‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 64 sur 105 · Obsidienne hyaline · texte numérisé non relu

Obsidienne hyaline

DES MATIÈRES VOLCANIQUES

morceaux de gallinace, mais en petite quantité; et M. de Saint-Fond n’en a trouvé qu’en un seul endroit du Yivarais, dans les environs de Rochemaure : ce morceau est tout à fait semblable à la gallinace d’Islande; il est de même très-noir et d’une substance dure, donnant des étincelles avec l’acier, mais on y voit des bulles de la grosseur de la tête d’une épingle, toutes d’une rondeur exacte “, ce qui paraît être une démonstration de plus de sa formation par le feu.

Indépendamment de toutes les variétés dont nous venons de faire mention, il se trouve très-fréquemment dans les terrains volcanisés des brèches et des poudingues que M, de Saint-Fond distingue, avec raison^, par la différence des matières dont ils sont composés.

facile à briser, et qui gâtent la superficie : on soupçonne qu’elle n’est qu’une composition : à la vérité, il se trouve encore dans les coulées des pierres de cette espèce, mais rien n’empêche de croire qu’on a pu les fondre pour en perfectionner la figure et la qualité.

La pierre de gallinace est extrêmement dure, mais aussi cassante que la pierre à feu ; son nom vient de sa couleur, aussi noire que celle du gallinazo. Les miroirs de cette pierre sont travaillés des deux côtés et fort bien arrondis ; leur poli ne le cède en rien à celui de la pierre d’incas : entre ces derniers miroirs, il s’en trouve de plats, de concaves et de convexes, et fort bien travaillés. On connaît encore des carrières de cette pierre; mais les Espagnols n’en font aucun cas, parce qu’avec de la transparence et de la dureté, cette pierre a des pailles. Histoire générale des Voyages, t. XIII , pag. 577 et 578.

a. Recherches sur les volcans éteints, etc., pag. 172.

b. a Les brèches volcaniques sont remaniées par le feu, et amalgamées avec des laves plus « modernes qui s’en emparent pour en former un seul et même corps... Ces brèches imitent « certains marbres, certains porphyres composés de morceaux irréguliers de diverses matières... « Lorsque les fragments de lave encastrés dans ces brèches ont été primitivement roulés et « arrondis, ou par les eaux, ou par d’autres circonstances, cette brèche doit prendre, à cause « de l’arrondissement des pierres, le nom de poudingue volcanique, pour la distinguer de la « véritable brèche volcanique dont les fragments sont irréguliers. » Idem, ibid., p. 173.

Ces dernières brèches se trouvent souvent en très-grandes masses ; l’église cathédrale et la plupart des maisons de la ville du Puy-en-Velay sont construites d’une brèche volcanique, dont il y a de très-grands rochers à la montagne de Danis. Cette brèche est quelquefois en masses irrégulières; mais, pour l’ordinaire, elle est posée par couches fort épaisses, qui ont été produites par les éruptions de l’ancien volcan de Danis. Il y a près du château de Rochemaure des masses énormes d’une autre brèche volcanique formée par une multitude de très-petits éclats irréguliers de basalte noir, dur et sain, de quelques grains de schorl noir vitreux, le tout confondu et mêlé de fragments d’une pierre blanchâtre et tirant un peu sur la couleur de rose tendre. « Cette pierre, ajoute M. de Saint-Fond , a le grain fin et serré, et parait avoir été vive- « ment calcinée; mais elle ne fait aucune effervescence avec les acides, et c’est peut-être une « pierre argileuse qui a perdu une partie de son gluten et de son éclat : elle est aussi tachetée « de très-petits points noirs qui pourraient être du schorl altéré, ou des points ferrugineux ; il « y a aussi dans ces brèches volcaniques des zones de spath calcaire blanc , et même de « grandes bandes qui paraissent être l’ouvrage de l’eau... D’autres brèches contiennent des « fragments de quartz roulés et arrondis, du jaspe un peu brûlé, et le reste de la masse est un « composé d’éclats de basalte de différentes grandeurs, parmi lesquels il se trouve aussi du spath « calcaire, des points de schorl, des agates rouges en fragments de la nature des cornalines, « des pierres calcaires, le tout agglutiné par une pâte jaunâtre qui ressemble à une espèce de « matière sablonneuse... Une autre est composée de fragments de basalte noir encastrés dans « une pâte de spath calcaire blanc et en masse... Un de ces poudingues volcaniques est composé « de morceaux de basalte noir, durs et arrondis, et il contient de même des cailloux de granité « roulés et des noyaux de feldspath arrondis, le tout lié par une pâte graniteuse composée

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La pouzzolane’ n’est que le détriment des matières volcaniques: vue à la loupe elle présente une multitude de grains irréguliers ; on y voit aussi des points de schorl noir détachés, et très-souvent de petites portions de basalte pur ou altéré. On trouve de la pouzzolane dans presque tous les cantons volcanisés, particulièrement dans les environs des cratères ; il y en a plusieurs espèces et de différentes couleurs dans le Yivarais et en plus grande abondance dans le Yelay“.

