‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 35 sur 105 · Acide carbonique · texte numérisé non relu

Acide carbonique

2. 10 L’effervescence, qui se manifeste quand on verse de Veau sur de la chaux vive, est due au grand dégagement de chaleur, qui résulte de la combinaison de la chaux avec l’eau.

2° La dureté, que prennent les mortiers, est due à 1’, action de Vacide carbonique de l’air sur la chaux : Vacide carbonique , en s’unissant à la chaux, donne un carbonate de chaux.

DU PLATRE ET DU GYPSE

le plâtre commence par se renfler, parce que ses parties spongieuses continuent de se gonfler de l’eau dans laquelle il a été détrempé; mais, peu de temps après, il se durcit par un dessèchement entier. Ainsi l’etTet de sa prompte cohésion dépend beaucoup de l’état où il se trouve au moment qu’on l’emploie : la preuve en est que le mortier fait avec de la chaux vive se sèche et se durcit presque aussi promptement que le plâtre gâché, parce que la chaux est prise alors dans le même état d’effervescence que le plâtre ; cependant ce n’est qu’avec beaucoup de temps que ces mortiers faits avec la chaux, soit vive, soit éteinte, prennent leur entière solidité, au lieu que le plâtre prend toute la sienne dès le premier jour. Enfin cet endurcissement du plâtre, comme le dit très-bien âl. Marquer « peut venir du mélange de celles de ses parce lies qui ont pris un caractère de chaux vive pendant la calcination, avec (c celles qui n’ont pas pris un semblable caractère et qui servent de ciment.» Mais ce savant chimiste ajoute que cela peut venir aussi de ce que le plâtre reprend l'eau de sa cristallisation, et se cristallise de nouveau précipitamment et confusément. La première cause me paraît si simple et si vraie, que je suis surpris de l’alternative d’une seconde cause, dont on ne connaît pas même l’existence; car cette eau de cristallisation n’est, comme le phlogistique, qu’un être de méthode et non de la nature L

Les plâtres n’étant que des craies ou des poudres de pierres calcaires imprégnées et saturées d’acides, on trouve assez souvent des couches minces de plâtre entre les lits d’argile, comme l’on y trouve aussi de petites couches de pyrites et de pierres calcaires : toutes ces petites couches sont de nouvelle formation, et proviennent également du dépôt de l’infiltration des eaux. Comme l’argile contient des pyrites et des acides, et qu’en même temps la terre végétale qui la couvre est mêlée de sable calcaire et de parties ferrugineuses, l’eau se charge de toutes ces particules calcaires, pyriteuses, acides et ferrugineuses, et les dépose ou séparément ou confusément entre les joints horizontaux et les petites fentes verticales des bancs ou lits d’argile : lorsque l’eau n’est chargée que des molécules de sable calcaire pur, son sédiment forme une concrétion calcaire tendre, ou bien une pierre semblable à toutes les autres pierres de seconde formation; mais quand l’eau se trouve à la fois chargée d’acides et de molécules calcaires, son sédiment sera du plâtre. Et ce n’est ordinairement qu’à une certaine profondeur dans l’argile que ces couches minces de plâtre sont situées, au lieu qu’on trouve les petites couches de pierres calcaires entre les premiers lits d’argile : les pyrites se forment de même, soit dans la terre végétale, soit dans l’argile par la substance du feu fixe^ réunie à la terre ferrugineuse et à

a. Dictionnaire de Chimie, page 430.

2. Voyez les notes précédentes (soit dans le IX' volume, soit dans celui-ci) sur le feu fixe, r acide, etc.

DU PLATRE ET DU GYPSE

l’acide. Au reste, M. Pott“ a eu tort de douter que le plâtre fût une matière calcaire, puisqu’il n’a rien de commun avec les matières argileuses que l’acide qu’il contient, et que sa base, ou pour mieux dire sa substance, est entièrement calcaire, tandis que celle de l’argile est vitreuse.

