du bec influent sur le choix des aliments.

On trouve encore quelques vestiges d’analogie entre le genre des guêpiers et celui des martins-pêcheurs : premièrement, la belle couleur d’aigue-marine, qui n’est rien moins que commune dans les oiseaux d’Europe, embellit également le plumage de notre martin-pêcheur et celui de notre guêpier; en second lieu, dans le plus grand nombre des espèces de guêpiers, les deux pennes intermédiaires de la queue excèdent de beaucoup les latérales, et le genre du martin-pêcheur nous présente quelques espèces dans lesquelles ces deux intermédiaires sont de même excédantes; tioisièmement, il nous présente aussi des espèces qui ont le bec un peu couibé, et qui en cela se rapprochent des guêpiers.

D’un autre côté, quelque voisins que soient les deux genres des guépierb et des promerops, la nature, toujours libre, toujours féconde, a bien su les séparer, ou plutôt les fondre ensemble par des nuances intermédiaires qui tiennent plus ou moins de l’un et de l’autre; ces nuances, ce sont de=

LES HUPPES, LES PROMEROPS ET LES GUÊPIERS. 369

Oiseaux qui sont guêpiers par quelques parties et promerops par d’autres parties : j’applique à ce petit genre intermédiaire, ou si l’on veut équivoque, le nom de merops.

Tous ces différents oiseaux, qui ont déjà tant de rapports entre eux, se ressemblent encore par la taille. Dans chacun de ces genres, les espèces les plus grosses ne le sont guère plus que les grives, et les plus petites ne sont guère plus petites que les moineaux et les becfigues; s’il y a quelques exceptions, elles sont peu nombreuses, et d’ailleurs elles ont également lieu dans ces différents genres.

A l’égard du climat, il n’est pas le même pour tous : les promerops se trouvent en Asie, en Afrique et en Amérique; on n’en voit jamais en Europe, et s’ils sont aborigènes du vieux continent, et que par conséquent ils aient passé plus tôt ou plus tard dans le nouveau, il faut que ce soit par le nord de l’Asie. La huppe est attachée exclusivement à l’ancien monde, et j’en dis autant des guêpiers, quoique l’on trouve dans nos planches enluminées la figure d’un oiseau appelé guêpier de Cayenne; mais on a de fortes raisons de douter qu’il soit en effet originaire de cette île. Des ornithologistes qui y ont fait plusieurs voyages ne l’y ont jamais vu , et l’individu d’après lequel la figure de nos planches a été dessinée et gravée est unique à Paris jusqu’à présent, quoique en général les oiseaux de Cayenne y soient très-communs. Quant aux deux guêpiers donnés par Seba comme étant l’un du Brésil et l’autre du Mexique, on sait combien l’autorité de Seba est suspecte sur cet article; et ici elle l’est d’autant plus, que ce seraient les deux seules espèces de guêpiers qui fussent originaires du nouveau continent.

LA HUPPE

Un auteur de réputation en ornithologie (Belon) a dit que cet oiseau avait pris son nom de la grande et belle huppe qu’il porte sur sa tête; il

а. Voyez les planches enluminées, n» 52.

б. ÈttoiJ/. Aristote, Hist. animal., lib. i, cap. i; lib. vi, cap. i; lib. ix, cap. ii, 15 et 49. Ce nom est la racine du verbe TtomÇeiv qui exprime le cri de la huppe. — Élien, Nat. animal. , lib. I, cap. 35; lib. iii, cap. 26; lib. vi, cap. 46; lib. x, cap. 16; et lib. xvi, cap. 5. — Upupa. Phne, Nat. hist., lib. x, cap. 29; et lib. xxx, cap. 6. Remarquez que Pline prononçait oupoupa, ainsi que Varron, comme on va voir. — Varron, Lingua lat., lib. iv. Cet auteur croit que le nom latin upupa , s’est formé du cri de Toiseau, pou, pou ; et la Fable nous donne encore l’origine de ce cri : elle raconte que Thérée, roi de Thrace , ayant été métamorphosé en huppe, à la suite de plusieurs horreurs , et notamment après que Progné sa femme et Philomèle sa bellesœur eurent fait servir sur sa table son fils Itys qu’elles avaient mis en pièces, ce père infortuné ne put former d’autre cri que irou, ttou, qui en grec signifie où, où, comme s’il eût encore

* Upupa epops (Linn. ). — La huppe commune. — Ordre des Passereaux , famille des Ténuirostres , genre Huppes, sous-genre Huppes proprement dites (Cuv. ).

vu.

