‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 329 sur 495 · LE MEROPS ROUGE ET BLEU · texte numérisé non relu

LE MEROPS ROUGE ET BLEU

quelque chose de soyeux, et sont aussi douces au toucher que brillantes à

l’œil.

Cet oiseau est du Brésil, si l’on en croit Seba, que l’on ne doit presque jamais croire sur cette matière. Il est à peu près de la taille de notre guêpier; il en a les pieds courts, mais je ne vois rien dans la description ni dans la figure, qui indique la même disposition de doigts ; d’ailleurs son bec a plus de rapport avec celui des promerops, c’est pourquoi je le range dans la classe intermédiaire.

LE GUÊPIER

Cet oiseau mange non-seulement les guêpes qui lui ont donne son nom français, et les abeilles qui lui ont donne son nom latin, anglais, etc. ; mais il mange aussi les bourdons, les cigales, les cousins, les mouches et autres insectes qu’il attrape en volant, ainsi que font les hirondelles ; c est la proie dont il est le plus friand, et les enfants de l’île de Candie s en servent comme d’appât pour le pêcher a la ligne au milieu de 1 air, de même qu on pêche les poissons dans l’eau ; ils passent une epingle recourbée au travers d’une cigale vivante, ils attachent cette épingle à un long fil, la cigale n’en voltige pas moins, et le guêpier l’apercevant fond dessus, 1 avale ainsi que l’hameçon, et se trouve pris. A défaut d’insectes, il se rabat sur les

a. Voyez les planches enluminées, ii» 938.

b. Mspoil', Bœotiis nierops. Aristote, Hist. animal., lib. yi, cap. i; et lib. ix, cap. xiiy. Éiien Nat. animal, lib. i , cap. xlix ; lib. vm , cap. vi ; et lib. xi , cap. xxx. — Merops. Pline, im. nat., lib. x, cap. xxxiii. - Selon , Nat. des oiseaux, p. 225, cbap. xxvii ; n'est plus appelé merops en Crète, melisso-phago ; en latin, apiaster; en français, guêpier, quoiquil ne soit pas le seul oiseau qui mange des guêpes, et que les mésanges et plusieurs autres insectivores en fassent aussi un grand dégât. Selon nous apprend que ce nom de guêpier existait déjà, et que n'ayant pu découvrir à quel oiseau il appartenait, il l'avait appliqué à celui-cr. Voyez les observations du même Selon, fol. 10, verso; et fol. G3, verso. — En grec, Aspoi, quibusdam, <ï)XMpo?, MeXioTOffldç , formé de Me>,ioTocpa^o?. — Avis apiastra Servii; apiaster, muscicapa et marochos Alberti; alkemus, akevius rasis; en Italie, dardo, dardaro , barbai o, gaula, ievolo, lupo dell’api; en Sicile, piccia ferro (bec de fer); en espagnol, aveiuruco; en allemand, imbenwolf, imbenfrass. Gessner, Aves , p. 599. Quelques-uns lui ont donné mal à propos le nom, de krinitz, qui est celui du torcol. — Aldrovande, Ornithol , t. I , p. 871; à Sologne, dardano; en espagnol, iuruco; en latin, vesparia. — Jonston, Aves,p. 81. — Charleton, Exercit.p. 94, sp. 9 ; en anglais , bee-ealer. — Willughby, Ornithol, p. 102, § ni. — Ray. Synops. avium,p. 49. — Klein, Ordo av.,p. 110, sp. x; en allemani, bienen-frass, heu-vogel, heu-meher. — Albin, t. II, p. 29, pl. xuv. — Moeliring, Av.^ gener. 21, p. 38. — Friscli, !class. XII, div. ni, pl. 222; en allemand, bienen-fresser ; en latin, mellophagus ; en français, > selon les Allemands, apiàire, guépiere , metngeur d’abeilles. — Merops flavescens ; en allemand,

ÿelber-bienen-wol[ ; en polonais, zotna , zotcawa. Rzaczynslü , Auctuar . Polon., p. 393. — Merops peclore et alis cœrulescenlihus , tergore leucopheo (Mas), pectore albicante , dorso

* Alerops apiaster (Linn.). — Le guêpier commun (Cuv.). — Ordre des Passereaux, division des Passereaux syndactyles , genre Guêpiers (Cuv.). — Voyez la note 1 de la page 365, et la nomenclature de la page 307.

