‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 378 sur 495 · On sent que Buffon craint de n’en pas assez dire · texte numérisé non relu

On sent que Buffon craint de n’en pas assez dire

Il écrivait à Bexon, le 20 janvier 1780 : « Je vous envoie ci-joint Y Avertissement qui doit « être mis à la tète de notre septième volume des oiseaux : je crois que vous serez content de f< la manière dont j’y parle de vous. Cependant voyez , mon cher monsieur, si vous désirez « quelque chose de plus. M. Queneau de Montbeillard a vu cet avertissement, et c’est par cette « raison qu’il ne faudrait y rien changer; cependant dites-moi naturellement si vous êtes aussi « content que je le désire. » — Je crois que Buffon aurait pu dire un peu plus. Plusieurs articles des trois derniers volumes de YHistoire des oiseaux sont entièrement , ou à fort peu près, de Bexon. J’éclaircirai ces détails dans la Notice sur Buffon, qui accompagnera celte édition.

AVERTISSEMENT

coup contribué à la perfection de tout l’ouvrage, en se chargeant de faire dessiner, graver et enluminer avec soin les oiseaux, à mesure qu’il a été possible de se les procurer. Le quarante-deuxième et dernier cahier de cette collection , composée de mille huit planches enluminées , vient de paraître J en sorte que dans moins d’un an cette histoire de tous les oiseaux connus sera complète à tous égards.

On l’a imprimée sous quatre formats :

1" Grand in-folio avec les planches enluminées, en grand papier;

2“ Petit in-folio avec les planches enluminées, petit papier;

3“ In-quarto avec d’autres planches en noir, et des renvois aux planches enluminées ;

4" In-douze avec planches en noir, et les mêmes renvois.

Les animaux qui vivent des fruits de la terre sont les seuls qui entrent en société : l’abondance est la base de l’instinct social, de cette douceur de mœurs et de cette vie paisible qui n’appartient qu’à ceux qui n’ont aucun motif de se rien disputer; ils jouissent sans trouble du riche fonds de subsistance qui les environne ; et dans ce grand banquet de la nature, l’abondance du lendemain est égale à la profusion de la veille. Les autres animaux, sans cesse occupés à pourchasser une proie qui les fuit toujours, pressés par le besoin, retenus par le danger, sans provisions, sans moyens que dans leur industrie, sans aucune ressource que leur activité, ont à peine le temps de se pourvoir et n’ont guère celui d’aimer. Telle est la condition de tous les oiseaux chasseurs; et à l’exception de quelques lâches qui s’acharnent sur une proie morte, et s’attroupent plutôt en brigands qu’ils ne se rassemblent en amis, tous les autres se tiennent isolés et vivent solitaires. Chacun est tout entier à soi, nul n’a de biens ni de sentiments à partager.

Et de tous les oiseaux que la nature force à vivre de la grande ou de la petite chasse, il n’en est aucun dont elle ait rendu la vie plus laborieuse, plus dure, que celle du pic : elle l’a condamné au travail, et pour ainsi dire

a. Le pic, en général, se nomme en grec, S'svS'pcx.oXaTrT^;, S'puoicoXaTTTri; {quasi, arborum, quercuumdülat.or), ; dans Hésycliins dTcsXEXToç : et dans les Oiseaux d'Aristophane

TreXs'/cav, à perforandis lignis [aves erant sapientissinii pelecanes , qui roslris dolaverunt januas). En grec moderne, ^üupxouvîcTYi;; en latin, picus; dans Pline, picws arborarius (le nom de picus marlius appartient exclusivement au pic vert). En hébreu, anapha, ou selon d’autres bleschiat; en italien, pico , picchio ; en allemand, specht ; en flamand, spichl; ta anglais, wood-pecker ; en espagnol, bequebo ; en polonais, dzieziol; en turc, sœgarieclc.

* Ordre des Grimpeurs, genre Pics (Cnv. ).