Et de même que les sables vitreux se sont plus ou moins imprégnés des acides et du bitume des eaux de la mer en se convertissant en argile, les sables calcaires, par leur long séjour sous ces mêmes eaux, ont dù s’imprégner de ces mêmes acides, et former des plâtres, principalement dans les endroits où la mer était le plus chargée de sels : aussi les collines de plâtre, quoique toutes disposées par lits horizontaux, comme celles des pierres calcaires, ne forment pas des chaînes étendues, et ne se trouvent qu’en quelques endroits particuliers; il y a même d’assez grandes contrées où il ne s’en trouve point du tout ^

Les bancs des carrières à plâtre, quoique superposés horizontalement, ne suivent pas la loi progressive de dureté et de densité qui s’observe dans les bancs calcaires : ceux de plâtre sont même souvent séparés par des lits interposés de marne, de limon, de glaise, et chaque banc plâtreux est pour ainsi dire de différente qualité, suivant la proportion de l’acide mêlé dans la substance calcaire. Il y a aussi beaucoup de plâtres imparfaits, parce que la matière calcaire est très-souvent mêlée avec quelque autre terre, en sorte qu’on trouve assez communément un banc de très-bon plâtre entre deuv bancs de plâtre impur et mélangé.

Au reste, le plâtre cru le plus blanc ne l’est jamais autant que le plâtre calciné, et tous les gypses ou stalactites de plâtre, quoique transparents , sont toujours un peu colorés, et ne deviennent très-blancs que par la calcination; cependant l’on trouve en quelques endroits le gypse d’un blanc transparent dont nous avons parlé, et auquel on a donné improprement le nom d’albâtre.

a. Litho-géognosie , t. II.

h. « Croastedt dit que le gypse est le fossile qui manque le plus en Suède; que cependant il a en possède des morceaux qui ont été trouvés à une grande profondeur, dans la montagne de « Kupferberg, dans une carrière d’ardoise qui est auprès de la fabrique d’alun d’Andrarum, « et qu’il a aussi un morceau d’alabastrite ou gypse strié que Ton a trouvé près de Nykioping. « Il rapporte ensuite diverses expériences qu’il a faites sur des substances gypseuses, et i « ajoute : 1» que le gypse calciné avec de la matière inflammable donne des indications d’acide « sulfnreux et d’une terre alcaline; 2» que Ton trouve du gypse dans la mine de Kupferberg, « près d’Andrarum, entremêlé de couches d’ardoise et de pyrites, et qu’à Westersilberberg on a le rencontre avec du vitriol blanc; 3» que Tacide vitriolique est le seul des trois acides miné- « raux qui puisse donner à la terre calcaire la propriété de prendre corps et de se durcir avec « Teau, après avoir été légèrement calcinée, car Tacide de sel marin, en dissolvant la chaux, « forme ce qu’on appelle ( très-improprement ) le sel ammoniac fixe. Pour Tacide du nitre , il « n’a point encore été trouvé dans le règne minéral : il faut conclure de là que la nature, dans a la formation du gypse, emploie les mêmes matières que Tart; cependant la combinaison « qu’elle fait parait bien plus parfaite. » Expériences sur le gypse dans un recueil de Mémoires sur la Chimie, traduit de l’allemand; Paris, 1764, t. Il, pag. 337 et suiv.

DU PLATRE ET DU GYPSE

Le gypse est le plâtre le plus pur, comme le spath est aussi la pierre calcaire la plus pure : tous deux sont des extraits de ces matières, et le gypse est peut-être plus abondant proportionnellement dans les bancs plâtreux , que le spath ne l’est dans les bancs calcaires; car on trouve souvent entre les lits de pierre à plâtre des couches de quelques pouces d’épaisseur de ce même gypse transparent et de flgure régulière; les fentes perpendiculaires ou inclinées, qui séparent de distance à autre les blocs des bancs de plâtre, sont aussi incrustées et quelquefois entièrement remplies de gypse transparent et formé de filets allongés. Et il paraît en général qu’il y a beaucoup moins de stalactites opaques dans les plâtres que dans les pierres calcaires.