LE GUÊPIER. ggg

petites graines, même sur le froment et il paraît qu’en ramassant à terre cette nourriture, il ramasse en même temps de petites pierres comme font tous les granivores, et sans y mettre plus d’intention. Ray soupçonne, d’après les rapports multipliés tant internes qu’externes de cet oiseau avec le martinpêcheur, qu il se nourrit aussi quelquefois de poisson comme ce dernier.

Les guêpiers sont très-communs dans l’île de Candie, et si communs qu il n y a endroit dans cette île, dit Belon, témoin oculaire, où l’on ne les voie voler : il ajoute que les Grecs de terre-ferme ne les connaissent point, ce qu il avait pu apprendre de bonne source en voyageant dans le paysmais il avance trop légèrement qu’on ne les a jamais vus voler en Italiecar Aldrovande, citoyen de Bologne, assure qu’ils sont assez communs aux environs de cette ville, où on les prend aux filets et aux gluaux; Willugliby en a vu plusieurs fois à Rome, exposés dans les marchés publics, et il est plus que probable qu’ils ne sont point étrangers au reste de l’Italie, puisqu ils se trouvent dans le midi de la France, où même on ne les regarde point comme oiseaux de passage^ : c’est de là cependant qu’ils se répandent quelquefois par petites troupes de dix ou douze dans les pays plus septentrionaux; nous avons vu une de ces troupes qui arriva dans la vallée de Sainte-Reine en Bourgogne le 8 mai 1776 ; ils se tinrent toujours ensemble et criaient sans cesse comme pour s’appeler et se répondre : leur cri était éclatant sans être agréable, et avait quelque rapport au bruit qui se fait lorsqu’on siffle dans une noix percée ^ ; ils le faisaient entendre étant posés et en volant ; ils se tenaient par préférence sur les arbres fruitiers qui

^ >escente (Fœmma) ; en catalan, s>rena de mar, abellerola. Barrère, Specim. nov. Omithol.,

3ferops Galilœus, gobe-abeille. Hasselqnist. Voyages dans le Levant p 20; les Arabes l'appellent varnar. - hpida. Fauna Suecica! édit

Fid,p.itj.—Ispida caudâ molli; en autncMen, meerschwalbe. Kramer, Elenchus Austr vif. inter aves picas , p. 337. - « Apiaster dorso ferrugmeo , abdomine caudâque viridi cærules- « cente, rectricibus duabns longioribus, gulà luteà... » Linnæus, Syst. nat., édit. XIII gen. 63 sp. 1, p. 182. — « Apiaster supemè dilutè Mvus, castaneo et viridi adumbratus' infernè « cæruleo-beryllinus ; uropygio viridi-beryllino ad luteum vergente ; syncipite primùjn cæruleo- « beryllmo, dein vindi; vertice castaneo, viridi adumbrato; occipitio et collo snperiore « castaneis; tæmautrinique peroculosnigra; gutture luteo-aureo; rectricibus supernè cæruleo- « ery Imis, rnfo adumbratis, lateralibus interiùs cinereo marginatis, binis intermediis lon- « gioribus, acutis. » Apiaster, le guêpier. Brisson, t. IV, p. S32. — A Malte, il est connu sous le nom de cardinal, quoiquil n’ait de rouge que les yeux et les pieds ; en Provence, sous celui verrue / quelques-uns lui ont donné celui d’apiastre ; mais c’est peut-être une faute d’orthopapbe :d autres, par une méprise plus considérable, l’ont pris pour un pic. Voyez la Descripnon de Surmum, par le docteur Fermin,p. 184.

a. Le seul que j’aie eu l’occasion d’ouvrir, avec M. le docteur Rémond, avait cinq gros bourdons dans son gesier; Belon a trouvé dans l’estomac de ceux qu’il a ouverts des graines de lampsane , de caucalis , de navets , de froment, etc.

obLvaÏn'îrdîi?^' restassent pendant l’Mver dans File de Candie, mais il n’avait aucune

mlc Îp Pvoyence, je le tiens de M. le marquis de

olenc Je ne sais pourquoi M. Frisch a cru que ces oiseaux se plaisaient dans les déserts.

