L’ICTÉROGÉPHALE OU LE GUÊPIER A TÊTE JAUNE
Le jaune de la tête n’est interrompu que par un bandeau noir et s’étend sur la gorge et tout le dessous du corps; le dos est d’un beau marron; le reste du dessus du corps est varié de jaune et de vert ; les petites couvertures supérieures des ailes sont bleues; les moyennes variées de jaune et de bleu, et les plus grandes entièrement jaunes ; les pennes des ailes noires, terminées de rouge ; la queue mi-partie de deux couleurs, jaune à sa base et verte à son extrémité ; le bec noir et les pieds jaunes.
Ce guêpier est un peu plus gros que notre guêpier ordinaire, et son bec est plus arqué. Il ne se montre que très-rarement dans les environs de Strasbourg, dit Gessner.
L’ENGOULEYENT.*»**
Lorsqu’il s’agit de nommer un animal, ou, ce qui revient presque au même, de lui choisir un nom parmi tous les noms qui lui ont été donnés, il
a. Merops aller, hirundo marina; en allemand, see schwalm. Aldrovande, Ornithol., t. I, p. 875. En quelques endroits de ITtalie, on donne aussi le nom d’hirondelle de mer au martinpêcheur, ce qui n’a rien d’ étonnant, vu les rapports qui se trouvent entre cet oiseau et les guêpiers : celui de l’article précédent porte le même nom en Autriche, comme nous l’avons dit. — Gessner, Aves, p. 601. — Congener. Jonston , Avi., p. 81. — Willugliby, Ornithol., p. 103, § 4. — Ray, Synops. avi., p. 49, n» 4. — Klein , Ordo avium, p. 110, n» xn. — Merops cinereus maculis castaneis, linguâ prælongâ, merops congener Jonstonii. Barrère, Spedm. novum; class. 3, gen. 22, p. 47. Je ne sais pourquoi M. Barrère donne le nom de guêpier cendré à cet oiseau, qui , à juger par la description d’Aldrovande , n’a pas une seule plume de cette couleur : il s’appelle formigué en catalan. — Merops ravus, seu griseus, melissophago Junii, apiastra Servit; en polonais, zotna szara. Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 394. — « Merops âaves- « cens, uropygio virescente, remigibus apice rubris; rectricibus basi luteis... » Linnæus, Syst. nat., édit. XIII , p. 183 , gen. 63 , sp. 3. — « Apiaster supernè castaneus, infernè flavescens, « uropygio viridi et flavo mixto; capite et collo flavescentibns ; tænià utrmque per oculos « nigrà ; remigibus nigris, apice rubris; rectricibus supernè primâ medietate luteis, ultinià 0 viridibus... » Apiaster iclerocephalos . Le Guêpier à tête jaune. Brisson, t. IV, p.637.
h. Voyez les planches enluminées, n» 193, où cet oiseau est représenté, fig. 2, sous le nom de Crapaud volant.
c. Ai'joû’/iXa; , Caprimulgus. knsiote, Hist. nat., lih. ix , cap. xxx. — Caprimulgus , fur nocturnus. Pline, lib. x, cap. xl ( a copié Aristote et n’a rien ajouté). — Élien, Nat. anim-.
* Merops congener (Latb., Gmel.). — « Le merops congener n’est pas bien authentique. » ( Cuvier. )