à la galère perpétuelle ; tandis que les autres ont pour moyens la course, le vol, l’embuscade, l’attaque, exercices libres où le courage et l’adresse prévalent, le pic, assujetti à une tâche pénible, ne peut trouver sa nourriture qu’en perçant les écorces et la fibre dure des arbres qui la recèlent; occupé sans relâche à ce travail de nécessité, il ne connaît ni délassement ni repos; souvent même il dort et passe la nuit dans l’altitude contrainte de la besogne du jour; il ne partage pas les doux ébats des autres habitants de l’air; il n’entre point dans leurs concerts, et n’a que des cris sauvages, dont l’accent plaintif, en troublant le silence des bois, semble exprimer ses efforts et la peine. Ses mouvements sont brusques; il a l’air inquiet, les traits et la physionomie rudes, le naturel sauvage et farouche; il fuit toute société, même celle de son semblable; et quand le besoin physique de l’amour le force à rechercher une compagne, c’est sans aucune des grâces dont ce sentiment anime les mouvements de tous les êtres qui l’éprouvent avec un cœur sensible.

Tel est l’instinct étroit et grossier d’un oiseau borné à une vie triste et chétive. Il a reçu de la nature des organes et des instruments appropriés à cette destinée, ou plutôt il tient cette destinée même des organes avec lesquels il est né. Quatre doigts épais, nerveux, tournés deux en avant, deux en arrière"; celui qui représente l’ergot étant le plus allongé et même le plus robuste, tous armés de gros ongles arqués, implantés sur un pied trèscourt et puissamment musclé, lui servent à s’attacher fortement et grimper en tous sens autour du tronc des arbres*; son bec tranchant, droit, en forme de coin , carré à sa base, cannelé dans sa longueur, aplati et taillé verticalement à sa pointe comme un ciseau , est l’instrument avec lequel il perce l’écorce et entame profondément le bois des arbres où les insectes ont déposé leurs œufs; ce bec, d’une substance solide et dure", sort d’un crâne épais; de forts muscles dans un cou raccourci, portent et dirigent les coups réitérés que le pic frappe incessamment pour percer le bois et s’ouvrir un accès jusqu’au cœur des arbres : il y darde une longue langue effilée, arrondie, semblable à un ver de terre, armée d’une pointe dure, osseuse, comme d’un aiguillon, dont il perce dans leurs trous les vers qui sont sa seule nourriture; sa queue, composée de dix pennes raides, fléchies en dedans, tronquées à la pointe, garnies de soies rudes, lui sert de point d’appui dans l’altitude souvent renversée qu’il est forcé de prendre pour

a. « Omnibus digiti bini et bini, ante et rétro; quod solis ipsis, si quasdam noctuas, psit- « tacos et yiuga excipias, proprium est, » dit Aldrovande, qui ne connaissait pas les ouroucouais et les barbus, et qui oublie les coucous et les toucans.

h. M Scandit per arbores omnibus modis; nam vel resupinus stellionum more ingreditur. » Aristote, lib. ix, cap. 9.

c. « Le bec est droict, dur, fort et poinctu, quasi limé en quatre quarres. » Belon, Nat. des oiseaux. — Aristote observe (lib. ni, cap. 1, de Part, animal.) la dureté du bec osseux du pic : « Roboriseci generis (rostrum) et corvini, robustum atque prædurum os est. »

vil. 32

grimper et frapper avec avantage». Il niche dans les cavités qu’il a en partie misées lui-même, et c’est du sein des arbres que sort cette progen. tare qui, quoique ailée, est néanmoins destinée à ramper a l entour, a y rentrer de nouveau pour se reproduire et à ne s’en séparer jamais.

