LE PIC NOIR A HUPPE ROUGE
SECONDE ESPÈCE
Ce pic, qui est assez commun à la Louisiane, se trouve également à la Caroline et à la Virginie ; il ressemble fort au précédent, mais il n’a pas le bec blanc, et il est un peu moins grand, quoiqu’il le soit un peu plus que le pic noir d’Europe; le sommet de la tête, jusque sur les yeux, est orné d’une grande huppe écarlate, troussée en une seule touffe, et jetée en arrière en forme de flamme ; au-dessous règne une bande noire dans laquelle l’œil est placé ; une moustache rouge part de la racine du bec et tranche sur les côtés noirs de la tête; la gorge est blanche; une bandelette de cette même couleur passe entre l’œil et la moustache, et s’étend sur le cou jusque sur l’épaule ; tout le reste du corps est noir, avec quelques légères marques de blanc dans l’aile, et une plus grande tache de cette couleur sur le milieu du dos; dessous le corps le noir est un peu moins profond et mêlé d’ondes grises ; dans la femelle, le devant de la tête est brun, et il n’y a de plumes rouges que sur la partie postérieure de la tête.
Catesby dit que ces oiseaux, non contents des insectes qu’ils tirent des arbres pourris, dont ils font leur pâture ordinaire, attaquent encore les plantes de maïs et en détruisent beaucoup, parce que l’humidité qui entre par les trous qu’ils font dans l’enveloppe gâte le grain qu’elle renferme ; mais n’est-ce pas plutôt pour trouver quelque espèce de vers cachés dans les enveloppes du maïs que pour en manger le grain? car aucun oiseau de ce genre ne se nourrit de graine.
Nous ne pouvons mieux rapporter qu’à cette espèce un pic dont M. Commerson nous a laissé la notice, et qu’il rencontra dans les forêts des terres Magellaniques ; la grandeur est la même, et les autres caractères sont assez semblables : seulement ce dernier n’a de rouge que sur les joues et le devant delà tête, et l’occiput est huppé de plumes noires. Ainsi une espèce, ou la même, ou semblable, se retrouverait dans les latitudes correspondantes aux deux extrémités du grand continent de l’Amérique. M. Commerson remarque que cet oiseau avait la voix forte et la vie très-dure, ce qui convient à tous les pics, fortifiés et endurcis par leur vie laborieuse.
a. Voyez les planches enluminées, n» 718.
h. iMrger red-crested wood pecker. Catesby, Carolina, 1. 1, p. 17. — Ficus niger toiocapite M ruhro, rostro plumbeo. Klein, Avi., p. 26 , n® 3. — « Ficus niger capite cristato rubro, tem- « poribus alisque albis maculis. » Ficus pileatus. Linnæus , Syst. nat., édit. X, gen., 54, sp. 3. — « Ficus cristatus, supernè niger, interné nigricans; maculà in medio dorso candidâ (capite « superiùs et cristâ coccineis Mas); (capite supeiàùs fusco, cristà coccineâ Fœmina); genis et « collo inferiùs et ad latera pallidè luteis; fascià per oculos nigrà (tænià utrinque secundùm « maxillam inferiorem rubrâ. Mas); rectricibus nigris... » Ficus niger Virginianus cristatus. Frisson, Ornithol., t. IV, p. 29.
* Ficus pileatus (Linn. ). — Genre Fies (Guv. ).
L’OÜANTOÜ.
L’OUANTOU ou PIC NOIR HUPPÉ DE CAYENNE."»*
TROISIÈME ESPÈCE
Barrère a mal prononcé ventou le nom de ce pic, que les Américains appellent ouantou ; et en le rapportant kVhipecou de Marcgrave, nous rectifierons deux méprises de nos nomenclateurs. L’ouantou est de la longueur du pic vert avec moins d’épaisseur de corps ; il est entièrement noir en dessus, à l’exception d’une ligne blanche qui part de la mandibule supérieure du bec, descend en ceinture sur le cou, et jette quelques plumes blanches dans les couvertures de l’aile; l’estomac et le ventre sont ondés de bandes noires et grises, et la gorge est grivelée de même ; de la mandibule inférieure du bec part une moustache rouge ; une belle huppe de cette même couleur couvre la tête et retombe en arrière; enfin, sous les longs filets de cette huppe on aperçoit de petites plumes du même rouge qui garnissent le haut du cou.
Barrère a autant raison de rapporter à ce pic Vhipecou de Marcgrave, que M. Brisson paraît avoir de tort en le rapportant au grand pic de la Caroline de Catesby : celui-ci est plus grand qu’une corneille, et l’hipecou pas plus grand qu’un pigeon ; d’ailleurs, le reste de la description de Marcgrave convient autant à l’ouantou, qu’il convient peu au grand pic de la Caroline, qui n’a pas le dessous du corps varié de noir et de blanc comme l’ouantou et l’hipecou qui a le bec long de trois pouces, et non pas de six lignes ^ Or, ces caractères ne conviennent pas davantage au pic noir de la Louisiane, et M. Brisson paraît encore se tromper en rapportant à cette espèce l’ouantou, qui n’est, comme nous venons de le voir, que l’hipecou, et qu’il eût mieux placé sous sa onzième espèce f, à laquelle conviennent tous les caractères de l’hipecou et de l’ouantou
L’ouantou de Cayenne est aussi le tlauhquec/mltototl de la Nouvelle
а. Voyez les planches enluminées, n« 717.
б. Picus niger cristâ coccineâ , capite toto rubro. Ipecu Brasil. Ventou. Barrère, France équinox., p. 143. — Ipecu Brasiliensibus. Marcgrave, p. 207. — Willughby, Ornithol., p. 301. — Jonston, Avi., p. 142. — Ray, Synops., p. 43, n® 7. — « Picus cristatus, supernè niger, « infernè albo rufescens, nigro transversim striatus, capite superiùs et cristâ coccineis; tænià « utrinque candidâ ab oris angulis, infra oculos et secundùm colli Jatera ad medium dorsnm « protensâ; rectricibus nigris... » Picus niger Cayanensis cristatus. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 31.
c. Marcgrave , Hist. nat. Brasil., pag. 207.
d. Idem , ibidem.
e. Idem , ibidem.
f. Brisson, Ornithol., t. IV, p. 31.
g. Comparez la description de Brisson (t. IV, p. 32 j, et sa figure, planche 1 , fig. 2, avec la planche enluminée, n° 717.
* Picus lineatus (Linn. ). — Genre Pics (Cuv.).
L’OUANTOU.
Espagne de Fernandez “ ; nous l’avons reconnu par un trait singulier ; c’est, dit Fernandez, un pic perceur d’arbres ; il a la tête et le dessus du cou garnis de plumes rouges : « Ces plumes appliquées, dit-on, ou plutôt collées contre « la tête d’un malade, apaisent la douleur, soit qu’on l’ait reconnu par <( l’expérience, soit qu’on l’ait imaginé en les voyant collées de près à la « tête de l’oiseau. » Or, entre tous les pics, c’est à celui-ci que convient mieux ce caractère d’avoir les petites plumes rouges qui lui garnissent l’occiput et le haut du cou plaquées et comme collées contre la peau.