LE GRAND MARTINET A VENTRE BLANC
Il est à remarquer que l’individu décrit par M. Edwards était moins gros que le nôtre ; cet observateur avance qu’il ressemblait tellement à l’iiirondelle de rivage, que la description de l’un aurait pu servir pour tous deux: c’est que le plumage est à très-peu près le même, et que d’ailleurs tous les martinets et même toutes les hirondelles se ressemblent beaucoup; mais M. Edwards aurait dû prendre garde que l’hirondelle de rivage n’a pas les doigts conformés ni disposés comme l’oiseau dont il s’agit ici.
OISEAUX ÉTRANGERS
Quoique les hirondelles des deux continents ne fassent qu’une seule famille et qu’elles se ressemblent toutes par les formes et les qualités principales*’; cependant il faut avouer qu’elles n’ont pas toutes le même instinct ni les mêmes habitudes naturelles. Dans notre Europe et sur les frontières de l’Afrique et de l’Asie les plus voisines de l’Europe, elles sont presque toutes de passage; au cap de Bonne-Espérance et dans l’Afrique méridionale, une partie seulement est de passage et l’autre sédentaire; à la Guiane, où la tempéralure est assez uniforme, elles restent toute l’année dans les mêmes contrées sans avoir pour cela les mêmes allures, car les unes ne se plaisent que dans les endroits habités et cultives, les autres se tiennent indifléremment autour des habitations ou dans la solitude la plus sauvage; les unes dans les lieux élevés, les autres sur les eaux; d’autres paraissent attachées à certains cantons par préférence, et aucune de ces espèces ne construit son nid avec de la terre comme les nôtres ; mais il y en a qui nichent dans des arbres creux comme nos martinets, et d'autres dans des trous en terre comme nos hirondelles de rivage.
Une chose remarquable, c’est que les observateurs modernes s’accordent presque tous à dire que, dans cette partie de l’Amérique et dans les îles contiguës, telles que Cayenne, Saint-Domingue, etc., les espèces d’hirondelles sont et plus nombreuses et plus variées que celles de notre Europe et qu'elles y restent toute l’année, tandis qu’au contraire le P. Dutertre, qui
O. Je ne mettrai point au rang des hirondelles étrangères plusieurs oiseaux à qui les auteurs ont l)ien voulu appliquer ce nom, quoiqu’ils appartinssent à des genres tout à fait différents. Tels sont : l’oiseau dont M. Linnæus a fait une hirondelle, sous le nom de pratincola; l’oiseau appelé au cap de Bonne-Espérance, hirondelle de montagne , et qui nous a été envoyé sous ce nom, quoique ce soit une espèce de martin-pêcheur; l’hirondelle de la mer Noire de M. Has- S'.lquist, ou plutôt de son traducteur; et l'hirondelle du Nil, du même. Voyages dans le Levant, l. Il , g. 40 et 41 , p. 26.
b. Il y a peut-être une exception à faire pour le bec, qui est plus fort dans quelques hirondeüe.s d’Ajuérique.
OISEAUX ÉTRANGERS, ETC
parcourut les Antilles dans le temps où les établissements européens commençaient a peine à s’y former, nous assure que les hirondelles sont fort rares dans ces îles et qu’elles y sont de passage comme en Europe “ En supposant ces deux observations bien constatées, on ne pourrait s’empêcher de reconnaître l’influence de l’homme civilisé sur la nature, puisque sa seule presence suffit pour attirer des espèces entières et pour les multiplier et les fixer. Une observation intéressante de M. Hagstroem, dans sa Lapome suédoise, vient à l’appui de cette conjecture; il rapporte que beaucoup d oiseaux et d’autres animaux, soit par un penchant secret pour la société de 1 homme, soit pour profiter de son travail, s’assemblent et se tiennent auprès des nouveaux établissements; il excepte néanmoins les oies e es canar s, qui se conduisent tout autrement et dont les migrations sur
a montagne ou dans la plaine se font en sens contraire de celles des Lapons.
Je finis par remarquer, d’après M. Bajon et plusieurs autres observateurs que dans les des et le continent de l’Amérique il y a souvent une grande différence de plumage entre le mâle et la femelle de la même espèce, et une plus grande encore dans le même individu observé à différents âges, ce qui doit justifier la liberté que j’ai prise de réduire souvent le nombre des especes et de donner comme de simples variétés celles qui, se ressemblant par leurs principaux attributs, ne diffèrent que par les couleurs du plumage.
Cet oiseau de Saint-Domingue est modelé sur des proportions un peu diferentes de celles de notre martinet : il a le bec un peu plus court, les pieds un peu plus longs, la queue aussi et moins fourchue, les ailes beaucoup plus longues; enfin les pieds ne paraissent pas, dans la figure, avoir les quatre
doigts tournes en avant; M. Brisson ne dit pas combien les doigts ont de phalanges.
Cette espece est sans doute la même que l’espèce presque toute noire de M. Bajon, laquelle se plaît dans les savanes sèches et arides, niche dans des rous en terre, comme font quelquefois nos martinets, et se perche souvent sur les arbres secs% ce que nos martinets ne font point. Elle est aussi
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c. Voyez les Mémoires sur Cayenne de M. Bajon , p. 276.
~ Hirondelles, sous-genr-e Hirondelles proprement
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plus petite et plus uniformément noirâtre, la plupart des individus n ayant pas une seule tache d’une autre couleur dans tout leur plumage.
Longueur totale, cinq pouces dix lignes; bec, six lignes; tarse, cinq lignes; vol , quinze pouces et demi ; queue, deux pouces et demi, fourchue de six lignes : dépassée par les ailes de quatorze lignes, et dans quelques individus de dix-huit. Un de ces individus avait sur le front un peüt bandeau blanc fort étroit. J’en ai vu un autre» dans le beau Cabinet de M. Mauduit, venant de la Louisiane, de la même taille et à très-peu près du même plumage : c’était un gris noirâtre sans aucun reflet; ses pieds n’étaient point garnis de plumes.