I. LA NONNETTE CENDRÉE
Je sais que plusieurs naturalistes ont regardé cette espèce comme séparée de la précédente par un assez grand nombre de différences. Willughby dit qu’elle est plus grosse, qu’elle a la queue plus longue, moins de noir sous la gorge ; le blanc du dessous du corps plus pur et point du tout de cette dernière couleur sur l’occiput ni sur les ailes; mais si l’on considère que la plupai'l de ces différences ne sont rien moins que constantes, notamment la
a. Pan/i paZusO-îi; en allemand , maur-meise , riet ou reit-meise , aesch-meissle , kaa(mcissle ; en suisse, kohl-meiss (charbonnière). Gessner, Aves, p. 641. — Aldrovande, OrnitJwL, t. II , p. 722; en italien, paronzino. — Jonston, Aves, p. 86. — Charlcton , Exercit., p. 96 , II» 3 ; en anglais, fen-til-mouse; c’est selon lui et selon Turner, le schœniclos ou junco d’ Aristote. — Willughby, OrnithoL, p. 175 ; en anglais, marsh-lit-mousc , blackcap (tète noire). — Ray, Synopsis, p. 73, n» a, 3. — Brilish Zoolog.,p. 114. — Parus fuscus , palustris , cAieieus , atricapillus Aldrovandi; en allemand, mur-mcise , koU-meise , ried-meiszUn , graw-mciszlin. Schwenckfeld , Avi. Siles., p. 320. — Klein , Ordo avium , p. 85 , n“ 4. Hzaczynski , Aucluar. Polon., p. 404 ; en allemand, pfutz-meise ; en polonais, sikora popielala. — Oiseau à bonnet noir; en anglais, tlie black-cap. AVoiii , Hist. nat. des oiseaux , t III , p. 25 , pl. 58. — Parus cinereus, vertice niyro, en allemand, nonn-meise, asche-meise, meel-maise , pimpel-maise , hauf-meise (mésange de clicnevis), garlcn-meise , bien-meise. Ces
* Parus palustris (Linn.). — Genre et sous-genre id. (Cuv.).
tache blanche de l’occiput quoiqu’elle soit comptée parmi les caractères spécifiques de la petite charbonnière; si l’on considère que l’on a donné à toutes deux ce même nom de cliarbonniere,qui en effet leur convient également, et que celui de mésange de marais, donné assez généralement à la nonnette cendrée, peut aussi convenir à l’espèce précédente, puisqu’elle se plaît, dit M. Linnæus, sur les aunes, et que les aunes sont, comme on sait, des arbres aquatiques, croissant dans les endroits humides et marécageux; enfin, si l’on considère les traits nombreux de conformité qui se trouvent entre ces deux espèces, même séjour, même taille, même envergure, mêmes couleurs distribuées à peu près de même, on sera porté à regarder la nonnette cendrée comme une variété dans l’espèce de la petite charbonnière ; c’est le parti qu’ont pris, avec raison, les auteurs de la Zoologie britannique, et c’est celui auquel nous croyons devoir nous arrêter, toutefois en conservant les noms anciens et nous contentant d’avertir que cette diversité de noms n’indique pas ici une différence d’espèces.
