Voyez la note 3 de la page 124 et la note de la page
2. Le bitume tire son origine, comme le dit Buffon, de la décomposition des êtres organisés.
DE LA PIERRE CALCAIRE
OÙ l’on a observé qu’en moins d’un siècle les graviers, les petits cailloux et les sables, de quelque nature qu’ils soient, se réunissent en grandes masses dures et solides, et dont la pétrification sous l’eau ne fait que s’augmenter et se consolider de plus en plus avec le temps; nous en parlerons plus en détail lorsqu’il sera question des pierres mélangées de détriments calcaires et de débris vitreux; mais il est bon de reconnaître d’avance l’existence de ces trois glutens ou ciments différents, dont le premier et le second, c’est-à-dire le suc cristallin et le suc spalhique réunis au bitume, ont augmenté la dureté des pierres de ces deux genres lorsqu’elles se sont formées sous l’eau: ce dernier ciment paraît être celui de la plupart des pierres schisteuses, dans lesquelles il est souvent assez abondant pour les rendre inflammables; et quoique la présence de ce ciment ne soit pas évidente dans les pierres calcaires, l’odeur qu’elles exhalent lorsqu’on les taille indique qu’il est entré de la matière inflammable dans leur composition.
Mais revenons à notre objet principal, et après avoir considéré la formation et la composition des pierres calcaires, suivons en détail l’examen des variétés de la nature dans leur décomposition : après avoir vu les coupes perpendiculaires des rochers dans les carrières, il faut aussi jeter un coup d’œil sur les pierres errantes qui s’en sont détachées, et dont il y a trois espèces assez remarquables. Les pierres de la première sorte sont des blocs informes qui se trouvent communément sur la pente des collines et jusque dans les vallons; le grain de ces pierres est fin et semé de points brillants sans aucun mélange ni vestige de coquilles; l’une des surfaces de ces blocs est hérissée de mamelons assez longs, la plupart figurés en cannelures et comme travaillés de main d’homme, tandis que les autres surfaces sont unies: on reconnaît donc évidemment le travail de l’eau sur ces blocs, dont la surface cannelée portait horizontalement sur le banc duquel ils ont été détachés; leur composition n’est qu’un amas de congélations grossières faites par les stillations de l’eau à travers une matière calcaire tout aussi grossière.
Les pierres de la seconde sorte ne sont pas des blocs informes; ils affectent au contraire des figures presque régulières : ces blocs ne se trouvent pas communément sur la pente des collines ni dans leurs vallons, mais plutôt dans les plaines au-dessus des montagnes calcaires, et la substance dont ils sont composés est ordinairement blanche; les uns sont irrégulièrement sphériques ou elliptiques, les autres hémisphériques, et quelquefois on en
cet endroit, que l’on observe, dans les décombres qu’on y jette, que les briques, les pierres, le sable, le plâtre, les coquilles, etc., se trouvent, après un certain temps, si bien unis et attachés ensemble, que le tout ne paraît qu’un morceau de pierre. Histoire naturelle d’Espagne , par M. Bowles. — M. le prince de Pi^natelli d’Egmont, amateur très-éclairé de toutes les grandes et belles connaissances, a eu la bonté de me donner pour le Cabinet du Roi un morceau de celte même nature, tiré sur le rivage de la mer de Sicile, où cette pétrification s’opère en très-peu do temps. Fazzelo , de Rebus Siculis, attribue à l’eau du détroit de Garybde cette propriété de cimenter le gravier de ses rivages.
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trouve qui sont étroits dans leur milieu, et qui ressemblent à deux moitiés de sphères réunies par un collet : ces sortes de blocs figurés présentent encore la forme de la substance des astroïtes, cerveaux de mer, etc., dont ils ne sont que les masses entières ou les fragments; leurs rides et leurs pores ont été remplis d’une matière blanche toute semblable à celle de ces productions marines. Les stries et les étoiles que l’on voit à la surface de plusieurs de ces blocs ne laissent aucun doute sur la première nature de ces pierres, qui n’étaient d’abord que des masses coquilleuses produites par , les polypes et autres animaux de même genre, et qui dans la suite, par l’addition et la pénétration du suc extrait de ces mêmes substances, sont devenues des pierres solides et même sonores.
La troisième espèce de ces pierres en blocs et en débris se trouve comme la première sur la pente des montagnes calcaires et même dans leurs vallons, ces pierres sont plates comme le moellon commun, et presque toujours renflées dans leur milieu et plus minces sur les bords comme sont les galets ; toutes sont colorées de gris foncé ou de bleu dans cette partie du milieu qui est toujours environnée d’une substance pierreuse blanchâtre, qui sert d’enveloppe à tous ces noyaux colorés et qui a été formée postérieurement à ces noyaux; néanmoins ils ne paraissent pas être d’une formation aussi ancienne que ceux de la seconde sorte, car ils ne contiennent point de coquilles; leur couleur et les points brillants dont leur
a. C’est à ces sortes de pierres que l’on peut rapporter celles qui se trouvent à une lieue et demie de Riom en Auvergne, et dont M. Dutour fait mention dans les termes suivants ; « La « terre végétale qui couvre la terre crétacée en est séparée par un lit de pierres; ces pierres « sont branchues, baroques, quelquefois percées de part en part par. des trous ronds : intérieu- « rement elles sont compactes, nullement farineuses, et de couleur ou grise ou bleuâtre; leur « extérieur est recouvert d’une écorce, tantôt dure, tantôt friable, toujours blanche, et telle « que si on les avait trempées dans de la chaux éteinte : il y a de ces pierres éparses au-dessus « de la terre végétale, mais au-dessous de cette couche végétale qui a environ un pied et demi « d’épaisseur on voit un lit de ces mêmes pierres , si exactement enclavées les unes dans les « autres, qu’il en résulte un banc continu en apparence. Sa surface supérieure est seulement
« raboteuse, et ce lit de pierre se continue sur la terre crétacée L’espace où se trouvent ces
« pierres, ainsi que la terre crétacée qui est au-dessous, était occupé dans les premiers temps « par un banc homogène de pierres calcaires, que les eaux des pluies ont entraîné par succes- « sion de temps. « Observation sur un banc de terre crétacée , etc., par M. Dutour, dans les Mémoires des Savants étrangers, tome V, page 54. — Aux bords de l’Albarine, surtout près de Saint-Denis, il y a une immensité de cailloux roulés (qui sont bien de terre calcaire, puisqu’on en fait de très-bonne chaux) ; ils ont une croûte blanche à peu près concentrique, et un noyau d’un beau gris bleu. Le hasard ne peut avoir fait que des fragments de blocs mêlés se soient usés et arrondis concentriquement suivant leurs couleurs : quelle peut donc être la formation de ces cailloux? (Lettre de M. de Morveau à M. le comte de Buffon, datée de Bourgen-Bresse le 22 septembre 1778.) — Je puis ajouter à toutes ces notes particulières que, dans presque tous les pays dont les collines sont composées de pierres calcaires, il se trouve de ces pierres dont l’intérieur, plus anciennement formé que l’extérieur, est teint de gris ou de bleu, tandis que les couches supérieures et inférieures sont blanches; ces pierres sont en moellons plats, et il ne leur manque, pour ressembler entièrement aux prétendus cailloux du Rhône, que d’avoir été roulés.
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substance est parsemée indiquent qu’ils ont d’abord été formés par une matière pierreuse imprégnée de fer ou de quelque autre minéral qui les a colorés, et qu’après avoir été séparés des rochers où ils se sont formés, ils ont été roulés et aplatis en forme de galets, et qu’enfm ce n’est qu’après tous ces mouvements et ces altérations qu’ils ont été saisis de nouveau par le liquide prélrifiant qui les a tous enveloppés séparément et quelquefois réunis ensemble ; car on trouve de ces pierres à noyau coloré non-seulement en gros blocs, mais même en grands bancs de carrières, qui toutes sont situées sur la pente et au pied des montagnes ou collines calcaires, dont ces blocs ne sont que les plus anciens débris.
On trouve encore sur les pentes douces des collines calcaires dans les champs cultivés une grande quantité de pétrifications de coquilles et de crustacés entières et bien conservées, que le soc de la charrue a détachées et enlevées du premier banc qui gît immédiatement sous la couche de terre végétale; cela s’observe dans tous les lieux où ce premier banc est d’une pierre tendre et gelisse; les morceaux de moellon que le soc enlève se réduisent en graviers et en poussière au bout de quelques années d’exposition à l’air, et laissent à découvert les pétrifications qu’ils contenaient et qui étaient auparavant enveloppées dans la matière pierreuse : preuve évidente que ces pétrifications sont plus dures et plus solides que la matière qui les environnait, et que la décomposition de la coquille a augmenté la densité de la portion de cette matière qui en a rempli la capacité intérieure ; car ces pétrifications en forme de coquilles, quoique exposées à la gelée et à toutes les injures de l’air, y ont résisté sans se fendre ni s’égrener, tandis que les autres morceaux de pierre enlevés du même banc ne peuvent subir une seule fois l’action de la gelée sans s’égrener ou se diviser en écailles. On doit donc, dans ce cas, regarder la décomposition de la coquille comme la substance spathique qui a augmenté la densité de la matière pierreuse contenue et moulée dans son intérieur, laquelle, sans cette addition de substance tirée de la coquille même, n’aurait pas eu plus de solidité que la pierre environnante Cette remarque vient à l’appui de toutes les observations par lesquelles on peut démontrer que l’origine des pierres en 'général et de la matière spathique en particulier doit être rapportée à la jdécomposition des coquilles par l’intermède de l’eau. J’aide plus observé que l’on trouve assez communément une espèce de pétrification dominante dans chaque endroit, et plus abondante qu’aucune autre: il y aura, par exemple, des milliers de cœurs de bœuf [hmardites] dans un canton, des milliers
a. « On distingue très-bien, dit M. l’abbé de Sauvages, les sucs pierreux dans les rochers de « Navacelle, au moyen de certains noyaux qui y sont répandus, et dans lesquels ce suc se « trouve ramassé et cristallisé. Ces noyaux , qui arrêtent le marteau des tailleurs de pierre, « ne sont que des coquillages que la pétrification a défigurés : le test de la coquille semble « s’étre changé en une matière cristalline qui en occupe la place. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1746, page 716.
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(le cornes d’Ammon dans un autre, autant d’oursins dans un troisième, souvent seuls, ou tout au plus accompagnés d’autres espèces en très-petit nombre ; ce qui prouve encore que la matière des bancs où se trouvent ces pétrifications n’a pas été amenée et transportée confusément par le mouvement des eaux, mais que certains coquillages se sont établis sur le lit inférieur, et qu’après y avoir vécu et s’être multipliés en grand nombre, ils y ont laissé leurs dépouilles.
