‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 27 sur 105 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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DE LA CRAIE

point de pierres calcaires aussi dures que le quartz ou les jaspes, quelquesunes, comme les marbres, le sont néanmoins assez pour recevoir un beau poli,

La craie, même la plus durcie, n’est susceptible que du poli gras que prennent les matières tendres, et se réduit au moindre effort en une poussière semblable à la poudre des coquilles; mais quoiqu’une grande partie des craies ne soit en effet que le débris immédiat de la substance des coquilles, on ne doit pas borner à cette seule cause la production de toutes les couches de craie qui se trouvent à la surface de la terre ; elles ont, comme les sables vitreux, une double origine; car la quantité de la matière coquilleuse réduite en poussière s’est très -considérablement augmentée par les détriments et les exfoliations qui ont été détachés de ta surface des masses solides de pierres calcaires par l’impression des éléments humides ; rétablissement local de ces masses calcaires paraît en plusieurs endroits avoir précédé celui des couches de craie. Par exemple, le grand terrain crétacé de la Champagne commence au-dessous de Troyes et finit au delà de Rhétel , ce qui fait une étendue d’environ quarante lieues, sur dix ou douze de largeur moyenne; et la montagne de Reims qui fait saillie sur ce terrain n’est pas de craie, mais de pierre calcaire dure : il en est de même du mont Aimé , qui est isolé au milieu de ces plaines de craie, et qui est également composé de bancs de pierres dures très-différentes de la craie, et qui sont semblables aux pierres des montagnes situées de l’autre côté de Vertus et de Bergères. Ces montagnes de pierre dure paraissent donc avoir surmonté de tout temps les collines et les plaines où gisent actuellement les craies, et dès lors on peut présumer que ces couches de craie ont été formées, du moins en partie, par les exfoliations et les poussières de pierre calcaire que les éléments humides auront détachées de ces montagnes, et que les eaux auront entraînées dans les lieux plus bas où gît actuellement la craie. Mais cette seconde cause de la production des craies est subordonnée à la première, et même dans plusieurs endroits de ce grand terrain crétacé la craie présente sa première origine, et paraît purement coquilleuse; elle se trouve composée ou remplie de coquilles entières parfaitement conservées, comme on le voit à Courlagnon et ailleurs; en sorte qu’on ne peut douter que l’établissement local de ces couches de craie mêlée de coquilles ne se soit fait dans le sein de la mer et par le mouvement de ses eaux. R’ailleurs , on trouve souvent les dépôts ou lits de craie surmontés par d’autres matières qui n’ont pu être amenées que par alluvion, comme en Pologne, où les craies sont très-abondantes, et particulièrement dans le territoire deSadki, où M. GueUard dit, d’après Rzaczynsld, qu’on ne trouve la craie qu’au-dessous d’un lit de mine de fer qui est précédé de plusieurs autres couches de différentes matières “.

O. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1762 , page 294.

DE LA CRAIE

Ces dépôts de craie, formés au fond de la mer par le sédiment des eaux, n’étaient pas originairement d’une matière aussi simple et aussi pure qu’elle l’est aujourd’hui; car on trouve entre les couches de cette matière crétacée de petits lits de substance vitreuse ; le silex, que nous nommons pierre à fusil, n’est nulle part en aussi grande quantité que dans les craies. Ainsi cette poussière crétacée était mélangée de particules vitreuses et silicées , lorsqu’elle a été transportée et déposée par les eaux; et après l’établissement de ces couches de craie mêlées de parties silicées, l’eau les aura pénétrées par infiltration, se sera chargée de ces particules silicées, et les aura déposées entre les couches de craie, où elles se seront réunies par leur force d’affinité; elles y ont pris la forme et le volume que les cavités ou les intervalles entre les couches leur ont permis de prendre. Cette sécrétion de silex se fait dans les craies de la même manière que celle de la matière calcaire se fait dans les argiles ; ces substances hétérogènes, atténuées par l’eau et entraînées par sa filtration, sont également posées entre les grandes couches de craie et d’argile, et disposées de même en lits horizontaux; seulement on observe que les petites masses de pierres calcaires, ainsi formées dans l’argile, sont ordinairement plates et assez minces, au lieu que les masses de silex formées dans la craie sont presque toujours en petits blocs épais et arrondis. Cette différence peut provenir de ce que la résistance de l’argile est plus grande que celle de la craie; en sorte que la force de la n)asse silicée qui tend à se former soulève ou comprime aisément la craie dont elle se trouve environnée, au lieu que la même force ne peut faire un aussi grand effet dans l’argile qui, étant plus compacte et plus pesante, cède plus difficilement et se comprime moins. Il y a encore une dilférence très-apparente dans l’établissement de ces deux sécrétions relativement à leur quantité : dans les collines de craie coupées à pic, on voit partout ces lits de silex, dont la couleur brune contraste avec le blanc de la couche de craie; souvent il se trouve de distance à autre plusieurs de ces lits toujours posés horizontalement entre les grands lits de craie, dont l’épaisseur est de plusieurs pieds, eu sorte que toute la masse de craie, jusqu’à la dernière couche, paraît être traversée horizontalement par ces petits lits de silex, au lieu que dans les argiles coupées de même aplomb , les petits lits de pierre calcaire ne se trouvent qu’entre les couches supérieures, et n’ont jamais autant'd’épaisseur et de continuité que les lits de silex , ce qui paraît encore provenir de la plus grande facilité de l’infiltration des eaux dans la craie qu’elles pénètrent dans toute son épaisseur, au lieu qu’elles ne pénètrent que les premières couches de l’argile, et ne peuvent par conséquent déposer des matières calcaires à une grande profondeur.

