LA CHARBONNIÈRE
à peu près, en mettant en expérience, clans une cage, un rouge-gorge avec huit ou dix charbonnières; l’expérience commença à neuf heuresdu matin, à midi le rouge-gorge avait le crâne percé, etles mésanges en avaient mangé toute la cervelle. D’un autre côté, j’ai vu un assez grand nombre de mésanges-charbonnières et autres, toutes prises à la pipée, lesquelles avaient vécu plus d’un an dans la même volière sans aucun acte d’hostilité; et dans le moment où j’écris il existe une charbonnière vivant depuis six mois en bonne intelligence avec des chardonnerets et des tarins, quoique l’un des tarins ait été malade dans cet intervalle, et que par son état d’affaiblissement il lui ail offert plus d’une occasion facile de satisfaire sa voracité.
Les charbonnières se tiennent sur les montagnes et dans les plaines, sur les buissons, dans les taillis, dans les vergers et dans les grands bois : cependant M. Lottinger m’assure qu’elles se plaisent davantage sur les montagnes. Le chant ordinaire du mâle, celui qu il conserve toute l annee, et qu’il fait entendre surtout la veille des jours de pluie, ressemble au grincement d’une lime ou d’un verrou, et lui a valu, dit-on, le nom de serrurier; mais au printemps il prend une autre modulation et devient si agréable et si varié, qu’on ne croirait pas qu’il vînt du même oiseau. Frisch, M. Guys et plusieurs autres le comparent à celui du pinson®, et c’est peutêtre la véritable étymologie du nom de mésange-pinson, donné à cette espèce. D’ailleurs, Olina accorde la préférence à la charbonnière sur toutes les aulres pour le talent de chanter et pour servir d’appeau ; elle s’apprivoise aisément et si complètement qu’elle vient manger dans la main , qu elle
no 2S3, p. 84; en danois, musvit; en norwégien, kiod-nieise. — Kramer, Elenchus Austr. infer., p. 378; en autrichien , kohl-meise. — « Parus supernè -viridi-oli-vaceus, infernè pallidè « flavus ; uropygio cinereo-cæruleo ; imo ventre albo ; capite et gutture nigris ; macula infra « oculos candidà, nigro circumdatà; fascià nigi'à a collo ad imum ventrem protensâ; tæuiâ « transversà in alis albo-flavicante ; rectrice extimà exteriùs et apice albà , proximè sequenti « maculi albà terminatà , » Parus major sive fringillago , la grosse mésange ou la charbonnière. Brisson , t. III , p. ZZ9. — Mezange , mésange, mezenge, mésenge , marenge , mésengere , musangere , selon Cotgrave; en Provence, bezenge , serrurier ; eu Picardie, mesingle o\x mesengle ; en Savoie, mayenche , autrement iardere ; en Sologne , ardereUe , arderolle , avdezelle ; ailleurs, lar déliés , larderelles , et encore patron des maréchaux , selon moi, par la même raison qu’on a donné aux pics le nom de serrurier ; en Poitou , Saintonge et Berry, cendrille ; en Bourbonnais , crogue-abeilles ; ailleurs , charbonnier, pinsonnée , pinsonniére , mésange , nonneUe , moinolon ou petit moine. Salerne , llist. nat. des oiseaux, p. 211. — II ne faut pas confondre ce charbonnier-ci avec celui du Bugey, qui, comme on l'a dit plus haut, est un rossignol de muraille. — En Provence , serre-fine ; ailleurs , borgne , crève-châssis , larderiche , lardenne , moineau des bois , mésange brûlée. Voyez Journal de Physique , ^oôt 1776 , p. 127.
a. On nourrit en cage cette mésange en certains pays, dit Aldrovande, à cause de son joli ramage qu’elle fait entendre presque toute l’année ; d’un autre côté , Turner dit que sa chanson du printemps est peu agréable, et que le reste de l’année elle est muette; elle dit, selon les uns, liligu , litigu , liligu; et au printemps, stiti , stili , etc. En général, les auteurs font souvent de leurs observations particulières et locales autant d’axiomes universels, quelquefois même ils ne font que répéter ce qu’ils ont entendu dire à des gens peu instruits; et de là les contradictions.
LA CHARBONNIERE.
s’accoutume, comme le chardonneret, au petit exercice de la galère, et pour tout dire en un mot, qu’elle pond même en captivité.
Lorsque ces oiseaux sont dans leur état naturel, c’est-à-dire libres, ils commencent de s’apparier dès les premiers jours de février; ils établissent leur nid dans un trou d’arbre ou de muraille®, mais ils sont longtemps appariés avant de travailler à le construire, et ils le composent de tout ce qu’ils peuvent trouver de plus doux et de plus mollet. La ponte est ordinairement de huit, dix et jusqu’à douze œufs blancs avec des taches rousses, principalement vers le gros bout. L’incubation ne passe pas douze jours; les petits nouvellement éclos restent plusieurs jours les yeux fermés; bientôt ils se couvrent d’un duvet rare et fin qui tient au bout des plumes, et tombe à mesure que les plumes croissent; ils prennent leur volée au bout de quinze jours, et l’on a observé que leur accroissement était plus rapide quand la saison était pluvieuse; une fois sortis du nid, ils n’y rentrent plus, mais se tiennent perchés sur les arbres voisins, se rappelant sans cesse entre eux'', et ils restent ainsi attroupés jusqu’à la nouvelle saison, temps où ils se séparent deux à deux pour former de nouvelles familles. On trouve des petits dans les nids jusqu’à la fin du mois de juin , ce qui indique que les charbonnières font plusieurs pontes : quelques-uns disent qu’elles en font trois, mais ne serait-ce pas lorsqu’elles ont été troublées dans la première qu’elles en entreprennent une seconde, etc. ? Avant la première mue on distingue le mâle, parce qu’il est et plus gros et plus colérique. En moins de six mois tous ont pris leur entier accroissement, et quatre mois après la première mue ils sont en état de se reproduire. Suivant Olina, ces oiseaux ne vivent que cinq ans, et, selon d’autres, cet âge est celui où commencent les fluxions sur les yeux, la goutte, etc. ; mais ils perdent leur activité sans perdre leur caractère dur, qu’aigrissent encore les souffrances". M. Linnæus dit qu’en Suède ils se tiennent sur les aunes , et que l’été ils sont fort communs en Espagne.
La charbonnière a sur la tête une espèce de capuchon d’un noir brillant et lustré qui, devant et derrière, descend à moitié du cou et a de chaque côté une grande tache blanche presque triangulaire ; du bas de ce capuchon , par devant, sort une bande noire, longue et étroite, qui parcourt le milieu de la poitrine et du ventre, et s’étend jusqu’à l’extrémité des couvertures inférieures de la queue : celles-ci sont blanches, ainsi que le bas-ventre ; le reste du dessous du corps, jusqu’au noir de la gorge, est d’un jaune tendre; un vert d’olive règne sur le dessus du corps, mais cette couleur devient
O. Surtout des murailles de maisons isolées et à portée dés forêts; par exemple de celles des charbonniers , d’où est venu, selon (juelques-uns, à cette mésange le nom de charbonnière. Voyez Journal de Physique , à l’endroit cité.
b. C’est peutr-ètre par un effet de cette habitude du premier âge que les mésanges accourent si vite dès qu’elles entendent la voix de leurs semblables.
c. Voyez Journal de Physique, août 1776.