L’on trouve encore sur la pente des collines calcaires de gros blocs de pierres calcaires grossières, enterrées à une petite profondeur, qu’on appelle vulgairement des pierres à four parce qu’elles résistent sans se fendre aux feux de nos fours et fourneaux, tandis que toutes les autres pierres qui résistent à la gelée et au plus grand froid ne peuvent supporter ce même degré de feu sans s’éclater avec bruit : communément, les pierres légères, poreuses et gelisses peuvent être chauffées jusqu’au point de se convertir en chaux sans se casser, tandis que les plus pesantes et les plus dures sur lesquelles la gelée ne fait aucune impression ne peuvent supporter la première action de ce même feu. Or, notre pierre à four est composée de gros graviers calcaires détachés des rochers supérieurs, et qui, se trouvant recouverts par une couche de terre végétale, se sont fortement agglutinés par leurs angles sans se joindre de près, et ont laissé entre eux des intervalles que la matière spathique n’a pas remplis; cette pierre, criblée de petits vides, n’est en effet qu’un amas de graviers durs, dont la plupart sont colorés de jaune ou de rougeâtre, et dont la réunion ne paraît pas s’être faite par le suc spathique; car on n’y voit aucun de ces points brillants qui le décèlent dans les autres pierres auxquelles il sert de ciment : celui qui lie les grains de ce gros gravier de la pierre à four n’est pas apparent, et peutêtre est-il d’une autre nature ou en moindre quantité que le ciment spathique ; on pourrait croire que c’est un extrait de la matière ferrugineuse qui a lié ces grains en même temps qu’elle leur adonné la couleur®, ou bien ce ciment, qui n’a pu se former que par la filtration de l’eau pluviale à travers la couche de terre végétale, est un produit de ces mêmes parties ferrugineuses et pyriteuses, provenant de la dissolution des pyrites qui se sont effleuries par l’humidité dans cette terre végétale ; car cette pierre à four, lorsqu’on la travaille, répand une odeur de soufre encore plus forte que celle des autres pierres. Quoi qu’il en soit, cette pierre à four, dont les grains sont gros et pesants, et dont la masse est néanmoins assez légère par la grandeur de ses vides, résiste sans se fendre au feu où les autres s’écla-
a. Il me semble qu’on pourrait rapporter à notre pierre à four celle qu’on nomme roussier en Normandie. « C’est, dit M. Guettard, rme pierre graveleuse et dont il y a des carrières aux « environs de la Trappe... Ces pierres sont d’un jaune rouille de fer; ce sont des amas de gros « sable ou de gravier liés par une matière ferrugineuse qui a été dissoute, et qui s’est filtrée et « déposée entre les grains qui composent maintenant ces pierres par leur réunion. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1763, page 81.
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lent subitement : aussi l’emploie-t-on de préférence pour les âtres des fourneaux , les gueules de four, les contre-cœurs de cheminée, etc.
Enfin l’on trouve, au pied et sur la pente douce des collines calcaires, d’autres amas de gravier ou d’un sable plus fin, dans lesquels il s’est formé plusieurs lits de pierres inclinées suivant la pente du terrain, et qui se délitent très-aisément selon cette même inclinaison : ces pierres ne contiennent point de coquilles et sont évidemment d’une formation nouvelle; leurs bancs inclinés n’ont guère plus d’un pied d’épaisseur et se divisent aisément en moellons plats, dont les deux surfaces sont unies; ces pierres parasites ont été nouvellement formées par l’agrégation de ces sables ou graviers, et elles ne sont ni dures ni pesantes, parce qu’elles n’ont pas été pénétrées du suc pétrifiant, comme les pierres anciennes qui sont posées sous des bancs d’autres pierres.
La dureté, la pesanteur et la résistance à l’action de la gelée dans les pierres, dépend donc principalement de la grande quantité de suc lapidifique dont elles sont pénétrées; leur résistance au feu suppose au contraire des pores très-ouverts et même d’assez grands vides entre leurs parties constituantes; néanmoins plus les pierres sont denses, plus il faut de temps pour les convertir en chaux : ce n’est donc pas que la pierre à four se calcine plus difficilement que les autres , ce n’est pas qu’elle ne se réduise également en chaux , mais c’est parce qu’elle se calcine sans se fendre, sans s’écailler ni tomber en fragments, qu’elle a de l’avantage sur les autres pierres pour être employée aux fours et aux fourneaux , et il est aisé de voir pourquoi ces pierres en se calcinant ne se divisent ni ne s’égrènent; cela vient de ce que les vides, disséminés en grand nombre dans toute leur masse, donnent à chaque grain, dilaté par la chaleur, la facilité de se gonfler, s’étendre et occuper plus d’espace sans forcer les autres grains à céder leur place , au lieu que dans les pierres pleines, la dilatation causée par la chaleur ne peut renfler les grains sans faire fendre la masse en d’autant plus d’endroits qu’elle sera plus solide.
Ordinairement les pierres tendres sont blanches, et celles qui sont plus dures ont des teintes de quelques couleurs; les grises et les jaunâtres, celles qui ont une nuance de rouge, de bleu, de vert, doivent toutes ces couleurs au fer ou à quelque autre minéral qui est entré dans leur composition ; et c’est surtout dans les marbres que l’on voit toutes les variétés possibles des plus belles couleurs : les minéraux métalliques ont teint et imprégné la substance de toutes ces pierres colorées dès le premier temps de leur formation ; car la pierre rousse même, dont on attribue la couleur aux parties ferrugineuses de la couche végétale, se trouve souvent fort au-dessous de cette couche et surmontée de plusieurs bancs qui n’ont point de couleur; il en est de même de la plupart des marbres colorés ; c’est dans le temps de leur formation et de leur première pétrification qu’ils ont reçu leurs cou-
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leurs, par le mélange du fer ou de quelque autre minéral; et ce n’est que dans des cas particuliers, et par des circonstances locales que certaines pierres ont été colorées par la stillation des eaux à travers la terre végétale.
Les couleurs, surtout celles qui sont vives ou foncées, appartiennent donc aux marbres et aux autres pierres calcaires d’ancienne formation ; et lorsqu’elles se trouvent dans des pierres de seconde et de troisième formation , c’est qu’elles y ont été entraînées avec la matière même de ces pierres par la stillation des eaux. Nous avons déjà parlé de ces carrières en lieu bas qui se sont formées aux dépens des rochers plus élevés; les pierres en sont communément blanches , et il n’y a que celles qui sont mêlées d’une petite quantité d’argile ou de terre végétale qui soient colorées de jaune ou de gris. Ces carrières de nouvelle formation sont très-communes dans les vallées et dans le voisinage des grandes rivières, et il est aisé d’en reconnaître l’origine et de suivre les progrès de leur établissement depuis le sommet des montagnes calcaires jusqu’aux plaines les plus basses®.
On trouve quelquefois dans ces carrières de nouvelle formation des lits d’une pierre aussi dure que celle des bancs anciens dont elle tire son ori-
a. « Lorsque les eaux pluviales s’infiltrent dans les lits de pierres tendres qui se trouvent à « découvert, elles s’y glacent par le froid, et tendent alors à y occuper plus d’espace; ces « couches, d’autant plus minces qu’elles sont plus près de la superficie, et déjà divisées en « plusieurs pièces par les fentes perpendiculaires, s’éclatent, se fendent en mille endroits, et « c’est ce qui fournit le moellon ou la pierre mureuse; et lorsque ces fragments de pierre sont a entraînés par les torrents, le long de la pente des collines et jusque dans le courant des « rivières, leurs angles alors s’émoussent par les frottements, ils deviennent des galets, et, à « force d’être roulés, ils se réduisent enfin eu graviers arrondis plus ou moins fins. L’action de « l’air et les grands froids dégradent de même la coupe perpendiculaire des carrières, et la « surface de toutes les pierres qui se gercent et s’égrènent produit le gravier qui se trouve « ordinairement au pied des carrières; ce gravier continue d’être atténué par les gelées et par « le frottement, lorsqu’il est ensuite entraîné dans des eaux courantes j usqu’à ce qu’il soit enfin « réduit eir poussière : telle est l’origine de quelques craies et de toutes les espèces de gravier
« qui ne sont que des fragments de différentes grosseurs de toutes les sortes de pierres
« Les eaux pluviales, en s’infiltrant dans les coirclies disposées dans l’ordre que nous venons « de voir, doivent donc entraîner dans les plus basses les molécules les plus divisées des lits « supérieurs qu’elles continuent d’atténner en les exfoliant, et dont elles remplissent les intera stices; elles s’unissent alors étroitement, et forment dans ces lits de graviers de petites con- « gélations ou stalactites, qui lient , qui serrent étroitement , qui ne sont enfin qu’un tout contt tinu de toutes les parties de la couche auparavant divisées, et cela successivement jusqu’à tt une certaine hauteur de la carrière, et la pierre alors a acquis sa perfection. Sa coupe ou tt cassure est lisse et sans grains apparents, si le gravier qui en fait la base est très-fin; elle est « au contraire rude au toucher et grenue, si elle est formée de gros gravier : il s’en trouvera « aussi qui ne seront qu’un assemblage de galets ou pierres roulées, liées par ce suc pierreux, tt par ces petites congélations que nous venons de décrire. J’ai même observé, dans la démo- « lition des remparts d’un très-ancien château , que, dans l'espace de quelques toises, les pierres « n’étaient plus liées par les mortiers, mais par une matière transparente, par une concrétion « pierreuse, que des eaux gouttières avaient produites de la décomposition du mortier des tt parties supérieures de ce mur, et qui en remplissait en cet endroit tous les vides, parce que tt la chaux n’étant en effet que de la pierre décomposée, elle en conserve toutes les propriétés, « et elle reprend dans certaines circonstances la forme de pierre. » Note communiquée par M. Nadault.