.^70 LA HÜPPE.

aurait dit tout le contraire s’il eût fait attention que le nom latin de ce même oiseau, upupa, d’où s’est évidemment formé son nom français, est non-seulement plus ancien de quelques siècles que le mot générique huppe, qui signifie dans notre langue une touffe de plumes dont certaines espèces d oiseaux ont la tête surmontée, mais encore plus ancien que notre langue ellemême, laquelle a adopté le nom propre de l’espèce dont il s agit ici pour exprimer en général son attribut le plus remarquable.

cherché ou redemandé son fils. - Huppe, puput lupoge; en grec moderne, A^picTvsTrvoç.Belon, Nat. des oiseaux, lih. vi, cap. 10; et Portrait d’oiseaux, p. 72. Il n’en parle point dans ses observations; mais il se trompe, comme on le verra dans le texte, en disant que nous donnons à cet oiseau le nom de huppe, à cause de sa crête. - Uupupa ; en LebreU’ selon differents auteurs, kaath , cos, hakocoz , ataleph, radia, anapha, chasida , duhphat ; en egptien, cucufa, cucupha; en grec, ËTroij- , àqptoç, fitomos ; en arabe , alhudud alhe uc ,

garesol; en turc, ibüc-, en italien, buba, upega, gallo de Paradiso , galletto di maggw , puppula, cristella, pnfia - (autrefois, selon Plaute et saint Jerôme, on appliquait le nom de upupa aux filles de joie) ; en espagnol , abubilla ; en portugais , popa • en allemand mpd; ftop/r, wide-hopffe, wede-hoppe, kathaan; en flamand, hupetup; dans le ;

en anglais, howpe. Remarquez que plusieurs écrivains de cette nation ont donné ce nom au vanneau , et que cet abus subsiste encore en plusieurs petites ecoles britanniques , selon Willugbby. En illyrien, dedek ; en polonais, dudek; en Savoie, etpie; en français, hups. En quelques cantons, putput , à cause de sa puanteur ; en Languedoc , upege. ,

De avibus, p. 775. - En hébreu, hasida; en grec, EtîoEi;, Xc^tyi, AX^î^rpuoiv, reXasc; ; en grec moderne ; Aqpto..cpo; ; en italien, «pcrpa, galletto di marzo. Aldrovande, Ormthol., t II, p. 7 i.

- Bubbola. Olina, Uccelleria, fol. 36. - Upupa. En grec , Aqpicxoxopc; Jonston dws, p .

- Ray, Sgnops. av., p. 48; en anglais , the hoop or hoopoe. - Willugbhy, Ormthol p. 100,

en allemand près de Cologne, wide-huppe; en anglais, hoopo. - Charleton, Exeiat p. 98 , vulgairement en anglais, the dung-bird , thehooper, the hoopoop. - Gallus lutosus , galhnaceus stercorarius ; en allemand, kot han, wiede-hopffe. Scbwenckfeld , P;

-Rzackzynski, Auctuar. Polon., p. 427; chez les Cassubiens , hupka. - Albin, Oiseaux

t II no xLii — Klein , Ordo av., p. 110, n» xiv ; en grec, (sans doute pour la

femeile dupe (sans doute pour huppe); car les fautes d’orthographe copiées scrup^eusement sont une des grandes causes de la multiplication des noms. - Linnæus , Fauna Suec. ei. 4 , 71; en snéde, Mr en Sennie, pepp. - Moeh.ins, G... baUe , Sent. Htoff. frcirnt., part, ii , lib. m , scct. » , op. « , p. ^

Austr. inf., p. 337. - Frisch, t. I, class. iv, div. 2, pl. vi, n» 43, ait. 10. — On pouiiad, selon lui, l’appeler bécasse d’arbre, baum-sdmepf. En basse Saxe, wede-hoppe, mot compose, dans lequel wede ne vient pas de weide , saule, mais de maide qui en termes de chasse, signifie Lrément. - tlpupa varia, cristâ rufâ, in summo nigrâ. Barrere, Nov. specim clL ni P 46, gen. 21 ; en catalan, paput , poput. - Epos , upupa cristata , vanegala. Lm- Ss Æ. edi., p, .SS, gen. s.. - Muller, Da». p.'.d,n» p. « ;

ennorrvégien, œrfugl; en danois, herfugl. - The hoopoe. Edrvards, pl. 345 - «Upupa « supernè fusco-nigricante, et sordide alho-rufescente varia, inferne albo-rufescens ; dorso « supremo griseo; pectore griseo-vinaceo ; cristâ rufâ , apicibus pennarum nigiis lectricibus « nigaicantibus, tænià transversà albà in medio præditis... » Huppe ou puput. A

D 455 - En arabe, sur les côtes du golfe Persique, hudhud , selon M. Niebhui. Descupt. de l’Arabie p. 148. - En différents jargons on l’appelle ou on l’a appelée pepu,pipu, pupe, robm, houtbout boubou, coq d’été, coq on poulet de bois, coq puant, coq mer deux , tcluaou chez les Turcs , à cause de quelque rapport observé entre son aigrette et celle de certains hmssieis de Turciuie qui portent ce nom; en vieil anglais, houp, puet. Et enfin a tres-juste titre, comme on voit, avis mullorum nominum, l’oiseau aux cent noms. — Procope l’a rangée, dd-on, parmi les oiseaux de nuit ; mais c’est sans doute une méprise des copistes qui auront écrit upupa au lieu de uMa.

