‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 36 sur 105 · DES PIERRES COMPOSÉES, ETC. 1S · texte numérisé non relu

DES PIERRES COMPOSÉES, ETC. 1S

que les minéralogisles ont désignée sous le nom bizarre de pierre de corne “ ' . Elle se trouve souvent en grandes masses adossées aux montagnes de granités, ou contiguës aux schistes qui les revêtent et qui forment les montagnes du second ordre. Or, cette position semble indiquer l’époque de la formation de ces schistes spalhiques, et la placer, ainsi que nous l'avons indiqué, au temps de la production des dernières argiles et des premières matières calcaires qui durent en effet être contemporaines; et ce premier mélange des détriments vitreux et calcaires paraît être le plus intime comme le plus ancien de tous : aussi la combinaison de l’acide des couches argileuses, déposées postérieurement sur des bancs calcaires, est bien moins parfaite dans la pierre gypseuse, puisqu’elle est bien plus aisément réductible que ne l’est la pierre de corne, qui souffre, sans se calciner, le feu nécessaire pour la fondre. La pierre à plâtre au contraire se cuit et se calcine à une médiocre chaleur : on sait de même que de simples lotions, ou un précipité par l’acide , suffisent pour faire la séparation des poudres calcaires et argileuses dans la marne, parce que ces poudres y sont restées dans un état d’incohérence, qu’elles n’y sont pas mêlées intimement, et qu’elles n’ont point subi la combinaison qui leur eût fait prendre la figuration spathique, véritable indice de la lapidification calcaire.

Cette de corne est plus dure que le schiste simple, et en diffère par la quantité plus ou moins grande de matière calcaire qui fait toujours partie de sa substance : on pourrait donc désigner cette pierre sous un nom moins impropre que celui de pierre de corne, et même lui donner une dénomination précise, en l’appelant schiste spathique, ce qui indiquerait en même temps et la substance schisteuse qui lui sert de base, et le mélange calcaire qui en modifie Informe et en spécifie la nature ^ Et ces pierres de corne ou

a. Ce nom de pierre de corne [hornslein ) avait d’abord été donné par les mineurs allemands à ces silex en lames qui , par leur couleur brune et leur demi-transparence, offrent quelque ressemblance avec la corne ; mais Wallerius a changé cette acception, qui du moins était fondée sur une apparence, et les minéralogistes, d’après lui , appliquent , sans aucune analogie entre le mot et la chose, cette dénomination de pierre de corne aux schistes spathiques plus ou moins calcaires dont nous parlons.

h. Quoique M. de Saussure reproche aux minéralogistes français d’avoir méconnu la pierre de corne, et de Tavoir confondue, sous le nom de schiste, avec toutes sortes de pierres qui se divisent par feuillets, soit argileuses , soit marneuses ou calcaires {Voyage dans les Alpes, t. I , p. 77 ), il est pourtant vrai que ces mêmes minéralogistes n’ont fait qu’une erreur infiniment plus légère que celle où il tombe lui-mème en rangeant les roches primitives au nombre des roches feuilletées ; mais, sans insister sur cela, nous observerons seulement que le nom de schiste ne désigna jamais chez les bons naturalistes aucune pierre feuilletée purement calcaire ou marneuse, et que, dans sa véritable acception , il signifia toujours spécialement les pierres argileuses qui se divisent naturellement par feuillets, et qui sont plus ou moins mélangées d’autres substances, mais dont la base est toujours l’argile : or la pierre de corne n’est en effet qu’une espèce de ces pierres mélangées de parties argileuses et calcaires, et nous croyons

1. Cornéenne ou amphibole compacte (voyez la note de la page 41 ). L’amphibole se compose de silice, de chaux, de magnésie et d’oxyde de fer, avec des traces d'alumine , d’eau, et d’oxyde de manganèse.

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