** Caprimulgus europæus ( Linn. ). — Ordre des Passereaux, famille des Fissirostres, genre Engoulevents (Cuvier.)
faut, ce me semble, préférer celui qui présente une idée plus juste de la nature, des propriétés, des habitudes de cet animal, et surtout rejeter impitoyablement ceux qui tendent à accréditer de fausses idées et à perpétuer des erreurs. C’est en partant de ce principe que j’ai rejeté les noL de teUe-chevre de crapaud-volant, de grand merle, de corbeau de nuit et d hirondelle a queue carrée, donnés par le peuple ou par les savants à
hb. III, cap. XXXIX. Cet auteur dit que c’est uu animal très-hardi, et qui méprise les netit? oiseaux. Belou parle de Vaigotilax ou caprimulgus ; mais il se trompe en appliquant ce nom
fol. 12; et Nature des oiseaux, pag. 142 et suiv.; mais dans la suite Selon reconnut son n envoya a Gessner un véritable caprimulgus, sous son vrai nom. Gessner, Aves
’ d’après Turner, nacht-raven (corbeau de’
~ Caprimulgus, œgothela, paphus Turneri; dans le Bolonais ca/e«6otfo Aldrovande, 1. 1, p. 567; et t. II. p. 604. - Â.yo0A-«ç, vuxnjcopà? Nonnii caprmulgus, conntlus nocturnus; nacht-schade , tage-schlaeffer, nacht-raeblin , Lcht-vogeltLo h T’- Aviar. Sites., p. 232. nooturna e^p 1 S;
le sih Charlpî^ T ’ î" night-jarr, à cause du cri qu’il fait eLndre
bra^S'fÏt f fern-owl; dans la province d’York, the churn-owl, à cause du bruit qu il fait en volant. Ray, Synops. avi., p. 26. - Willughby, Ornithol, lib. ii, cap. iii,
Lnnrfo^f'-’ ^^3ht-hawk. - Albin, t. I, pl. x. Son traducteur lui
donne fort mal a propos le nom de grand merle. — Hirundo, caudâ integrâ, ore setis ciliato ■
l’Ostro-Bothnie, kiarrgylta. Linnæus, Faunà «„rhf ^77 r Elenchus Austr. inf., p. 381, n» 5 ; en autrichien, mucken stecher
nacht-rabl. - Caprmulgus narium tubis obsoletis. Linnæus, Syst. nat., édit. XIII p 346 - Muller, Zoolog. Danica, p. 34, no291; en dauois, asten-bakke, nat-raun, nat-skade; en norwepen, quœl-knari'en , gede-malcher, gaarbon, flag spetter af. J. Ramus; nark sarmiutak, orpung miutak, kyssektak, Gi'oenlandorum quœnam? — Hirundo caprimulga, caudâ œquabilt : schwalbe mit gleich-langen schwantz federn; strix (sans doute d’après Belon, qui a reconnu son erreur ); noctambulus : gross-bartige schwalbe , hei-e , milch-zieqensauger ktnder-melcher , tag-schlaeffer , pfaff , etc.; en langue russe, leleck. Klein, Ordo avium p. 81, § 37. — NycUcorax ; the night-raven. Sibbald, Atlas scoticus, part, ii , lib. iii, sect ni ’ cap. II. - Nacht-schwalbe (hirondelle de nuit), nacht-rabe, nacht-trap, ziegen-melcher nycticorax, œgithalus , caprimulgus. Frisch , t. I , cl. 8 , div. 4 , n» loi. - Caprimulgus : tette-chevre , crapaud volant ; en catalan, enganya pastus. Barrère, Novum specim., p. 31 , gen. 7. — The goat-sucker ( tette-chèvre ) ; nocfurnal swallow; wheel bird ; en gallois, aderyn y dixell. British Zoology, gen. 19 , sp. 4 , p. 97. - En provençal , chauche crapaout, ce qui revient au calcabotto des Bolonais. — Le crapaud-volant ou tette-chèvre, chasse-crapaud, foule-crapaud; en Sologne, chauche branche; dans l'Orléanais, coucou rouge; en Saintonge fresaie (ce qui a pu donner lieu à l’erreur de Belon), autrefois caprimulge. Salerne , p. 57^ chap. VI. Il avertit que ce crapaud-volant ne doit pas être confondu avec une espèce de chauvesouris qui porte le même nom à Paris. — « Caprimulgus supernè griseo et nigricante trans- « versim et undatim varius, quâlibet pennà tænià longitudinali nigrâ notatà ; infernè albo- « rufescens, fusco saturato transversim striatus ; remigibus tribus primoribus interiùs albâ « macula notatis; rectricibus duabus utrinque extimis albo terminatis... » Caprimulgus. Tette-chèvre ou Crapaud-volant. Brisson, Ornithol., t. II , p. 470. - Succhia câpre ; en Toscane, nottola; à Ravenne, cova-terra. Ornithol. ital., t. I, p. 91. — An rondo quorumdam? Scdiger, de SubtUit., M. 300. — A Malte , bouchi-aie ou boucraie; dans quelques endroits de a Bourgogne, sècfte-tmppe, c’est-à-dire sèche-terrine , ce qui a rapport à son habitude prétendue de teter les chèvres. Les habitants de la Guinée distinguent deux sortes d’hirondelles : ce les de jour, dont nous parlerons dans la suite, et celles de nuit, qu’ils nomment leîé serena. Histoire générale des Voyages, t. III , p. 588.