La craie est blanche, légère et tendre, et selon ses degrés de pureté elle prend différents noms. Comme toutes les autres substances calcaires, elle se convertit en chaux par l’action du feu et fait etfervescence avec les acides;

DE LA CRAIE

elle perd environ un tiers de son poids par la calcination, sans que son volume en soit sensiblement diminué, et sans que sa nature en soit essentiellement altérée', car en la laissant exposée à l’air et à la pluie, celte chaux de craie reprend peu à peu les parties intégrantes que le feu lui avait enlevées, et dans ce nouvel état on peut la calciner une seconde fois, et en faire de la chaux d’aussi bonne qualité que la première. On peut même se servir de la craie crue pour faire du mortier, en la mêlant avec la chaux , car elle est de môme nature que le gravier calcaire, dont elle ne diffère que par la petitesse de ses grains. La craie que l’on connaît sous le nom de blanc d’Espagne est l’une des plus fines, des plus pures et des plus blanches; on l’emploie pour dernier enduit sur les autres mortiers. Cette craie fine ne se trouve pas en grandes couches ni même en bancs, mais dans les fentes des rochers calcaires et sur la pente des collines crétacées; elle y est conglomérée en pelotes plus ou moins grosses, et quand celte craie fine est encore plus atténuée, elle forme d’autres concrétions d’une substance encore plus légère, auxquelles les naturalistes ont donné le nom de lac lunœ'^ (nom très-impropre, puisqu’il ne désigne qu’un rapport chimérique], medulla saxi (qui ne convient guère mieux, puisque le mot saxum, traduit par ces mêmes naturalistes, ne désigne pas la pierre calcaire, mais le roc vitreux) ; celte matière serait donc mieux désignée par le nom de fleur de craie , car ce n’est en effet que la partie la plus ténue de la craie que l’eau détache et dépose ensuite dans les cavités qu’elle rencoulre. Et lorsque ce dépôt, au lieu de se faire eu masses, ne se fait qu’en superficie, cette même matière prend la forme de lames et d’écailles, auxquelles ces mêmes nomenclateurs * en minéralogie ont donné le nom d’agaric minéral (ce qui n'est fondé que sur une fausse analogie).

Les hommes, avant d’avoir construit des maisons, ont habité les cavernes; ils se sont mis à l’abri des rigueurs de l’biver et de la trop grande ardeur de l’été, en se réfugiant dans les antres des rochers, et lorsque celte commodité leur a manqué, ils ont cherché à se la procurer aux moindres frais possibles, en faisant des galeries et des excavations dans les matières les moins dures, telles que la craie. Le nom de Troglodytes, habitants des cavernes, donné aux peuples les plus antiques, en est la preuve, aussi bien que le grand nombre de ces grottes que l’on voit encore aux Indes, en Arabie, et dans tous les climats où le soleil est brûlant et l’ombrage rare. La plupart de ces grottes ont été travaillées de main d'homme, et souvent

a. Wormius et plusieurs autres après lui. h. Ferrante Imperati et d’autres après lui.

1. Quand on calcine la craie, elle perd plus d’un tiers de son poids, car elle perd tout son acide carbonique (voyez la note de la p. 100) ; et sa nature en est essentiellement altérée, puisqu’elle est réduite à n’ètre plus que de la chaux. La chiux, e.vposée à l'air, absorbe de nouveau de Vacide carbonique, et repasse à l’étal de carbonate de chaux, de craie.

DE LA CLAIE

agrandies au point de former de vastes habilalions souterraines, où il ne manque que la facilité de recevoir le jour, car du reste elles sont saines, et, dans ces climats chauds, fraîches sans humidité. On voit même dans nos coteaux et collines de craie des excavations à rez-de-chaussée, pratiquées avec avantage et moins de dépense qu’il n’en faudrait pour construire des murs et des voûtes, et les blocs tirés de ces excavations servent de matériaux pour bâtir les étages supérieurs. La craie des lits inférieurs est en elfet une espèce de pierre assez tendre dans sa carrière, mais qui se durcit à l’air, et qu’on peut employer non-seulement pour bâtir, mais aussi pour les ouvrages de sculpture.