LA HUPPE

La situation naturelle de cette touffe de plumes est d’être couchée e„ arriéré, soit lorsque la huppe vole, soit lorsqu’elle prend sa nourriture en lin mot, lorsqu’e le est exempte de toute agitation intérieure J’ai eu oee " sion de voir un de ces oiseaux qui avait été pris an lilel étant déjà vTeirou du moins adulte, et qui , par conséquent, avait les habitudes de la nature • son attachement pour la personne qui le soignait était devenu très-fort et meme exclusif; il ne paraissait content que lorsqu’il était seul avec elle s 11 survenait des etrangers, c’est alors que sa huppe se relevait par un effet de surprise ou d’inquiétude, et il allait se réfugi r sur le ciel dl Hl se trouvait dans la même chambre; quelquetari, sUha^lsainé^" descendre de son asile, mais c’était pour voler droit à sa maîtresse -^1 étai't ccupe uniquement de cette maîtresse chérie, et semblait ne voir qu’elle • d avait deux voix fort différentes, l’une plus douce, plus intérlure l’i

prsonlTilT-T’are «dressait à la

ou l’effrni ‘f» ' ’ ’ ^ Perçante, qui exprimait la colère

tite iLen il avait

te icence de courir dans la maison • cependant , quoique les fenêtres

re, la moindre envie de s échapper, et sa passion pour la liberté fut toujours moins forte que son attachement. A la fin toutefois il s’échappa

o“n L“x ôü’êlle l ‘ T'"'"’ ‘“Périeuse chez les

on envola donc un jour qu’il avait été effarouché par l’apparition de quelque objet nouveau, encore s’éloigna-t-il fort peu, et ii’avant pu rev.ienerson gîte il se jeta dans la cellule d’une religieuse qui avait Lssé°sa enelre ouverte ; tant la société de l’homme, ou ce qui y r ssembl , I devenue necessaire : il y trouva la-mort, parce qu’on ne sut que lui doitr a manger; il avait cependant vécu trois ou quatre mois dans sa première condition avec un peu de pain et de fromage pour toute nourriture. Due autre huppe a ele nourrie, pendant dix-huit mois, de viande crue»- elle aimait passionnément et s’élançait pour l’aller prendre dans la main’- elle refusait au contraire celle qui était cuite. Cet appétit de préférence pour la viande crue indique une conformité de nature entre les oiseaux de proie et les insectivores , lesquels peuvent être regardés en effet comme des ' Oiseaux de petite proie.

La nourriture la plus ordinaire de la huppe, dans l’état de liberté, ce sont les insectes en general, et surtout les insectes terrestres, parce qu’elle se

s Tumesnî AoA “PP^nait à mademoiselle Lemalier, marié, depuis i

iu. uumesmel, mestre de camp de cavalerie. ^

mouto? ^ du cœur de bœuf ou de

niatulp gnîîT t tranches longuettes, ayant à peu près la forme de vers ; mais il recom*

lande surtout de ne la point renfermer dans une cage.

872 HUrrE.

titnl beaucoup plus à terre que perchée sur les arbres- ; j’appelle insectes terrestres ceux qui passent leur vie, ou du moins quelques périodes de leur iTe s “dans la terre, soit à sa surface : tels sont les scarabées, les four- ™s ‘ les vers, les demoiselles, les abeilles sauvages, plusieurs espee s rcbenilles, ete. > : c’esl là le véritable appât qui en tout pays a tire la huppe dans les terrains humides-, où son bec long et menu peut faeilein nt pénedrer, et celui qui, en Égypte, la détermine ainsi que res oiseaux, à régler sa marche sur la retraite des ^ “

cer constamment à la suite de ce fleuve; car a mesure qu il rentre dans es bords ^ il laisse successivement à découvert des plaines engraissées d un limon que le soleil échauffe, et qui fourmille bientôt d une quantité inno brableVinsectes de toute espèce t : aussi les huppes de passage sont-e alors très-grasses et très-bonnes à manger ; je dis les huppes de passade, car il T en'I dans ce même pays de sédentaires que l’on voit souveid su les dattiers aux environs de Rosette, et qu’on ne mange ïamais; il en est de “e celles qui se trouvent en très-grand nombre dans la ville du Caire» où elles nichent en pleine sécurité sur les terrasses des maiso ^ . On peut en effet concevoir que des huppes vivant loin de 1 homme, et dans une campagne inhabitée, sont meilleures à manger que celles qui vivent a portée d^une ville considérable ou des grands chemins qui y conduisen , fes premières cherchent leur -e, c’est-à-dire les insectes, d^ limon, les terres humides, en un mot dans le sein de la nature, au

xf «rs;*: eW « à:

avaler tort ertite; oû sait qrfelle mange auss. do celles que

baies de mirto et des raisins. de petites graines, des lionr-

'ier

'1.tCar,„*c„nrt ainsi dçns*

elle un grand rôle dans les hiéroglyphes égyptiens. ^ ressemble an cloporte.