l’oiseau dont il s’agit ici. Le premier de ces noms a rapport à une tradition, fort ancienne à la vérité, mais encore plus suspecte; car il est aussi difficile de supposer à un oiseau l’instinct de teter une chèvre que de supposer à une chèvre la complaisance de se laisser teter par un oiseau, et il n est pas moins difficile de comprendre comment, en la tétant réellement, il pourrait lui faire perdre son lait; aussi Schwenckfeld, ayant pris des informations exactes dans un pays où il y avait des troupeaux nombreux de chèvres parquées, assure n’avoir ouï dire à personne que jamais chèvre se fût laissé teter par un oiseau quelconque “. Il faut que ce soit le nom de crapaud volant donné à cet oiseau qui lui ait fait attribuer une habitude dont on soupçonne les crapauds, et peut-être avec un peu plus de fondement * .
J’ai pareillement rejeté les autres noms, parce que l’oiseau dont il est ici question n’est ni un crapaud, ni un merle, ni un corbeau, ni une chouette, ni même une hirondelle, quoiqu’il ait avec cette dernière espèce plusieurs traits de ressemblance, soit dans la conformation extérieure, soit dans les habitudes ; par exemple, dans ses pieds courts, dans son petit bec suivi d un large gosier, dans le choix de sa nourriture, dans la manière delà prendre; mais, à d’autres égards, il en diffère autant qu’un oiseau de nuit peut différer d’un oiseau de jour, autant qu’un oiseau solitaire peut différer d’un oiseau social, et encore par son cri, par le nombre de ses œufs, par l’habitude qu’il a de les déposer à cru sur la terre, par le temps de ses voyaps ; et d’ailleurs on verra dans la suite qu’il existe réellement des espèces d hirondelles à queue carrée, avec lesquelles on ne doit pas le confondre. Enfin j ai conservé à cet oiseau le nom d’engoulevent qu’on lui donne en plusieurs provi!:c8s, parce que ce nom, quoique un peu vulgaire, peint assez bien l’oiseau lorsque, les ailes déployées, l’œJl hagard et le gosier ouveit de toute sa largeur, il vole avec un bourdonnement sourd à la rencontre des insectes, dont il fait sa proie et qu’il semble engouler par aspiration.
L’engoulevent se nourrit en effet d’insectes et surtout d insectes de nuit**, car il ne prend son essor et ne commence sa chasse que lorsque le soleil est
a. Aviar. Siles., page 233. M. Linnæus applique mal à propos à l’engoulevent ce vers
d’Ovide : . . . •
Carpere dictintur lactenlia viscera rostns.
Fast., lib. VI, V. 131.