Le genre du pic est très-nombreux en espèces qui varien pour les couleurs et diffèrent par la grandeur : les plus grands pics sont de la taille de la corneille, et les iffus petits de celle de la mésange; mais chaque espece en particulier paraît peu nombreuse en individus, ainsi qu il en doit etre d. tous les êtres dont la vie peu aisée diminue la multiplication. Cependant nature a placé des pics dans toutes les contrées où elle a produit des aibres, et en plus grande quantité dans les climats plus chauds. Sur douze espece.

connaissons en Europe et clans le Nord de l'un et de l'autre continent, nous en complevons vingt-sept dans les régions chaudes ti® ' ^ riciue, de l'Alrique et de l'Asie; ainsi, malgré les réductions que avons dû taire aux espèces trop multipliées par les nonienclaleurs, nous en aurons en total trente-neuf, dont seize n'étaient pas connues îles ■'<; <i>alistes avant nous, et nous observerons qu'en general tous les ^ «

de l'autre continent diffèrent des autres oiseaux par la forme des plumes de la queue, qui sont toutes terminées en pointe plus ou moins aigue.

Les trois espèces ^ de pics connues en Europe sont le pic vert, le pic noir et répeiche ou pic varié, et ces trois espèces, qui sont presque ees et sans variétés dans nos climats, semblent s’être échappées chacune de leur famille dont les espèces sont nombreuses dans les climats chauds des deux continents. Nous réunirons donc à la suite de chacune de ces trois especes d’Europe tous les pics étrangers qui peuvent y avoir rapport.

Le pic vert est le plus connu des pics, et le plus commun dans nos bois. Il arrive au printemps, et fait retentir les forêts de cris aigus et durs, tia-

a. « Sa queue est moult propice pour sa façon de vivre; car ^son ^

« plumes moult rudes, dont il se sert rampant sur les arbres, s appuyant a elle pou

« de contre-poids; et au lieu que quasi tous les autres y ont douze plumes, le pic n en que

« dix. » Belon, Nat. des oiseaux, p. 299.

b. Voyez les planches enluminées, n» 371, et n° 879, le vieux male. ^

ArisW .a..;;

en allemand, grun-specht; en anglais, greenwood pecker, greenwod spise , high

1 . « Nous en avons six ou sept espèces en Europe : le grand pic noir { picus martius Linn.}, « le pic vert [picus viridis),um espèce voisine, mais un peu plus petite S

„ Yépeiche ou grand pic varié [picus major], le moyen épeiche [pxcus médius), le petit épeiche « [picus minor), et le picus leuconolos du nord-est de l'Europe. » (Cuvier.)

* Picus viridis (Linn.). — Ordre des Grimpeurs, genre Pics (Cuv.).

cacan, tiacacan, que l’on entend de loin, et qu’il jette surtout en volant par élans et par bonds; il plonge, se relève et trace en l’air des arcs ondulés, ce qui n’empêche pas qu’il ne s’y soutienne assez longtemps; et quoi(ju’il ne s’élève qu’à une petite hauteur, il franchit d’assez grands intervalles de terres découvertes pour passer d’une forêt à l’autre. Dans le temps de la pariade il a, de plus que son cri ordinaire, un appel d’amour qui ressemble en quelque manière à un éclat de rire bruyant et continu, tio tio, lio tio Ho, répété jusqu’à trente et quarante fois de suite

Le pic vert se tient à terre® plus souvent que les autres pics, surtout près des fourmillières, où l’on est assez sûr de le trouver, et même de le prendreavec des lacets. Il attend les fourmis au passage, couchant sa longue langue dans le petit sentier qu’elles ont coutume de tracer et de suivre à la file ; et lorsqu’il sent sa langue couverte de ces insectes , il la retire pour les avaler ; mais si les fourmis ne sont pas assez en mouvement, et lorsque le froid les tient encore renfermées, il va sur la fourmillière, l’ouvre avec les pieds et le bec, et s’établissant au milieu de la brèche qu’il vient de faire, il les saisit à son aise et avale aussi leurs chrysalides.

