‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 47 sur 105 · Voyez la note de la page 33 du IX® volume · texte numérisé non relu

Voyez la note de la page 33 du IX® volume

DE LA TERRE VÉGÉTALE

terre limoneuse. Ces considérations seules suffiraient pour prouver en général que tous les minéraux qui ne se trouvent que sous les climats les plus chauds, et le diamant ' en particulier, ne sont formés que par les éléments contenus dans la terre végétale, et combinés avec la lumière et la chaleur que le soleil y verse en plus grande quantité que partout ailleurs.

Nous avons dit qu’il n’y a rien de combustible dans la nature que ce qui provient des êtres organisés j nous pouvons avancer de même qu’il n’y a rien de régulièrement figuré dans la matière que ce qui a été travaillé par tes molécules organiques, soit avant , soit après la naissance de ces mêmes êtres organisés : c’est par la grande quantité de ces molécules organiques contenues dans la terre végétale que se fait la production de tous les végétaux et l’entretien des animaux j leur développement, leur accroissement ne s’opèrent que par la susception de ces mêmes molécules qui pénètrent aisément toutes les substances ductiles; mais lorsque ces molécules actives ne rencontrent que des matières dures et trop résistantes, elles ne peuvent les pénétrer, et tracent seulement à leur superficie les premiers linéaments de l’organisation qui forment les traits de leur figuration.

Mais revenons à la terre végétale prise en masse, et considérée comme la première couche qui enveloppe le globe. Il n’y a que très-peu d’endroits sur la terre qui ne soient pas couverts de celte terre : les sables brûlants de l’Afrique et de l’Arabie, les sommets nus des montagnes composées de quartz ou de granité, les régions polaires, telles que Spitzberg et Sandwich, sont les seules terres où la végétation ne peut exercer sa puissance, les seules qui soient dénuées de cette couche de terre végétale, qui fait la couverture et produit la parure du globe. « Les roches pelées et stériles de la « terre de Sandwich, dit M. Forster, ne paraissent pas couvertes du « moindre grain de terreau , et on n’y remarque aucune trace de végéta-

« tion Dans la baie de Possession, nous avons vu deux rochers où la

« nature commence son grand travail de la végétation elle a déjà formé « une légère enveloppe de sol au sommet des rochers, mais son ouvrage « avance si lentement, qu’il n’y a encore que deux plantes, un gramen et

« une espèce de pimprenelle A la terre de Feu , vers l’ouest , et à la

« terre des États, dans les cavités et les crevasses des piles énormes de « rochers qui composent ces terres, il se conserve un peu d’humidité, et le a frottement continuel des morceaux de roc détachés, précipités le long a des flancs de ces masses grossières, produit de petites particules d’une « espèce de sable : là, dans une eau stagnante, croissent peu à peu quel- « ques plantes du genre des algues, dont les graines y ont été portées par

a. C’est plutôt que le travail de la nature expire sur ces extrémités polaires ensevelies déjà parles progrès du relroidisscment, et qui sont à jamais perdues pour la nature viv, nte.

1. Le diamant est le carbone pur. M. Despretz est parvenu, de nos jours, à le reproduire artificiellement.

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« les oiseaux : ces plantes créent à la fin de chaque saison des atomes de « terreau , qui s’accroît d’une année à l’antre; les oiseaux, la mer et le vent « apportent d’une île voisine sur ce commencement de terreau les graines « de quelques-unes des plantes à mousse qui y végètent durant la belle « saison. Quoique ces plantes ne soient pas véritablement des mousses,

« elles leur ressemblent beaucoup Toutes, ou du moins la plus grande

« partie, croissent d’une manière analogue à ces régions, et propre à for- « mer du terreau et du sol sur les rochers stériles. A mesure que ces plantes « s’élèvent, elles se répandent en tiges et en branches qui se tiennent aussi « près l’une de l’autre que cela est possible; elles dispersent ainsi de nou- <( velles graines, et enfin elles couvrent un large canton ; les fibres, les « racines, les tuyaux et les feuilles les plus inférieures tombent peu à peu en « putréfaction, produisent une espèce de tourbe ou de gazon, qui insensi- « blement se convertit en terreau et en sol ; le tissu serré de ces plantes « empêche l’humidité qui est au-dessous de s’évaporer, fournit ainsi à la « nutrition de la partie supérieure, et revêt à la longue tout l’espace d’une

