L'HIRONDELLE DE CHEMINÉE OU L’HIRONDELLE DOMESTIQUE
Elle est en effet domestique par instinct; elle recherche la société de l'homme par choix; elle la préfère, malgré ses inconvénients, à toute autre société ; elle niche dans nos cheminées et jusque dans l’intérieur de nos maisons, surtout de celles où il y a peu de mouvement et de bruit ; la foule n'est point la société; lorsque les maisons sont trop bien closes et que les c’aeminées sont fermées par le haut, comme elles le sont à Nantua et dans les pays de montagnes, à cause de l’abondance des neiges et des pluies, elle
a. V'oyez les planches enluminées, n° 543, %. 1.
b. La petite hirondelle , par comparaison avec le grand martinet. L’hirondelle proprement dite; en grec, XsXtS'àv. Selon, Nat. des oiseaux, p. 378. — Hirundo domestica; en grec,
XêXAwv, etc. Gessner, p. 548. — Aldrovande, t. 11 , p, 658 à 660 ; en grec, Ksy.pojrîî, Kcis; d’Hésychins ; noUo.a XsXiJà) d’Aristophane; Avo-aia d’Homère; aredula de Cicéron; vaga volucris d’Ovide ; aies bistinos de Sénèque; daulides aves de Plutarque, Nota. Les deux derniers noms conviennent à Philomèle autant qu’à Progné. En hollandais, swalem; en suisse, haus-sclnvalm. — Jonston, Aves, p. 83. — Schwenchfeld , Âviar. Siles., p. 286; en allemand, haus-schwalbe , gub'.e-schwalbe. — Willughby, Ornithol., p. 155 ; en anglais, the common or housc-swallow. — Ray, Synops. avi., p. 71; en anglais, the chimney swallow. — Sibbald, seconde partie, liv. iii, p. 17. — Charleton , Exercit., p. 95. — Albin, Hist. nat. des oiseaux, n» XLV, harondella , house-swallow. — Et hirundo urbica. Klein, Ordo avium , p. 82; les noms allemands leim et fenster-schwalbe qu’il lui donne appartiennent à notre hirondelle de fenêtre à cul blanc. — Frisch,t. l,class. 2, div. 3,pl. 2,n“ 18. Hirundo rustica, parce qu’elle niche volontiers dans les villages; en allema.ni , dorf-schwalbe , schwalbe inner halb der hauser; die innere, haus, rauch schwalbe. Nota. Cette espèce, qui est la seconde dans le texte, n’est que la troisième dans l’ordre des planches. — Hirundo rustica, rectricibus, exceptis duabus intermediis , maculâ albâ notatis. En suédois, ladu-swala. Linnæus, Fauna Suec., n» 244, Syst. nat., édit. XIII, gen. 117, sp. 1. — Kramer, Elenchus Austr.inf., p. 380, sp. 1; en autrichien, hauss-schwalbe. — Muller, Zoolog. Dan. prodrom., p. 34 , n° 287 ; en danois, forslu-svale, mark-svale ; en norwégien, lade svale. — « Hirundo supernè nigro-cærulescens, « infernè albida, cum aliquâ castanei mixturâ; syncipite et gutture castaneis; rectricibus late- « ralibus interiùs maculà albâ notatis... » Hirundo domestica. Hirondelle de cheminée. Brisson, t. Il, p. 486. — Les petits, arondeaux , arondelets , hirondeaux , hirondelleaux. Salerne, Hist. nat. des oiseaux, p. 202. — Aux Philippines, layang-layang. G.-J. Gamel, deAvibus Philippensibus, dans les Transactions philosophiques , n® 285, art. 3.
* Hirundo rustica (Linn.). — Ordre des Passereaux , famille des Fissirostres, genre Hironr déliés, sous-genre Hirondelles proprement dites (Cuv. J.