Dans tous les autres temps il grimpe contre les arbres, qu’il attaque et qu’il frappe à coups de bec redoublés ; travaillant avec la plus grande activité, il dépouille souvent les arbres secs de toute leur écorce; on entend de loin ses coups de bec et l’on peut les compter; comme il est paresseux pour

hole, rainfowl; en snéàois , groen-spich , groen-gjoeling , wedknarr ; en polonais , dzieciol zielony ; en danois, gron-spæt, gnul-spœt; en lapon, zhiaine. Pic-mart, pic vert, pic jaune, picumart , V,e\on, Portrait d’oiseaux, p. 74, a. Pie vert-jaune ; idem , Nat. des oiseaux, p. 299. Le pic vert s’appelle en Poitou, picosseau; en Périgord, picolât; en Guienne, bivai; en Picardie , becquebo; en quelques endroits , pleu-pleu ou plui-plui, d’après un de ses cris.

— Picus 'ciridis. Gessner, Avi., p. 710, avec une mauvaise figure. La même, Icon. avi., p. 36.

— Ray, Synops. avi., p. 42 , n« a , 2. — Klein , Avi., p. 27, n» S. — Friscli, tab. 35, la figure assez exacte, aux taches près marquées dessous le corps. — Sibbald, Scot. illustr., part. ii , lib. III, p. 15. — Willughby, Orniihol., p. 93, avec la figure empruntée d’Aldrovande, tab. 21.

— Jonston, Avi., p. 79, avec ime figure, tab. 41, empruntée d’Aldrovande; et une de Gessner, même planche, sous le nom de Picus viridis major. — Schwenckfeld , Avi. Siles., p. 338. — Picus viridis vertice coccineo. Linnæus, Syst. nat., édit. X, gen. 54, sp. 7. — Idem, Fauna Suec., n“ 80. — Muller, Zool. Dan., n» 98. — Green wood-pecker , or wood-spite. Brit. Zool., p. 78. — Picus viridis, Charleton, Exercit., p. 93, n» 3. Idem., Onomast., p. 86, n<> 3. — Picus arhorarius Plinio ; picus martius Festo. Rzaczynsky, Hist. nat. Polon., p. 292. — Picus viridis, seu picus martius , picus médius Eberi et Peuceri. Idem, Auetuar., p. 413. — Kolios, seu picus viridis nostr as. Aldrovande, Avi.,X. I, p. 848. — Picus, Mœhring, Avi., gen. 14.

— Green-wood pecker, or picus martius. Borl., Hist. nat. of Cornwal., p. 246. — Piverd, Albin, t. I, p. 17, avec une figure mal coloriée, pl. 18. — « Picus supernè viridi-olivaceus ,

« infernè ex sordidè albo ad olivaceum inclinans , uropygio olivaceo-flavicante , capite superiùs . « et occipitio rubris, rectricibus fuscis, binis intermediis in utroque latere, lateralibus exte- « riùs viridi-olivaceo dentatim variegatis, octo intermediis apice nigris... » Picus viridis. Brisson , Ornithol., t. IV, p. 9.

a. Aldrovande dit qu’il se tait en été, « æstate silere aiunt : » apparemment qu’il reprend sa voix à l’automne , car nous l’avons ouï dans cette saison remplir les bois de ses cris.

b. Willughby.

gQ() LE PIC VERT.

tout autre mouvement, il se laisse aisément approcher, et ne sait se dérober au chasseur qu’en tournant autour de la branche et se tenant sur la face opposée. On a dit qu’après quelques coups de bec d va de 1 autre cote de l’arbre pour voir s’il l’a percé ; mais c’est plutôt pour recueillir sur 1 ecorce les insectes qu’il a réveillés et mis en mouvement ; et ce qui parait encore plus certain, c’est que le son rendu par la partie du bois qu il frappe semble lui faire connaître les endroits creux où se nichent les vers qu il recherche, ou bien une cavité dans laquelle il puisse se loger lui-même et disposer