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gine; cela dépend, dans ces nouvelles carrières, comme dans les anciennes , de l’épaisseur des lits superposés : les inférieurs recevant le suc pierreux des lits supérieurs, prendront tous les degrés de dureté et de densité à mesure qu’ils en seront pénétrés; mais les pierres qui se trouvent dans les plaines ou dans les vallées voisines des grandes rivières disposées en lits horizontaux ou inclinés, n’ont été formées que des sédiments de craie ou de poussière de pierre, qui primitivement ont été détachés des rochers, et atténués par le mouvement et l’impression de l’eau ; ce sont les torrents, les ruisseaux et toutes les eaux courantes sur la terre découverte, qui ont amené ces poudres calcaires dans les vallées et les plaines, et qui souvent y ont mêlé des substances de toute nature ; on ne trouve jamais de coquilles marines dans ces pierres, mais souvent des coquilles fluvialiles et terrestres on y a même trouvé des morceaux de fer ^ et de bois % travaillés de main d’homme ; nous avons vu du charbon de bois dans quelques-unes de ces pierres; ainsi l’on ne peut douter que toutes les carrières en lieu bas ne soient d’une formation moderne, qu’on doit dater depuis que nos continents, déjà découverts, ont été exposés aux dégradations de leurs parties même les plus solides, par la gelée et par les autres injures des éléments humides. Au reste, toutes les pierres de ces basses carrières ne présentent qu’un grain plus ou moins fin et très-peu de ces points brillants qui indiquent la présence de la matière spathique : aussi sont-elles ordinairement plus légères et moins dures que la pierre des hautes carrières, dans lesquelles les bancs inférieurs sont de la plus grande densité.
Et cette matière spathique, qui remplit tous les vides et s’étend dans les délits et dans les couches. horizontales des bancs de pierre, s’accumule aussi le long de leurs fentes perpendiculaires; elle commence pareil tapisser les parois, et peu à peu elle les recouvre d’une épaisseur considérable de cou-
а. La pierre qu’on tire à peu de distance de la Seine, près de l’Hôpital général de Paris, et dont j’ai parlé plus haut, est remplie de petites vis qui sont communes dans les ruisseaux d’eau vive; cette pierre de la Seine ressemble à peu près aux pierres que l’on tire dans les vallées, entre la Saône et la Vingeanne, auprès du village de Talmay en Bourgogne : je cite ce dernier exemple, parce qu’il démontre évidemment que la matière de ces lits de pierre a été amenée de loin, parce qu’il n’y a aucune montagne calcaire qu’à environ ime lieue de distance.
б. Le sieur Dumoutier, maître maçon à Paris, m’a assuré qu’il y a quelques années il avait trouvé dans un bloc de pierre dite de Saint-Leu, laquelle ne se tire qu’à la surface de ia terre, c’est-à-dire à quelques pieds de profondeur, un corps cylindrique qui lui paraissait être une pétrification, parce qu’il était incrusté de matières pierreuses ; mais que, l’ayant nettoyé avec soin, il reconnut que c’était vraiment un canon de pistolet, c’est-à-dire du fer.
c. Dans un bloc de pierre de plusieurs pieds de longueur, sur une épaisseur d’environ un pied ou quinze pouces, tiré des carrières du faubourg Saint-Marceau à Paris, l’ouvrier tailleur de pierre s’aperçut, en la sciant, que sa scie poussait au debm’s une matière noire qu’il jugea être des débris de bois pourri; en effet, la pierre ayant été séparée en deux blocs, il trouva qu’elle renfermait dans son intérieur un morceau de bois de près de deux pouces d’épaisseur, sur six à sept pouces de longueur, lequel était en partie pourri et sans aucun Indice do pétrification.
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ches additionnelles et successives; elle y forme des mamelons, des stries, des cannelures creuses et saillantes, qui souvent descendent d’en haut jusqu’au point le plus bas, où elle se réunit en congélations, et finit par remplir quelquefois en entier la fente qui séparait auparavant les deux parties du rocher. Cette matière spatliique, qui s’accumule dans les cavités et les fentes des rochers, n’est pas ordinairement du spath pur, mais mélangé de parties pierreuses plus grossières et opaques; on y reconnaît seulement le spath par les points brillants qui se trouvent en plus ou moins grande quantité dans ces congélations.
Et lorsque ces points brillants se multiplient, lorsqu’ils deviennent plus gros et plus distincts, ils ressemblent par leur forme à des grains de sel marin : aussi les ouvriers donnent aux pierres revêtues de ces cristallisations spathiques le nom impropre de pierres de sel. Ce ne sont pas toujours les pierres les plus dures, ni celles qui sont composées de gravier, mais celles qui contiennent une très-grande quantité de coquilles et de pointes d’oursins, qui offrent cette espèce de cristallisation en forme de grains de sel, et l’on peut observer qu’elle paraît être toujours en plus gros grains sur la surface qu’à l’intérieur de ces pierres, parce que les grains dans l’intérieur sont toujours liés ensemble.
Ce suc pétrifiant qui pénètre les pierres des bancs inférieurs, qui en remplit les cavités , les joints horizontaux et les fentes perpendiculaires, ne provenant que de la décomposition de la matière des bancs supérieurs, doit, en s’en séparant, y causer une altération sensible : aussi remarquet-on dans la pierre des premiers bancs des carrières, qu’elle a éprouvé des dégradations; on n’y voit qu’un très-petit nombre de points brillants; elle se divise en petits morceaux irréguliers, minces, assez légers, et qui se brisent aisément. L’eau, en passant par ces premiers bancs, a donc enlevé les éléments du ciment spathique qui liait les parties de la pierre, et en même temps elle en a détaché une grande quantité d’autre matière pierreuse plus grossière, et c’est de ce mélange qu’ont été composées toutes les congélations opaques qui remplissent les cavités des rochers; mais lorsque l’eau chargée de cette même matière passe à travers un second filtre, en pénétrant la pierre des bancs inférieurs dont le tissu est plus serré, elle abandonne et dépose en chemin ces parties grossières , et alors les stalactites qu’elle forme sont du vrai spath pur, homogène et transparent. Nous verrons ci-après que, dans les pierres vitreuses comme dans les calcaires, la pureté des congélations dépend du nombre des fdtrations qu’elles ont subies, et de la ténuité des pores dans les matières qui ont servi de fdtre.
DE L’ALBATRE
DE L’ALBATRE
Cet albâtre * , auquel les poètes ont si souvent comparé la blancheur de nos belles, est tout une autre matière que l’albâtre dont nous allons parler : ce n’est qu’une substance gypseuse, une espèce de plâtre très-blanc, au lieu que le véritable albâtre est une matière purement calcaire, plus souvent colorée que blanche, et qui est plus dure que le plâtre, mais en même temps plus tendre que le marbre. Les couleurs les plus ordinaires des albâtres sont le blanchâtre, le jaune et le rougeâtre; on en trouve aussi qui sont mêlés de gris, et de brun ou noirâtre. Souvent ils sont teints de deux de ces couleurs, quelquefois de trois, rarement de quatre ou cinq; l’on verra qu’ils peuvent recevoir toutes les nuances de couleur qui se trouvent dans les marbres sous la masse desquels ils se forment.
L’albâtre d’Italie est un des plus beaux; il porte un grand nombre de taches d’un rouge foncé sur un fond jaunâtre, et il n’a de transparence que dans quelques petites parties. Celui de Malte est jaunâtre, mêlé de gris et de noirâtre, et l’on y voit aussi quelques parties transparentes. Les albâtres, que les Italiens appellent agatés, sont ceux qui ont le plus de transparence et qui ressemblent aux agates par la disposition des couleurs. Il y en a même que l’on appelle albâtre onyx, parce qu’il présente des cercles concentriques de différentes couleurs; on connaît aussi des albâtres herborisés, et ces herborisations sont ordinairement brunes ou noires. Volferra est l’endroit de l’Italie le plus renommé par ses albâtres : on y en compte plus de vingt variétés différentes par les degrés de transparence et les nuances de couleurs. 11 y en a de blancs à reflets diaphanes, avec quelques veines noires
1. Sous le üom i'albdtre, ou compreud deux substances de composition et de structure différentes ;
1“ Le sulfate de chaux saccharoïde , ou albâtre gypseux. « Cette chaux sulfatée , connue « dans les arts sous le nom i’albâtr-e, est grenue comme le marbre statuaire, et lui serait « complètement identique, sans sa forte translucidité , qui lui donne un aspect particulier. Sa « cassure est grenue et un peu inégale; sa couleur habituelle est le blanc de neige. Quelques w variétés sont légèrement grisâtres, jaunâtres ou rougeâtres; elles affectent toujours des « teintes fort claires. » (Dufrénoy. )
2“ Le carbonate de chaux fibreux. « Lorsque le carbonate de chaux fibreux présente des « zones diversement colorées, il constitue l’albâtre calcaire ou l’albâtre antique. Il constitue « alors des filons , dont les fibres sont placées perpendiculairement aux salbandes , tandis que « les zones, différemment colorées, sont au contraire dans le sens de la longueur du filon. « C'-tte double disposition révèle la formation de ces filons par voie de cristallisation neptu- « nienne. On voit, du reste, le calcaire fibreux se former tous les jours : les eaux acidulées « ont la propriété de dissoudre la chaux carbonatée , mais, en arrivant au contact de l’air, « ces eaux perdent leur acide carbonique, et par suite leur propriété dissolvante. La chaux « carbonatée se dépose alors sous forme de cristaux, comme dans certaines stalactites , ou « sous celle de fibres : les stalactites fournissent également des masses fibreuses, et même elles « sont le plus ordinairement à cet état. » ( Dufrénoy. )
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et opaques, et d’autres qui sont absolument opaques et de couleur assez terne, avec des taches noires et des herborisations brandi ues.
Tous les albâtres sont susceptibles d’un poli plus ou moins brillant; mais on ne peut polir les albâtres tendres qu’avec des matières encore plus tendres et surtout avec de la cire; et, quoiqu’il y en ait d’assez durs à Yollerra et dans quelques autres endroits d'Italie, on assure cependant qu’ils le sont moins que l’albâtre de Perse “ et de quelques autres contrées de l’Orient.
L’on ne doit donc pas se persuader avec le vulgaire que l’albâtre soit toujours blanc, quoique cela ait passé parmi nous en proverbe : ce qui a donné lieu à cette méprise, c’est que la plupart des artistes et même quelques chimistes ont confondu deux matières, et donné, comme les poètes, le nom d’albâtre à une sorte de plâtre très-tendre et d'une grande blancheur, tandis que les naturalistes n’ont appliqué ce même nom d’albâtre qu’à une matière calcaire qui se dissout par les acides et se convertit en chaux au même degré de chaleur que la pierre* : les acides ne font au contraire aucune impression sur cette autre matière blanche qui est du vrai plâtre; et Pline avait bien indiqué notre albâtre calcaire , en disant qu’il est de couleur de miel.