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change de logement sans changer d’inclination, elle se réfugie sous les avanttoits et y construit son nid , mais jamais elle ne l’établit volontairement loin de l’homme, et toutes les fois qu’un voyageur égaré aperçoit dans 1 air ctuelqu-un de ces oiseaux, il peut les regarder comme des oiseaux de bon augure et qui lui annoncent infailliblement quelque habitation prochame; nous verrons qu’il n’en est pas tout à fait de même de 1 Hirondelle de
fGiiêtrB* . »
Celle de cheminée est la première qui paraisse dans nos climats: c’est
ordinairement peu après l’équinoxe du printemps; elle arrive plus tôt dans les contrées plus méridionales, et plus tard dans les pays du Nord, mais quelque douce que soit la température du mois de février et du commencement de mars, quelque froide que soit celle de la fin de mars et du commencement d’avril, elle ne parait guère dans chaque pays qu’à l’epoque ordinaire on en voit quelquefois voler à travers les flocons d’une neige très-épaisse. Elles souffrirent beaucoup, comme on sait, en 1740; elles se réunissaient en assez grand nombre sur une rivière qui bordait une terrasse appartenant alors à M. Hébert^ et où elles tombaient mortes a chaque instant'; l’eau était couverte de leurs petits cadavres <*; ce n’était point par l’excès du froid qu’elles périssaient : tout annonçait que c était faute de nourriture ; celles qu’on ramassait étaient de la plus grande maigreur, et l’on voyait celles qui vivaient encore se fixer aux murs de la terrasse dont j’ai parlé, et pour dernière ressource saisir avidement les moucherons desséchés qui pendaient à de vieilles toiles d araignées.
Il semble que l’homme devrait accueillir, bien traiter un oiseau qui lui annonce la belle saison * et qui d’ailleurs lui rend des services réels ; il semble au moins que ses services devraient faire sa sûreté personnelle, et cela a lieu à l’égard du plus grand nombre des hommes, qui le protègent quelquefois jusqu’à la superstition'; mais il s’en trouve trop souvent qui se font un
a. Pline dit, liv. xviu, cliap, xxvi, que César fait mention d'hirondelles vues le 8 des calendes de mars; mais c’est un fait unique, et peut-être etaient-ce des hirondelles de
excellent observateur m’a communiqué sur cette famille d’oiseaux un grand nombre de faits bien vus, qui ont souvent confirmé ce que je savais par moi-meme, et qui m ont quelquefois appris ce que 3e ne savais point. ^ . J 1 D+ flpc: ri-viPTPS de
C « En 1707, on les trouvait étendues sans vie sur les bords des eta g t’mpntdps
Lorraine. » Note de M. Lottinger. - Ces faits rendent au moins fort températures qu’un pasteur de Norlande et quelques autres ont juge
hirondelles. Voyez Collection academigMc, partie étrangère, tome XI , Academie de Stockholm,
^TSite circonstance est à remarquer, ne fût-ce que pour prévenir la fausse de ceux qui ne verraient dans tout ceci que des hirondelles engourdies par le froid, et qui vont attendre
au fond de l’eau la véritable température du printemps. , , - tn=.n,iP
e. On a dit que ces hirondelles étaient sous la protection spéciale des dieux penates , q 1. Venit, venu hirundo , pukhra adducens tempora, etpukhros annos! s’écrie Linné, dans un enthousiasme naïf et charmant.
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amusement inhumain de le tuer à coups de fusil sans autre motif que celui d’exercer ou de perfectionner leur adresse sur un but très-inconstant, trèsmobile, par conséquent très-difficile à atteindre 5 et ce qu’il y a de singulier, c’est que ces oiseaux innocents paraissent plutôt attirés qu’etfrayés par les coups de fusil, et qu’ils ne peuvent se résoudre à fuir l’bomme, lors même qu’il leur fait une guerre si cruelle et si ridicule; elle est plus que ridicule cette guerre, car elle est contraire aux intérêts de celui qui la fait par cela seul que les hirondelles nous délivrent du fléau des cousins, des charançons et de plusieurs autres insectes destructeurs de nos potagers, de nos moissons, de nos forêts, et que ces insectes se multiplient dans un pays, et nos pertes avec eux, en même proportion que le nombre des hirondelles “ et autres insectivores y diminue.