Les plâtres colorés, gris, jaunes ou rougeâtres, sont mélangés de parties minérales : la craie ou la pierre blanche réduite en poudre aura formé les plus beaux plâtres; la marne qui est composée de poudre de pierre, mais mélangée d’argile ou de terre limoneuse, n’aura pu former qu’un plâtre impur et grossier, plus ou moins coloré suivant la quantité de ces mêmes terres “. Aussi voit-on dans les carrières plusieurs bancs de plâtres imparfaits, et le bon plâtre se fait souvent chercher bien au-dessous des autres.

Les couches de plâtre, comme celles de craie, ne se trouvent pas sous les couches des pierres dures ou des rochers calcaires; et ordinairement les collines à plâtre ne sont composées que de petit gravier calcaire, de tuffeau, qu’on doit regarder comme une poussière de pierre, et enfin de marne, qui n’est aussi que de la poudre de pierre mêlée d’un peu de terre. Ce n’est que dans les couches les plus basses de ces collines, et au-dessous de tous les plâtres, qu’on trouve quelquefois des bancs calcaires avec des impressions de coquilles marines. Ainsi toutes ces poudres de pierre, soit craie, marne ou tuffeau, ont été déposées par des alluvions postérieures, avec les plâtres, sur les bancs de pierre qui ont été formés les premiers; et la masse entière de la colline plâtreuse porte sur cette pierre ou sur l’argile ancienne et le schiste qui sont le fondement et la base générale et commune de toutes les matières calcaires et plâtreuses.

Comme le plâtre est une matière très-utile, il est bon de donner une indication des différents lieux qui peuvent en fournir, et où il se trouve par couches d’une certaine étendue, à commencer par la colline de Montmartre à Paris: on en tire des plâtres blancs, gris, rougeâtres, et il s’y trouve une très-grande quantité de gypse, c’est-à-dire des stalactites transparentes et jaunâtres en assez grands morceaux plus ou moins épais et composés de

a. « Oa croirait, dit M. Bowles, que les feuilles d’argile, mêlées avec la terre calcaire, que U l’on trouve souvent étendue sur le plâtre, en sont de véritables couches, mais cela n’est pas : « elles sont de cette façon, parce que le temps de leur destruction n’est pas encore arrivé, et le « plâtre est dans cet endroit plus nouveau que l’argile mêlée de terre calcaire, que je trouvai, » par des expériences, être un plâtre imparfait. » Hist. naturelle d’Espagne, p. 192.

DU PLATRE ET DU GYPSE

lames minces appliquées les unes contre les autres Il y a aussi de bon plâtre à Passy, à Montreuil près de Créteil, à Gagny et dans plusieurs autres endroits aux environs de Paris; on en trouve de même à Decize en Niververnais, à Sombernon près de Yitteaux en Bourgogne, où le gypse est blanc et très-transparent. « Dans le village de Cbarcey, situé à trois lieues au cou- « chant de Cbâlon-sur-Saône, sur la route de cette ville à Autun, il y a , « m’écrit M. du IMorey, des carrières de très-beau plâtre blanc et gris : ces « carrières s’étendent dans une grande partie du territoire; elles sont à peu « de profondeur en terre, on les découvre souvent en cultivant les vignes « qui couvrent la colline où elles se trouvent; elles sont placées presque au « pied du coteau, qui est dominé de toutes parts des montagnes les plus éle « vées du pays; la surface de tout le coteau n’est pas sous des pentes uni- « formes, elle est au contraire coupée presque en tous sens par des anciens « ravins qui forment dans ce pays un nombre de petits monticules disposés « sur la croupe générale de la montagne. Ce plâtre est de la première qualité « pour l’intérieur des appartements, mais moins fort que celui de Mont- « martre, et que celui de Salins en Franche-Comté, lorsqu’il est exposé aux « injures de l’air*'. » M. Guettard a donné la description de la carrière à plâtre de Serbeville en Lorraine près de Lunéville : dans cette plâtrière.