Étant descendu en 1740 dans les grottes d’Arcy-sur-Cure, près de Vermanton, je pris dès lors une idée nette de la formation de l’albâtre , par l’inspection des grandes stalactites en tuyaux, en colonnes et en nappes, dont ces grottes, qui ne paraissent être que d’anciennes carrières , sont incrustées et en partie remplies. La colline dans laquelle se trouvent ces anciennes carrières a été attaquée par le flanc à une petite hauteur au-dessus de la rivière de Cure; et l’on peut juger, par la grande étendue des excavations , de l’immense quantité de pierres à bâtir qui en ont été tirées; on voit en quelques endroits les marques des coups de marteau qui en ont tranché les blocs ; ainsi l’on ne peut douter que ces grottes, quelque grandes qu’elles soient , ne doivent leur origine au travail de l’homme ; et ce travail est bien ancien, puisque dans ces mêmes carrières abandonnées depuis longtemps, il s’est formé des masses très-considérables , dont 1e volume augmente encore chaque jour par l’addition de nouvelles concrétions formées, comme les premières, par la stillation des eaux : elles ont filtré dans les joints des hancs calcaires qui surmontent ces excavations et leur servent de voûtes; ces bancs sont superposés horizontalement et forment toute l’épaisseur et la hauteur de la colline dont la surface est couverte de terre
a. « A Tauris, dans la mosquée d’Osmanla, il y a deux grandes pierres tdanches transpa- « rentes qui paraissent rouges quand le soleil les éclaire : ils disent que c’est une espèce d’al- « bâtre qui se forme d’une eau qu’on trouve à une journée de Tauris, laquelle, étant mise dans « une fosse, se congèle en peu de temps. Cette pierre est fort estimée des Persans, qui en font « des tombeaux , des vases, et d’autres ouvrages qui passent pour une rareté à Ispahan ; ils « m’ont tous assuré que c’était une congélation d’eau. » Voyage autour du monde, par Gemelli Carreri, tome II, page 37.
1, Voyez la note de la page précédente.
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végétale : l’eau des pluies passe donc d’abord à travers cette couche de terre et en prend la couleur jaune ou rougeâtre j ensuite elle pénètre dans les joints et les fentes de ces bancs, où elle se charge des molécules pierreuses quelle en détache ; et enfin elle arrive au-dessous du dernier banc , et suinte en s’attachant aux parois de la voûte, ou tombe goutte à goutte dans l’excavation.
Et cette eau, chargée de matière pierreuse, forme d’abord des stalactites qui pendent de la voûte, qui grossissent et s’allongent successivement par des couches additionnelles, et prennent en même temps plus de solidité à mesure qu’il arrive de nouveaux sucs pierreux ; lorsque ces sucs sont trèsabondants , ou qu’ils sont trop liquides, la stalactite supérieure attachée à la voûte laisse tomber par gouttes cette matière superflue qui forme sur le sol des concrétions de même nature, lesquelles grossissent, s’élèvent et se joignent enfin à la stalactite supérieure, en sorte qu’elles forment par leur réunion une espèce de colonne d’autant plus solide et plus grosse, qu’elle s’est faite en plus de temps; car le liquide pierreux augmente ici également le volume et la masse, en se déposant sur les surfaces et pénétrant l’intérieur de ces stalactites, lesquelles sont d’abord légères et friables, et acquièrent ensuite de la solidité par l’addition de cette même matière pierreuse qui en remplit les pores ; et ce n’est qu’alors que ces masses concrètes prennent la nature et le nom d’albâtre : elles se présentent en colonnes
a. L’auteur du Traité des pétrifications, qui a tu une grotte près de Neufchàtel, nommée Trois-ros, a remarqué que l’eau, qui coule lentement par diverses fentes du roc , s’arrête pendant quelque temps, en forme de gouttes, au haut d’une espèce de voûte formée par les bancs du rocher; là, de petites molécules cristallines, que Teau entraîne en passant à travers les bancs, se lient par leurs côtés pendant que la goutte demeure suspendue, et y forme de petits tuyaux, à mesure que l’air s’échappe par la partie inférieure de la petite bulle qu’il formait dans la goutte d’eau : ces tuyaux s’allongent peu à peu en grossissant, par une accession continuelle de nouvelle matière, puis ils se remplissent; de sorte que les cylindres qui en résultent sont ordinairement arrondis vers le bout d’en bas, tandis qu’ils sont encore suspendus au rocher; mais dès qu’ils s’unissent avec les particules cristallines qui, tombant plus vite, forment un sédiment à plusieurs couches au bas de la grotte, ils ressemblent alors à des arbres, qui du bas s’élèvent jusqu’au comble de la voûte.
Ces cylindres acquièrent un plus grand diamètre en bas par le moyen de la nouvelle matière qui coule le long de lem’ superficie, et ils deviennent souvent raboteux , à cause des particules cristallines qui s’y arrêtent en tombant dessus, comme une pluie menue, lorsque l’eau abonde plus qu’à l’ordinaire dans l’entre-deux des rochers : la configuration intérieiu?e de leur masse, faite à rayons et à couches concentriques, quelquefois différemment colorées par une petite quantité de terre fine qui s’y mêle et les rend semblables aux aubiers des arbres, jointe aux circonstances dont on vient de parler, peuvent tromper les plus éclairés.
Il Se forme aussi plusieurs autres masses, plus ou moins régulières, de stalactite dans des cavernes de pierre à chaux et de marbre ; ces masses ne diffèrent entre elles, par rapport à leur matière, que par le plus grand ou le moindre mélange de terre fine de différentes couleurs, que l’eau enlève souvent du roc même avec les particules cristallines, ou qu’elle amène des couches de terre supérieures aux roches dans les couches de stalactite. Traité des Pétrifications, in-l”, Paris, 1742, pages 4 et suiv.
1. Ce que Buffon appelle ici suc pierreux est le carbonate de chaux, dissous par l’eau chargée à’acide carbonique. (Voyez la note delà p. 137. — Voyez aussi les notes des pages 124 et 125.)
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cylindriques, en cônes plus ou moins obtus, en culs-de-lampe, en tuyaux et aussi en incrustations figurées contre les parois verticales ou inclinées de ces excavations, et en nappes déliées ou en tables épaisses et assez étendues sur le sol ; il paraît même que cette concrétion spathique, qui est la première ébauche de l’albâtre, se forme aussi à la surface de l’eau stagnante dans ces grottes, d’abord comme une pellicule mince, qui peu à peu prend de l’épaisseur et de la consistance, et présente par la suite une espèce de voûte qui couvre la cavité ou encore pleine ou épuisée d’eau Toutes ces masses concrètes sont de même nature j je m’en suis assuré en faisant tirer et enlever quelques blocs des unes et des autres, pour les faire travailler et polir par des ouvriers accoutumés à travailler le marbre; ils reconnurent, avec moi, que c’était du véritable albâtre qui ne différait des plus beaux albâtres qu’en ce qu’il est d’un jaune un peu plus pâle et d’un poli moins vif; mais la composition de la matière et sa disposition par ondes ou veines circulaires est absolument la même ’’ : ainsi tous les albâtres doivent leur origine aux concrétions produites par l’infdtration des eaux à travers les matières calcaires. Plus les bancs de ces matières sont épais et durs, plus les albâtres qui en proviennent seront solides à l’intérieur et brillants au poli . L’albâtre, qu’on appelle oriental, ne porte ce nom que parce qu’il a le grain plus fin , les couleurs plus fortes et le poli plus vif que les autres albâtres, et l’on trouve en Italie, en Sicile, à Malte, et même en France ® de ces albâtres
а. Dans la caverne de la Balme (au mont Vergi), j’étais étonné d’entendre quelquefois le fond résonner sous nos pieds, comme si nous eussions marché sur une voûte retentissante ; mais, en examinant le sol, je vis qu’il était d’une matière cristallisée, et que je marchais sur un faux fond, soutenu à une distance assez grande du vrai fond de la galerie; je ne pouvais comprendre comment s’était formée cette croûte ainsi suspendue, lorsque, en observant des eaux stagnantes au fond de la caverne, je vis qu’il se formait à leur surface une croûte cristalhne, d’abord semblable à une poussière incohérente, mais qui peu à peu prenait de l’épaisseur et lie la consistance, au point que j’avais peine à la rompre à grands coups de marteau partout où elle avait deux pouces d’épaisseur. Je compris alors que si ces eaux venaient à s’écouler, cette croûte, contenue par les bords, formerait un faux fond semblable à celui qui avait résonné sous nos pieds. Saussure, Voyage dans les Alpes, t. I, p. 388.
б. Lorsque l’on scie transversalement une grosse stalactite ou colonne d’albâtre, on voit sur la tranche les couches circulaires dont la stalactite est formée; mais, si on la scie sur sa longueur, l’albâtre ne présente que des veines longitudinales, en sorte que le même albâtre parait être différent, selon le sens dans lequel on le travaille.
c. On trouve à deux lieues de Mâcon, du côté du midi, une grande cirrière d’albâtre trèsbeau et très-bien coloré, qui a beaucoup de transparence en plusieurs endroits; cette carrière est située dans la montagne que l’on appelle Solntrie, dans laquelle il s’est fait un éboulement considérable par son propre poids. (Note communiquée par M. Dumorey.) — « Les eaux d’Aix « en Provence, dit M. Guettard, produisent un albâtre brun foncé, mêlé de taches blanchâtres
« qui le varient agréablement, et le font prendre pour un albâtre oriental Cet albâtre s’est
c< formé dans une ancienne conduite faite par les Romains, et qui porte à Aix l’eau d’une
« source qui est à une petite demi-lieue de cette ville Cette espèce d’aqueduc était bouché
« en entier par la substance dont il s’agit. ... Un morceau de cet albâtre, qui est dans le cabinet « de M. le duc d’Orléans, a pris un très-beau poli, qui fait voir que cet albâtre est composé de « plusieurs couches d’une ligne ou à peu près d’épaisseur, et qui paraissent elles-mêmes, à
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qu’on peut nommer orientaux par la beauté de leurs couleurs et l’éclat de leur poli; mais leur origine et leur formation sont les mêmes que celles des albâtres communs, et leurs différences ne doivent être attribuées qu’à la qualité différente des pierres calcaires qui en ont fourni la matière : si cette pierre s’est trouvée dure, compacte et d’un grain fin, l’eau ne pouvant la pénétrer qu’avec beaucoup de temps, elle ne se chargera que de molécules très-tines et très-denses qui formeront des concrétions plus pesantes, et d’un grain plus fin que celui des stalactites produites par des pierres plus grossières, en sorte qu’il doit se trouver dans ces concrétions, ainsi que dans les albâtres, de grandes variétés, tant pour la densité que pour la finesse du grain et l’éclat du poli.