« verdure constante Je ne puis pas oublier, ajoute ce naturaliste voya-

« geur, la manière particulière dont croît une espèce de gramen dans l’île « du Noiivel-An, près de la Terre-des-États, et à la Géorgie australe. Ce « gramen est perpétuel , et il aflfonte les hivers les plus froids; il vient tou- « jours en touffes ou panaches à quelque distance l’un de l’autre : chaque « année les bourgeons prennent une nouvelle tête, et élargissent le panache « jusqu’à ce qu’il ait quatre ou cinq pieds de haut, et qu’il soit deux ou « trois fois plus large au sommet qu’au pied. Les feuilles et les tiges de ce « gramen sont fortes et souvent de trois à quatre pieds de long. Les pho- « ques et les pingouins se réfugient sous ces touffes, et comme ils sortent « souvent de la mer tout mouillés, ils rendent si sales et si boueux les sen- « tiers entre les panaches, qu’un homme ne peut y marcher qu’en sautant « de la cime d’une touffe à l’autre. Ailleurs les oiseaux appelés nigauds « s’emparent de ces touffes et y font leurs nids : ce gramen et les éjections « des phoques, des pingouins et des nigauds donnent peu à peu une éléva- « tion plus considérable au sol du pays“. »

On voit, par ce récit, que la nature se sert de tous les moyens possibles pour donner à la terre les germes de sa fécondité, et pour la couvrir de ce terreau ou terre végétale qui est la base et la matrice de toutes ses productions. Nous avons déjà exposé, à l’article des volcans'^, comment les laves et toutes les autres matières vulcanisées se convertissent avec le temps en terre féconde ; nous avons démontré la conversion du verre primitif en argile par l’intermède de l’eau : cette argile, mêlée des détriments des ani-

a. Voyez les Observations de M. Forster, à la suite du Second Voyage de Cook, tome V, page 30 et suiv.

b. Voyez les Époques de la Nature, article des laves. Tome IX.

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maux marins, n’a pas été longtemps stérile ; elle a bienlôt produit et nourri des plantes, dont la décomposition a commencé de former les couches de terre végétale, qui n’ont pu qu’augmenter partout où ce travail successif de la nature n’a point trouvé d’obstacle ou souffert de déchet.

On a vu ci-devant que l’argile et le limon, ou, si l’on veut, la terre argileuse et la terre limoneuse, sont deux matières fort différentes, surtout si l’on compare l’argile pure au limon pur, l’une ne provenant que du verre primitif décomposé par les éléments humides, et l’autre n’étant au contraire que le résidu ou produit ultérieur de la décomposition des corps organisés; mais dès que les couches extérieures de l’argile ont reçu les bénignes impressions du soleil , elles ont acquis peu à peu tous les principes de la fécondité par le mélange des poussières de l’air et du sédiment des pluies; et bientôt les argiles couvertes ou mêlées de ces limons terreux sont devenues presque aussi fécondes que la terre limoneuse ; toutes deux sont également spongieuses, grasses, douces au toucher, et susceptibles de concourir à la végétation par leur ductilité : ces caractères communs sont cause que ni les minéralogistes, ni même les chimistes, ne les ont pas assez distinguées, et que l’on trouve en plusieurs endroits de leurs écrits le nom de terre argileuse, au lieu de celui de terre limoneuse. Cependant il est très-essentiel de ne les pas confondre, et de convenir avec nous que les terres primitives et simples peuvent se réduire à trois : l’argile, la craie et la terre limoneuse, qui toutes trois diffèrent par leur essence autant que par leur origine.

Et quoique la craie ou terre calcaire puisse être regardée comme une terre animale, puisqu’elle n’a été produite que par les détriments des coquilles', elle est néanmoins plus éloignée que l’argile de la nature de la terre végétale; car cette terre calcaire ne devient jamais aussi ductile : elle se refuse longtemps à toute fécondation; la sécheresse de ses molécules est si grande, et les principes organiques qu’elle contient sont en si petite quantité, que par elle-même elle demeurerait stérile à jamais, si le mélange de la terre végétale ou de l’argile ne lui communiquait pas les éléments de la fécondation. Nous avons déjà eu occasion d’observer que les pays de craie et de pierre calcaire sont beaucoup moins fertiles que ceux d’argile et de cailloux vitreux : ces mêmes cailloux, loin de nuire à la fécondité, y contribuent en se décomposant ; leur surface blanchit à l’air, et s’exfolie avec le temps en poussière douce et ductile; et comme cette poussière se trouve en même temps imprégnée du limon des rosées et des pluies, elle forme bientôt une excellente terre végétale, au lieu que la pierre calcaire, quoique réduite en poudre, ne devient pas ductile, mais demeure aride, et n’acquiert jamais autant d’affinité que l’argile avec la terre végétale : il lui

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