L’HIRONDELLE GRISE DE ROCHERS
elles nichent dans les rochers, elles ne descendent dans la plaine que pour suivre leur proie, et communément leur apparition annonce la pluie un jour ou deux d’avance : sans doute que l’humidité ou plus généralement l’état de l’air qui précède la pluie détermine les insectes dont elles se nourrissent à quitter la montagne. Ces hirondelles vont de compagnie avec celles de fenêtre, mais elles ne sont pas en si grand nombre. On voit assez souvent le matin des oiseaux de ces deux espèces voltiger ensemble autour du château de l’Épine, en Savoie; ceux dont il s’agit ici paraissent les premiers et sont aussi les premiers à regagner la montagne; sur les huit heures et demie du matin, il n’en reste pas un seul dans la plaine.
L’hirondelle de rocher arrive en Savoie vers le milieu d’avril et s’en va dès le 15 d’août; mais on voit encore des traîneuses jusqu’au 10 octobre. Il en est de même de celles qui se trouvent dans les montagnes d’Auvergne et de Dauphiné.
Cette espèce semble faire la nuance entre l’hirondelle de fenêtre, dont elle a à peu près le cri et les allures, et celle de rivage, dont elle a les couleurs ; toutes les plumes du dessus de la tête et du corps, les pennes et les couvertures de la queue, les pennes et les couvertures supérieures des ailes, sont d’un gris brun bordé de roux ; la paire intermédiaire de la queue est moins foncée ; les quatre paires latérales comprises entre cette intermédiaire et la plus extérieure sont marquées sur le côté intérieur d’une tache blanche qui ne paraît que lorsque la queue est épanouie ; le dessous du corps est roux, les flancs d’un roux teinté de brun, les couvertures inférieures des ailes brunes, le pied revêtu d’un duvet gris varié de brun, le bec et les ongles noirs.
Longueur totale, cinq pouces dix lignes; vol, douze pouces deux tiers; queue, vingt-une lignes, un peu fourchue, composée de douze pennes : dépassée par les ailes de sept lignes.
La seule chose qui m’a paru digne d’être remarquée dans l’intérieur, c’est qu’à l’endroit du cæcum il y avait un seul appendice d’une ligne de diamètre et d’une ligne et un quart de longueur. J’ai déjà vu la même chose dans le bihoreau.
Les oiseaux de cette espèce sont de véritables hirondelles, et à bien des égards plus hirondelles, si j’ose ainsi parler, que les hirondelles mêmes;
a. Voyez les planches enluminées, n® 542 , où cet oiseau est représenté flg. 1, sous le nom de Grand Martinet.
b. Â.7TOUÇ, Aristote, Hist. animal., lib. i, cap. i. Ce mot est générique dans cet auteur, et couYient à toutes les espèces d’hirondelles et autres oiseaux à pieds courts, non qu’ils man-
* Hirundo apus (Linn.). — Genre id., sous-genre Martinets (Guv. ).