Et je crois qu’on pourrait mettre encore au nombre des pouzzolanes cette matière d’un rouge ferrugineux qui se trouve souvent entre les couches des basaltes, quoiqu’elle se présente comme une terre bolaire qui happe à la langue et qui est grasse au toucher. En la regardant attentivement, on y voit beaucoup de paillettes de schorl noir, et souvent même des portions de lave qui n’ont pas encore été dénaturées et qui conservent tous les caractères de la lave; mais ce qui prouve sa conformité de nature avec la pouzzolane, c’est qu’en prenant dans cette matière rouge celle qui est la plus liante, la plus pâteuse, on en fait un ciment avec de la chaux vive, et que dans ce ciment le liant de la terre s’évanouit, et qu’il prend consistance dans l’eau comme la plus excellente pouzzolane ^

Les pouzzolanes ne sont donc pas des cendres, comme quelques auteurs Font écrit, mais de vrais détriments des laves et des autres matières vulcanisées; au reste il me paraît que notre savant observateur assure trop généralement qu’il n’y a point de véritables cendres dans les volcans, et qu’il n’y existe absolument que la matière de la lave cuite, recuite, calcinée, réduite ou en scories graveleuses, ou en poudre line : d’abord il. me semble que, dans tout le cours de son ouvrage, l’auteur est dans l’idée que la lavese forme dans le gouffre ou foyer même du volcan, et qu’elle est projetée hors du cratère sous sa forme liquide et coulante; tandis qu’au contraire la lave ne se forme que dans les éminences ou monceaux de matières ardentes rejetées et accumulées, soit au-dessus du cratère% comme dans le Yésuve, soit à quelque distance des bouches d’éruption, comme dans l’Etna ; la lave ne se forme donc que par une vitrification postérieure à l’éjection, et cette vitrification ne se fait que dans les monceaux de matières rejetées; elle ne

« de feldspath, de mica et de quelques poiuts de schorl noir. » Recherches sur les volcans éteints, etc., pag. 176 et suiv.

a. Idem, ibidem, p. 181.

b. Idem, p. 180.

c. Voyez, dans le volume II, l’article qui a rapport aux basaltes et aux laves.

1. « Le volcan commence par lancer des fumées abondantes, composées de gaz divers et de « vapeurs d’eau, puis des matières pulvérulentes, dont la quantité devient quelquefois immense « et qu’on appelle cendres volcaniques: il s’y joint ensuite, et souvent dès le principe, des « fragments de pierres poreuses incandescentes, nommées rapilli ou lapilli ou pouzzolanes. » (Beudant.)

2. La lave se forme, en effet, dans le foyer même du volcan ; et ce foyer est le noyau même du globe en fusion. (Voyez les notes précédentes sur les volcans).

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sort que du pied de ces éminences ou monceaux, et dès lors cette matière vitrifiée ne contient en effet point de cendres; mais les monceaux eux-mêmes en contenaient en très-grande quantité, et ce sont ces cendres qui ont servi de fondant pour former le verre de toutes les laves. Ces cendres sont lancées hors du gouffre des volcans : et proviennent des substances combustibles qui servent d’aliment à leur feu; les pyrites, les bitumes et les charbons de terre, tous les résidus des végétaux et animaux ' étant les seules matières qui puissent entretenir le feu, il est de toute nécessité qu’elles se réduisent en cendres dans le foyer même du volcan, et qu’elles suivent le torrent de ses projections : aussi plusieurs observateurs, témoins oculaires des éruptions des volcans , ont très-bien reconnu les cendres projetées , et quelquefois emportées fort loin par les vents; et si, comme le dit M. de Saint-Fond, l’on ne trouve pas de cendres autour des anciens volcans éteints, c’est uniquement parce qu’elles ont changé de nature par le laps de temps, et par l’action des éléments humides.

Nous ajouterons encore ici quelques observations de M. de Saint-Fond, au sujet de la formation des pouzzolanes. Les laves poreuses se réduisent en sable et en poussière; les matières qui ont subi une forte calcination sans se fondre, deviennent friables et forment une excellente pouzzolane. La couleur en est jaunâtre, grise, noire ou rougeâtre, en raison des différentes altérations qu’aéprouvéesla matière ferrugineuse qu’elles contiennent®, et il ajoute que c’est uniquement à la quantité du fer contenu dans les laves et basaltes qu’on doit attribuer leur fusibilité : cette dernière assertion me paraît trop exclusive; ce n’est pas en effet au fer, du moins au fer seul, qu’on doit attribuer la fusibilité des laves, c’est au salin contenu dans les cendres rejetées par le volcan, qu’elles ont dû leur première vitrification ; et c’est au mélange des matières vitreuses, calcaires et salines, autant et plus qu’aux parties ferrugineuses, qu’elles doivent la facilité de se fondre une seconde fois. Les laves se fondent comme nos verres factices et comme toute autre matière vitreuse mélangée de parties calcaires ou salines, et en général tout mélange et toute composition produit la fusibilité; car l’on sait que plus les matières sont pures et plus elles sont réfractaires au feu ; le quartz, le jaspe,