Le^NU tlLetîirsiÎeTnconrde ÎetitefgreTonUres m" me de frai’ de grenonille dans les endroits q„q, a inondés ïnTiSrt 'a“Ses de Htalie et de ia

France^?nméridionale que septentrionale ; quelques-uns les préfèrent aux cailles; il est Tiai

" SrrnoSS'été cemmaniquées par M de Sonninl, dans dena lettres datées du Caire et de Rosette, les 4 septembre et 5 novembre 1777.

LA HUPPE

que les autres les cherchent clans les immondices de tout genre qui abondent partout où il y a un grand nombre d’hommes réunis, ce qui ne peut manquer d’inspirer du dégoût pour les huppes des cités, et même de donner un marnais fumet à leur chair “ : il y en a une troisième classe qui tient le milieu entre les deux autres, et qui, se fixant dans nos jardins, trouve à s’y nourrir suffisamment de chenilles et de vers de terre ^ Au reste, tout le monde convient que la chair de cet oiseau, qui passe pour être si sale de son vivant, n’a d’autre défaut que de sentir un peu trop le musc, et c’est apparemment la raison pourquoi les chats, d’ailleurs si friands d’oiseaux, ne touchent jamais à ceux-ci ^ ’

Eh Égjpte, les huppes se rassemblent, dit-on, par petites troupes, et lorsqu’une d’entre elles est séparée des autres, elle rappelle ses compagnes par un cri fort aigu à deux temps, zi, zi A Dans la plupart des autres pays elles \ ont^ seules ou tout au plus par paires. Quelquefois, au temps du passage, il s’en trouve un assez grand nombre dans le même canton ; mais c est une multitude d’individus isolés qui ne sont unis entre eux par aucun lien social, et par conséquent ne peuvent former une véritable troupe : aussi partent-elles les unes après les autres quand elles sont chassées. D autre part, comme elles ont toutes la même organisation , toutes doivent être et sont mues de la même manière par les mêmes causes; et c’est la raison pourquoi toutes, en s’envolant, se portent vers les mêmes climats, et suivent à peu près la même route. Elles sont répandues dans presque tout 1 ancien continent, depuis la Suède, où elles habitent les grandes forêts, et même depuis les Orcades et la Laponie % jusqu’aux Canaries et au cap de Bonne-Espérance d’une part, et de l’autre jusqu’aux îles de Ceylan et de Java C Dans toute 1 Europe elles sont oiseaux de passage et n’y restent point l’hiver, pas même dans les beaux pays de la Grèce et de l’Daliei? : on en trouve quelquefois en mer et de bons observateurs * les mettent au

a. Cest donc nniquement à ces huppes des cités, à ces huppes sédentaires que l’on doit rapporter ce que Belon dit, peut-être trop généralement de toutes les huppes, « que leur chair « ne vaut rien, et que n’y a personne en aucun pays qui en veuille tâter. » C’était et c’est encore une nourriture immonde chez les juifs.

h. Olina, Uccelleria, fol. 36. Albin parle d’une huppe qui s'était établie dans un jardin situé au milieu de la foret d’Epping en Angleterre.

c. Il y a plusieurs moyens indiqués pour faire passer ce goût de musc; le plus généralement recommande , c’est de couper la tête à la huppe au moment qu’elle vient d’être tuée : cependant les parties postérieures sont plus musquées que les parties antériemes.

d. Note communiquée par M. de Sonnini.

e. Yoyez la. Lapponie de Schœffer. Francfort, 1673, in-4».

f. Voyez Edwards , pl. 20; et le voyageur La Barbinais.

g. On sait bien, dit Belon, qu’elles ne demeurent l’hiver en Grèce. Cùm fætum eduxére, dit Phne, abeunt upupæ.

h. Le 18 mars, ^passant au travers des Canaries, une huppe vint se poser sur notre vaisseau et prit son vol à 1 ouest. Voyage à Vile de France et de Bourbon , par un officier du roi. Me din, 1773, 1. 1.

♦. Entre autres M. le commandeur Desmazys.