car non-seulement ils ont les principaux attributs qui caractérisent ce genre, mais ils les ont à l’excès : leur cou, leur bec® et leurs pieds sont plus courts, leur tête et leur gosier plus larges, leurs ailes plus longues ; ils ont le vol plus élevé, plus rapide que ces oiseaux, qui volent déjà si légèrement'’ ; ils volent par nécessité, car d’eux-mêmes ils ne se posent jamais à terre, et lorsqu’ils y tombent par quelque accident, ils ne se relèvent que très-difficilement dans un terrain plat ; à peine peuvent-ils, en se traînant sur une petite motte, en grimpant sur une taupinière ou sur une pierre, prendre leurs avantages assez pour mettre en jeu leurs longues ailes “ : c’est une suite de leur conformation ; ils ont le tarse fort court, et, lorsqu’ils sont posés, ce tarse porte à terre jusqu au talon de sorte qu ils sont
quent absolument de pieds, mais parce qu’ils n’en ont point ou presque point l’usage. — Apodes,, cypseli. Pline, Nat. Hist. ,lib. x, cap. xxxix. — Apus , cypsellos; apode, grande hirondelle, moutardier, grand martinet. Selon, Nat. des oiseaux, p. 376; et Observations, fol. 10. Quelques-uns croient qu’on a donné à cet oiseau le nom de martinet, parce que son profil ressemb e à celui d’un petit chandelier à manche qui s’appelle ainsi. — Ku^sXoç Hezichii, irerpox,sXià6)v Stephani Atlien. ; ôaXapatai Eheri et Peuceri, apedes, hirundines saxaliles et spe un-
cariœNiphi; trogleta Pselli, parce qu’il niche dans des trous de muraille; en espagnol, venceio, arrexaquo ; en français, martinet, martelet, grande arondelle; en angaiSj ô'ico swallow ,martlettes; en allemaxià, gerschwalb geyr schwalb, en suisse, spt/reu (dans la basse Allemagne, c’est le nom de l’hirondelle de rivage); enillyrien, rorayg, roreicz. Gessner, Aves, p. 166. — Apus, apodhia sylvatici; en arabe, abasic; en hollandais, steen-swalemen ; en vénitien vulgaire, cipseli, selon Hermolaüs; à Bologne, rondoni; à Gênes, baibarotti. Aldrovande, Ornithol., t. II, p. 694 et 698. — Jonston, Aves, p. 84. — Frisch, t. I, clas. ii,
div. in, pl. 1, n® 17; en allemand, die grosse-schwartz-braune-schwalbe, die lang-fluglige
und groste-schwalbe , kir ch , ram , pier-schwalbe. — Hirundo apus ; the black martm , or swift. Willughby, Ornith., p. 56. - Ray, Synops. av., p. 72, A. 4. — Sibbald. Thés. Scot., part. Il, lib. in, p. 17. — Apus major; the horse-marten. Charleton, p. 96. — Hirundo muraria... Apes , depes; mauer-schwalbe; spyr-schwalbe. Schwenchfeld, Av. Siles., y. 289. — Hirundo templorum Turneri ; chawer-schwalbe ; en polonais , jerzyh. Rzaczynski , Auctuar. Polon., p. 385. — Hirundo nigra tota , gulâ albicante , digitis omnibus quatuor anticis ; en suédois, ring-swala. Linnæus, Fauna Suecica , n® 246; et Syst. nat., édit. XIII, p. 344. Kramer, Elenchus Austr. inf., p. 380, sp. 3; en autrichien, speyer, grosse-thurn-schwalbe. — Muller, Prodromus Zoolog. Ban., p. 34, n° 290 ; en danois, steen , soe, kirke-muur-svale ; en norwégien, ring-svale, swart-sulu , field-sulu. — « Hirundo nigricans; gutture albicante , « rectricibus supernè nigricantibus , infernè satiiratè cinereis... » Le Martinet. Brisson, t. II, p. 512. — En Piémont, bivit; sur les côtes de l’Adriatique, dardani, dardanelli (nom de l’hirondelle de rivage, selon Aldrovande). J. G. Scaliger, de Subtilitate exercit. 228. — En différentes provinces, grande hirondelle , hirondelle noire, martelet, alerion, aibaletriei , à Avignon (parce qu’il a en volant la forme d’un arc tendu). Salerne, HiU. nat. des oiseaux, p. 207; à Aix, faucilletle; en Champagne, griffon, griffet; à Genève, mar#2/rola (petit martyr, parce que les enfants se plaisent à le tourmenter); à Paris, dans le peuple, le juif. Je crois que c’est le rondo de Scaliger, de Subtilitate, fol. 300. Hirondelle de mer au cap de Bonne-Espérance.