L’expérience de Frisch et quelques autres semblables*' prouvent que les mêmes hirondelles reviennent aux mêmes endroits; elles n’arrivent que pour faire leur ponte et se mettent tout de suite à l’ouvrage ; elles construisent chaque année un nouveau nid et l’établissent au-dessus de celui de l’année précédente, si le local le permet; j’en ai trouvé dans un tuyau de cheminée qui étaient ainsi construits par étages; j’en comptai jusqu’à quatre les uns sur les autres, tous quatre égaux entre eux, maçonnés de terre gâchée avec de la paille et du crin ; il y en avait de deux grandeurs et de deux formes différentes : les plus grands représentaient un demi-cylindre creux", ouvert par le dessus, d’environ un pied de hauteur; ils occupaient le milieu des parois de la cheminée ; les plus petits occupaient les angles et ne formaient que le quart d’un cylindre ou même d’un cône renversé : le premier nid, qui était le plus bas, avait son fond maçonné comme le reste, mais ceux des étages supérieurs n’étaient séparés des inférieurs que par leur matelas composé de paille, d’herbe sèche et de plumes; au reste, parmi les petits nids des angles, je n’en ai trouvé que deux qui fussent par étages : je crois que c’éiaient les nids des jeunes; ils n’étaient pas si bien faits que les grands.
Dans cette espèce comme dans la plupart des autres, c’est le mâle qui chante l’amour mais la femelle n’est pas absolument muette : son gazouil-
lorsqu elles se sentaient maltraitées , elles allaient piquer les mamelles des vaches et leur faisaient perdre leur lait ; c’étaient des erreurs, mais des erreurs utiles.
a. Vojez Journal de Paris, année 1777. Il est vrai qu’elles consomment aussi des insectes utiles, par exemple les abeilles ; mais on peut toujours les empêcher de construire leurs nids à portée des ruches.
b. Dans un château près d’Épinal en Lorraine, on attacha, il y a quelques années, au pied dune de ces hirondelles un anneau de fil de laiton qu’elle rapporta fidèlement l’année suivante. Heerkens, dans son poëme intitulé Hirundo, cite un autre fait de ce genre.
c. Frisch dit que 1 oiseau donne à son nid cette forme circulaire, ou plutôt demi-circulaire, en prenant son pied pour centre.
d. Les Grecs exprimaient ce chant par ces mots, , TiTuêpii^eiv ; les Latins par ces
'^Ots, drinsare ou trinsare , zinzilulare , fritinnire , minurisare. M. Frisch nous dit
L’HIRONDELLE DE CHEMINÉE
leroenl ordinaire semble même prendre alors de la volubilité; elle est encore moins insensible, car non-seulement elle reçoit les caresses du male â^e rmplaisance, mais elle les lui rend avec ardeur et l'evcte quelquefois par ses agaceries. Ils font deux pontes par an, la première d enviion cinq mifs la seconde de trois; ces ceufs sont blancs selon Willughbjs et tachc-
lés selon Klein et Aldrovande; ceux que j'ai vus f f le femelle couve, le môle passe la nuit sur le bord du nid; il dort peu, car on Pentend babiller dès l'aube du jour, et il voltige presque jusqu a la mu Tose iLque les petits sont éclos, les père et mère leur portent sans cesse à manger et ont grand soin d'entretenir la propreté dans le md jusqu a ce qim les petits, devenus plus torts, sachent s'arranger de manière a leui 1 arrner celt peine; mais ce qui est plus intéressant, c'est de voir I s vieux donner aux jeunes les premières leçons de voler en les animant de la voix leur présentant d’un peu loin la nourriture et s éloignant encore a Isure qu’ils s'avancent pour la recevoir, les poussant doucement, et non Tar ueique inquiétude, tors du nid, jouant devant euxe avec eux dans l'air comme pour leur oftiir un secours toujours présent, et accompa gnant leur ad on d’un gazouillement si expressif qu’on croirait en entendre Te sens. Si l’on joint à cela ce que dit Boêrhaave d’un de ces oiseaux qui étant allé à la provision et trouvant à son retour la maison ou était son nid embresée, se jeta au travers des flammes pour porter nourriture et secours à ses petits, ou jugera avec quelle passion les hirondelles aiment leur gei -
turc ^ ^
On'a prétendu que lorsque leurs petits avaient les yeux creves, rneme