a. « Dans les carrières de Montmartre, dit M. Guettard, les bancs sont ordinairement entre- « coupés d’une bande de pierre spéculaire, qui est quelquefois d’un pied, et d’autres fois n’a « que quelques pouces : cette pierre est communément d’un jaune transparent, mais quelque- 0 fois sa couleur est d’un brun ou d’un verdâtre de glaise : elle se trouve ordinairement dans « des terres de l'une ou de l’autre de ces coulem’s, elle y est en petites paillettes ; le total forme « une bande qui n’a que quelques pouces : elle sépare ordinairement le second banc de pierre « à plâtre, qui est un de ceux qui sont au-dessous des pierres veinées; le premier l’est par une « couche de l’autre pierre spéculaire. Cette couche forme communément des masses de morte ceaux arrangés irrégulièrement, de façon cependant qu’on peut la distinguer en deux parties : « je veux dire qu’une partie des morceaux semble pendre du banc supérieur de pierre à plâtre, « et l’autre s’élever du banc intérieur qu’elle sépare ; quelquefois il se trouve des morceaux qui « sont isolés, et qui ont une figure triangulaire dont la base forme un angle aigu et rentrant ; « les autres morceaux qui composent les masses irrégulières des autres couches affectent égale- « ment plus ou moins cette figure, et tous se lèvent par feuillets. »

M. Guettard ajoute qu'il en est à peu près de même de toutes les carrières à plâtre des environs de Paris. Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, anuée 1756, page 239.

b. Note communiquée par M. du Morey, ingénieur en chef de la province de Bourgogne, à M. de Buffon, 22 juillet 1779.

c. « Le canton de Lunéville en Lorraine, dit M. Guettard, ne m’offrit rien de plus curieux « par rapport â l’histoire naturelle, qu'une carrière à plâtre qui est à Serbeville, village peu « éloigné de Lunéville ; les bancs dont cette carrière est composée sont dans cet ordre : 1® un « lit de terre de vingt-huit pieds ; 2® un cordon rougeâtre de deux à trois pieds ; 3® un lit de « châlin noir de quatre pieds; 4® un cordon jaune de deux pieds; 5® un lit de châlin verdâtre « de quatre à cinq pieds; 6® un lit de crasses, moitié bonnes, moitié mauvaises, de trois pieds; « 7“ un lit de quatre pieds de pierres appelées moutons; 8° un filet d’un pouce de turque- « 9® un lit d’un demi-pied de carreau, bon pour la maçonnerie; 10® un lit de piâtre gris d’un « pied; 11® un lit d’un pied de moellon de pierre calcaire jaunâtre, bleuâtre ou mêlée de deux « couleurs et coquillière. On y voit des empreintes de cames, des peignes ou des noyaux de ces « coquilles, et de jolies dendrites noires : ce dernier banc est plus considérable que je ne viens

DU PLATRE ET DU GYPSE

les derniers bancs ne portent pas sur l’argile, mais sur un banc de pierres calcaires mêlées de coquilles; il a aussi parlé de quelques-unes des carrières à plâtre du Dauphiné ®; et, en dernier lieu, M. Praloii a très-bien décrit celle de Montmartre près Paris ^

En Espagne, aux environs de Molina, il y a plusieurs carrières de plâtre on en voit une colline entière à Dovenno près de Liria, et l’on y voit des bancs de plâtre blanc , gris et rouge On trouve aussi du plâtre rouge au sommet d’une montagne calcaire à x\lbaracin, qui paraît être l’un des lieux les plus élevés de l’Espagne % et il y en a de même près d’Alicante, qui est un des lieux les plus bas, puisque cette ville est située sur les bords de la mer; elle est voisine d’une colline dont les bancs inférieurs sont de plâtre de différentes couleurs A

En Italie, le comte Marsigli a donné la description de la carrière à plâtre de Sainl-Eaphaël , aux environs de Bologne, où l’on a fouillé à plus de deux cents pieds de profondeur On trouve aussi du bon plâtre dans plu-

« de le dire, on bien il est suivi d’autres bancs de différentes épaisseurs; on ne les perce que « lorsqu’on fait des canaux pour l’écoulement des eaux des pluies

« Les uns ou les antres des lits ou des bancs de cette carrière, et surtout les petits, forment « des ondulations qui donnent à penser que les dépôts auxquels ils sont dus ont été faits par les « eaux