La matière pierreuse que l’eau détache en s’infiltrant dans les bancs calcaires est quelquefois si pure et si homogène, que les stalactites qui en résultent sont sans couleurs et transparentes, avec une figure de cristallisation régulière; ce sont ordinairement de petites colonnes à pans terminées par des pyramides triangulaires; et ces colonnes se cassent toujours obliquement. Cette matière est le spath , et les concrétions qui en contiennenlrune grande quantité forment des albâtres plus transparents que les autres, mais qui sont en même temps plus difficiles à travailler.
Une faut pas bien des siècles ni même un très-grand nombre d’années, comme on pourrait le croire, pour former les albâtres : on voit croître les stalactites en assez peu de temps; on les voit se grouper, se joindre et s’étendre pour ne former que des masses communes, en sorte qu’en moins d’un siècle elles augmentent peut-être du double de leur volume. Étant descendu, en 1759, dans les mêmes grottes d’Arcy pour la seconde fois, c’est-à-dire dix-neuf ans après ma première visite, je trouvai cette augmentation de volume très-sensible et plus considérable que je ne l’avais imaginé; il n’était plus possible de passer dans les mêmes défilés par lesquels j’avais passé en 1740 ; les routes étaient devenues trop étroites ou trop basses; les cônes et les cylindres s’étaient allongés; les incrustations s’étaient épaissies;
« la loupe, n’ètre qu’un amas de quelques autres petites coucRes très-minces ; ces coucRes « sont ondées, et, rentrant ainsi les unes dans les autres, elles font im tout serré et com- « pacte
« Quant à sa formation , on ne pent pas s’empêcRer de reconnaître qu’elle est la suite des « dépôts successifs d’une matière qui a été cRarriée par un fluide : les ondes de deux larges K Rondes qu’on Yoit sur le côté du morceau en qnestion le démontrent invinciblement ; elles a semblent même prouver que la pierre a dû se former dans un endroit où Teau était resserrée « et contrainte : en effet , cette eau devait souffrir quelque retardement sur les côtés du canal , « et accélérer son mouvement dans le milieu ; ainsi l’eau de ce milieu devait agir et presser « Teau des côtés, qui en résistant ne pouvait, par conséquent, que souffrir différentes cour- « bures et occasionner, par une suite nécessaire, des sinuosités que le dépôt a conservées. Lu « rapidité, ou le plus grand mouvement du miUeu de Teau, a encore dû être cause de la « matière la plus fine et la plus pure : les parties les plus grossières et les plus lourdes ont dû a être rejetées sur les bords et s’y déposer aisément, vu la tranquillité du mouvement de Teau « dans ces endroits. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1754, pages 131 et suiv.
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et je jugeai qu’en supposant égale l’augmentation successive de ces concrétions, il ne faudrait peut-être pas deux siècles pour achever de remplir la plus grande partie de ces excavations.
L’albàtre est donc une matière qui, se produisant et croissant chaque jour, pourrait, comme le hois, se mettre, pour ainsi dire, en coupes réglées à deux ou trois siècles de distance; car, en supposant qu’on fit aujourd’hui l’extraction de tout l’albâtre contenu dans quelques-unes des cavités qui en sont remplies, il est certain que ces mêmes cavités se rempliraient de nou- |Veau d’une matière toute semblable, par les mêmes moyens de l’infiltration et du dépôt des eaux gouttières qui passent à travers les couches supérieures de la terre et les joints des bancs calcaires.
Au reste, cet accroissement des stalactites, qui est très-sensible et même prompt dans certaines grottes, est quelquefois très-lent dans d’autres. « Il « y a près de vingt ans, dit M. l’abbé de Sauvages, que je cassai plusieurs « stalactites dans une grotte où personne n’avait encore touché ; à peine se « sont-elles allongées aujourd’hui de cinq ou six lignes : on en voit couler « des gouttes d’eau chargées de suc pierreux, et le cours n’en est interrompu « que dans les temps de sécheresse ®. » Ainsi la formation de ces concrétions dépend non-seulement de la continuité de la stillation des eaux, mais encore de la qualité des rochers, et de la quantité de particules pierreuses qu’elles en peuvent détacher : si les rochers ou bancs supérieurs sont d’une pierre très-dure, les stalactites auront le grain très-fin et seront longtemps à se former et à croître; elles croîtront au contraire en d’autant moins de temps que les bancs supérieurs seront de matières plus tendres et plus poreuses , telles que sont la craie, la pierre tendre et la marne,
La plupart des albâtres se décomposent à l’air, peut-être en moins de temps qu’il n’en faut pour les former : « la pierre dont on se sert à Venise « pour la construction des palais et des églises, est une pierre calcaire blan- « che, qu’on tire d’Istria, parmi laquelle il y a beaucoup de stalactites d’un « tissu compacte et souvent d’un diamètre deux fois plus grand que celui du « corps d’un homme très-gros ; ces stalactites se forment en grande abon- « dance dans les voûtes souterraines des montagnes calcaires du pays. Ces « pierres se décomposent si facilement, que l’on vit, il y a quelques années, « à l’entablement supérieur de la façade d’une belle église neuve, bâtie de « cette pierre , plusieurs grandes stalactites qui s’étaient formées successi- « vement par l’égouttement lent des eaux qui avaient séjourné sur cet enlace blement : c’est de la même manière qu’elles se forment dans les souterrains K des montagnes, puisque leur grain ou leur composition y ressemble ^ » Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire observer ici que cette pierre
a. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1746, page 747,
b. Lettres de M. Ferler, pag. 41 et 42.
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d’Istria est une espèce d’albâtre : on le voit assez par la description de sa substance et de sa décomposition.
Et lorsqu’une cavité naturelle ou artificielle se trouve surmontée par des bancs de marbre qui, de toutes les pieres calcaires, est lapins dense et la plus dure, les concrétions formées dans cette cavité par l’infiltration des eaux ne sont plus des albâtres, mais de beaux marbres fins et d’une dureté presque égale à celle du marbre dont ils tirent leur origine, et qui est d’une formation bien plus ancienne : ces premiers marbres contiennent souvent des coquilles et d’autres productions de la mer, tandis que les nouveaux marbres, ainsi que les albâtres, n’étant composés que de particules pierreuses détachées par les eaux, ne présentent aucun vestige de coquilles, et annoncent par leur texture que leur formation est nouvelle.
Ces carrières parasites de marbre et d’albâtre, toutes formées aux dépens des anciens bancs calcaires, ne peuvent avoir plus d’étendue que les cavités dans lesquelles on les trouve; on peut les épuiser en assez peu de temps, et c’est par cette raison que la plupart des beaux marbres antiques ou modernes ne se retrouvent plus; chaque cavité contient un marbre différent de celui d’une autre cavité, surtout pour les couleurs, parce que les bancs des anciens marbres qui surmontent ces cavernes sont eux-mêmes différemment colorés, et que l’eau, par son infiltration, détache et emporte les molécules de ces marbres avec leurs couleurs : souvent elle mêle ces couleurs ou les dispose dans un ordre différent; elle les affaiblit ou les charge, selon les circonstances; cependant on peut dire que les marbres de seconde formation sont en général plus fortement colorés que les premiers dont ils tirent leur origine.
Et ces marbres de seconde formation peuvent, comme les albâtres, se régénérer dans les endroits d’où on les a tirés , parce qu’ils sont formés de même par la stillation des eaux. Baglivi ® rapporte un grand nombre d’exemples qui prouvent évidemment que le marbre se reproduit de nouveau dans les mêmes carrières : il dit que l’on voyait de son temps des chemins très-unis, dans des endroits où cent ans auparavant il y avait eu des carrières très-profondes; il ajoute qu’en ouvrant des carrières de marbre on avait rencontré des haches , des pics, des marteaux et d’autres outils renfermés dans le marbre, qui avaient vraisemblablement servi autrefois à exploiter ces mêmes carrières, lesquelles se sont remplies par la suite des temps, et sont devenues propres à être exploitées de nouveau.
On trouve aussi plusieurs de ces marbres de seconde formation qui sont mêlés d’albâtre; et dans le genre calcaire, comme en tout autre, la nature passe, par degrés et nuances, du marbre le plus fin et le plus dur, à l’albâtre et aux concrétions les plus grossières et les plus tendres.
a. De lapidum vegetatione.
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La plupart des albâtres, et surtout les plus beaux , ont quelque transparence, parce qu’ils contiennent une certaine quantité de spath qui s’est cristallisé dans le temps de la formation des stalactites dont ils sont composés ; mais, pour l’ordinaire, la quantité du spath n’est pas aussi grande que celle de la matière pierreuse, opaque et grossière, en sorte que l’albâtre qui résulte de cette composition est assez opaque quoiqu’il le soit toujours moins que les marbres.
Et lorsque les albâtres sont mêlés de beaucoup de spath, ils sont plus cassants et plus difficiles à travailler, par la raison que cette matière spathique cristallisée se fend, s’égrène très-facilement et se casse presque toujours en sens oblique j mais aussi ces albâtres sont souvent les plus L^aux, parce qu’ils ont plus de transparence et prennent un poli plus vif que ceux où la matière pierreuse domine sur celle du spath. On a cité, dans l’histoire de l’Académie des Sciences®, un albâtre trouvé parM.Puget auxenvironsde Marseille, qui est si transparent, que, par le poli très-parfait dont il est susceptible, on voit, à plus de deux doigts de son épaisseur, l’agréable variété de couleurs dont il est embelli : le marbre à demi transparent, que M. Pallas a vu dans la province d’Ischski enTartarie, est vraisemblablement un albâtre semblable à celui de Marseille. Il en est de même du bel albâtre de Grenade en Espagne, qui, selon M. Bowles, est aussi brillant et transparent que la plus belle cornaline blanche, mais qui néanmoins est fort tendre, à moitié blanc et à moitié couleur de cire : en général la transparence dans les pierres calcaires, les marbres et les albâtres, ne provient que de la matière spathique qui s’y trouve incorporée et mêlée en grande quantité, car les autres matières pierreuses sont opaques.