arrachés, elles les guérissaient et leur rendaient la vue avec une cei «me herbe qui a été appelée chélidoim, c’est-à-dire herbe aux hirondelles mais les expériences do Redi et de M. de La Hire nous apprennent qu i n’est besoin d’aucune herbe pour cela, cl que lorsque les yeux d un jeu e oiseau sont, je ne dis pas arrachés tout à fait , mais seulement creves ou même flétris, ils se rétablissent Irès-promptemenl et sans aucun reinu . listote le savait bien et l’a écrit-; Celse l a répété-; les expériences de
,„e, de «tes les lUeenaelles nitaS
dant il ne soit compose que de trois notes et teim.ne pa U
du reste, il est assez monotone. sunnoser qu’elle se soit
a. Gomme il s’agit ici d’une mère et d’une couveuse, on ne peut guere supposer qu
précipitée dans les flammes par défaut d’experience. Dioscoride
h. « Ut quidam volunt, etiam erutis oculis. » Plme, Hist. nat., ^ J’ ^ „ Wanclies
dit à peu près la même chose, liv. ii , chap. ccxi. Elien restreint cela aux Imondelles blanche ,
c. Red’i a fit ses expériences sur des pigeons, des poulets, des oies, la'mitk
Voyez Collection académique, partie étrangère, t. IV, p. 544; voyez aussi tome III de la paitie
'Tm';.—., lib. ,1, op.x™,ellib.v,,oap..l et U. "
Aristote dit aussi la même chose des serpents. e. Celse, liv. vi, de Re Medicd.
L’HIRONDELLE DE CHEMINEE
Redi, de M. de La Hire et de quelques autres® sont sans réplique, et néanmoins l’erreur dure encore.
Outre les différentes inflexions de voix dont j’ai parlé jusqu’ici, les hirondelles de cheminée ont encore le cri d’assemblée, le cri du plaisir, le cri d’effroi, le cri de colère, celui par lequel la mère avertit sa couvée des dangers qui menacent, et beaucoup d’autres expressions composées de toutes celles-là, ce qui suppose une grande mobilité dans leur sens intérieur.
J’ai dit ailleurs que ces oiseaux vivaient d’insectes ailés qu’ils happent en volant; mais comme ces insectes ont le vol plus ou moins élevé, selon qu’il fait plus ou moins chaud, il arrive que lorsque le froid ou la pluie les rabat près de terre et les empêche même de faire usage de leurs ailes, nos oiseaux rasent la terre et cherchent ces insectes sur les tiges des plantes, sur l’herbe des prairies et jusque sur le pavé de nos rues; ils rasent aussi les eaux et s’y plongent quelquefois à demi en poursuivant les insectes aquatiques, et dans les grandes disettes ils vont disputer aux araignées leur proie jusqu au milieu de leurs toiles, et finissent par les dévorer ellesmêmes*; dans tous les cas, c’est la marche du gibier qui détermine celle du chasseur. On trouve dans leur estomac des débris de mouches, de cigales, de scarabées, de papillons® et même de petites pierres ce qui prouve qu’elles ne prennent pas toujours les insectes en volant et qu’elles les saisissent quelquefois étant posées. En effet, quoique les hirondelles de cheminée passent la plus grande partie de leur vie dans l’air, elles se posent assez souvent sur les toits, les cheminées, les barres de fer, et même à terre et sur les arbres. Dans notre climat, elles passent souvent les nuits, vers la fin de l’été, perchées sur des aunes au bord des rivières, et c’est alors qu’on les prend en grand nombre et qu’on les mange en certains pays®; elles choisissent les branches les plus basses qui se trouvent au-dessous des berges et bien à l’abri du ventf; on a remarqué que les branches qu’elles adoptent pour y passer ainsi la nuit meurent et se dessèchent.
C’est encore sur un arbre, mais sur un très-grand arbre qu’elles ont coutume de s’assembler pour le départ : ces assemblées ne sont que de trois ou quatre cents, car l’espèce n’est pas si nombreuse, à beaucoup près,
a. Par exemple, celles du docteur J. Sigismond Elsholtius, Collect. acad., partie étrangère, t. III, p. 324, tirées des Éphém. d’Allemagne, dec. , an. 8, oLserv. 18.
b. Frisch , à l’endroit cité.
c. Elles ne digèrent pas toujours également bien : dans le gésier d’un individu qui avait passé deux jours sans manger, il se trouva beaucoup de débris d’insectes coléoptères; et dans un autre individu qui avait mangé la veille cinq ou six mouches, il ne se trouva presque rien.
d. Voyez Belon, Willughby. On a dit bien des absurdités sur ces pierres d’hirondelles et leurs vertus, ainsi que sur les pierres d’aigle, les pierres alectoriennes et autres bésoards, qui semblent être les bijoux favoris et de la charlatanerie et de la crédulité.
e. A Valence en Espagne, à Lignitz en Silésie, etc. Voyez Willughby, Schwenckfeld.