Ce vers doit se rapporter aux chouettes. Aristote ajoute que les chèvres ainsi tetées devenaient
aveugles. , . ,
b. Charleton dit qu’il vit de guêpes, de bourdons, principalement de scarabées, de cantharides ; Klein lui a trouvé dans le ventricule des mouches de différentes espèces, de petits scarabées, six grands stercoraires noirs à la fois; la Zoologie Britannique ajoute les teignes et les cousins, et Willughby les graines. Un ami de M. Hébert a trouvé dans le gosier d’un de ces oiseaux de ces petits hannetons que l’on voit sur la fin de Tété : on ne peut guère douter qn ü ne happe aussi les phalènes ou papillons de nuit qui se trouvent sur son passage.
1. Non : pas avec plus de fondement, — (Voyez la note 1 de la p. 460 du II® volume.)
peu élevé sur l’horizon», OU, s’il la commence au milieu du jour, c’esl lorsque le temps est nébuleux j dans une belle journée, il ne part que lorsqu’il y est forcé, et dans ce cas son vol est bas et peu soutenu ; il a les yeux si sensibles, que le grand jour l’éblouit plus qu’il ne l’éclaire, et qu’il ne peut bien voir qu’avec une lumière affaiblie; mais encore lui en faut-il un peu, et l’on se tromperait fort si l’on se persuadait qu’il voit et qu’il vole lorsque 1 obscurité est totale ; il est dans le cas des autres oiseaux nocturnes : tous sont, au fond, des oiseaux de crépuscule plutôt que des oiseaux de nuit.
Celui-ci n’a pas besoin de fermer le bec pour arrêter les insectes qui y sont entraînés ; l’intérieur de ce bec est enduit d’une espèce de glu qui paraît filer de la partie supérieure et qui suffit pour retenir toutes les phalènes et même les scarabées dont les ailes s’y engagent** i.
Les engoulevents sont très-répandus, et cependant ne sont communs nulle part; ils se trouvent, ou du moins ils passent dans presque toutes les régions de notre continent, depuis la Suède et les pays encore plus septentrionaux jusqu’en Grèce et en Afrique d’une part, de l’autre jusqu’aux Grandes-Indes, et sans doute encore plus loin. M. Sonnerat en a envoyé un au Cabinet du Roi venant de la côte de Coromandel, et qui est sans doute une femelle ou un jeune, puisqu’il ne diffère guère du nôtre qu’en ce qu’il n a point sur la tête et les ailes ces taches blanches dont M. Linnæus fait un caractère propre au mâle adulte. M. le commandeur de Godeheu nous apprend qu’au mois d’avril le vent du sud-ouest amène ces oiseaux à Malte», et M. le chevalier Desmazis, très-bon observateur, me mande qu’ils passent en égale abondance en automne. On en rencontre dans les plaines et dans les pays de montagnes, dans la Brie et dans le Bugey, en Sicile ^ et en Hollande, presque toujours sous un buisson ou dans de jeunes taillis, ou bien autour des vignes; ils semblent préférer les terrains secs et pierreux, les bruyères, etc. Ils arrivent plus tard dans les pays plus froids et ils en partent plus tôt ; ils nichent chemin faisant dans les lieux qui leur conviennentt^, tantôt plus au midi, tantôt plus au nord; ils ne se donnent pas la
a. G est sans doute par cette raison qu’ Aristote le donne pour un oiseau paresseux; mais il ne le serait tout au plus que le soir.
h. Note communiquée par M. Hébert.
c. Voyez Savants étrangers, t. III, p. 91.
d. Un voyageur instruit m’a rapporté que, sur les montagnes de Sicile, on voyait ces oiseaux paraître ime heure avant le coucher du soleil, et se répandre pour chercher leur nourriture de compagnie avec les guêpiers, et qu’ils allaient quelquefois cinq ou six ensemble.
e. En Angleterre, ils arrivent sur la fin de mai, et ils s’en vont vers le milieu d’août suivant la Zoologie Britannique; en France, M. Hébert en a vu dans le mois de novembre; un chasseur m’a assuré en avoir vu l’hiver.
f. Les chasseurs que j’ai consultés prétendent qu’ils ne nichent pas dans le canton de a Bourgogne que j’habite ( TAuxois ) , et qu’ils n’y paraissent que dans le temps des vendanges.