TPT, 1 compare « au son tel que feroit un homme en sublant ayant la bouche close en

Tondeur, qui chanteroit grulgrurururul aussi haut comme un loriot. » D’autres prétendent

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étaient alors en fleurs, et conséquemment fréquentés par les guêpes et les abeilles; on les voyait souvent s’élancer de dessus leur branche pour saisir cette petite proie ailée : ils parurent toujours défiants et ne se laissaient guère approcher ; cependant on vint à bout d’en tuer un qui se trouva séparé des autres et perché sur un picea, tandis que le reste de la troupe était dans un verger voisin ; ceux-ci, effrayés du coup de fusil, s envolerent en criant tous à la fois, et se réfugièrent sur des noyers qui étaient dans un coteau de vignes peu éloigné; ils y restèrent constamment sans reparaître dans les vergers, et au bout de quelques jours ils prirent leur volée pour ne plus revenir.

On en a vu une autre troupe au mois de juin 1777 dans les environs d’ê.nspach'^. M. Lottinger me mande que ces oiseaux se montrent rarernent en Lorraine, qu’il n’en a jamais vu plus de deux ensemble, qu’ils se tenamnt sur les branches les plus basses des arbres ou arbrisseaux, et qu’ils avaient un air d’embarras, comme s’ils eussent senti qu’ils étaient dévoyés : ils paraissent encore plus rarement en Suède, où ils se tiennent près de la mer ^ mais ils ne se trouvent presque jamais en Angleterre', quoique ce pays soit moins septentrional que la Suède, et qu’ils aient l’aile assez forte pour franchir le Pas-de-Calais. Du côté de l’Orient ils sont répandus dans la zone tempérée, depuis la Judée jusqu’au Bengale', et sans doute bien au delà, mais on ne les a pas suivis plus loin. . * ,

Ces oiseaux nichent, comme l’hirondelle de rivage et le martin-pecheur, au fond des trous qu’ils savent se creuser avec leurs pieds courts et forts, et leur bec de fer, comme disent les Siciliens f, dans les coteaux dont le terrain est le moins dur, et quelquefois dans les rives escarpées et sablonneuses des grands fleuves» ; ils donnent à ces trous jusqu’à six pieds et plus, soit en longueur, soit en profondeur; la femelle y dépose sur un matelas de mousse quatre ou cinq, et même six ou sept œufs blancs un peu plus petits que ceux de merle, mais on ne peut observer ce qui se passe dans 1 intérieur de ces obscurs souterrains; tout ce qu’on peut assurer, c est que a

qu’il dit crou, crou, crou. L’auteur du poëme de PhUomèle le donne comme approchant beaucoup de celui du roitelet et de rhirondelle de cheminée ;

Kegulus atque Merops et mln'o peotore Progne Consiraili modulo zinzibitlare soient;

mais on sait que le naturaliste doit presque toujours apporter quelques modifications aux expressions du poète.

a. La Gazette d’ Agriculture, n° 55, année 1777.

b. Linnæus , Fauna Suecica.

d. S teotventTdit M. Hasselquist, dans les bois et les plaines, entre Âcre et Nazareth.

e. Edwards.

t ” dit Aristote. « In abruptis littoribus Danubii, præsertim

arenosis præcipitiis septentrionem respicientibus, » dit M. Kramer.

LE GUÊPIER

jeune famille ne se disperse point : il est même nécessaire que plusieurs familles se réunissent ensemble pour former ces troupes nombreuses que Belon a vues dans l’île de Candie suivant les rampes des montagnes où croît le thym, et où elles trouvent en abondance les guêpes et les abeilles, attirées par les étamines parfumées de cette plante.

On compare le vol du guêpier à celui de l’hirondelle, avec qui il a plusieurs autres rapports, comme on vient de le voir ; il ressemble aussi, à bien des égards, au martin-pêcheur, surtout par les belles couleurs de son plumage et la singulière conformation de ses pieds; enfin M. le docteur Lottinger, qui a le coup d’œil juste et exercé, lui trouve quelques-unes des allures du tette-chèvre ou engoulevent.