374 LA HUPPE

nombre des oiseaux que l’on voit passer deux fois chaque année dans l’île de Malte; mais il faut avouer qu’elles ne suivent pas toujours la même route, car souvent il arrive qu’en un même pays on en voit beaucoup une année, et très-peu ou point du tout l’année suivante. De plus, il y a des contrées, comme l’Angleterre, où elles sont fort rares et où elles ne nichent jamais ; d’autres, comme le Bugey, qu’elles semblent éviter absolument : toutefois le Bugey est un pays montagneux ; il faut donc qu’elles ne soient pas attachées aux montagnes, du moins autant que le pensait Aristote®; mais ce n’est pas le seul fait qui combatte l’assertion de ce philosophe, car les huppes établissent tous les jours leur domicile au milieu de nos plaines, et l’on en voit fréquemment sur les arbres isolés qui croissent dans les îles sablonneuses, telles que celles de Camargue en Provence^. Frisch dit qu’elles ont comme les pics la faculté de grimper sur 1 ecorce des arbies, et cela n’a rien que de conforme à l’analogie, puisqu’elles font comme les pics leur ponte dans des trous d’arbres ; elles y déposent le plus souvent leurs œufs, ainsi que dans des trous de murailles, sur le terreau ou la poussieie qui se trouve d’ordinaire au fond de ces sortes de cavités, sans les garnir, dit Aristote, de paille ni d’aucune litière ; mais cela est encore sujet à quelques exceptions, du moins apparentes : de six couvées qu’on m’a apportées, quatre étaient en effet sans litière, et les deux autres avaient sous elles un matelas très-mollet, composé de feuilles, de mousse, de laine, de plumes, etc. Or, tout cela peut se concilier, car il est tres-possible que la huppe ne garnisse jamais son nid de mousse ni d autre chose, mais qu elle fasse quelquefois sa ponte dans des trous qui auront été occupés l’année précédente par des pics, des torcols, des mésanges et autres oiseaux qui les auront matelassés, chacun suivant son instinct.

On a dit il y a longtemps, et l’on a beaucoup répété, que la huppe enduisait son nid des matières les plus infectes : de la fiente de loup, de renard, de cheval , de vache , bref de toutes sortes d animaux , sans excepter l’homme et cela, ajoute-t-on, dans l’intention de repousser par la mauvaise odeur les ennemis de sa couvée^ mais le fait n’est pas plus vrai que

fl. « Montes incolit et sylvas. » Hist. animal., lib. i, cap. i.

b. Note communiquée par M. le marquis de Piolenc.

c 11 y avait au fond de i’un de ces nids plus de deux litrons de mousse, des débris de hannetons, quelques vermisseaux échappés sans doute du bec de la mère ou de ses petits : les six arbres où se sont trouvés ces nids , sont trois giûottiers, deux chênes et un pohier; les p us las de ces nids étaient à trois ou quatre pieds de terre, les plus hauts à dix.

d. Voyez Salerne, Hist. nat. des oiseaux; Ornithologie italienne, etc. Il est assez singulier que les anciens , qui regardaient la huppe comme une habitante des montagnes , des forêts, ^ des déserts , lui aient imputé d’employer à son nid les excréments de l’homme ; c’est encore ici rni de ces faits particuliers mal à propos généralisés : il a pu arriver qu’une huppe couveuse ait ramassé sur des immondices quelconques les insectes qu’elle destinait à ses petits , qu elle se soit salie en les ramassant, et qu’elle ait sali sou nid : il n’en fallait pas davantage à des observateurs superficiels , pour conclure que c’était une habitude commune à toute l’espèce.

e. On a dit aussi que c’était afin de rompre les charmes qui pouvaient être jetes sur sa cou-

LA HUPPE

l’intention, car la huppe n’a point l’habitude d’enduire l’orifice de son nid comme fait la sittellej d’un autre côté il est très-vrai qu’un nid de huppe est très-sale et très-infect, inconvénient nécessaire et qui résulte de la forme même du nid, lequel a souvent douze, quinze et jusqu’à dix-huit pouces de profondeur : lorsque les petits viennent d’éclore et sont encore faibles, ils ne peuvent jeter leur fiente au dehors, ils restent donc fort longtemps dans leur ordure, et on ne peut guère les manier sans s’infecter les doigts c’est de là, sans doute, qu’est venu le proverbe : sale comme une huppe; mais ce proverbe induirait en erreur si l’on voulait en conclure que la huppe a le goût ou l’habitude de la malpropreté ; elle ne s’aperçoit point de la mauvaise odeur tant qu’il s’agit de donner à ses petits les soins qui leur sont nécessaires ; dans toute autre circonstance elle dément bien le proverbe, car celle dont j’ai parlé ci-dessus, non-seulement ne fît jamais d’ordure sur sa maîtresse, ni sur les fauteuils, ni même au milieu de la chambre, mais elle se retirait toujours pour cela sur ce même ciel de lit où elle se réfugiait lorsqu’elle était effarée, et l’on ne peut nier que l’endroit ne fût bien choisi, puisqu’il était tout à la fois le plus éloigné, le plus caché et le moins accessible.

