Voyez la note 2 de la page
DE LA TERRE VÉGÉTALE
encore les déchets de tout ce qui sert à l’usage de l’homme, les particules de l’or et de l’argent , et de tous les autres métaux et matières de toute nature qui s’usent par les frottements, on doit par conséquent y trouver une petite quantité d’or ou de tout autre métal.
C’est donc de cette terre , de celte poussière que nous foulons aux pieds , que la nature sait tirer ou régénérer la plupart de ses productions en tous genres; et cela serait-il possible si cette même terre n’était pas mélangée de tous les principes organiques et actifs qui doivent entrer dans la composition des êtres organisés et des corps figurés?
La terre limoneuse, ayant été entraînée par les eaux courantes et déposée au fond des mers, accompagne souvent les matières végétales qui se sont converties en charbon de terre; elle indique par sa couleur les affleurements extérieurs des veines de ce charbon. «Nous observerons, dit M. de «Gensane, que dans tous les endroits où il se trouve des charbons de « terre ou d’autres substances bitumineuses, on aperçoit des terres fauves « plus ou moins foncées, qui, dans les Gévennes surtout, forment un indice « certain du voisinage de ces charbons. Ces terres, bien examinées, ne sont « autre chose que des roches calcaires, dissoutes par un acide qui leur fait « contracter une qualité ferrugineuse , et conséquemment cette couleur « ocreuse : lorsque la dissolution de ces pierres est en quelque sorte par- « faite, les terres rouges qui en proviennent , prennent une consistance « argileuse, et forment de véritables bols ondes ocres naturtlles “. » J’avoue que je ne puis être ici du sentiment de cet habile minéralogiste : ces terres fauves, qui se trouvent toujours dans le voisinage des charbons de terre, ne sont que des couches de terre limoneuse; elles peuvent être mêlées de matière calcaire , mais elles sont en elles-mêmes le produit de la décomposition des végétaux; le fer qu’elles contenaient se change en rouille par l’humidité, et le bol, comme je l’ai dit, n’est que la partie la plus fine et la plus atténuée de cette terre limoneuse, qui n’a de commun avec l’argile que d’être, comme elle, ductile et grasse.
De la même manière que la matière végétale plus ou moins décomposée a été anciennement transportée par les eaux et a formé les veines de charbon, de même la matière ferrugineuse, contenue dans la terre limoneuse, a été transportée, soit dans son état de mine en grains, soit dans celui de rouille ; nous venons de parler de ces mines de fer en grains, transportées par alluvion et déposées dans les fentes des rochers calcaires : les rouilles de fer et les ocres ont été transportées et déposées de même par les eaux de la mer. M. LeMonnier, premier médecin ordinaire du roi, décrit une mine d’ocre qui se trouve dans le Berri près de Yierzon, entre deux lits de sable**. M. Guettard en a observé une autre à Bitry, lien qui n’est pas éloi-
a. Hist. naturelle du Languedoc , t. I , p. 189.
b. « Les herborisatioas que j’ai faites, dit-il, dans la forêt de Yierzon, m’ont conduit si près
DE LA TERHE VÉGÉTALE
gné fie Donzy en Nivernais; elle est à trente pieds de profondeur, et porte, comme celle de Vierzon, sur nmlit de sable qui n’est point mêlé d’ocre® : une autre à Saint-George-sur-la^Prée, dans le Berri , qui est à cinquante ou soixante pieds de profondeur ^ la veine d’ocre portant également sur le
« d’une mine d’ocre, que je n’ai pu me dispenser d’aller l’examiner. On n’en voit pas bem- « coup de cette espèce, et j’ai même ouï dire que c’était la seule 'qui fût en France : elle appar- « tient à un marchand de Tours, qui la fait .exploiter ; elle est située dans la seigneurie de « la Beuvrlère, paroisse de Saint-George, à deux lieues de Vierzon sur les bords du Cher. « Lorsque j’y suis arrivé, les puits étaient remplis d’eau, à l'exception d’un seul dans lequel je « suis descendu ; il est au milieu d’un champ dont la supeidicie est un peu sablonneuse, blan- « châtre, sans que la terre soit . cependant trop maigre. L’ouverture de ce puits est un carré, « dont chacun des côtés peut avoir une toise et demie; sa profondeur est de dix -huit ou « vingt toises; ce ne sont d’abord que différents lits de terre commune et d’un sable rougeâtre : « on traverse ensuite un massif de grès fort tendre, dont le grain est fin et se durcit beaucoup « à l’air; cette masse est épaisse d’environ vingt-quatre pieds; suivent ensuite différents lits de « terre argileuse et de cailloutage; enfin vient un banc de sablon très-fin, blanc et de Fépais- « seur d’un pied: c’est immédiatement au-dessous de ce banc de sable que se trouve la pre- « mière veine d’oore. Cette veine a la même épaisseur que le banc de sablon : elle est horizon- « taie autant que j’en ai pu juger; et, comme on l’aperçoit tout autour du puits, je n’ai pu « décider si elle court du midi au nord , ou si elle suit une antre direction.