Une singularité qui distinguerait cet oiseau de tout autre si elle était bien avérée, c’est l’habitude qu’on lui prête de voler à rebours : Élien admire beaucoup cette singulière façon de voler® : il eût mieux fait d’en douter; c’est une erreur fondée, comme tant d’autres, sur quelque fait unique ou mal vu, qu’on peut se représenter aisément. lien est de même de cette piété filiale dont on a fait honneur à plusieurs oiseaux, mais dont on semble avoir accordé la palme à ceux-ci, puisque, si l’on en croit Aristote, Pline, Élien et ceux qui les ont copiés, ils n’attendent pas que leurs soins deviennent nécessaires à leurs père et mère pour les leur consacrer, ils les servent dès qu’ils sont en état de voler, et pour le seul plaisir de les servir; ils leur portent à manger dans leurs trous et préviennent tous leurs besoins. On voit bien que ce sont des fables, mais du moins la morale en est bonne.

Le guêpier mâle a les yeux petits, mais d’un rouge vif, auxquels un bandeau noir donne encore plus d’éclat ; le front d’une belle couleur d’aiguemarine; le dessus de la tête marron teinté de vert; le derrière de la tête et du cou marron sans mélange, mais qui prend une nuance toujours plus claire en s’approchant du dos; le dessus du corps d’un fauve pâle avec des reflets de vert et de marron plus ou moins apparents, selon les différentes incidences de la lumière; la gorge d’un jaune doré éclatant, terminé dans quelques individus par un collier noirâtre; le devant du cou, la poitrine et le dessous du corps d’un bleu d’aigue-marine qui va toujours s’éclaircissant sur les parties postérieures ; cette même couleur règne sur la queue avec une légère teinte de roux, et, sur le bord extérieur de l’aile, sans aucun mélange ; elle passe au vert et se trouve mélangée de roux sur la partie de ces mêmes ailes la plus voisine du dos; presque toutes leurs pennes sont terminées de noir, leurs petites couvertures supérieures sont teintes d’un vert obscur, les moyennes de roux, et les grandes nuancées de vert et de roux; le bec est noir et les pieds brun rougeâtre (noirs selon Aldrovande ) ; les côtes des pennes de la queue brunes dessus et blanches dessous. Au

a. De Nat. animal., lib. i, cap. xlix.

LE GUÊPIER

reste, toutes ces différentes couleurs sont très-variables et dans leur teinte et dans leur distribution, et de là la différence des descriptions.

Cet oiseau est à très-peu près de la (aille du mauvis, et de forme plus allongée; il a le dos un peu convexe ; Belon dit que la nature l’a fait bossu, et après en avoir cherché la raison, il n’a pu en trouver d’autres, sinon que cet oiseau aime toujours à voler : c’est une raison peu satisfaisante, mais on conviendra que la bonne n’était pas facile à trouver.

Longueur totale, dix à onze pouces; bec, vingt-deux lignes, large à sa base, un peu arqué; langue mince, terminée par de longs filets; narines recouvertes d’une espèce de poils roussâtres; tarse, cinq à six lignes, assez gros proportionnellement à sa longueur; le doigt extérieur adhérent à celui du milieu dans presque toute sa longueur, et l’intérieur par sa première phalange seulement, comme dans le martin-pêcheur; l’ongle postérieur le plus court de tous et le plus crochu ; vol, seize à dix-sept pouces; queue, quatre pouces et demi, composée de six paires de pennes, dont les cinq paires latérales sont égales entre elles ; la paire intermédiaire les dépasse de neuf ou dix lignes, et d’environ dix-huit lignes les ailes, qui sont composées de vingt-quatre pennes selon les uns, et de vingt-deux selon les autres : l’individu que j’ai observé n’en avait que vingt-deux.

OEsophage, long de trois pouces, se dilate à sa base en une poche glanduleuse; ventricule plutôt membraneux que musculeux, de la grosseur d’une noix ordinaire; vésicule du fiel grande et d’un vert d’émeraude; foie d’un jaune pâle ; deux cæcums, l’un de quinze lignes, l’autre de seize et demie : on n’a pu mesurer le tube intestinal, parce qu’il avait été trop maltraité par le coup de fusil.

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