a. U Quand on estend ce bec , dit Belon,. il s’ouvre en moult grand espace de gueule. »
' b. Aristote disait que l’on ne pouvait distinguer les martinets des hirondelles que par leuis. pieds pattus ; il ne connaissait donc pas la singulière conformation de leurs pieds et de leurs
doigts, ni leurs mœurs et leurs habitudes encore plus singulières. . ^
c. Un chasseur m’a assuré qu’ils se posaient quelquefois sur des tas de crottin où ils trouvaient des insectes et assez d’avantage pour pouvoir prendre leur volée.
d. « Combien qu’il ait les pieds muniz de bons ongles, toutefois ne se tient assis desous
à peu près couchés sur le ventre et que, dans cette situation, la longueur de leurs ailes devient pour eux un embarras plutôt qu’un avantage et ne sert qu’à leur donner un inutile balancement de droite et de gauche»; si tout le terrain était uni et sans aucune inégalité, les plus légers des oiseaux deviendraient les plus pesants des reptiles, et s’ils se trouvaient sur une surface dure et polie, ils seraient privés de tout mouvement progressif, tout changement de place leur serait interdit. La terre n’est donc pour eux qu’un vaste écueil, et ils sont obligés d’éviter cet écueil avec le plus grand soin ; ils n’ont guère que deux manières d’être, le mouvement violent ou le repos absolu : s’agiter avec effort dans le vague de l’air ou rester blottis dans leur trou, voilà leur vie; le seul état intermédiaire qu’ils connaissent, c’est de s’accrocher aux murailles et aux troncs d’arbres tout près de leur trou, et de se traîner ensuite dans l’intérieur de ce trou en rampant, en s’aidant de leur bec et de tous les points d’appui qu’ils peuvent se faire**; ordinairement ils y entrent de plein vol et après avoir passé et repassé devant plus de cent fois ; ils s’y lancent tout à coup et d’une telle vitesse qu’on les perd de vue sans savoir où ils sont allés : on serait presque tenté de croire qu’ils deviennent invisibles.
Ces oiseaux sont assez sociables entre eux, mais ils ne le sont point du tout avec les autres espèces d’hirondelles avec qui ils ne vont jamais de compagnie : aussi en diffèrent-ils pour les mœurs et le naturel, comme on le verra dans la suite de cet article. On dit qu’ils ont peu d’instinct; ils en ont cependant assez pour loger dans nos bâtiments sans se mettre dans notre dépendance, pour préférer un logement sûr à un logement plus commode ou plus agréable ; ce logement, du moins dans nos villes, c’est un trou de muraille dont le fond est plus large que l’entrée; le plus élevé est celui qu’ils aiment le mieux, parce que son élévation fait leur sûreté ; ils le vont chercher jusque dans les clochers et les plus hautes tours, quelquefois sous les arches des ponts, où il est moins élevé, mais où apparemment ils le croient mieux caché ; d’autres fois dans des arbres creux, ou enfin dans des berges escarpées, à côté des martins-pêcheurs, des guêpiers et des hirondelles de rivage. Lorsqu’ils ont adopté un de ces trous, ils y reviennent tous les ans et savent bien le reconnaître, quoiqu’il n’ait rien de remarquable ^ On les soupçonne avec beaucoup de vraisemblance de s’emparer
« comme les autres , mais s’appuyant de sa ïambe s’en sert de talon. » Selon, Nat. des oiseaux, page 376.
O. Deux de ces oiseaux, observés par M. Hébert, n’avaient, étant posés sur une table et sur le pavé, que ce seul mouvement ; leurs plumes se renflaient lorsqu’on approchait la main. Un jeune, trouvé au pied de la muraille où était le nid, avait déjà cette habitude de hérisser ses plumes qui n’avaient pas encore la moitié de leur longueur : j’en ai vu deux, depuis peu, qui ont pris leur essor, étant posés Tun sur le pavé, l’autre dans une allée sablée; ils ne marchaient point et ne changeaient de place qu’en battant des ailes.