« Ce lit d’ocre est suivi par un autre banc de sablon, et celui-ci par une autre veine d’ocre, et « le mineur m’a assuré qu’en creusant davantage, on voit aussi différents lits d’ocre et de sable « se succéder les uns aux autres; je n’en ai vu que deux lits de chacun, parce que le puits où « je suis descendu était tout nouvellement fait. L’ocre est molle, grasse et parfaitement homo- « gène; c’est une chose assez singtdière que la nature ait ainsi réuni les deux contraires, le « sable et l’ocre, savoir la matière la moins liante avec celle qui paraît avoir le plus de ducti- « lité , et cela sans le moindre mélange; car la séparation des veines de sable et d’ocre est parte faite, et n’est pour ainsi dire qu’une ligne géométrique Quand je dis que les veines d’ocre « sont si pures, j’entends qu’il n’y a aucun mélange de sable, et je ne parle pas de quelques « noyaux durs, ferrugineux et de la grosseur du poing, qui sont de véritables pierres œtites, « car on en trouve assez fréquemment dans l’ocre; leur surface est à peu près ronde, et l’épais- « seur de la croûte d’environ deux lignes : elles contiennent un peu d’ocre mêlée d’une terre « ferrugineuse et friable. On n’emploie point d’autre machine pour tirer l’ocre de la carrière « que le tourniquet simple dont se servent nos potiers de terre des environs de Paris; elle est « pâle et presque blanche dans la veine, et jaunit à mesure qu’elle sèche, mais elle devient « rouge quand on la calcine : le sablon qui l’environne n’a de particulier que quelques brillants « talqueux dont il est semé, et son goût vitriolique assez considérable. Toute cette mine est fort « humide, et, malgré la largeur de l’ouverture, l’eau qui distillait des côtés formait an bas une « pluie fort incommode : cette eau sentait aussi le vitriol, et rougissait avec l’infusion de noLx « de galle. » Observations d’histoire naturelle; Paris, 1739, page 118.
a. Les trous que l’on ouvre pour tirer l’ocre n’ont au plus que trente pieds de profondeur
Les matières qui précèdent l’ocre sont : 1® un banc de sable terreux; 2® un banc de glaise qui est d’un blanc cendré ou d’un bleuâtre tirant sur le noir, qui sert à faire de la poterie : ce banc est fort épais ; 3® un autre banc de glaise de couleur tirant sur le violet : il est tantôt plus violet que rouge, tantôt plus rouge que violet ; 4® un petit banc , ou plutôt un lit d’une espèce de grès jaune ou d’un brun jaunâtre; 5® le banc d’ocre, dont l’épaisseur fait au moins le tiers de la hauteur de l’excavation; et 6® un banc de sable qui est sous l’ocre et qu’on ne perce jamais.... L’ocre est très-jaune lorsqu’on la tire de la terre; elle est toujours alors un peu mouillée; elle prend à la superficie, en se desséchant, une couleur légèrement cendrée. Pour la tirer, on la détache du banc en assez gros quartiers avec des eoins de bois coniques, que Ton frappe d’un maillet de bois. Mém. de l’Académie des Sciences, année 1762, pag. 155 et suiv
b. On trouve au-dessus de cette mine d’ocre : 1® quatre à cinq pieds de terre commune; 2° quinze à seize pieds d’une terre argileuse mêlée de cailloutage; 3® trois et quatre pieds de gros sable rouge; 4® cinq à six pieds dhui grès gris et luisant, quelquefois si dur qu’on est
DE LA TERRE VÉGÉTALE
sable; une troisième à Tanay, en Brie, qui n’est qu’à dix-sept à dix-lniitpieds de profondeur, et appuyée de même sur un banc de sable®. « L’ocre, «dit très-bien M. Guettard,est douce au toucher, s’attache à la langue, « devient rouge au feu , s’y durcit, y devient un mauvais verre si le feu « est violent, donne beaucoup de fer avec le phlogistique, et' ne se dissout « pas aux acides minéraux, mais à l’eau commune. » Et il ajoute, avec raison , que toutes les terres qui ont ces qualités peuvent être regardées comme de véritables ocres; mais je ne puis m’empêcher de m’écarter de son sentiment , en ce qu’il pense que les ocres sont des glaises; car je crois avoir prouvé ci-devant que ce sont des terres ferrugineuses, qui ne proviennent pas des glaises ou argiles, mais de la terre végétale ou limoneuse, laquelle contient beaucoup de fer, tandis que les glaises n’en contiennent que très-peu.