C’est au cœur d’un arbre vermoulu qu’il le place, à quinze ou vingt pieds au-dessus de terre, et plus souvent dans les arbres de bois tendre, comme trembles ou marsauts, que dans les chênes. Le mâle et la femelle travaillent incessamment et tour à tour à percer la partie vive de l’arbre jusqu a ce qu’ils rencontrent le centre carié; ils le vident et le creusent, rejetant au dehors avec les pieds les copeaux et la poussière du bois; ils rendent quelquefois leur trou si oblique et si profond, que la lumière du jour ne peut y arriver. Ils y nourrissent leurs petits à l’aveugle. La ponte est ordinairement de cinq œufs, qui sont verdâtres avec de petites taches noires. Les jeunes pics commencent à grimper tout petits et avant de pouvoir voler. Le mâle et la femelle ne se quittent guère, se couchent de bonne heure, avant les autres oiseaux, et restent dans leur trou jusqu au jour.

Quelques naturalistes ont pensé que le pic vert est l’oiseau pluvial, avis des anciens, parce qu’on croit vulgairement qu’il annonce la P^ie par un cri très-différent de sa voix ordinaire. Ce cri est plaintif et trame, ph , plieu, plieu, et s’entend de très-loin. C’est dans le même sens que les Anglais le nomment rain-foivl (oiseau de pluie) ; et que dans quelquesunes de nos provinces, comme en Bourgogne, le peuple 1 appelle du meuniers Ces observateurs prétendent même avoir reconnu dans le pic vert quelque pressentiment marqué du changement de la temperaüire et des autres affections de l’air ; et c’est apparemment d’apres cette prévision naturelle à cet oiseau, que la superstition lui a supposé des connaissances encore plus merveilleuses. Le pic^ tenait le premier rang dans les auspices, son histoire ou plutôt sa fable, mêlée à la mythologie des anciens héros du Latium% présente un être mystérieux et augurai dont les signes etaiem interprétés, les mouvements significatifs et les apparitions fatales. P nous en offre un trait frappant, et qui montre en même temps dans les

а. Comme annoucant la pluie et la crue d’eau qui fait moudre le moulm.

б. « Picimartii.,.‘in auspicatu magui... principales Latio sunt m auguriis. » Plme, 1*. x,

fil, tlP Saturne et nère de Faunus, fut aïeul du roi Latinus. Pour avoir méprisé 1’ ^ ip’ Cl PCP il fut changé en pic vert; il devint un des dieux champêtres sous le nom de

r— Si U s rXL. e. Ben=.s , .n c. pic saccé s. posée so.

leur herceau. Vid. plura apud Gessnet ., p. 678.

anciens Romains deux caractères qu’on croirait incompatibles, l’esprit superstitieux et la grandeur d’âme®.

L’espèce du pic vert se trouve dans les deux continents, et, quoique assez peu nombreuse en individus, elle est très-répandue. Le pic vert de la Louisiane*’ est le même que celui d’Europe; le pic vert des Antilles® n’en est qu’une variété. M. Gmelin parle d’un pic vert cendré qu’il vit chez les Tunguses, qui est une espèce très-voisine ou une variété de celui d’Europe'*. Nous n’hésiterons pas de lui rapporter aussi le pic à tête grise de Norwége donné par Edwards ®, et dont MM. Klein et Brisson ont fait une espèce particulière L Il ne diffère en effet de notre pic vert qu’en ce que ses couleurs sont plus pâles et sa tête sans rouge décidé, quoiqu’il y en ait quelque teinte sur le front. Edwards remarque avec raison que cette diversité de couleur provient uniquement de la différence des climats, qui influent sur le plumage des oiseaux comme sur le pelage des quadrupèdes, que le froid du pôle blanchit ou pâlit également. M. Brisson fait encore une espèce particulière du pic jaune de Perse lequel, suivant toute apparence, n’est aussi qu’un pic vert. Il en a la taille et presque les couleurs : Aldrovande ne parle de ce pic jaune de Perse que sur une figure qui lui fut montrée à Venise; ce n’est point sur une notice aussi incertaine, et sur laquelle ce naturaliste paraît peu compter lui-même, qu’on doit établir une espèce particulière, et c’est même peut-être trop que de l’indiquer ici.