La femelle pond depuis deux jusqu’à sept œufs^ mais plus communément quatre ou cinq ; ces œufs sont grisâtres, un peu moins gros que ceux de perdrix, et ils n’éclosent pas tous, à beaucoup près, au même terme, car on m’a apporté une couvée de trois jeunes huppes prises dans le même nid, qui différaient beaucoup entre elles par la taille ; dans la plus grande, les pennes de la queue sortaient de dix-huit lignes hors du tuyau , et, dans la plus petite, de sept lignes seulement. On a vu souvent la mère porter à

vée ; car la huppe passait pour être fort savaute dans ce genre : elle connaissait toutes les herbes qui détruisent l’effet des fascinations , celles qui rendent la vue aux aveugles, celles qui ouvrent les portes les mieux fermées, et Ton a voulu donner crédit à cette dernière fable, en y ajoutant une autre fable non moins absurde. Élien raconte sérieusement qu’un homme ayant bouché trois fois de suite le nid d’ime huppe , et ayant bien reconnu l’herbe dont elle se servit autant de fois pour l’ouvrir, il employa avec succès la même herbe pour charmer les serrures des coffres-forts. La mort même ne fait qu’exalter ses vertus et leur donner une nouvelle énergie; son cœur, son foie, sa cervelle, etc., mangés avec certaines formules mystérieuses , appliqués , suspendus sur différentes parties du corps , communiquent le don de prophétie , guérissent la migraine, rétablissent la mémoire, procurent le sommeil, donnent des songes agréables ou terribles, etc. Autrefois elle passait en Angleterre pour un oiseau de mauvais augure ; encore aujourd’hui le peuple de Suède regarde son apparition comme un présage de guerre. Les anciens étaient mieux fondés , ce me semble , à croire que lorsqu’on l’entendait chanter avant le temps où l’on avait coutume de commencer la culture de la vigne, elle annonçait de bonnes vendanges : en effet, ce chant prématuré supposait un printemps doux, et par conséquent une année hâtive, toujours favorable à la vigne et à la qualité de son fruit.

a- G est ce qu éprouva Schwenckfeld étant encore enfant, et voulant tirer d’un chêne creux une couvée de huppes qui y était établie, p. 369.

6. M- Linnæus et les auteurs de la Zoologie Britannique ne parlent que de deux œufs ; mais ■ce cas est aussi rare , du moins dans nos contrées , que celui de sept œufs. Il peut se faire que dans les pays plus septentrionaux, tels que la Suède, les huppes soient moins fécondes.

376 LA HUPPE

manger à ses petits, mais je n’ai jamais entendu dire que le pere en fit autant. Comme on ne voit guère ces oiseaux en troupes, il est naturel de penser que la famille se disperse dès que les jeunes sont en état de voler : cela devient encore plus probable s’il est vrai, comme le disent les auteurs de V Ornithologie italienne, que chaque paire fasse deux ou trois pontes par an : les petits de la première couvée sont en état de voler des la fin de juin. C’est à ce peu de faits et de conjectures que se bornent les connaissances que j’ai pu me procurer sur la ponte de la huppe et sur l’éducation de ses

’^^Le cri du mâle est bou, hou, hou ; c’est surtout au printemps qu’il le fait entendre, et on l’entend de très-loin ceux qui ont écouté ces oiseaux avec attention prétendent avoir remarqué dans leur cri différentes inflexions, différents accents appropriés aux différentes circonstances, tantôt un gémissement sourd qui annonce la pluie prochaine, tantôt un cri plus aigu qui avertit de l’apparition d’un renard, etc. Cela a quelque rapport avec les deux voix de la huppe apprivoisée dont j’ai parlé plus haut : celle-ci avait un goût marqué pour le son des instruments; toutes les fois que sa maîtresse jouait du clavecin ou de la mandoline, elle venait se poser sur ces instruments ou le plus près possible, et s’y tenait autant de temps que sa

maîtresse continuait de jouer. i t

On prétend que cet oiseau ne va jamais aux fontaines pour y boire, et que par cette raison il se prend rarement dans les pièges, surtout à J’abreuvoir : à la vérité, la huppe qui fut tuée en Angleterre, dans la foret d Epping, avait évité les pièges multipliés qu’on lui avait tendus avant de la tirer dans l’intention de l’avoir vivante ; mais il n’est pas moins vrai que la uppe apprivoisée que j’ai déjà citée plusieurs fois avait été prise au filet, et qu elle buvait de temps en temps en plongeant son bec dans l’eau d un mouvement brusque , et sans le relever ensuite comme font plusieurs oiseaux : apparemment que celui-ci a la faculté de faire monter la boisson dans son <Tosier par une espèce de succion. Au reste, les huppes conservent ce mcnvement brusque du bec lorsqu’il ne s’agit ni de boire ni de manger ; cette habitude vient, sans doute, de celle qu’elles ont dans l’état sauvage de saisir les insectes, de piquer les bourgeons, d’enfoncer leur bec dans la vase et dans les fourmillières pour y chercher les vers, les œufs de fourmis, et peutêtre la seule humidité de la terre. Autant elles sont difficiles a prendre dans les pièges, autant elles sont faciles à tirer, car elles se laissent approcher de fort près^ et leur vol, quoique sinueux et sautillant, est peu rapi e,

a. Aristophane exprime ainsi le chant de ces oiseanx, epopoc, ito, ito, ito, ito ; mais il me semble qn’il les fait un peu parler grec. De leur ont été donnés, celui qui rend le mieux leur vrai chant, est

ils sont connus en Lorraine et dans quelques autres provinces de Fiance. en gre

signifie chanter comme une huppe. ^ a>QT^rés la

h. Ceux qui ont voulu juger de ce qu’était la huppe, par ce quelle devait etre d après

LA HUPPE. 377

et ne présente aux chasseurs , ou si l’on veut aux tireurs , que très-peu Je difficultés : elles battent des ailes en partant, comme le vanneau ®, et, posées à terre, elles marchent d’un mouvement uniforme comme les poules.