M. Lottinger m’assure qu’elles fréquentent aussi quelquefois les bois
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que celle des hirondelles de fenêtre. Elles s’en vont de ce pays-ci vers le commencement d’octobre ; elles partent ordinairement la nuit comme pour dérober leur marche aux oiseaux de proie, qui ne manquent guère de les harceler dans leur route. M. Frisch en a vu quelquefois partir en plein jour, et M. Hébert en a vu plus d’une fois, au temps du départ, des pelotons de quarante ou cinquante qui faisaient route au haut des airs, et il a observé que dans cette circonstance leur vol était non-seulement plus élevé qu’à l’ordinaire, mais encore beaucoup plus uniforme et plus soutenu. Elles dirigent leur route du côté du Midi, en s’aidant d’un vent favorable autant qii’ü est possible ; et lorsqu’elles n’éprouvent point de contre-temps, elles arrivent en Afrique dans la première huitaine d’octobre. Si, durant la traversée, il s’élève un vent de sud-est qui les repousse, elles relâchent, de même que les autres oiseaux de passage, dans les îles qui se trouvent sur leur chemin. M. Adanson en a vu arriver dès le 6 d’octobre, à six heures et demie du soir, sur les côtes du Sénégal , et les a bien reconnues pour être nos vraies hirondelles ; il s’est assuré depuis qu’on ne les voyait dans ces contrées que pendant l’automne et l’hiver ; il nous apprend qu’elles y couchent toutes les nuits seules ou deux à deux, dans le sable sur le bor de la mer “, et quelquefois en grand nombre dans les cases, perchees sur les chevrons de la couverture ; enfin il ajoute une observation importante, c’est que ces oiseaux ne nichent point au Sénégal î- : aussi M. Frisch observe-t-il qu’au printemps elles ne ramènent jamais avec elles des jeunes de l’année; d’où l’on peut inférer que les contrées plus septentrionales sont leur véritable patrie, car la patrie d’une espèce quelconque est le pays où elle fait l’amour et se perpétue.
Quoique en général ces hirondelles soient des oiseaux de passage, meme en Grèce et en Asie, on peut bien s’imaginer qu’il en reste quelques-unes pendant l’hiver, surtout dans les pays tempérés où elles trouvent des insectes : par exemple, dans les îles d’Hyères et sur la côte de Genes, ou elles passent les nuits sur les orangers en pleine terre, et ou elles causen beaucoup de dommage à ces précieux arbrisseaux. D’un autre cote, on dit
qu’elles paraissent rarement dans 1 île de Malte. ^
On s’est quelquefois servi, et l’on pourrait encore se servir avec le meme succès de ces oiseaux pour faire savoir très-promptement des nouvelles intéressantes = : il ne s’agit que d’avoir une couveuse prise sur ses œufs dans l’endroit même où l’on veut envoyer l’avis, et de la lâcher avec un fil a patte, noué d’un certain nombre de nœuds, teint d’une certaine couleur,
aux hirondelles dans nos climats : il faut qu’elle tienne a quelque aura échappé à l’observateur; car ces machines vivantes que
plus capables qu’on ne croit de varier leurs procèdes d’apres la variété des cuconstancos,
b. On dit aussi qu’aucune espèce d’hirondelle ne niche à Malte.
c. Voyez Pline, Nat. hist-, lib. x, cap. xxiv.
L’HIRONDELLE DE CHEMINÉE. 4^7
d’apres ce qui aura été convenu- cette bonne mère prendra aussitôt son essor vers le pays où est sa couvée, et portera avec une célérité incroyable les avis qui lui auront été confiés.