Belon a fait du pic noir une espèce de pic vert, et cette erreur a été adoptée par Ray, qui compte deux espèces de pic vert*. Mais l’origine de ces

а. Un pic vint se poser sur la tête du préteur Ælius Tutero, tandis qu’il était assis sur son tribunal dans la place publique, et se laissa prendre à la main: les devins consultés sur ce prodige , répondirent que l’empire était menacé de destruction si on relâchait l’oiseau , et le préteur, de mort si on le retenait; Tubero à l’instant le déchira de ses mains : peu après, ajoute Pline, il accomplit l’oracle. Lib. x, cap. 18.

б. Le pic vert est le même à la Louisiane qu’en France. Le Page Dupratz, Histoire de la Louisiane, t. I, p. 117.

c. « 11 y a un oiseau qu’on nomme charpentier h. Saint-Domingue, sans doute parce qu’il charpente et creuse les arbres ; si ce n’est pas le pic vert d’Europe, c’est un oiseau de la même espèce; il en a les couleurs, la forme, le chant et les mœurs. Il fait beaucoup de tort aux palmistes, qu’il perce en plusieurs endroits, et souvent de part en part, ce qui les rend cassants et les fait périr par la suite; il est aussi très-friand de l’amande du cacaoyer; on est obligé de lui donner la chasse lorsque le cacao approche de la maturité. » Note de M. le chevalier Lefebvre Deshayes.

d. a Les Tunguses de la Nijaia-tungnska attribuent des vertus au pivert cendré; ils font « rôtir cet oiseau, le pilent, y mêlent de la graisse quelle qu’elle soit, excepté celle d’ours,

« parce qu’elle se corrompt facilement , et enduisent avec ce mélange les flèches dont ils font « usage à la chasse; un animal frappé d’une de ces flèches, tombe toujours sous le coup. « Voyage en Sibérie, par Gmelin, t. II, p. 113,

e. Ilistory of Birds , t. Il, p. 65.

f. Klein, Avi., p. 28, n° 17. Pic vert de Norwége, Brisson, Orni.hoL, t. IV, p. 18.

g. Picus lut eus , cyanopus , Persicus. Aldrovande, t. I, p. 851. — Le pic jaune de Perse, Brisson, Ornithol. , t. IV, p, 20.

h. Nat. des oiseaux. Du plus grand pic vert, p. 302. C’est ce qu’Aldrovande a bien reconnu :

« Bellonius hallucinatur picum suum viridem nobis pro pico majori obtrudens , » t. I, p. 813.

méprises est dans l’abus du nom de pic vert, que les anciens ornithologistes et quelques modernes, tels que les traducteurs de Catesby et d’Edwards, appliquent indistinctement à tous les pics. Il en est de même du nom de p)cus martius, qu’ils donnent souvent aux pics en général, quoique originairement il appartienne exclusivement au pic vert, comme oiseau dédié au

dieu Mars.

Gessner a dit avec raison, et Aldrovande a tâché de prouver que le cohos d’Aristote est le pic vert; mais presque tous les autres naturalistes ont soutenu que le colios est le loriot. Nous croyons devoir discuter leurs opinions, tant pour compléter l’histoire naturelle de ces oiseaux , que pour expliquer deux passages d’Aristote qui présentent plus d une difficulté.