« Quoique l’on fasse une distinction entre ces plâtres, et qu’on donne à l’un le nom de liane « préférablement à l’autre, celui-ci n’est pas néanmoins réellement noir ; il n’est seulement M qu’un peu moins blanc que l’autre : on met à part le plus blanc, et Ton mêle ensemble toutes « les autres espèces; ces espèces sont le plâtre qu’on appelle par préférence le noir, la crasse, a le rouge, le largue, le mouton et le très-noir. Le rouge est d’une couleur de chair ou de « cerise pâle, le tarque est brun noirâtre, et la crasse tire sur le gris blanc ; le blanc même le « plus beau n’est pas transparent , mais les uns et les autres de ces bancs en fournissent qui « sont fibreux, d’un blanc-sale soyeux, et qui a de la tran“;parence. » Mém. de l'Académie des Sciences, année 1763, pag. 156 et suiv.

a. Voyez les Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné, tome II, pag. 278, 279, 286, 289 et 290.

b. Voyez le Journal de Physique d’octobre 1780 , pag. 289 et suiv.

c. « Il y en a de plus de soixante pieds de profondeur, qui ont plus de trente couches, depuis « deux lignes jusqu’à deux pieds d’épaisseur, qui paraissent avoir été déposées et charriées avec « une gradation successive, selon qu’on le voit par leurs feuillets et leurs couleurs ; mais ce « n’est cependant qu’une seule et même masse de plâtre, variée seulement par l’arrangement « des parties. » Histoire naturelle d’Espagne , par M. Boxvles, pag. 191 et 192.

d. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, page 106.

e. Idem, ibidem.

f. « Au bas de cette montagne, dit M. Bowles, il y a une couche de marne ou terre à chaux O mêlée d’argile, jaune, rouge et grise, laquelle sert de couverture à nue base de plâtre ronge, « blanc, châtain, couleur de rose, noir, gris et jaune, qui est le fondement de toute la mon- « tagne. » Idem, ibidem, p. 84.

g. « Il y a dans ce lieu trois espèces de gypse : dans la première, située parallèlement à « l’horizon et disposée par lits alternatifs avec des lits de terre, est le gypse commun nommé « scaglia par les ouvriers du pays ; on l’employait autrefois tout brut dans les fondations des « tours, et même pour les ornements des portes et des fenêtres; mais à présent, étant brûlé et « réduit en poudre, il passe pour un excellent ciment, surtout si on le mêle avec de la chaux « pour qu’il résiste mieux à Thumidité.

La seconde espace de gypse, appelée scagliola, est située perpendiculairement à Thoriz'on.

DU PLATRE ET DU GYPSE

sieurs provinces de l’Allemagne , et il y en a de très-blanc dans le duché de Wurtemberg.

Dans quelques endroits ® de la Pologne, dit M, Guettard , « le vrai plâtre « n’est pas rare; celui de Robatin (starostie de Russie) est entièrement « semblable au plâtre des environs de Paris, que l’on appelle gnjgnard : il « est composé de morceaux de pierres spéculaires, jaunâtres et brillantes « qui affectent une figure triangulaire; les bancs de cette pierre sont de « toutes sortes de largeurs et d’épaisseurs. » On trouve encore du plâtre et du beau gypse aux environs de Bâle en Suisse, dans le pays de Neufchâtel et dans plusieurs autres endroits de l’Europe.

Il y a de même du plâtre dans file de Chypre, et presque dans toutes les provinces de l’Asie. On en fait des magots à la Chine et aux Indes.

L’on ne peut donc guère douter que cette matière ne se trouve dans toutes les parties du monde, quoiqu’elle se présente seulement dans des lieux particuliers et toujours dans le voisinage de la pierre calcaire; car le plâtre n’étant composé que de substance calcaire réduite en poudre, il ne peut se trouver que dans les endroits peu éloignés des rochers, dont les eaux auront détaché ces particules calcaires, et comme il contient aussi beaucoup d’acide vitriolique, cette combinaison suppose le voisinage de la terre limoneuse, de l’argile et des pyrites, en sorte que les matières plâtreuses ne se seront

« dans les fentes de la montagne : c’est une espèce de talc imparfait , et peut-être la pierre « spéculaire de Pline. On la calcine et on la réduit en poudre très-fine, blanche comme la neige, « dont on fait des figures moulées aussi élégantes que celles du plus beau marbre blanc faites « au ciseau.

