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DE LA TERRE VÉGÉTALE
faut donc beaucoup plus de temps qu’à l’argile pour s’atténuer au point de devenir féconde. Au reste, toute terre purement calcaire, et tout sable encore aigre et purement vitreux, sont à peu près également impropres à la végétation, parce que le sable vitreux et la craie ne sont pas encore assez décomposés, et n’ont pas acquis le degré de ductilité nécessaire pour entrer seuls dans la composition des êtres organisés.
Et comme l’air et l’eau contribuent beaucoup plus que la terre à l’accroissement des végétaux, et que des expériences bien faites nous ont démontré que dans un arbre, quelque solide qu’il soit, la quantité de terre qu'il a consommée pour son accroissement ne fait qu’une très-petite portion de son poids et de son volume, il est nécessaire que la majeure et très-majeure partie de sa masse entière ait été formée par les trois autres éléments, l’air, l’eau et le feu : les particules de la lumière et de la chaleur se sont fixées avec les parties aériennes et aqueuses pendant tout le temps du développement de toutes les parties du vcigétal. Le terreau et le limon sont donc produits originairement par ces trois premiers éléments combinés avec une très-petite portion de terre : aussi la terre végétale contient-elle très-abondamment et très-évidemment tous les principes des quatre éléments réunis aux molécules organiques, et c’est par cette raison qu’elle devient la mère de tous les êtres organisés et la matrice de tous les corps figurés '.
J’ai rapporté, dans mon Mémoire sur la force du bois “, des essais sur différentes terres dont j’avais fait remplir de grandes caisses, et dans lesquelles j’ai semé des graines de plusieurs arbres : ces épreuves suffisent pour démontrer que ni les sables calcaires, ni les argiles, ni les terreaux trop nouveaux, ni les fumiers, tous pris séparément, ne sont propres à la végétation j que les graines les plus fortes, telles que les glands, ne poussent que de très-faibles racines dans toutes ces matières, où ils ne font que languir et périssent bientôt : la terre végétale elle-même, lorsqu’elle est réduite en parfait limon et en bol , est alors trop compacte pour que les racines des plantes délicates puissent y pénétrer; la meilleure terre, après la terre de jardin, est celle qu’on appelle terre franche, qui n’est ni trop massive, ni trop légère, ni trop grasse, ni trop maigre, qui peut admettre l’eau des pluies, sans la laisser trop promptement cribler, et qui néanmoins ne la retient pas assez pour qu’elle y croupisse. Mais c’est au grand art de l’agriculture que l’histoire naturelle doit renvoyer l’examen particulier des propriétés et qualités des différentes terres soumises à la culture : l’expérience du laboureur donnera souvent des résultats que la vue du naturaliste n’aura pas aperçus.
Dans les pays habités, et surtout dans ceux où la population est nom-
a. Voyez tome XII de cette édition.