Théodore Gaza traduit également par galgulus (loriot) un mot qui se trouve deux fois {du moins suivant sa leçon ) au chapitre i du ix livie d’Aristote ; mais il est évident qu’il se trompe au moins une, et que \eceleos qui combat avec le libyos dans le premier passage, ne peut point être le même qui, dans le second, est ami du libyos. Ce dernier celeos habite les rives des eaux et les taillis», genre de vie qui n’est point attribué au pre mier; et pour qu’ Aristote ne se contredise pas dans la même page, il faut lire dans le premier passage colios au lieu de celeos. Le celeos sera donc un oiseau d’eau ou de rivage, et le colios sera ou le loriot, comme l’a rendu Gaza et comme l’ont répété les nomenclateurs, ou le pic vert comme 1 ont soutenu Gessner et Aldrovande. Or, par la comparaison du second passage d’Aristote ^ où il parle plus amplement du colios % tout ce qu’il lui attribue, comme la grandeur approchante de la tourterelle, la voix forte, etc. , convient parfaitement au pic vert, et il y a même un trait qui ne convient qu’à lui, savoir : l’habitude de frapper les arbres à coups de bec et d’y ehercher sa nourriture'^. De plus, le mot chloron dont ce philosophe se sert pour marquer la couleur du colios signifie plutôt vert qu il ne signifieyflî(î?e, comme l’a rendu Gaza; et si l’on considère après cela qu’ Aristote, en cet endroit, parle du colios après deux pics et avant le grimpereau, on ne pourra guère douter qu’il n’ait entendu le pic vert et non pas le loriot.

Albert et Scaliger ont assuré que le pic vert apprend à parler, et qu il articule quelquefois parfaitement la parole f ; Willughby le nie avec raison s". La structure de la langue des pics, longue comme un ver, paraît se refuser

a. napœ 7roTa(j.ov Koù Xonp-aç {juxta amnes et fruteta), en quoi Gaza s est encore trompé, d>,. rendre fruteta et nemora.

b. Lib. VIII, cap. ni. .

c. Remarquez qu’il le comprend sons l’article des oiseaux vivant de pucerons et d insectes .

<( aliæ culicibiis vivunt , nec aliô magis quàm venatu culicum gaudent. »

d. U Magnitudo quanta ferè turturi est... Vocem eniittit, magnam. » Loco citalo.

e. « Lignipeta admodum est, magnàque ex parte macerie (potiùs materie) pascitur. » Ibid.

f. Exercit., pag. 237. .

g. « Picos humano sermoni assuescere, quamvis Scaliger et Albertus tradunt, ego vix cred -

0 derim. n 'WillughLy, pag. 92.

entièrement au mécanisme de l’articulation des sons, outre que leur caractère sauvage et indocile les rend peu susceptibles d’éducation ; car l’on ne peut guère nourrir en domesticité des oiseaux qui ne vivent que des insectes cachés sous les écorces

Selon Frisch, les mâles seuls ont du rouge sur la tête; Klein dit la même chose ; Salerne prétend qu’ils se trompent, et que les petits ont tous le dessus de la tête rouge, même dans le nid. Suivant l’observation de Linnæus, ce rouge varie et paraît mêlé, tantôt de taches noires, tantôt de grises, et quelquefois sans taches dans différents individus. Quelques-uns, et ce sont vraisemblablement les vieux mâles, prennent du rouge dans les deux moustaches noires qui partent des angles du bec , et ils ont en tout les couleurs plus vives, comme on le voit dans celui qui est représenté dans nos planches enluminées n° 879.

Frisch raconte qu’en Allemagne, pendant l’hiver, le pic vert fait ravage dans les ruches d’abeilles ; nous doutons de ce fait, d’autant qu’il reste bien peu de ces oiseaux en France pendant l’hiver, si même il en reste aucun; et comme il fait encore plus froid en Allemagne, nous ne voyons pas pourquoi ils y resteraient de préférence.

En les ouvrant, on leur trouve ordinairement le jabot rempli de fourmis. Il n’y a point de cæcum, et tous les oiseaux de ce genre en manquent également*, mais en place du cæcum il y a un renflement dans l’intestin. La vésicule du fiel est grande; le tube intestinal est long de deux pieds; le testicule droit est rond; le gauche oblong et courbé en arc, ce qui est naturel et non accidentel, comme il a été vérifié sur un grand nombre d’individus