L’hirondelle de cheminée a la gorge, le front et deux espèces de sourcils dune couleur aurore; tout le reste du dessous du corps blanchâtre avec une teinte de ce même aurore; tout le reste de la partie supérieure de la tete et du corps d’un noir bleuâtre éclatant, seule couleur qui paraisse, les plumes étant bien rangées, quoiqu’elles soient cendrées à la base et blanches dans leur partie moyenne ; les pennes des ailes suivant les différentes incidences de la lumière, tantôt d’un noir bleuâtre plus clair que le dessus du corps, tantôt d’un brun verdâtre ; les pennes de la queue noirâtres avec des reflets verts; les cinq paires latérales marquées d’une tache blanche vers le bout; le bec noir au dehors, jaune au dedans; le palais et les coins de la bouche jaunes aussi, et les pieds noirâtres. Dans les mâles, la couleur aurore de la gorge est plus vive, et le blanc du dessous du corps a une légère teinte de rougeâtre.
Le poids moyen de toutes les hirondelles que j’ai pesées est d’environ trois gros; elles paraissent plus grosses à l’œil, et cependant elles pèsent moins que les hirondelles de fenêtre.
Longueur totale, six pouces et demi; le bec représente un triangle isocèle curviligne, dont les côtés sont concaves et ont sept à huit lignes ; tarse, cinq lignes, sans aucun duvet; ongles minces, peu courbés, fort pointus, le postérieur le plus fort de tous; vol, un pied; queue, trois pouces un quart, très-fourchue (beaucoup moins dans les jeunes), composée de douze pennes, dont la paire la plus extérieure dépasse la paire suivante d’un pouce, la paire intermédiaire de quinze à vingt lignes, et les ailes de quatre à six lignes; elle est ordinairement plus longue dans le mâle.
On m’a envoyé pour variétés des individus qui avaient toutes les couleurs plus faibles et la queue peu fourchue; c’était probablement de simples vaiietes dâge, car la queue n a sa vraie forme, et le plumage ses vraies couleurs, que dans les adultes.
Je mets au nombre des variétés accidentelles, 1° les hirondelles blanches; il n y a guère de pays en Europe ou l’on n’en ait vu, depuis l’Archipel jusqu’en Prusse “ : Aldrovande indique le moyen d’en avoir tant que l’on voudra ; il ne s’agit, selon lui, que d’étendre une couche d’huile d’olive sur 1 œuf. Aristote attribue cette blancheur à une faiblesse de tempérament, au defaut de nourriture, à l’action du froid. Un individu que j’ai observé avait au-dessus des yeux et sous la gorge quelques teintes de roux, des traces de brun sur le cou et la poitrine, et la queue moins longue; il pourrait se faire
a. A Samos, selon les anciens; en Italie, en France, en Hollande, en Allemagne, selon les moaernes. Voyez les ornithologues et la Collect. académique, partie étrangère, t. HI, p. 240. Ephémérides d’ Allemagne , dec. i, an. 4 et 3, ohserv. 184.
L’HIRONDELLE DE CHEMINEE
que celte blancheur ne fût que passagère, et qu’elle ne reparut point apres la mue ■ car quoiqu’on voie assez souvent dans les couvées de 1 annee des individus blancs, il est rare qu’on en voie l’année suivante parmi celles qui reviennent du quartier d’hivei-. Au reste, il se trouve quelquefois des individus qui ne sont blancs qu’en partie ; tel était celui dont parle Àldrovande^ lequel avait le croupion de cette couleur, et pouvait disputer a
i’hirondelle de fenêtre la dénomination de cul-blanc.
Je regarde en second lieu , comme variété accidentelle , 1 hirondelle rousse, chez qui la couleur aurore de la gorge et des sourcils s étend sur presque tout le plumage, mais en s’affaiblissant et tirant a l’isabelle».