Au reste, on peut regarder comme une espèce d’albâtre toutes les incrustations et même les ostéocolles et les autres concrétions pierreuses moulées sur des végétaux ou sur des ossements d’animaux : il s’en trouve de cette dernière espèce en grande quantité dans les cavernes du margraviat def Bareith, dont S. A. S. monseigneur le margrave d’Anspach a eu la bonté de m’envoyer la description suivante, k On connaît assez les marbres qui « renferment des coquilles ou des pétrifications qui leur ressemblent... Mais « ici on trouve des masses pierreuses pétries d’ossements d’une manière « semblable : elles sont nées, pour ainsi dire, de la conglutination des « fragments des stalactites de la pierre calcaire grise qui fait la base de « toute la chaîne de ces montagnes, d’un peu de sable, d’une substance
a. Année 1703, pag. 17. — « Dans certaines grottes, comme dans celle delà montagne de Lumi- « niani près de Vicence en Italie, les cristallisations spatliiques sont jaunâtres et ressemblent « au plus beau sucre candi; les cristaux sont en forme de pyramides triangulaires, dont le « sommet est très-aigu : communément elles sont verticales ; de nouvelles pyramides sortent M des côtés de ces premières et deviennent horizontales : on peut en détacher de très-grands « blocs. » Note de M. le baron de Dietricli, dans les Lettres de M. Ferler, page 25.
b. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles pag. 424 et 425.
DE L’ALBATRE
« marneuse et d’une quantité infinie de fragments d’os. Il y a dans une « seule pierre , dont on a trouvé des masses de quelques centaines de « livres, un mélange de dents de différentes espèces, de côtes, de cartilages, « de vertèbres, de phalanges, d’os cylindriques, en un mot de fragments « d’os de tous les membres qui y sont par milliers. On trouve souvent dans « ces mêmes pierres un grand os qui en fait la pièce principale, et qui est « entouré d’un nombre infini d’autres; il n’y a pas la moindre régularité « dans la disposition des couches. Si l’on versait delà chaux détrempée sur « un mélange d’esquilles , il en naîtrait quelque chose de semblable. Ces « masses sont déjà assez dures dans les cavernes.... mais lorsqu’elles sont tt exposées à l’air, elles durcissent au point que, quand on s’y prend comme « il faut, elles sont susceptibles d’un médiocre poli. On trouve rarement des « cavités dans l’intérieur; les interstices sont remplis d’une matière com- « pacte que la pétrification a encore décomposée davantage. Je m’en suis à « la fin procuré, avec beaucoup de peines, une collection si complète, que « je puis présenter presque chaque os remarquable du squelette de ces ani- « maux, enchâssé dans une propre pièce, dont il fait l’os principal. En « entrant dans ces cavernes, pour la première fois, nous en avons trouvé « une si grande quantité, qu’il eût été facile d’en amasser quelques char- « retées.
« Un heureux destin m’avait réservé à moi et à mes amis, entre autres, « un morceau de cette pierre osseuse à peu près de trois pieds de long sur « deux de large et autant d’épaisseur.... La curiosité nous le fit mettre en « pièces, car il était impossible de le faire passer par ces détroits pour le « sortir en entier; chaque morceau, à peu près de deux livres, nous pré-
« senla plus de cent fragments d’os j’eus le plaisir de trouver dans le
« milieu une dent canine, longue de quatre pouces, bien conservée; nous « avons aussi trouvé des dents molaires de différentes espèces dans d’autres « morceaux de cette même masse “. »
Par cet exemple des cavernes de Bareilh , où les ossements d’animaux dont elle est remplie se trouvent incrustés et même pénétrés de la matière pierreuse amenée par la stillation des eaux , on peut prendre une idée générale de la formation des ostéocolles animales qui se forment par le même mécanisme que les ostéocolles végétales*', telles que les mousses pétrifiées et
a. Description des cavernes du margraviat de Bareith, par Jean-Frédéric Esper, in-foli-), pag. 27.
&. « M. Gleditsch donne une bonne description des ostéocolles qui se trouvent en grande quantité dans les terrains maigres du Brandebourg : « Ce fossile , dit-il , est connu de tout le « monde dans les deux Marches, où on l’emploie depuis plusieurs siècles à des usages tant
V internes qu’externes On le trouve dans un sable plus ou moins léger, blanc, gris, rouge
« ou jaunâtre, fort ressemblant à l’espèce de sable qu’on trouve ordinairement au fond des « rivières : celui qui touche immédiatement l’ostéoçolle est plus blanc et plus mou que le
« reste Quand, dans les temps pluvieux, cette terre, qui s’attache fortement aux maius,
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toutes les autres concrétions dans lesquelles on trouve des figures de végétaux ; car supposons qu’au lieu d’ossements d’animaux accumulés dans ces cavernes, la nature ou la main de l’homme y eussent entassé une grande quantité de roseaux ou de mousses, n’est-il pas évident que ce même suc pierreux aurait saisi les mousses et les roseaux , les aurait incrustés en
« vient à se dissoudre dans les lieux élevés, les eaux l’entraînent en forme d’émulsion dans les
« creux qui se trouvent au-dessous Elle ne diffère guère de la marne, et se trouve attacliée
« au sable dans des proportions différentes Mais plus le sable est voisin des branches du
« fossile, plus la quantité de cette terre augmente; il n’y a pas grande différence entre elle et « la matière même du fossile : on trouve aussi cette terre dans les fonds et même sous quelques « étangs, etc
« Les vents, les pluies, etc., en enlevant le sable, laissent quelquefois à découvert Fostéo-
« colle Quelquefois on en trouve çà et là des pièces rompues Quand on aperçoit des
« branches, on les dégage du sable avec précaution, et on les suit jusqu’au tronc qui jette des « racines sous terre de plusieurs côtés
« Tant que le tronc entier est encore renfermé dans le sable, la forme du fossile ne l’offre « aux yeux que d’un côté, et alors elle représente assez parfaitement le bas du tronc d’un vieil « arbre..... Les racines descendent en partie jusqu’à la profondeur de quatre à six pieds, et
« s’étendent en partie obliquement de tous côtés Le tronc du fossile, dont la grandeur et
« l’épaisseur varient, doit sans doute son origine au tronc de quelque arbre mort, et en « partie carié, ce qui se prouve suffisamment par la lésion et la destruction de sa structure « intérieure
« Les racines les plus fortes sont plus ou moins grosses que le bras ; elles s’amincissent peu « à peu en se divisant, de sorte que les dernières ramifications ont à peine une circonférence « qui égale une plume d’oie. Pour les productions papillaires des racines, elles ne se trouvent « en aucun endroit du fossile, sans doute parce que leur ténuité et la délicatesse de leur texture
« ne leur permet pas de résister à la putréfaction On trouve rarement les grosses racines
« pétrifiées et durcies dans le sable, elles y sont plutôt un peu humides et molles ; et exposées « à l’air, elles deviennent sèches et friables
« La masse terrestre, qui, à proprement parler, constitue notre fossile, est une vraie terre « de chaux, et, quand on l’a nettoyée du sable et de la pourriture qui peuvent y rester, l’acide « vitriolique, avec lequel elle fait une forte effervescence, la dissout en partie. La matière de « notre fossile, lorsqu’elle est encore renfermée dans le sable, est molle; elle a. de l’humidité; « sa cohérence est lâche, et il s’en exhale une odeur âcre, assez faible cependant ; ou bien elle « forme un corps graveleux, pierreux, insipide et sans odeur ; tout cela met en évidence que la « terre de chaux de ce fossile n’est point du gravier fin, lié par le moyen d’une glu, comme « le prétendent quelques auteurs.
« Mais lorsqu’on peut remarquer dans la composition de la matière de notre fossile quelque « proportion, elle consiste, pour l’ordinaire, en parties égales de sable et de terre de chaux.
« Ce fossile est dû à des troncs d’arbres dont les fibres ont été atténuées et pourries par l’hu-
« midité Il se forme dans ces troncs et dans ces racines des cavités où s’insinuent facile-
« ment, par le moyen de l’eau , le sable et la terre de chaux qu’elle a dissous : cette terre, « entrant par tous les trous et les endroits cariés, descend jusqu’aux extrémités de toute la tige' « et des racines, jusqu’à ce qu’avec le temps toutes ces cavités se trouvent exactement rem-' « plies ; l’eau superflue trouve aisément une issue, dont les traces se manifestent dans le centre
« poreux des branches ; voilà comment ce fossile se forme L’humidité croupissante qui est
« perpétuellement autour du fossile est le véritable obstacle à son endurcissement.
« Quelques auteurs ont regardé comme de l’ostéocolle une certaine espèce de tuf en partie « informe, en partie composé de l’assemblage de plusieurs petits tuyaux de différente nature : « ce tuf se trouve en abondance dans plusieurs contrées de la Thuringe et en d’autres « endroits
« L’expérience, jointe au consentement de plusieurs auteurs, dépose que le terrain naturel « et le plus convenable à l’ostéocolle est un terroir stérile, sablonneux et léger; au contraire, un
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dehors, et remplis en dedans et même dans tous leurs pores ; que dès lors ces concrétions pierreuses en auront pris la forme, et qu’après la destruction et la pourriture de ces matières végétales , la concrétion pierreuse subsistera et se présentera sous cette même forme? nous en avons la preuve démonstrative dans certains morceaux qui sont encore roseaux en partie, et du reste ostéocolles: je connais aussi des mousses dont le bas est pleinement
« terrain gras, consistant, argileux, onctueux et limoneux, etc., lorsqu’il vient à être délayé « par Teau, laisse passer lentement et difficilement l’eau elle-même, et à plus forte raison « quelque autre terre, comme celle dont l’ostéocolle est formée; Tostéocolle se mêlerait intime- « ment à la terre grasse, dans l’intérieur de laquelle elle formerait des lits plats, plutôt que de « pénétrer une substance aussi consistante. » (Extrait des Mémoires de l’Académie de Prusse, par M. Paul; Avignon, 1768, tome V, in-12, page 1 et suiv. du Supplément à ce volume.)
M. Bruckmann dit, comme M. Gleditsch, que les ostéocolles ne se trouvent point dans les teiTes grasses et argileuses, mais dans les terrains sablonneux ; il y en a près de Francfortsur-TOder, dans un sable blanchâtre, mêlé d’une matière noire, qui n’est que du bois pourri : Tostéocolle est molle dans la terre, mais plutôt friable que ductile; elle se dessèche et durcit en très-peu de temps à Tair : c’est une espèce de marne, ou du moins une terre qui lui est fort analogue. Les différentes figures des ostéocolles ne viennent que des racines auxquelles cette matière s’attache; de là provient aussi la ligne noire qu’on trouve presque toujours dans leur milieu : elles sont toutes creuses, à l’exception de celles qui sont formées de plusieurs petites fibres de racines accumulées et réunies par la matière marneuse ou crétacée. Voyez la Collée, tion académique, partie étrangère, t. Il, pag. 155 et 156.