Elles quittent nos pays septentrionaux sur la fin de l’été ou au commencement de l’automne, et n’attendent jamais les grands froids j mais quoique en général elles soient des oiseaux de passage dans notre Europe, il est possible qu’en certaines circonstances il y en soit resté quelques-unes : par exemple, celles qui se seront trouvées blessées au moment du départ, ou malades, ou trop jeunes, en un mot, trop faibles pour entreprendre un voyage de long cours, ou celles qui auront été retenues par quelque obstacle étranger : ces huppes restées en arrière se seront arrangées dans les mêmes trous qui leur avaient servi de nid, elles y auront passé l’hiver à demi engourdies, vivant de peu et pouvant à peine refaire les plumes que la mue leur avait fait perdre : quelques chasseurs en auront trouvé dans cet état, et de là on aura pris occasion de dire que toutes les huppes passaient riîiver dans des arbres creux, engourdies et dépouillées de leurs plumes ^ comme on l’a dit des coucous, et avec aussi peu de fondement.

Selon quelques-uns, la huppe était, chez les Égyptiens, l’emblème de la piété filiale : les jeunes prenaient soin, dit-on, de leurs père et mère, devenus caduques; ils les réchauffaient sous leurs ailes, ils leur aidaient, dans le cas d’une mue laborieuse, à quitter leurs vieilles plumes; ils soufflaient sur leurs yeux malades et y appliquaient des herbes salutaires , en un mot, ils leur rendaient tous les services qu’ils en avaient reçus dans leur bas âge. On a dit quelque chose de pareil de la cigogne : eh ! que n’en peut-on dire autant de toutes les espèces d’animaux!

La huppe ne vit que trois ans, suivant Olina, mais cela doit s’entendre de la huppe domestique, dont nous abrégeons la vie faute de pouvoir lui donner la nourriture la plus convenable, et dont il nous est facile de compter les jours, puisque nous l’avons sans cesse sous les yeux ; il ne serait pas aussi aisé de déterminer la vie moyenne de la huppe sauvage et libre, et d’autant moins aisé qu’elle est oiseau de passage.

Comme elle a beaucoup de plumes, elle paraît plus grosse qu’elle n’est en effet : sa taille approche de celle d’une grive , et son poids est de deux

mythologie, n’ont pas manqué de dire qu’elle était très-sauvage, qu’elle ne s’enfoncait dans la profondeur des forêts , qu’elle ne gagnait la cime des montagnes , etc., que pour fuir les hommes. Au reste, des chasseurs m’ont assuré que cet oiseau se laissait un peu moins approcher sur l’arrière-saison , sans doute parce qu'il a un peu plus d’expérience.

a. C’est sans doute à cause de cette conformité dans la façon de voler, jointe à la belle touffe de plumes dont la tête du vanneau est ornée, qu’on a donné à celui-ci et qu’on lui donne encore en Angleterre , le nom de huppe : ce sont d’ailleurs des oiseaux de même taille.

b. Albertus apud Gessnerum. Schwenckfeld, Aviarium Silesiæ , etc. C’est par cette raisoa dit G. Agricola, qu’on les voit au printemps presque toutes déplumées.

LA HUPPE

onces et demie à trois ou quatre onces, plus ou moins, suivant qu’elle a plus ou moins de graisse®.

Sa huppe est longitudinale, composée de deux rangs de plumes égaux et parallèles entre eux ; les plumes du milieu de chaque rang sont les plus longues, en sorte qu’elles forment, étant relevées, une huppe arrondie en demi-cercle*’ d’environ deux pouces et demi de hauteur; toutes ces plumes sont rousses, terminées de noir ; celles du milieu et les suivantes en arrière ont du blanc enlre ces deux couleurs ; il y a outre cela six ou huit plumes encore plus en arrière appartenant toujours à la huppe, lesquelles sont entièrement rousses et les plus courtes de toutes.

Le reste de la tête et toute la partie antérieure de l’oiseau sont d’un gris tirant tantôt au vineux, tantôt au roussâtre; le dos est gris dans sa partie antérieure, rayé transversalement dans sa partie postérieure de blanc sale, sur un fond rembruni ; il y a une plaque blanche sur le croupion; les couvertures supérieures de la queue sont noirâtres ; le ventre et le reste du dessous du corps d’un blanc roux ; les ailes et la queue noires, rayees de blanc; le fond des plumes ardoisé.