1 « Leur bec (des engoulevents] est encore plus fendu qu’aux hirondelles, et peut engloutir « les plus gros insectes, qu’il retient au moyen d’une salive gluante. » ( Cuvier.)
peine de construire un nid; un petit trou qui se trouve en terre ou dans des pierrailles, au pied d’un arbre ou d’un rocher, et que le plus souvent ils laissent comme ils l’ont trouvé, leur suffit®. La femelle y dépose deux ou trois œufs plus gros que ceux du merle et plus rembrunis*', et quoique l’aftection des père et mère pour leur géniture se mesure ordinairement par les peines et les soins qu’ils se sont donnés pour elle, il ne faut pas croire que l’engoulevent ait peu d’attachement pour ses œufs ; on m’assure, au contraire, que la mère les couve avec une grande sollicitude, et que, lorsqu’elle s’est aperçue qu’ils étaient menacés ou seulement remarqués par quelque ennemi (ce qui revient au même) , elle sait fort bien les changer de place en les poussant adroitement, dit-on, avec ses ailes et les faisant rouler dans un autre trou qui n’est ni mieux travaillé, ni mieux arrangé que le premier, mais où elle les juge apparemment mieux cachés,
La saison où l’on voit plus souvent voler ces oiseaux, c’est l’automne; en général, ils ont à peu près le vol de la bécasse et les allures de la chouette; quelquefois ils inquiètent et dérangent beaucoup les chasseurs qui sont à l’affût; mais ils ont une habitude assez singulière et qui leur est propre : ils feront cent fois de suite le tour de quelque gros arbre effeuillé, d un vol fort irrégulier et fort rapide; on les voit de temps à autre s’abattre brusquement et comme pour tomber sur leur proie, puis se relever tout aussi brusquement; ils donnent sans doute ainsi la chasse aux insectes qui voltigent autour de ces sortes d’arbres ; mais il est très-rare qu’on puisse dans cette circonstance les approcher à la portée du fusil : lorsqu’on s’avance, ils disparaissent fort promptement et sans qu’on puisse découvrir le lieu de leur retraite.
Comme ces oiseaux volent le bec ouvert, ainsi que je l’ai remarqué plus haut, et qu’ils volent assez rapidement, on comprend bien que l’air entrant et sortant continuellement éprouve une collision contre les parois du gosier, et c’est ce qui produit un bourdonnement semblable au bruit d’un rouet à filet; ce bourdonnement ne manque jamais de se faire entendre tandis qu’ils volent, parce qu’il est l’effet de leur vol, et il se varie suivant les différents degrés de vitesse respective avec lesquels l’air s’engouffre dans leur large gosier'. C’est de là que leur vient le nom de lüheel-bird, sous lequel
a. Telle est Topinion la plus généralement reçue, mais je ne dois pas dissimuler que, selon M. Linnæus, ils construisent un nid avec de la terre humectée, de forme orbiculaire, entre des rochers. Voyez Syst. nat., édit. XIII, p. 346. — M. Salerne dit aussi que M. de Réaumur a vu un nid de crapaud-volant où il y avait trois œufs, etc. ; mais il dit au même endroit que le crapaud-volant ne fait point de nid ; il a donc voulu dire que M. de Réaumur avait vu Tendroit où une femelle de cette espèce avait pondu ses œufs.
è. Ils sont ohlongs, blanchâtres et tachetés de brun, dit M. Salerne; marbrés de brun et de pourpre sur un fond blanc, dit le comte de Giuanni dans l’Ornithologie italienne; celui-ci ajoute que la coque en est extrêmement mince.