M. Beurer, de Nuremberg, ayant fait déterrer grand nombre d’ostéocolles, en a trouvé une dans le temps de sa formation: c’était une souche de peuplier noir qui, par son extrémité supérieure, était encore ligneuse, et dont la racine était devenue une véritable ostéocolle. Voyez les Transact. philosophiques, année 1745 , n» 476.
M. Guettard a aussi trouvé des ostéocolles en France, aux environs d’Étampes, et particulièrement sur les bords de la rivière de Louette. « L’ostéocolle d’Étampes, dit cet académicien, « forme des tuyaux longs depuis trois ou quatre pouces jusqu’à un pied, un pied et demi et « plus : le diamètre de ces tuyaux est de deux, trois, quatre lignes et même d’un pouce; les « uns, et c’est le plus grand nombre, sont cylindriques, les autres sont formés de plusieurs « portions de cercles, qui réunies forment une colonne à plusieurs pans. Il y en a d’aplatis; les « bords de quelques autres sont roulés en dedans suivant leur longueur, et ne sont par consé- « quent que demi-cylindriques; plusieurs n’ont qu’une seule couche, mais beaucoup plus en « ont deux ou trois. On dirait que ce sont autant de cylindres renfermés les uns dans les « autres : le milieu d’un tuyau cylindrique, fait d’une ou de deux couches, en contient quelque- « fois une troisième qui est prismatique triangulaire. Quelques-uns de ces tuyaux sont coni- « ques; d’autres, ceux-ci sont cependant rares, sont courbés et forment presque un cercle. De « quelque figure qu’ils soient, leur surface interne est lisse, polie et ordinairement striée ; « l'extérieure est raboteuse et bosselée; la couleur est d’un assez beau blanc de marne ou de « craie à l’extérieur; celle de la surface interne est quelquefois d’un jaune tirant sur le rou-
« geàtre, et, si elle est blanche, ce blanc est toujours un peu sale Il y a aussi de Tostéo-
« colle sur l’autre bord de la rivière, mais en moindre quantité On en trouve encore de
« l’autre côté de la ville, dans un endroit qui regarde les moulins à papier qui sont établis « sur une branche de la Chalouette, et sur les bords des fossés de cette ville qui sont de ce « côté
« M. Guettard rapporte encore plusieurs observations pour prouver que la formation de Tos- « téocolle des environs d’Étampes n’est due qu’à des plantes qui se sont chargées de particules « de marne et de sable des montagnes voisines, qui auront été entraînées par des averses « d’eau et arrêtées dans les mares par les plantes qui y croissent, et sur lesquelles ces parti- « cules de marne et de sable se seront déposées successivement. » Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1754 , page 269 jusqu’à 288.
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incrusté, et dont le dessus est encore vert et en état de végétation. Et, comme nous l’avons dit, tout ce qu’on appelle pétrifications ne sont que des incrustations qui non-seulement se sont appliquées sur la surface des corps, mais en ont même pénétré et rempli les vides et les pores en se substituant peu à peu à la matière animale ou végétale, à mesure qu’elle se décomposait.
On vient de voir, par la note précédente, que les ostéocolles ne sont que des incrustations d’une matière crétacée ou marneuse; et ces incrustations se forment quelquefois en très-peu de temps, aussi bien au fond des eaux que dans le sein delà terre. M. Dutour, correspondant de l’Académie des Sciences, cite une ostéocolle qu’il a vu se former en moins de deux ans. « En « faisant nettoyer un canal, je remarquai, dit-il, que tout le fond était « comme tapissé d’un tissu fort serré de filets pierreux , dont les plus gros « n’avaient que deux lignes de diamètre et qui se croisaient en tout sens. « Les filets étaient de véritables tuyaux moulés sur des racines d’ormes fort « menues qui s’y étaient desséchées et qu’on pouvait aisément en tirer. La « couleur de ces tuyaux était grise, et leurs parois, qui avaient un peu plus « d’un tiers de ligne d’épaisseur, étaient assez fortes pour résister sans se « briser à la pression des doigts. Aces marques, je ne pus méconnaître l’osc< téocolle, mais je ne pus aussi m’empêcher d’être étonné du peu de temps « qu’elle avait mis à se former; car ce canal n’était construit que depuis « environ deux ans et demi, et certainement les racines qui avaient servi de « noyau à l’ostéocolle étaient de plus nouvelle date®. » Nous avons d’autres exemples d’incrustations qui se font encore en moins de temps dans de certaines circonstances. Il est dit, dans l’Histoire de l’Académie des Sciences ^ que M. de La Chapelle avait apporté une pétrification fort épaisse, tirée de l’aqueduc d’Arcueil, et qu’il avait appris des ouvriers, que ces pétrifications ou incrustations se font par lits chaque année; que pendant l’hiver il ne s’en fait point, mais seulement pendant l’été; et que, quand l’iiiver a été très-pluvieux et abondant en neigés, les p'étrifications qui se forment pendant l’été suivant sont quelquefois d’un pied d’épaisseur; ce fait est peut-être exagéré, mais au moins on est sûr que souvent en une seule année ces dépôts pierreux sont de plus d’un pouce ou deux : on en trouve un exemple dans la même Histoire de l’Académie". Le ruisseau de craie, près de Besançon, enduit d’une incrustation pierreuse les tuyaux de bois de sapin où l’on fait passer son eau pour l’usage de quelques forges; il forme dans leur intérieur en deux ans d’autres tuyaux d’une pierre compacte d’environ un pouce et demi d’épaisseur. M. de Luc dit qu’on voit dans le Yalais des eaux aussi claires qu’il soit possible , et qui ne laissent pas de former de tels amas de tuf, qu’il
а. Histoire de l’Académie des Sciences, année 1761, page 24.
б. Idem, année 1713, page 23.
c. Année 1720, page 23.
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en résulte des saillies considérables sur les faces des montagnes etc.
Les stalactites, quoique de même nature que les incrustations et les tufs , sont seulement moins impures et se forment plus lentement. On leur adonné différents noms suivant leurs différentes formes, mais M. Guettard dit avec raison que les stalactites, soit en forme pyramidale ou cylindrique ou en tubes, peuvent être regardées comme une même sorte de concrétions ^ Il parle d’une concrétion en très-grande masse qu’il a observée aux environs de Crégi, village peu éloigné de Meaux, qui s’est formée par le dépôt de l’eau d’une fontaine voisine, et dans laquelle on trouve renfermés des mousses, des chiendents et d’autres plantes qui forment des milliers de petites ramifications, dont les branches sont ordinairement creuses, parce que ces plantes se sont à la longue pourries et entièrement détruites Il cite aussi les incrustations en forme de planches de sapin qui se trouvent aux environs de Besançon. « Lorsqu’on voit pour la première fois, dit cet « Académicien, un morceau de ce dépôt pierreux , il n’y a personne qui ne « le prenne d’abord pour une planche de sapin pétrifiée.... Rien en effet « n’est plus propre à faire prendre cette idée que ces espèces de planches: « une de leurs surfaces est striée de longues fibres longitudinales et parallèles, « comme peuvent être celles des planches de sapin ; la continuité de ces fibres « est quelquefois interrompue par des espèces de nœuds semblables à ceux « qui se voient dans ce bois; ces nœuds sont de différentes grosseurs et « figures. L’autre surface de ces planches est en quelque sorte ondée à peu « près comme serait une planche de sapin mal polie. Cette grande ressem- (( blance s’évanouit cependant lorsqu’on vient à examiner ces sortes de plan- « ches. On s’aperçoit aisément alors qu’elles ne font voir que ce qu’on « remarquerait sur des morceaux déplâtré ou de quelque pâte qu’on aurait « étendue sur une planche de sapin... On s’assure facilement dès lors que « ces planches pierreuses ne sont qu’un dépôt fait sur des planches de ce « bois; et, si on les casse, on le reconnaît encore mieux, parce que les stries « de la surface ne se continuent pas dans l’intérieur »
M. Guettard cite encore un autre dépôt pierreux qui se fait dans les bassins du château d’Issy près Paris : ce dépôt contient des groupes de plantes verticillées, toutes incrustées. Ces plantes, telles que la girandole d’eau, sont très-communes dans toutes les eaux dormantes; la quantité de ces plantes fait que les branches des différents pieds s’entrelacent les unes avec les autres, et lorsqu’elles sont chargées du dépôt pierreux, elles forment des groupes que l’on pourrait prendre pour des plantes pierreuses ou des plantes marines semblables à celles qu’on appelle corallines.
a. Lettres à la reine d’ Angleterre , page 17.
h. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1754, page 17.
c. Idem, ibidem, page 58 et suiv.
d. Idem, ibidem, page 131 et suiv.
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Par ce grand nombre d’exemples, on voit que l’incrustation est le moyen aussi simple que général par lequel la nature conserve pour ainsi dire à perpétuité les empreintes de tous les corps sujets à la destruction ; ces empreintes sont d’autant plus exactes et fidèles, que la pâte qui les reçoit est plus fine; l’eau la plus claire et lapins limpide ne laisse pas d’être souvent chargée d’une très-grande quantité de molécules pierreuses qu’elle tient en dissolution, et ces molécules, qui sont d’une extrême ténuité, se moulent si parfaitement sur les corps les plus délicats, qu’elles en représentent les traits les plus déliés : l’art a même trouvé le moyen d’imiter en ceci la nature; on fait des cachets, des reliefs, des figures parfaitement achevées , en exposant des moules au jaillissement d’une eau chargée de cette matière pierreuse"; et l’on peut aussi faire des pétrifications artificielles, en tenant longtemps dans cette eau des corps de toute espèce : ceux qui seront spongieux ou poreux recevront l’incrustation tant au dehors qu’en dedans, et si la substance animale ou végétale qui sert de moule vient à pourrir , la concrétion qui reste paraît être une vraie pétrification, c’est-à-dire le corps même qui s’est pétrifié, tandis qu’il n’a été qu’incrusté à l’intérieur comme à l’extérieur.