(( La troisième espèce de gypse est oblique à l’horizon : elle ressemble à l’alun de plume, et « peut en être une espèce impure et imparfaite.

« On rencontre aussi quelquefois dans les fentes de cette montagne certaine croûte que les « ouvriers appellent œil de gypse et nervature : cette matière reçoit le poli comme le marbre, « et ne cède point au plus bel albâtre par la distribution des taches. » Collection académique , partie étrangère, t. VI, p. 476.

a. « Rzaczynski indique plusieurs endroits de la Pologne qui fournissent du plâtre sous la « forme de pierre spéculaire, ou sous celle qui lui est le plus ordinaire : selon cet auteur, la « pierre spéculaire est commune entre Crovie et Sonez, dans le village de Posadza (situé, « comme les deux derniers endroits , dans la petite Pologne ), le palatinat de Russie, et près le « village de Marchocice; elle est abondante proche Podkamien; les caves de Saruki sont creu- « sées dans des roches de cette pierre

« L’autre espèce déplâtré se tire en grande Pologne, près Goska, distant de deux lieues de

« Keiuia, près Vapuo; du canton de Paluki, et dans d’autres endroits de la petite Pologne

« Les campagnes de Skala-Tremboavla en ont qui ressemble à de l’albâtre, et auquel il ne « manque que de la dureté pour être , selon Rzaczynski , regardé comme un marbre. Ces « endroits ne sont pas les seuls qui fournissent de cette pierre : on en rencontre çà et là, sui-

« vaut cet auteur On trouve encore du plâtre à Bolestraszice, à Lakodow, à dix lieues du

« Léopol, dans le palatinat de Russie; ce plâtre est transparent. Ton en fait des vitres; ce « n’est sans doute que de la pierre spéculaire. Celui que les Italiens appellent alun-scagliola , « et qui n’est que de la pierre spéculaire, se trouve à Zawale et à Czariiakozynce. Ces endroits « donnent également du plâtre ordinaire et blanc; ils sont de Podolie ou du territoire de « Rumiiiice. » Mémoire de M. Guettard, dans ceux de l'Académie des Sciences, année 1762, pag. 301 et 302.

DU PLATRE ET DU GYPSE

formées, comme nous l’avons dit , que dans les terrains où ces deux circonstances se trouvent réunies.

Quelque hautes que soient certaines collines à plâtre, il n’est pas moins certain que toutes sont d’une formation plus nouvelle que celle des collines calcaires : outre les preuves que nous en avons déjà données, cela peut se démontrer par la composition même de ces éminences plâtreuses; les couches n’en sont pas arrangées comme dans les collines calcaires; quoique posées horizontalement, elles ne suivent guère un ordre régulier, elles sont placées confusément les unes sur les autres, et chacune de ces couches est de matière différente; elles sont souvent surmontées de marne ou d’argile, quelquefois de tuffeau ou de pierres calcaires en débris et aussi de pyrites, degrés et de pierre meulière : une colline à plâtre n’est donc qu’un gros tas de décombres amenés par les eaux dans un ordre assez confus , et dans lequel les lits de poussière calcaire qui ont reçu les acides des lits supérieurs sont les seuls qui se soient convertis en plâtre. Cette formation récente se démontre encore par les ossements d’animaux terrestres ® qu’on trouve dans ces couches de plâtre, tandis qu’on n’y a jamais trouvé de coquilles marines. Enfin elle se démontre évidemment , parce que dans cet immense tas de décombres, toutes les matières sont moins dures et moins solides que dans les carrières de pierres anciennes. Ainsi la nature, même dans son désordre, et lorsqu’elle nous paraît n’avoir travaillé que dans la confusion, sait tirer de ce désordre même des effets précieux et former des matières utiles, telles que le plâtre, avec de la poussière inerte et des acides destructeurs; et comme cette poussière de pierre, lorsqu’elle est fortement imprégnée d’acides, ne prend pas un grand degré de dureté, et que les couches de plâtre sont plus ou moins tendres dans toute leur étendue, soit en longueur ou en largeur, il est arrivé que ces couches, au lieu de se fendre comme les couches de pierre dure par le dessèchement de distance en distance sur leur longueur, se sont au contraire fendues dans tous les sens, en se renflant tant en largeur qu’en longueur; et cela doit arriver dans toute matière molle qui se renfle d’abord par le dessèchement avant de prendre sa consistance. Cette même matière se divisera par ce renflement en prismes plus ou moins gros et à plus ou moins de faces, selon qu’elle sera plus ou moins tenace dans toutes ses parties. Les couches de pierre au contraire, ne se renflant point par le dessèchement, ne se sont fendues que par leur retraite et de loin en loin, et plus fréquemment sur leur longueur que sur leur largeur, parce que ces matières plus dures avaient trop de consistance, même avant

