‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 358 sur 495 · OVID · texte numérisé non relu

OVID

LES HIRONDELLES

connaissance, disait Pierre Martyr, que les hirondelles, les milans, etc., quittent l’Europe aux approches de l’hiver, et vont passer cette saison sur les côtes d’Égypte Le P. Kirker, ce partisan de l’immersion des hirondelles, mais qui la restreignait aux pays du Nord, atteste, sur le rapport des habitants de la Morée, qu’une grande multitude d’hirondelles passe tous les ans, avec les cicognes, de l’Égypte et de la Libye en Europe ^ M. Adanson nous apprend que les hirondelles de cheminée arrivent au Sénégal vers le 9 octobre, qu’elles en repartent au printemps % et que le 6 de ce même mois d’octobre, étant à cinquante lieues de la côte, entre l’île de Gorée et le Sénégal, il en vint quatre se poser sur son bâtiment, qu’il reconnut pour de vraies hirondelles d’Europe ; il ajoute qu’elles se laissèrent prendre toutes quatre, tant elles étaient fatiguées. En 1765, à peu près dans la même saison, le vaisseau de la Compagnie, le Penthièvre , fut comme inondé, entre la côte d’Afrique et les îles du cap Yert, d une nuée d hirondelles à croupion blanc, qui probablement venaient d’Europe Léguât, se trouvant dans les mêmes mers le 12 novembre, fit aussi rencontre de quatre hirondelles qui suivirent son bâtiment pendant sept jours jusqu’au cap Yert ; et il est à remarquer que c’est précisément la saison où les ruches d’abeilles donnent leurs essaims au Sénégal en très-grande abondance, et celle où les cousins appelés maringouins sont fort incommodes, par conséquent fort nombreux ; et cela doit être, car c est le temps où finissent les pluies : or l’on sait qu’une température humide et chaude est la plus favorable à la multiplication des insectes, surtout de ceux qui, comme les maringouius, se plaisent dans les lieux aquatiques ^ Chrisbphe Colomb en vit une à son second voyage, laquelle s’approcha de ses vaisseaux le 24 octobre, dix jours avant qu’il découvrît la Dominique^ ; d’autres navigateurs en ont rencontré entre les Canaries et le cap de Bonne-Espérance Au royaume d’Issini, selon le missionnaire Loyer, on voit dans le mois d’octobre et dans les mois suivants une multitude d’hirondelles qui viennent des autres pays M. Edwards assure que les hirondelles quittent l’Angleterre en automne % et que celles de cheminée se trouvent au Bengale. On voit

a. Voyez la relation de son ambassade à Babylone, liv. n ; et sur le passage des oiseaux,

voyez Observations de Belou , fol. 10 et siuiv. . „ . ^ j

b Voyez le Monde souterrain de ce jésuite : ces deux derniers faits me confirment dans l’idée que, même dans les pays cliauds, il y a une saison pour la génération des insectes, de ceux au moins qui servent de pâture aux hirondelles. ^ ^ „

c. Voyage au Sénégal, page 67. Voyez aussi le tome V de cette édition de Buffon, page 8.

d. Note communiquée par M. le vicomte de Querlioënt.

e. Consultez le Voyage au Sénégal, par M. Adanson, pages 36, 82 , 139 , 141, 157. Je vois aussi des nuées de sauterelles se répandre sur ces contrées dans le mois de février. ( Ibidem, page 88.) La génération de ces insectes y serait^elle fixée à une saison particulière?

f. Herrera, liv. ii, cliap. x.

g. Voyage aux îles de France et de Bourbon, Merlin, 1773.

h. Histoire générale des Voyages, t. 111, p. 422.

î. D’autres observateurs qui y ont regardé de plus près assurent que les hirondelles quilten

LES HIRONDELLES. 435

toute l’année des hirondelles au cap de Bonne-Espérance, dit Kolbe, mais en fort grand nombre pendant l’hiver ce qui suppose qu’en cette contrée il y en a quelques-unes de sédentaires et beaucoup de voyageuses; car on ne prétendra pas apparemment qu’elles se cachent sous l’eau ou dans des trous pendant l’été. Les hirondelles du Canada, dit le P. Charlevoix, sont des oiseaux de passage comme celles d’Europe ; celles de la Jamaïque, dit le docteur Stubbes, quittent cette île dans les mois d’hiver, quelque chaud qu’il fasse Tout le monde connaît l’expérience heureuse et singulière de M. Frisch, qui ayant attaché aux pieds de quelques-uns de ces oiseaux un fil teint en détrempe, revit l’année suivante ces mêmes oiseaux avec leur fil, qui n’était point décoloré, preuve assez bonne que du moins ces individus n’avaient point passé l’hiver sous l’eau, ni même dans un endroit humide, et présomption très-forte qu’il en est ainsi de toute l’espèce : on peut s’attendre que lorsque l’Afrique et certaines parties de l’Asie seront plus fréquentées et mieux connues, on parviendra à découvrir les diverses stations, non-seulement des hirondelles, mais encore de la plupart des oiseaux que les habitants des îles de la Méditerranée voient passer et repasser chaque année à l’aide des vents, car ces passages sont une sorte de navigation de long cours; les oiseaux, comme on a vu, ne les entreprennent guère que lorsqu’ils sont aidés par un vent favorable; mais lorsqu’ils sont surpris au milieu de leur course par les vents contraires, il peut arriver que, se trouvant exténués de fatigue, ils se posent sur le premier vaisseau qui se présente, comme l’ont éprouvé plusieurs navigateurs au temps du passage A II peut arriver qu’à défaut de bâtiment ils tombent dans la mer et soient engloutis par les flots : c’est alors que l’on pourrait, en jetant le filet à propos, pêcher véritablement des hirondelles noyées; et, en s’y prenant bien, les rappeler à la vie : mais on sent que ces hasards ne peuvent avoir lieu en terre ferme ni sur des mers d’une petite étendue.