1. « L’air qui s’engouffre, quand ils volent, dans leur large bec, y produit un bouidonue- « ment particulier. » (Cuvier.)
ils sont connus dans quelques provinces d’Angleterre. Mais est-il bien vrai que ce cri ait passe généralement pour un cri de mauvais augure, comme le disent Belon, Klein et ceux qui les ont copiés? ou plutôt ne serait-ce pas une erreur née d’une autre méprise qui a fait confondre l’engoulevent avec l’effraie? Quoi qu’il en soit, lorsqu’ils sont posés ils font entendre leur cri véritable, qui consiste dans un son plaintif répété trois ou quatre fois de suite J mais il nest pas bien avéré qu’ils ne le fassent jamais entendre en volant.
Ils se perchent rarement, et lorsque cela leur arrive on prétend qu’ils se posent, non en travers comme les autres oiseaux, mais longitudinalement sur la branche qu’ils semblent chocher ou cocher comme le coq fait la poule, et de là le nom de chauche-hranche. Souvent, lorsqu’un oiseau est connu dans un grand nombre de pays différents, et qu’il a été nommé dans chacun, il suffit pour faire connaître ses principales habitudes de rendre raison de ses noms divers. Ceux-ci sont des oiseaux très-solitaires, la plupart du temps on les trouve seuls, et 1 on n’en voit guère plus de deux ensemble, encore sont-ils souvent à dix ou douze pas l’un de l’autre.
J ai dit que I engoulevent avait le vol de la bécasse, et l’on peut dire la même chose du plumage, car il a tout le dessus du cou, de la tête et du corps, et même le dessous, joliment variés de gris et de noirâtre, avec plus ou moins de roussâtre sur le cou, les scapulaires, les joues, la gorge, le ventre, les couvertures et les pennes de la queue et des ailes, tout cela distribué de manière que les teintes les plus foncées régnent sur le dessus de la tête, la gorge, la poitrine, la partie antérieure des ailes et leur extrémité^ mais cette distribution est si variée, les détails en sont si multipliés et d’une si grande finesse, que 1 idée de la chose se perdrait dans les particularités d une description d autant plus obscure qu’elle serait plus minutieusement complète. Un seul coup d’œil sur l’oiseau, ou du moins sur son portrait, en apprendra plus que toutes les paroles. Je me contenterai donc d’ajouter ici les attributs qui caractérisent l’engoulevent : il a la mâchoire inférieure bordée d’une raie blanche qui se prolonge jusque derrière la tête; une tache de la même couleur sur le côté intérieur des trois premières pennes de 1 aile, et au bout des deux ou trois pennes les plus extérieures de la queue; mais ces taches blanches sont propres au mâle, suivant M. Linnæus la tête grosse ; les yeux très-saillants ; l’ouverture des oreilles considérable, celle du gosier dix fois plus grande que celle du bec; le bec petit, plat, un peu crochu; la langue courte, pointue, non divisée par le bout; les narines rondes, leur bord saillant sur le bec ; le crâne transparent; l’ongle du doigt
a. Willughby a observé un individu en qui ces taches étaient d’un jaune pâle, teinté de noir e peu marquées; j’ai observé la même chose sur deux individus; ce sont apparemment les femel es • 1 un de ces individus était plus petit que les autres, et j’ai jugé que c’était une jeune
du milieu dentelé du côté intérieur, comme dans le héron; enfin les trois doigts antérieurs unis par une membrane Jusqu’à la première phalange : on prétend que la chair des Jeunes est un assez bon manger, quoiqu’elle ait un arrière-goût de fourmi.
Longueur totale, dix pouces et demi ; bec, quatorze lignes ; tarse, sept lignes, garni de plumes presque Jusqu’au bas; doigt du milieu, neuf lignes; doigt postérieur le plus court de tous, ne devrait point s’appeler postérieur, vu qu’il a beaucoup de disposition à se tourner en avant, et que souvent il y est tourné tout à fait; vol, vingt-un pouces et demi ; queue, cinq pouces, carrée, composée de dix pennes seulement : dépasse les ailes de quinze lignes.