La nonnette cendree se tient dans les bois plus que dans les vergers et les jardins, vivant de menues graines, faisant la guerre aux guêpes, aux abeilles et aux chenilles, formant des provisions de chènevis lorsqu’elle trouve l’occasion, en prenant à la fois plusieurs grains dans son bec pour les porter au magasin et les manger ensuite à loisir : c’est sans doute sa manière de manger qui l’oblige d’être prévoyante; il lui faut du temps, il lui faut un lieu commode et sûr pour percer chaque grain à coups de bec, et si elle n’avait pas de provisions, elle serait exposée souvent à souffrir la faina. Cette mésange se trouve en Suède et même en Norwége, dans les forêts qui bordent le Danube, en Lorraine, en Italie, etc. M. Salerne dit qu on ne la connaît point dans 1 Orléanais, ni aux environs de Paris, ni dans la Normandie; elle se plaît sur les aunes, sur les saules, et par conséquent dans les lieux aquatiques, d’où lui est venu son nom de mésange de marais. C’est un oiseau solitaire qui reste toute l’année, et que l’on nourrit difficilement en cage. On m’a apporté son nid, trouvé au milieu d’un petit bois en coteau, dans un pommier creux, assez près d’une rivière; ce nid consis-
trois derniers noms ne lui conviennent pas pins qidà quelques autres espèces. Friscli, t. I, class. 2 , div. 1 , art. 3 , pi. l , mis. — Parus capite nigro , temporibus albis , dorso cincrcopatuspalustris; en suédois, en-tifa tomlinge. Linuæus, Faima Suec., n“ 242; et Syst. nat’., eut. XIII, gen. 116, sp, 8. — Muller, Zoologiæ Danicæ prodromus; en danois, craa-meise’, iiUe musvit; en norvégien, tete , hamp-meiss. — Kramer, Elenchus Aiistr. inf., pl. 379; en autiicLien, hunds-nieise. — « Parus supernè griseus, infernè alhus cum aliquà rufescentis « mi.vtura ; capite superiore ^ et gutture nigris ; genis et collo inferiore candidis ; rectricibus < «perne cuiereo-fuscis, oris exterioribus griseis, infernè cinereis, » Parus palustris, la esaiiae ^ e marais ou la nonnette cendrée. Brisson, t. III , p. 855. Cet oiseau doit son nom de line e a cette espèce de voile noir qu’il a sur la tète. Il faut remarquer qu’on a aussi donné e nom de mésange de marais au remiz, comme on le verra plus bas. a. Une petite charbonnière, observée par les auteurs de la Zoologie Britannique, n'ày^àt IC'int cette tache, et M. Lottinger assure que si la nonnette cendrée avait cette tache de l’occi-
J c e ne différerait pas de la mésange à tête noire, qui est notre petite cliarLonnicre,
lait en un peu de mousse déposée au fond du trou; les petits, qui volaient déjà, étaient un peu plus bruns que le père, mais ils avaient les pieds d’un plombé plus clair; nulle échancrure sur les bords du bec, dont les deux pièces étaient bien égales; ce qu’il y avait de remarquable, c’est que le gésier des petits était plus gros que celui des vieux , dans la raison de cinq à trois ; le tube intestinal était aussi plus long à proportion ; mais les uns ni les autres n’avaient ni vésicule du fiel, ni le moindre vestige de cæcum. J’ai trouvé dans le gésier du père quelques débris d’insectes et un grain de terre sèche, et dans le gésier des jeunes plusieurs petites pierres.
La nonnette cendrée est un peu plus grosse que la petite charbonnière, car elle pèse environ trois gros. Je ne donnerai point la description de son plumage; il suffit d’avoir indiqué ci-dessus les différences principales qui se trouvent entre ces deux oiseaux.
Longueur totale, quatre pouces un tiers; bec, quatre lignes ; tarse, sept lignes ; vol, sept pouces ; queue, deux pouces, composée de douze pennes, dépasse les ailes de douze lignes.
M. Le Beau a rapporté de la Louisiane une mésange qui avait beaucoup de rapport avec celle de cet article; il ne manque à la parfaite ressemblance que la tache blanche de l’occiput et les deux traits de même couleur sur les ailes; ajoutez que la plaque noire de la gorge était plus grande, et en général les couleurs du plumage un peu plus foncées, excepté que dans la femelle “ la tête était d’un gris roussâtre, à peu près comme le dessus du corps, mais cependant plus rembruni*.
Longueur totale, quatre pouces et demi ; tarse, sept à huit lignes; ongle postérieur, le plus fort de tous; queue, vingt-une lignes, un peu étagée (ce qui forme un nouveau trait de disparité); dépasse les ailes d’environ neuf lignes.