O. Nous avons au Cabinet du Roi des mâchoires de cerf avec leurs dents, trouvées dans les carrières de plâtre de Montmartre, près Paris L

1 ( a). Indice curieux. C’est de ces carrières à plâtre de Montmartre que Cuvier a tiré, plus tard, tant d’espèces fossiles, et. Ton peut le dire, les premiers matériaux avec lesquels il a commencé le vaste édifice de la paléontologie.

DU PLATRE ET DU GVPSE

le dessèchement, pour se fendre dans ces deux dimensions, et que dès lors les fentes perpendiculaires n’ont pu se faire que par effort sur l’endroit le plus faible, où la matière s’est trouvée un peu moins dure que le reste de la masse, et qu’enfin le dessèchement seul, c’est-à-dire sans renflement de la matière, ne peut la diviser que très-irrégulièrement et jamais en prismes ni en aucune autre figure régulière.

DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIÈRES VITREUSES ET DE SUBSTANCES CALCAIRES.

Dès que les eaux se furent emparées du premier débris des grandes masses vitreuses, et que la malière calcaire eut commencé à se produire dans leur sein par la génération des coquillages, bientôt ces détriments vitreux et calcaires furent transportés, déposés tantôt seuls et purs, et tantôt mélangés et confondus ensemble suivant les différents mouvements des eaux. Les mélanges qui s’en formèrent alors durent être plus ou moins intimes, selon que ces poudres étaient ou plus ténues ou plus grossières , et suivant que la mixtion s’en fît plus ou moins complètement. Les mélanges les plus imparfaits nous sont représentés par la marne, dans laquelle l’argile et la craie sont mêlées sans adhésion, et confondues sans union proprement dite. Une autre mixtion un peu plus intime est celle qui s’est faite, par succession de temps, de l’acide des argiles* qui s’est déposé sur les bancs calcaires, et en ayant pénétré l’intérieur les a transformés en gypse et en plâtre. Mais il y a d’autres matières mixtes, où les substances argileuses et calcaires sont encore plus intimement unies et combinées, et qui paraissent appartenir de plus prèsaux grandes et antiques formations de la nature: telles sont ces pierres qui, avec la forme feuilletée des schistes, et ayant en effet l’argile pour fond de leur substance, offrent en même temps dans leur texture une figuration spathique, semblable à celle de la pierre calcaire, et contiennent réellement des éléments calcaires intimement unis et mêlés avec les parties schisteuses. La première de ces pierres mélangées est celle

1. Vacille des argiles est l'acide silicique (voyez la note 2 de la page 512 du IX« volume, et la note 2 delà page 77 du volume actuel). — L’acide silicique n’a pu transformer les bancs calcaires en gygse et en plâtre ; mais, dans l'argile, il se trouve souvent des pyrites ou sulfures de fer (voyez la note 2 de la page 77), qui, en se décomposant au contact de l’air, produisent de l’acide sulfurique. « On observe fréquemment dans les argiles de tous les âges des coquilles « dont le test est en partie transformé à l’état de chaux sulfatée, par suite de la décomposition « de pyrites de fer, qui a donné naissance à de l’acide sulfurique, puis à de la chaux sulfatée » (Dufrénoy.)

Page 1