DU MARBRE
Le marbre* est une pierre calcaire dure et d’un grain fin, souvent colorée et toujours susceptible de poli : il y a, comme dans les autres pierres calcaires, des marbres de première, de seconde et peut-être de. troisième formation.
a. C’est aiix bains de Santo-Filippo , sur le penchant de la montagne de Santa-Fiora, près de Sienne, que M. le docteur Leonardo Vegni a établi sa singulière manufacture d’impressions de médailles et de bas-reliefs, formés par la poudre Calcaire que déposent ces eaux : pour cela , il les fait tomber d’assez haut sur des lattes de bois placées en travers sur un grand cuveau ; l’eau par cette chute rejaillit en gouttes contre les parois de la cuve, auxquelles sont attachés les modèles et les médailles; et en peu de temps on les voit couvertes d’une incrustation trèsline et très-compacte.... On peut même colorer ce sédiment pierreux en rouge, en faisant filtrer l’eau qui doit le déposer à travers du bois de Fernambouc ; il faut que cette matière soit bien abondante dans les eaux, puisqu’on assure qu’on a déjà fait par ce moyen des bustes entiers, et que M. le docteur Vegni espère réussir à en faire des statues massives de grandeur humaine. Voyez la note de M. le haron de Dietrich, page 174 des Lettres de M. Ferher.
1. Le martre n’est qu’un carbonate de chaux : le carbonate de chaux saccharoïde.
Les variétés du marbre sont presque innombrables; mais on peut les ramener à quatre séries principales : les marbres simples, les brèches, les marbres composés et les lumachelles. Un grand nombre de ces variétés sont fossilifères; car, comme tous les autres calcaires, le marbre est un produit neplunien : son caractère cristallin est dû à une action ignée postérieure, qui en a changé la texture : il appartient aux roches métamorphiques ( voyez la note 2 de la p. 533 du IX® volume). — « Une matière, dont l’art ancien fit un grand et noble usage, le marbre gra- « nulaire (saccharoi'de) , doit être considéré comme une couche de sédiment modifiée par la « chaleur terrestre et par le voisinage d’une roche d’éruption. » (Humboldt : Cosmos, t. I, p. 300.) — C’est l’actio» ignée qui a fait disparaître toute trace de fossiles dans le marbre.
DU MARBRE
Ce que nous avons dit au sujet des carrières parasites suffit pour donner une juste idée de la composition des pierres ou des marbres que ces carrières renferment; mais les anciens marbres ne sont pas composés , comme les nouveaux, de simples particules pierreuses réduites par l’eau en molécules plus ou moins fines; ils sont formés, comme les autres pierres anciennes, de débris de pierres encore plus anciennes, et la plupart sont mêlés de coquilles et d’autres productions de la mer; tous sont posés par bancs horizontaux ou parallèlement inclinés, et ils ne diffèrent des autres pierres calcaires que par les couleurs, car il y a de ces pierres qui sont presque aussi dures, aussi denses et d’un grain aussi fin que les marbres, et auxquelles néanmoins on ne donne pas le nom de marbres , parce qu’elles sont sans couleur décidée, ou plutôt sans diversité de couleurs : au reste, les couleurs, quoique très-fortes ou très-foncées dans certains marbres , n’en changent point du tout la nature; elles n’en augmentent sensiblement ni la dureté ni la densité, et n’empêchent pas qu’ils ne se calcinent et se convertissent en chaux, au même degré de feu que les autres pierres dures. Les pierres à grain fin et que l’on peut polir font la nuance entre les pierres communes et les marbres qui tous sont de la même nature que la pierre, puisque tous font effervescence avec les acides, que tous ont la cassure grenue, et que tous peuvent se réduire en chaux. Je dis tous, parce que je n’entends parler ici que des marbres purs, c’est-à-dire de ceux qui ne sont composés que de matière calcaire sans mélange d’argile, de schiste, délavé ou d’autre matière vitreuse; car ceux qui sont mêlés d’une grande quantité de ces substances hétérogènes ne sont pas de vrais marbres, mais des pierres mi-parties, qu’on doit considérer à part.
Les bancs des marbres anciens ont été formés, comme les autres bancs calcaires, par le mouvement et le dépôt des eaux de la mer, qui a transporté les coquilles et les matières pierreuses, réduites en petit volume , en graviers, en galets, et les a stratifiées les unes sur les autres; et il paraît que rétablissement local de la plupart de ces bancs de marbre d’ancienne formation a précédé celui des autres bancs de pierre calcaire, parce qu’on les trouve presque toujours au-dessous de ces mêmes bancs, et que dans une colline composée de vingt ou trente bancs de pierre, il n’y a d’ordinaire que deux ou trois bancs de marbre, souvent un seul, toujours situé au-dessous des autres, à peu de distance de la glaise qui sert de base à îs colline ; en sorte que communément le banc de marbre porte immédiaten.C'^t sur cette argile, ou n’en est séparé que par un dernier banc qui paraît être l’égout de tous les autres, et qui est mêlé de marbre, de pyrites et de cristallisations spathiques d’un assez grand volume.
Ainsi, par leur situation au-dessous des autres bancs de pierre calcaire, les bancs de ces anciens marbres ont reçu les couleurs et les sucs pétrifiants dont l’eau se charge toujours en pénétrant d’abord la terre végétale , et
DU MARBRE
ensuite tous les bancs de pierre qui se trouvent entre cette terre et le banc de marbre; et l’on peut distinguer par plusieurs caractères ces marbres d’ancienne formation : les uns portent des empreintes de coquilles dont on voit la forme et les stries; d’autres, comme les lumachelles, paraissent composés de petites coquilles de la figure des limaçons; d’autres contiennent des bélemnites, des orthocératites, des astroïtes, des fragments de madrépores, etc. : tous ces marbres qui présentent des impressions de coquilles, sont moins communs que ceux qu’on appelle brèches, qui n’offrent que peu ou point de ces productions marines , et qui sont composés de galets et de graviers arrondis , liés ensemble par un ciment pierreux , de sorte qu’ils s’ébrèchent en les cassant, et c’est de là qu’on les a nommés brèches.
On peut donc diviser en deux classes ces marbres d’ancienne formation : la première comprend tous ceux auxquels on a donné ce nom de brèches, et l’on pourrait appeler marbres coquilleux ceux de la seconde classe ; les uns et les autres ont des veines de spath, qui cependant sont plus fréquentes et plus apparentes dans les marbres coquilleux que dans les brèches, et ces veines se sont formées lorsque la matière de ces marbres, encore molle , s’est entr’ouvertepar le dessèchement; les fentes se sont dès lors peu à peu remplies du suc lapidifique qui découlait des bancs supérieurs, et ce suc spathique a formé les veines qui traversent le fond du marbre en différents sens; elles se trouvent ordinairement dans la matière plus molle qui a servi de ciment pour réunir les galets, les graviers et les autres débris de pierre ou des marbres anciens dont ils sont composés; et ce qui prouve évidemment que ces veines ne sont que des fentes remplies du suc lapidifique , c’est que dans les bancs qui ont souffert quelque effort, et qui se sont rompus après le dessèchement par un tremblement de terre ou par quelque autre commotion accidentelle, on voit que la rupture, qui dans ce cas a séparé les galets et les autres morceaux durs en deux parties, s’est ensuite remplie de spath , et a formé une petite veine si semblable à la fracture, qu’on ne peut la méconnaître. Ce que les ouvriers appellent des fils ou des poils, dans les blocs de pierre calcaire, sont aussi de petites veines de spath, et souvent la pierre se rompt dans la direction de ces fils en la travaillant au marteau ; quelquefois aussi ce spath prend une telle solidité, surtout quand il est mêlé de parties ferrugineuses, qu’il semble avoir autant et plus de résistance que le reste de la matière.
Il en est des taches comme des veines, dans certains marbres d’ancienne formation : on y voit évidemment que les taches sont aussi d’une date postérieure à celle de la masse même de ces marbres, car les coquilles et les débris des madrépores répandus dans cette masse, ayant été dissous par l’intermède de l’eau, ont laissé dans plusieurs endroits de ces marbres, des cavités qui n’ont conservé que le contour de leur figure, et l’on voit que ces petites cavités ont été ensuite remplies par une matière blanche ou
DU MARBRE
colorée, qui forme des taches d’une figure semblable à celle de ces corps marins dont elle a pris la place ; et lorsque cette matière est blanche, elle est de la même nature que celle du marbre blanc, ce qui semble indiquer que le marbre blanc lui-même est de seconde formation, et a été, comme les albâtres, produit par la stillation des eaux. Cette présomption se confirme lorsque l’on considère qu’il ne se trouve jamais d’impression de coquilles ni d’autres corps marins dans le marbre blanc *, et que dans ses carrières on ne remarque point les fentes perpendiculaires ni même les délits horizontaux, qui séparent et divisent par bancs et par blocs les autres carrières de pierres calcaires ou de marbres d’ancienne formation : on voit seulement sur ce marbre blanc de très- petites gerçures qui ne sont ni régulières ni suivies; l’on en tire des blocs d’un très-grand volume et de telle épaisseur que l’on veut, tandis que, dans les marbres d’ancienne formation, les blocs ne peuvent avoir que l’épaisseur du banc dont on les tire, et la longueur qui se trouve entre chacune des fentes perpendiculaires qui traversent ce banc. L’inspection même de la substance du marbre blanc, et les grains spathiques que l’on aperçoit à sa cassure, semblent démontrer qu’il a été formé par la stillation des eaux; et l’on observe de plus que lorsqu’on le taille il obéit au marteau dans tous les sens, soit qu’on l’entame horizontalement ou verticalement, au lieu que, dans les marbres d’ancienne formation , le sens horizontal est celui dans lequel on les travaille plus facilement que dans tout autre sens.
Les marbres anciens sont donc composés :
1® Des débris de pierres dures ou de marbres encore plus anciens et réduits en plus ou moins petit volume. Dans les brèches, ce sont des morceaux trèsdistincts, et qui ont depuis quelques lignes jusqu’à quelques pouces de diamètre. Ceux que les nomenclateurs ont appelés marbres oolithes, qui sont composés de petits graviers arrondis, semblables à des œufs de poissons, peuvent être mis au rang des brèches ainsi que les poudingues calcaires, composés de gros graviers arrondis.
2“ D’un ciment pierreux ordinairement coloré qui lie ces morceaux dans les brèches, et réunit les parties coquillcuses avec les graviers dans les autres marbres : ce ciment, qui fait le fond de tous les marbres, n’est qu’une matière pierreuse anciennement réduite en poudre et qui avait acquis son dernier degré de pétrification avant de se réunir, ou qui l’a pris depuis par la susception du liquide pétrifiant.
Mais les marbres de seconde formation ne contiennent ni galets ni graviers arrondis et ne présentent aucune impression de coquilles : ils sont , comme nous l’avons dit, uniquement composés de molécules pierreuses , charriées et déposées par la stillation des eaux, et dès lors ils sont plus uni-