LE CALAO RHINOCÉROS
« étrange; car sur la partie supérieure de ce bec s’élève une excroissance « de substance cornée qui s’étend en avant et se recourbe ensuite vers le « haut en forme de corne, qui est prodigieuse par son volume, car elle a « huit pouces de longueur sur quatre de largeur à sa base ; cette corne est a variée de rouge et de jaune, et comme divisée en deux parties par une « ligne noire qui s’étend sur chacun de ses côtés suivant sa longueur ; les « ouvertures des narines sont situées au-dessous de cette excroissance, « près de l’origine du bec. On le trouve à Sumatra, aux Philippines et dans « les autres parties des climats chauds des Indes. »
Bonlius rapporte quelques faits au sujet de ces oiseaux : il dit qu’ils vivent de chair et de charogne, qu’ils suivent ordinairement les chasseurs de sangliers, de vaches sauvages, etc., pour manger la chair et les intestins de ces animaux, que ces chasseurs éventrent et coupent par quartiers pour emporter plus aisément ce gros gibier et très-promptement, car, s’ils le laissaient quelque temps sur la place, les calaos ne manqueraient pas de venir tout dévorer®. Cependant cet oiseau ne chasse que les rats et les souris, et c’est par cette raison que les Indiens en élèvent quelques-uns. Bontius dit qu’avant de manger une souris le calao l’aplatit en la serrant dans son bec pour l’amollir, et qu’il l’avale tout entière en la jetant en l’air et la faisant retomber dans son large gosier : c’est au reste la seule façon de manger que lui permette la structure de son bec et la petitesse de sa langue, qui est cachée au fond du bec et presque dans la gorge *.
Telle est la manière de vivre à laquelle l’a réduit la nature, en lui Uonnant un bec assez fort pour la proie, mais trop faible pour le combat; trèsincommode pour l’usage, et dont tout l’appareil n’est qu’une exubérance diflorme et un poids inutile ; cet excès et ces défauts extérieurs semblent influer sur les facultés intérieures de l’animal : ce calao est triste et sauvage ; il a l’aspect rude, l’attitude pesante et comme fatiguée. Au reste, Bontius n’a donné qu’une figure peu exacte de la tête et du bec, et ce bec représenté par Bontius est fort petit en comparaison de celui qui est au Cabinet'^; mais comme il est de la même forme, ils appartiennent certainement tous deux à la même espèce d’oiseau.
a. « Victitat cadaveribus intestinisque animalium, undè venatores qui sclopetis yaccas silvesk très, apros et cervos jaculantur, comitari soient, ac sæpe in partes dissecta, propter gravi- « tatem, ad ripas fluminum in cymbas ab illis deferuntur, si nolint ut dictarum avium rapa- « citati prostituta sint. » Bontius, Hist. nat. Ind., lib. v, cap. xi.
b. « Lingua pro tanto rostro exigua vix uncialis. » Transactions philosophiques, n® 286.
c. Voyez la planche enluminée.
LE MARTIN-PECHEUR