De toutes ces différentes couleurs, ainsi répandues sur le plumage, il résulte une espèce de dessin régulier d’un fort bon effet lorsque 1 oiseau redresse sa huppe, étend ses ailes, relève et épanouit sa queue, ce qui lui arrive souvent ; la partie des ailes la plus voisine du dos présente alors de part et d’autre une rayure transversale noire et blanche, à peu près perpendiculaire à l’axe du corps ; la plus haute de ces raies a une teinte roussâtre, et s’unit à un fer-à-cheval de même couleur qui se dessine sur le dos , et dont la convexité s’approche de la plaque blanche du croupion ; la plus basse, qui borde l’aile dans la moitié de sa circonférence, va rejoindre une autre bande blanche plus large qui traverse cette même aile à deux doigts de sa pointe, et parallèlement à l’axe du corps; cette dernière raie blanche répond aussi à un croissant® de même couleur qui traverse la queue à pareille distance de son extrémité, et forme avec elle le cadre du tableau : enfin, qu’on se représente l’ensemble de ce joli tableau couronne par une huppe élevée de couleur d’or et bordée de noir, et l’on aura du plumage de cet oiseau une idée beaucoup plus claire et plus juste que celle qu on voudrait en donner en décrivant séparément chaque plume et chaque barbe de chaque plume.

Toutes les bandes blanches qui paraissent sur la face supérieure de l’aile

a. « Avecques toute sa plume, dit Belon, fait bien monstre d’un pigeon, mais sa cbarnure « n’appert guère plus grosse qu’un estourneau. »

b. « Avis cristà visenda plicatili , contrahens eam subrigensque per longitudinem capitis. » Plin.jlib. X, cap. xxix.

c. Lorsque la queue est entièrement épanouie, ce croissant se change en une bande toute droite, parce que sa convexité est tournée du côté du corps, et qu’il va toujours s ouvrant de plus en plus à mesure que les pennes deviennent plus divergentes.

LA HUPPE. 3-J9

paraissent aussi à la face inférieure, et présentent le même coup d’œil lorsque l’oiseau vole et qu’on le voit par-dessous, excepté que le blanc est plus pur, moins terni, moins mêlé de roussâtre.

J’ai vu une femelle, bien reconnue femelle par la dissection , qui avait toutes ces mêmes couleurs et tout aussi décidées : peut-être était-elle un peu vieille ; ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle n’était pas plus grosse que le mâle, quoi qu’en disent les auteurs de Y Ornithologie italienne.

Longueur totale, onze pouces environ; bec, deux pouces un quart (plus ou moins, selon que l’oiseau est plus ou moins vieux ), légèrement arqué; la pointe du bec supérieur dépasse un peu celle du bec inférieur : l’une et 1 autre sont assez mousses; narines oblongues et peu recouvertes; langue très-courte, presque perdue dans le gosier, et formant une espèce de triangle équilatéral, dont les côtes n’ont pas trois lignes de longueur; ouverture des oreilles à cinq lignes de l’angle de l’ouverture du bec et dans le même alignement; tarse, dix lignes; doigt du milieu uni au doigt extérieur par sa première phalange; ongle postérieur le plus long et le plus droit, surtout dans les vieux; vol, dix-sept pouces et plus ; queue, près de quatre pouces, composée de dix pennes égales (et non de douze, comme dit Belon ) : dépasse de vingt lignes les ailes composées de dix-neuf pennes, dont la première est la plus courte, et la dix-neuvième la plus longue.

Tube intestinal, du gésier à l’anus, de douze à dix-huit pouces; gésier musculeux, doublé d’une membrane sans adhérence qui envoyait un prolongement en forme de douille dans le duodénum; grand axe du gésier, de neuf à quatorze lignes ; petit axe, de sept à douze lignes : ces parties ont plus de volume dans les jeunes que dans les vieux; tous ont une vésicule du fiel, et seulement de très-légers vestiges de cæcum ; à l’angle de la bifurcation de la trachée-artère, deux petits trous recouverts d’une membrane très-fine ; les deux branches de cette même trachée-artère formées parderrière d’une membrane semblable, et par-devant d’anneaux cartilagineux de forme semi-circulaire ; le muscle releveur de la huppe est situé entre le sommet de la tête et la base du bec : lorsqu’il est tiré en arrière la huppe se relève, et lorsqu’il est tiré du côté du bec elle s’abaisse.

Dans une femelle que j’ai ouverte le 5 juin, il y avait des œufs de dilfé™ rentes grosseurs : le plus gros avait une ligne de diamètre.

Variétés de la huppe.

Les anciens disaient que cet oiseau était sujet à changer de couleur d’une saison à 1 autre : cela dépend sans doute de la mue, car des plumes nouvelles doivent être un peu différentes des vieilles qui sont prêtes à se détacher, et la différence doit être plus sensible dans certaines espèces que

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