L’hirondelle de cheminée est répandue dans tout l’ancien continent, deouis la Nonvége jusqu’au cap de Bonne-Espérance; et, du côté de 1 Asie, iusVi’aux Indes et au Japon M. Sonnerai a rapporté un individu de la côte de Malabar®, lequel ne diffère de notre hirondelle de cheminee que pai sa taille un peu plus petite : encore est-il probable que sa peau s’est reliree en se desséchant. Sept autres hirondelles rapportées du cap de Bonne-Espérance par le même M. Sonnerat ne diffèrent non plus des nôtres, que comme les nôtres diffèrent entre elles : seulement on trouve, en y regaidant de bien près, qu’ elles ont le dessous du corps d’un blanc plus pur, et que l’échancrure qui, dans les dix pennes latérales de la queue marque e passage de leur partie large à leur partie étroite, est plus considérable.
Yoici d’autres hirondelles qui par leur ressemblance, soit dans les couleurs, soit dans la conformation, peuvent être regardées comme des variétés de climat.
L — l’iiieondelle d’antigue, a gorge couleur de rouille.
Elle a la taille un peu plus petite que noire hirondelle; le front ceint d'un bandeau d'un jaune rouillé; sur la gorge une plaque de meme cou-
a. .. D« ane couvée de dn, petits, étsMie ehez les Tmiteiies de le Mo® ™ DaupMnM s'est trouvé deux Hirondelles Wenehes qui ont passé tout l’ete dans le pajs, et qu on n a poi
revues l’année suivante. » Note de M. le marctnis de Piolenc.
c. Mme comrde Solet m’a assuré avoir vu deux individus de cette couleur dans une troupe
nat. ,es oiseau., préface, p. xi] ; et K.mpfer, Hist. au Japon ;. gS Camd ?a;ait mise, il y a longtemps, sur la liste des especes européennes qm se
trouvent aux Philippines. rranMCt. p/iilos., n° 285 , art. 3 Antieue est mi
f. Voyez le Voyage de M. Sonnerat à la Nouvelle-Gutnëe , p. 118, pl. lxxvi- A g petit havre de l’ile de Panay, lune des Philippines.
^ mrundopanayana (Lath., Gmel.). - Genre Hirondelles, sous-genre Hirondelles prof re^ ment dites (Cuv.).
leur, terminée au bas par un collier noir fort étroit ; le devant du cou et le reste du dessous du corps blanc; la tête, le dessus du cou et le dos d’un noir i velouté ; les petites couvertures supérieures des ailes d’un noir violet chan- * géant ; les grandes, ainsi que les pennes de l’aile et de la queue d’un noir de charbon; la queue est fourchue et ne dépasse point les ailes.
; IL — l’hirondelle a ventre roux de CAYENNE.®*
IElle a la gorge rousse, et cette couleur s’étend sur tout le dessous du corps en se dégradant par nuances ; le front blanchâtre ; tout le reste du dessus du corps d’un beau noir luisant : elle est un peu plus petite que la nôtre.
’ Longueur totale, environ cinq pouces et demi; bec, six lignes; tarse, ^ quatre à cinq ; doigt postérieur, cinq.
"y. Les hirondelles de cette espèce font leur nid dans les maisons, comme nos hirondelles de cheminée; elles le construisent en forme de cylindre ^ avec de petites tiges, de la mousse, des plumes; ce cylindre est suspendu verticalement et isolé de toutes parts; elles l’allongent, comme font les nôtres, à mesure qu’elles se multiplient; l’entrée est au bas, sur l’un des
f côtés, et si bien ménagée qu’elle communique, dit-on, à tous les étages. La femelle y dépose quatre ou cinq œufs L
I II n’est point du tout contre la vraisemblance que nos hirondelles domesi tiques soient passées dans le nouveau continent et y aient fondé une colonie qui aura conservé l’empreinte de la race primitive, empreinte très-reconnaissable à travers les influences du nouveau climat.
J III. — l’hirondelle au capuchon roux.'’**
Ce roux est fonce et varie de noir : elle a aussi le croupion roux, terminé de blanc; le dos et les couvertures supérieures des ailes d’un beau noir tirant au bleu, avec des reflets d’acier poli; les pennes des ailes brunes, bordées d’un brun plus clair; celles de la queue noirâtres; toutes les latérales marquées sur le côté intérieur d’une tache blanche, laquelle ne paraît que lorsque la queue est épanouie ; la gorge variée de blanchâtre et de brun ; enfin, le dessous du corps semé de petites taches longitudinales noirâtres sur un fond jaune pâle.
a. Voyez les plancRes enluminées, n» 724, flg. 1.