On trouve aussi des mines de fer en ocre ou rouille dans le fond des marécages et des autres eaux stagnantes. Le limon des eaux des pluies et des rosées est une sorte de terre végétale qui contient du fer dont les molécules peuvent se rassembler dans cette terre limoneuse au-dessous de l’eau comme au-dessous de la surface de la terre : c’est cette espèce de mine de fer que les minéralogistes ont appelée vem pahistris; elle a les mêmes propriétés et sert au même usage que les autres mines de fer en grains, et son origine primordiale est la même ; ce sont les roseaux, les joncs et les autres végétaux aquatiques, dont les débris, accumulés au fond des marais, y forment les couches de cette terre limoneuse dans laquelle le fer se trouve sous la forme de rouille. Souvent ces mines de marais sont plus épaisses et plus abondantes que les mines terrestres, parce que les couches de terres limoneuses y sont elles-mêmes plus épaisses, par la raison que toutes les plantes qui croissent dans ces eaux y retombent en pourriture, et qu’il ne s’en fait aucune consommation, au lieu que, sur la terre, l’homme et le feu en détruisent plus que la pourriture.
obligé d’employer la poudre pour le rompre; 3® dix à vingt pieds d’une terre brune plus ferme et plus solide gue l’argile; 6® deux ou trois pieds d’une terre jaunâtre aussi fort dure; 7® le bauc d’ocre qui n’a tout au plus que huit à neuf pouces d’épaisseur ; 8® un sable passablement
fin dont on ne connaît pas la profondeur Ici l’ocre ne se trouve point par quartiers séparés,
elle forme un lit continu dans toute sa longueur, et conserve presque partout son épaisseur; elle est tendre dans la mine, et on la coupe aisément avec la bêche; elle est originairement d’un jaune foncé, mais elle pâlit un peu, et durcit en se séchant. L’ocre n’est point mélangée
de glaise d’aucune couleur et elle ne renferme aucun caillou dans son intérieur; seulement
il y a par-dessous une espèce de gravier de l’épaisseur de deux à trois doigts. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1762, pag. 133 et suiv.
a. Cette carrière est ouverte : 1® dans une terre labourable : cette terre est maigre, blanchâtre et a peu de consistance ; elle peut avoir environ trois pieds d’épaisseur ; 2® cinq à six pieds d’une teiTe grise propre à faire de la poterie; 3® huit à neuf pieds d’une autre terre (l’auteur n’en dit pas la nature, mais il est à présumer que c’est aussi une espèce de glaise ) ; 4® environ un pouce d’une terre couleur de lie de vin ; 5® environ un pouce d’une matière pyriteuse qui ressemble à du potin; 6® le banc d’ocre, qui a huit ou neuf pouces et quelquefois un pied^ d’épaisseur; 7® un sable verdâtre qu’on ne perce pas. Idem, ibidem.
DE LA TERRE VÉGÉTALE
.Te ne puis répéter assez que celte couche de terre végétale qui couvre la surface du globe est non-seulement le trésor des richesses de la nature vivante, le dépôt des molécules organiques qui servent à l’entretien des animaux et des végétaux, mais encore le magasin universel des éléments qui entrent dans la composition de la plupart des minéraux : on vient de voir que les bitumes, les charbons de terre, les bols, les ocres, les mines de fer en grains et les pyrites en tirent leur première origine, et nous prouverons de même que le diamant et plusieurs autres minéraux régulièrement figurés se forment dans cette même terre, matrice de tous les êtres
Comme cette dernière assertion pourrait paraître hasardée, je dois rappeler ici ce que j’ai écrit en 1772 sur la nature du diamant, quelques années avant qu’on eût fait les expériences par lesquelles on a démontré que c’était une substance inflammable; je l’avais présumé^ par l’analogie de sa puissance de réfraction, qui, comme celle de toutes les huiles et autres substances inflammables, est proportionnellement beaucoup plus grande que leur densité. Cet indice, comme l’on voit, ne m’avait pas trompé, puisque deux ou trois ans après on a vu des diamants s’enflammer et brûler au foyer du miroir ardent. Or, je prétends que le diamant qui prend une figure régulière et se cristallise en octaèdre est un produit immédiat de la terre végétale; et voici la raison que je puis en donner d’avance, en attendant les preuves plus particulières que je réserve pour l’article où je traiterai de cette brillante production de la terre. On sait que les diamants, ainsi que plusieurs autres pierres précieuses, ne se trouvent que dans les climats du Midi, et qu’on n’a jamais trouvé de diamants dans le Nord, ni m'-me dans les terres des zones tempérées; leur formation dépend donc évidemment de l’influence du soleil sur les premières couches de la terre, car la chaleur propre du globe est à très-peu près la même à une petite profondeur dans tous les climats froids ou chauds : ainsi , ce ne peut être que par cette plus grande influence du soleil sur les terres des climats méridionaux que le diamant s’y forme à l’exclusion de tous les autres climats; et comme cette influence agit principalement sur la couche la plus extérieure du globe, c’est-à-dire sur celle de la terre végétale, et qu’elle n’a nulle action sur les couches intérieures, on ne peut attribuer qu’à cette même terre végétale la formation du diamant et des autres pierres précieuses qui ne se trouvent que dans les contrées du Midi; d’ailleurs l’inspection nous a démontré que la gangue du diamant est une terre rouge semblable à la
a. Tome IX.
1. Matrice de tous les êtres : expression bien pompeuse, et qui pourtant a un côté vrai. La terre végétale, formée elle-même des débris de toutes les substances organiques eX minérales, (voyez la note 3 de la page 192), sert, à son tour, à la formation et au développement de tous les êtres.