a. « L’air et l’humidité attaquent la surface des laves les plus dures : les fumées acides, sul- « fureuses qui s’élèvent dans les terrains volcanisés, les pénètrent , les attendrissent , et chan- « gentleur couleur noire en rouge, et les convertissent en pouzzolane ocreuse... Le basalte lui- « même le plus compacte et le plus dur se convertit en une pouzzolane rouge ou grise, douce au « toucher, et d’une très-bonne qualité; j’ai observé, dit-il, dans le Vivarais, des bancs entiers « de basalte converti en pouzzolane rouge : ces bancs , ainsi décomposés , étaient recouverts « par d’autres bancs intacts et sains, d’un basalte dur et noir... On trouve dans la montagne « de Chenavasi , en Vivarais, le basalte décomposé attenant encore au basalte sam , et on peut « y suivre la dégradation de sa décomposition. » Recherches sur les volcans éteints, etc., page 206.

A l’égard de la substance même des laves en général, M. de Saint-Fond pense « qn’elles ont

l. Voyez la note de la page 302.

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l’argile et la craie purs y résistent également', tandis que toutes les matières mixtes s’y fondent aisément; et cette épreuve serait le meilleur moyen de distinguer les substances simples des matières composées, si la fusibilité ne dépendait pas encore plus de la force du feu que du mélange des matières; car selon moi, les substances les plus simples et les plus réfractaires ne résisteraient pas à cette action du feu si l’on pouvait l’augmenter à un degré convenable.

En comparant toutes les observations que je viens de rapporter, et donnant même aux différentes opinions des observateurs toute la valeur qu’elles peuvent avoir, il me paraît que le feu des volcans peut produire des matières assez semblables aux porphyres et granités, et dans lesquelles le feldspath , le mica et le schorl se reconnaissent sous leur forme propre; et ce fait seul une fois constaté suffirait pour qu’on dut regarder comme plus que vraisemblable la formation du porphyre et du granité par le feu primitif, et à plus forte raison celle des matières premières dont ils sont composés.

Mais , dira-t-on , quelque sensibles que soient ces rapports , quelque plausibles que paraissent les conséquences que vous en tirez, n’avez-vous pas annoncé que la figuration de tous les minéraux n’est due qu’au travail des molécules organiques qui, ne pouvant en pénétrer le fond par la trop grande résistance de leur substance dure, ont seulement tracé sur la superficie les premiers linéaments de l’organisation, c’est-à-dire les traits de la figuration? Or il n’y avait point de corps organisés dans ce premier temps où le feu primitif a réduit le globe en verre; et même est-il croyable que dans ces feux de nos fourneaux ardents où nous voyons se , former des cristaux, il y ait des molécules organiques qui concourent à la forme régulière qu’ils prennent ? Ne suffit-il pas d’admettre la puissance de l’attraction et l’exercice de sa force par les lois de l’affinité pour concevoir que toutes les parties homogènes se réunissant, elles doivent prendre en conséquence des figures régulières, et se présenter sous difi'érentes formes relatives à leur différente nature, telles que nous les voyons dans ces cristallisations?

Ma réponse à cette importante question est que, pour produire une forme

« pour Lase une matière quartzeuse ou vitrifiable unie avec beaucoup de fer, et que leur fusi- « bilité n’est due qu’à ce même fer ; il dit que le basalte est de toutes les matières volcaniques « celle qui est la plus intimement liée et combinée avec les éléments ferrugineux; que le fer y « est très-voisin de l’état métallique, et ejue c’est à cette cause qu’on peut attribuer la facilité « qu’a le basalte de se fondre; que les laves se trouvent plus ou moins altérées, en raison des « différentes impressions et modifications qu’a éprouvées le principe ferrugineux... Qiielapouz- « zolane, le tuffeau les laves tendres, rouges, jaunâtres ou de différentes couleurs, les laves « poreuses, les laves compactes, sont toutes les mêmes quant à leur essence, et ne diffèrent que « par les modifications que le feu ou les vapeurs y ont occasionnées... Qu’enfin la pouzzolane « rouge ou d’un brun rougeâtre, étant une des productions volcaniques non-seulement la plus « riche en fer, mais celle où ce minéral se trouve atténué et le plus à découvert, doit former « un ciment de la plus grande dureté. » Idem, page 207.

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