La craie n’est pas si généralement répandue que la pierre calcaire dure; ses couches, quoique très-étendues en superficie, ont rarement autant de profondeur que celles des autres pierres, et, dans cinquante ou soixante pieds de hauteur perpendiculaire, on voit souvent tous les degrés du plus ou moins de solidité de la craie; elle est ordinairement en poussière ou en moellon très-tendre dans le lit supérieur; elle prend plus de consistance à mesure qu’elle est située plus bas; et comme l’eau la pénètre jusqu’à la plus grande profondeur, et se charge des molécules crétacées les plus fines, elle produit non-seulement les pelotes de blanc d’Espagne, de moelle de pierre ® et de fleur de craie, mais aussi les stalactites solides ou en tuyaux, dont sont formés les tufs. Toutes ces concrétions, qui proviennent des détriments de la craie, ne contiennent point de coquilles; elles sont, comme toutes les autres exsudations ou stillations, composées des particules les plus déliées que l’eau a enlevées et ensuite déposées sous différentes formes dans les fentes ou cavités des rochers, ou dans les lieux plus bas où elles se sont rassemblées.

Ces dépôts secondaires de matières crétacées se font assez promptement pour remplir en quelques années des trous de trois ou quatre pieds de diamètre et d’autant de profondeur; toutes les personnes qui ont planté des arbres dans les terrains de craie ont pu s’apercevoir d’un fait qui doit servir ici d’exemple : ayant planté un bon nombre d’arbres fruitiers dans un terrain fertile en grains, mais dont le fond est d’une craie blanche et molle, et dont les couches ont une assez grande profondeur, les arbres y poussèrent assez vigoureusement la première et la seconde année; ensuite ils languirent et périrent. Ce mauvais succès ne rebuta pas le propriétaire du terrain; on fit des tranchées plus profondes dont on tira toute la craie, et on les remplit ensuite de bonne terre végétale, dans laquelle on planta de nouveaux arbres, mais ils ne réussirent pas mieux , et tous périrent en cinq ou

a. Oq a aussi nommé cette moelle de pierre ou de craie farina mineralis, parce qu’elle ressemble à la farine par sa blancheur et sa légèreté, et qu'on a même prétendu, mais fort mal à propos, qu’elle peut devenir un aliment en la mêlant avec de la farine de grain. È^hémérides d’Allemagne, dec. ni, observation 219.

DE LA CRAIE

six années. On visita alors avec attention le terrain où ces arbres avaient été plantés, et l’on reconnut avec quelque surprise que la bonne terre qui avait été mise dans les tranchées était si fort mêlée de craie, qu’elle avait presque disparu, et que cette très-grande quantité de matière crétacée n’avait été amenée que par la stillation des eaux

Cependant cette même craie, qui paraît si stérile et même si contraire à la végétation, peut l’aider et en augmenter le produit en la répandant sur les terres argileuses trop dures et trop compactes ; c’est ce que l’on appelle marner les terres, et cette espèce de préparation leur donne de la fécondité pour plusieurs années; mais comme les terres de différentes qualités demandent à être marnées de différentes façons, et que la plupart des marnes dont on se sert diffèrent de la craie, nous croyons devoir en faire un article particulier.

DE LA MARNE

La marne* n’est pas une terre simple, mais composée de craie mêlée d’argile ou de limon; et selon la quantité plus ou moins grande de ces terres argileuses ou limoneuses, la marne est plus ou moins sèche ou plus ou moins grasse : il faut donc, avant de l’employer à l’amendement d’un terrain, reconnaître la quantité de craie contenue dans la marne qu’on y destine, et cela est aisé par l’épreuve des acides^, et même en la faisant délayer dans l’eau. Or, toute marne sèche, et qui contiendra beaucoup plus de craie que d’argile ou de limon, conviendra pour marner les terres dures et compactes que l’eau ne pénètre que difficilement, et qui se durcissent et se crevassent par la sécheresse; et même la craie pure, mêlée avec ces terres, les rend plus meubles et par conséquent susceptibles d’une culture plus aisée ; elles deviennent aussi plus fécondes par la facilité que l’eau et les jeunes racines des plantes, trouvent à les pénétrer et à vaincre la résistance que

a. Note communiquée par M. Nadault.

l. En faisant l’analyse de la marne, on trouve que c’est un composé d’argile et de craie : la première dominant quelquefois, et d’autres fois la seconde, ce qui leur fait donner le nom de marne forte et de marne légère, et qui ne signifie autre chose que le plus ou moins d’argile qui se trouve mêlée avec la craie ; et on dit qu’elle est bonne ou mauvaise pour améliorer un champ, selon le besoin qu’il a plus ou moins d’une de ces matières : sa couleur et sa dureté varient; elle est aisée à connaître, car elle se gerce aisément au soleil, à l’air et à la pluie, qu’elle soit dure ou molle... Celle où il y a beaucoup d’argile ne peut être bonne pour les terres fortes, comme celle de Biscaye et de Guipuzeoa; et celle où il y a trop de matière calcaire ne vaut rien pour les terres légères. Histoire naturelle d’Espagne , par M. Bowles.

1. La marne est de la craie mêlée i'argile. On nomme marne calcaire celle qui contient plus de craie que d’argile, et marne argileuse celle qui contient plus d’argile que de craie.

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