LE CALAO DE L’ILE PANAY
TROISIÈME ESPÈCE
Cet oiseau nous a été apporté par M. Sonnerat, correspondant du Cabinet : voici la description qu’il en donne dans son Yoyage à la Nouvelle-Guinée; il l’appelle calao à bec ciselé; mais ce caractère ne le distingue pas de quelques autres calaos qui ont également le bec ciselé.
« Le mâle et la femelle sont de même grosseur, et à peu près de la « taille du gros corbeau d’Europe, un peu moins corsés et plus allongés; « leur bec est très-long, courbé en arc ou représentant le fer d’une faux, « dentelé le long de ses bords en dessus et en dessous, terminé par une c( pointe aiguë et déprimée sur les côtés; il est sillonné de haut en bas, ou « en travers dans les deux tiers de sa longueur ; la partie convexe des « sillons est brune, et les ciselures ou enfoncements sont couleur d’or-
« pin; le reste du bec vers sa pointe est lisse et brune; à la racine
« du bec, en dessus, s’élève une excroissance de même substance que «le bec, aplatie sur les côtés, tranchante en dessus, coupée en angle « droit en devant; cette excroissance s’étend le long du hec jusque vers sa « moitié où elle finit ; et elle est de moitié aussi haute dans toute sa lon-
« gueur que le bec est large; l’œil est entouré d’une membrane brune
« dénuée de plumes ; la paupière soutient un cercle de poils ou crins durs, « courts et roides, qui forment de véritables cils, l’iris est blanchâtre; le « mâle a la tête, le cou, le dos et les ailes d’un noir verdâtre, changeant en « bleuâtre suivant les aspects; la femelle a la tête et le cou blancs, excepté « une large tache triangulaire qui s’étend de la base du bec en dessous et « derrière l’œil jusqu’au milieu du cou en travers sur les côtés; cette tache
a. Voyez les planches enluminées, n» 780 le mâle; et n« 781 la femelle.
* Buceros panayensis (Latb., Gmel.). — Sous-genre Calaos à proéminences (Guv.).
LE CALAO DE L’ILE PANAY. ggg
« est cTun vert noir, changeant comme le cou et le clos du mâle; la femelle « a le dos et les ailes de la même couleur que le mâle; le haut’ de la poi- « trine, dans les individus des deux sexes, est d’un rouge brun clair; le « ventre, les cuisses et le croupion sont également d’un rouge brun foncé- « ils ont aussi tous deux dix plumes à la queue , dont les deux tiers supé- « rieurs sont d un jaune roussâtre, et le tiers inférieur est une bande Irans- « versale noire; les pieds sont de couleur plombée, et sont composés de « quatre doigts, dont un dirigé en arrière et trois dirigés en devant; celui « du milieu est uni au doigt extérieur jusqu’à la troisième articulation , et « au doigt intérieur jusqu’à la première seulement®.»
LE CALAO DES MOLUQUES.*»* quatrième espèce.
On a mal appliqué le nom (ïalcatraz à cet oiseau ; Clusius est l’auteur de cette méprise*^; il n’a pas bien interprété le passage d’Oviedo, car le nom espagnol d alcatraz selon Fernandez Hernandez f et Nierembergi?, appartient au pélican du Mexique, et par conséquent ne peut être appliqué à un oiseau des Moluques. Cette première méprise a produit une seconde erreur que nos nomenclateurs ont étendue sur tout le genre des calaos, en les regardant comme des oiseaux d’eau, et les nommant hydrocorax, et leur supposant 1 habitude de se tenir au bord des eaux ; ce qui néanmoins est démenti par tous les observateurs qui ont vu ces oiseaux dans leur pays natal ; Bontius, Camel, et, qui plus est, l’oiseau lui-même par la forme et la structure de ses pieds et de son bec, démontrent que les calaos ne sont ni corbeaux ni corbeaux d’eau. On doit donc regarder cette dénomination
a. Voyage à la Nouvelle-Guinée , p. 123.
h. Voyez les planches enluminées, n« 283.
c. Alcatraz Oviedi, sive vertus, corvi marini genus. Clusius, Exot., p. 106. — Corvus tndtcus. Bontius, Hist. nat. Ind., p. 62. — Corvus indiens Bontii. Willughby, Ornithol, p. 86.
Corvus torquatus, pedibus cinereis, rostro crenato. Klein, Avi., p. 88, n° 2. Corvus
tndicus Bontn. Ray, Sywops. avi., p. lo, n“ 7. — Caryocatactes. Mœhring, AvL, gen. 7. — « Hydrocorax supernè fuscus, infernè nigricans, griseo mixtus ; imo ventre dilutè fui voj'capite « superius nigricante ; genis et gutture nigris ; fascià arcuatâ sut gutfure sordidè cinereo albà- « occipitio et collo dilutècastaneis; remigibus nigris, minoribus exteriùs griseo marginatis!
« rectricibus sordidè cinereo-alhis; rostro gibboso... Hydrocorax. Brisson, Ornithol., t. IV p. 566. — Corbeau des Indes. Salerne, Ornithol, p. 91. — Edwards a donné une figure coloriée du bec de cet oiseau, pl. 281, flg. c.
d. Exotic., lib. v, cap. xii, pag. 106.
e. Page 41.
f. Page 672.
g. Page 223.
* Buceros hydrocorax (Lath., Gmel.). — Sous-genre id.
g-0 le calao des moluques.
générique d’hydrocorax comme mal conçue, et le nom particulier d’alcatraz comme mal appliqué au calao des Moluques, puisque c’est le nom du pélican du Mexique.
Le calao des Moluques a deux pieds quatre pouces de longueur; la queue a huit pouces ; mais les pieds n’ont que deux pouces deux lignes : ce caractère des pieds très-courts appartient non-seulement à celui-ci, mais encore , à tous les autres calaos, qui marchent aussi mal qu’il est possible ; son bec a cinq pouces de longueur sur deux pouces ei demi d’épaisseur à son origine; il est d’un cendré noirâtre, et est surmonté d’une excroissance dont la substance est assez solide et semblable à de la corne ; cette excroissance est aplatie en devant, et s’étend en s’arrondissant jusque par-dessus la tête; il a de grands yeux noirs, mais le regard désagréable ; les côtés de la tête, les ailes et la gorge sont noirs, et cette partie de la gorge est entourée d’une bande blanche; les pennes de la queue sont d’un gris blanchâtre; tout le reste du plumage est varié de brun, de gris, de noirâtre et de fauve ; les pieds sont d’un gris brun, et le bec est noirâtre.
Ces oiseaux, ditBontius», ne vivent point de chair, mais de fruits, et principalement de noix muscade dont ils font une grande déprédation, et cette nourriture donne à leur chair, qui est tendre et délicate, un lumet aromatique qui la rend très-agréable au goût.