Mais le mécanisme de la langue du pic a été un sujet d’admiration pour tous les naturalistes. Borelli et Aldrovande ont décrit la forme et le jeu de cet organe ; Olaüs Jacobæus, dans les Actes de Copenhague et Méry dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de Paris % en ont donné la curieuse anatomie. La langue du pic vert, proprement dite, n’est que cette pointe osseuse qui ne paraît en faire que l’extrémité; ce que l’on prend pour la

a. M. le Yicomte de Querhoënt nous assure pourtant en avoir nourri, du moins quelque temps; mais il nous confirme dans l’idée de leur mauvais naturel. « J’ai vu, dit-il, de jeunes « pics verts que j’élevais et qui étaient encore dans le nid, se battre avec acharnement. Lorsque « j’ai ouvert des arbres où il y avait une nichée , le père et la mère l’ont toujours abandonnée,

« et ont toujours laissé mourir de faim leurs petits. Les pics sont méchants et querelleurs; les « oiseaux plus faibles qu’eux sont toujours leurs victimes : ils leur brisent la tête à coups de « bec , sans en faire ensuite leur proie. J’en avais un dans une chambre avec des perdrix, il « les tua toutes les unes après les autres. Lorsque j’entrais, il me grimpait le long des jambes.

« Il allait se promener dans les champs et revenait manger dans la chambre; ils sont familiers,

« sans être attachés. »

b. a Commune generi cœds carere. » Willughby.

c. Willughby.

d. Collection académique, partie étrangère, t. IV, p. 358.

e. Reg. Sc acad. hist. à J. B. Duhamel, lib. iv, sect. vi, cap. 6.

lan«ue est Vos hyoïde lui-même engagé dans un fourreau membraneux , et proCgé en arrile en deux longs rameaux d’abord osseux pu, s carUlag.neux fesquels. après axoir embrassé la trachée-arlére, fléchisse^, se courbent sur ïa tête, se couchent dans une rainure tracee sur le crâne, et vont s’ mp anter dan le front à la racine du bec •. Ce sont ces deux rameaux ou meut, astiques, garnis d’un appareil de ligamen.s et

et rétracteurs, qui fournissent à l’allongement et au jeu de cette espece de Ln 'ue Tout le faisceau de cet appareil est enveloppé, comme dans une craîne d’une membrane qui est le prolongement de celle dont mandibu e inférieure du bec est tapissée, de manière quelle ^ f

un ver lorsque Vos hyo’ide s'élance, et quelle se ri anneaux quand cet os se retire. La pente osseuse, ^ ^ delà véritable langue, est implantée immédiatement sur ' ^

os hvo’ide et recouverte d’un cornet écailleux, hérissé de petits crochets tournés en arrière; et afin qu’il ne manque rien à cette “

pour retenir comme pour percer la proie, ,1 est

ulii oue distillent dans le fond du bec deux canaux excrétoires venantd une double glande. Cette structure est le modèle de celle de la ®

pics .- sans l’avoir vérifié sur tous, nous le conclurons du moins par an logie, et même nous croyons qu’on peut Véteiidre à tous les oiseaux qui

cent leur langue en l’allongeant. , , , , ninmp<;

Le pic vert a la tête fort grosse et la faculté de relever les petites plum rouges qui en couvrent le sommet, et c’est de là que Pline lui pre e un huppes On le prend quelquefois à la pipée, mais c’est par une

hasard • il y vient moins répondant à l’appeau qu attire par e rui qu

le per en frappant contre l’arbre qui soutient sa loge et qui ressemb ssex au bruit que fait un pic avec son bec ; quelquefois ,1 cou aux sauterelles, en grimpant le long du piquet; mais c est un m uvai gibier, ces oiseaux sont toujours extrêmement maigres et f Aldrovande dise qu’on en mange en hiver a Bologne, * ^ assez gras ; ce qui nous apprend du moins qu il en reste en Italie da^ saison, tandis qu’ils disparaissent alors dans nos provinces de Franc .

1 , Les .les soM des oiseaux bien catactérisés... par lept langue grêle ^

(Cuvier. )

LE PALALACA.

OISEAUX ÉTRANGERS DE L’ANCIEN CONTINENT

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