Dans presque tous les pays connus, les hirondelles sont regardées comme

l’Angleterre vers le 29 septembre ; que le lieu de l’assemblée générale paraît indiqué sur les côtes de la province de Suffolk, entre Oxford et Yarmouth ; qu’elles se posent sur les toits des églises, des vieilles tours, etc.,qu’ellesyrestent plusieurs jours lorsque le vent n'est point favorable pour passer la mer; que, si le vent vient à changer pendant la nuit, elles partent toutes à la fois , et que le lendemain matin on n’en retrouve pas une seule. Tout cela indique assez clairement, non pas une immersion, ni même une migration dirigée vers le nord, mais bien une migration dirigée au sud ou au sud-est de l’Angleterre.

a. Kolhe, Voyage au cap de Bonne-Espérance , t. I, p. 151.

b. Nouvelle-France, t. III, p. 155.

c. Transactions philosophiques , n» 36.

d. Le vaisseau de l’amiral Wager, se trouvant au printemps dans le canal de la Mancne, une multitude innombrable d’hirondelles vint se poser dessus; tous les câbles en étaient couverts, elles paraissaient fatiguées, affamées. On ajoute même qu’elles étaient extrêmement maigres .

S étant reposées la nuit, elles reprirent leur volée le lendemain dès le matin. M. Collinson nous apprend que la même chose arriva sur le vaisseau du capitaine Wrigth, revenant de Philadelphie.

les hirondelles.

amies de l’horame, et à très-juste titre, puisqu’elles consomment une multitude d’insectes qui vivraient aux dépens de l’homme Il faut convenir que les engoulevents auraient les mêmes droits à sa reconnaissance, puisqu’ils lui rendent les mêmes services; maispour les lui rendre ils se cachent dans les ombres du crépuscule, et l’on ne doit pas être surpris qu’ils restent

ignorés, eux et leurs bienfaits. . , „ .

Ma première idée avait été de séparer ici les martinets des hirondelles, et d’imiter en cela la nature, qui semble les avoir elle-même séparés en leur inspirant un éloignement réciproque : jamais on n a vu les oiseaux de ces deux'farailles voler de compagnie; au lieu que l’on voit, du moins quelquefois nos trois espèces d’hirondelles se réunir en une seule troupe. D ailleurs la famille des martinets se distingue de l’autre par des différences assez' considérables dans la conformation, les habitudes et le naturel : 1“ dans la conformation, car leurs pieds sont plus courts et absolument inutiles pour marcher ou pour prendre leur volée quand ds sont à plateterre- de plus, leurs quatre doigts sont tournés en avant, et chacun de ces doigts n’a que deux phalanges, compris celle de l’ongle; 2“ dans les habitudes : ils arrivent plus tard et partent plus tôt, quoiqu’ils semblent craindre davantage la chaleur; ils font leur ponte dans les crevasses des vieilles murailles, et le plus haut qu’ils peuvent; ils ne construisent point de nid, mais ils garnissent leur trou d’une litière peu choisie et fort abondante, en quoi ils se rapprochent des hirondelles de rivage; lorsqu’ils vont à la provision, ils remplissent leur large gosier d’insectes ailés de toute espece, en sorte qu’ils ne portent à manger à leurs petits que deux ou trois fois par jour • 3° dans le naturel : ils sont plus défiants, plus sauvages que les hirondelles • les inflexions de leur voix sont aussi moins variées, et leur instinct paraît plus borné. Yoilà de grandes différences et de fortes raisons pour ne point mêler ensemble des oiseaux qui, dans l’état de nature, ne semelem iamais les uns avec les autres, et je suivrais ce plan sans hésiter si nous connaissions assez le naturel et les habitudes des espèces étrangères appartenant à ces deux races pour être sûrs de rapporter chacune a sa véritable souche - mais nous savons si peu de chose de ces espèces étrangères, que nous courrions risque de tomber à chaque pas dans quelque méprisé; il est donc plus prudent, ne pouvant démêler sûrement les oiseaux de ces deux familles de les laisser ensemble ' en attendant que de nouvelles observations nous aient assez instruits sur leur nature pour assigner à chacun sa veri-

a On s’est aperçu eu plusieurs circonstances qu’elles délivraient un pays du fléau des cousins ( Voyez le Ea' £ Paris, armée 1777 ). Dans la petite ville que J We, e les ont delr- ' vré plusieurs greniers d’un autre fléau, je veux dire de ces petrts vers qui rongent le ble, sans doute en détruisant les insectes ailés dont ces vers sont les larves.

1. C’est aussi ce qu’a fait M. Cuvier. Il compose le genre Hirondelles de deux sous-genres ; les Mar mets ( cypselus, lllig.). et les Hirondelles proprement dites ( hirundo, Cuv.j.

LES HIRONDELLES

table place. Nous nous contenterons seulement ici de rapprocher les espèces qui nous paraîtront avoir le plus de rapports entre elles quant à la conformation extérieure.

Nous ne séparerons point non plus en deux classes les hirondelles de l’Ancien et du Nouveau-Monde, parce qu’elles se ressemblent toutes beaucoup, et que d’ailleurs ces deux mondes n’en font qu’un seul pour des oiseaux qui ont l’aile aussi bonne, et qui peuvent subsister également à toutes les latitudes.

Page 1