Sel d'Epsom : ancien nom du sulfate de magnésie
2, La magnésie est Vox.yde du magnésium , comme la chaux est celui du calcium, etc.
d’Epsom cristallisé dans les mines de charbon de Withaven : il était en petites masses solides, transparentes, et en filaments blancs argentins , tantôt réunis, tantôt isolés, dont quelques-uns avaient jusqu’à trois pouces de longueur®.
La saveur de ce sel n’est pas piquante, elle est même fraîche, mais suivie d’un arrière-goût amer ; sa qualité n’est point astringente ; il est donc en tout très-différent de l’alun, et comme il diffère aussi de la sélénite par sa saveur et par sa solubilité dans l’eau, on a jugé que la magnésie qui lui sert de base était une terre entièrement différente de l’argile et de la craie ; d’autant que cette même magnésie combinée avec d’autres acides, tels que l’acide nitreux ou celui du vinaigre, donne encore des sels différents de ceux que l’argile ou la terre calcaire donne en les combinant avec ces mêmes acides : mais si l’on compare ces différences avec les rapports et les ressemblances que nous venons d’indiquer entre la terre calcaire et la magnésie, on ne pourra douter, ce me semble, qu’elle ne soit au fond une vraie terre calcaire, d’abord pénétrée d’acide vitriolique, et ensuite modifiée par l’acide aérien, et peut-être aussi par l’alcali végétal dont elle paraît avoir plusieurs propriétés.
La seule chose qui pourrait faire penser que cette terre magnésie est mêlée d’une petite quantité d’argile, c’est que dans les matières argileuses, elle est si fortement unie à la terre alumineuse qu’on a de la peine à l’en séparer; mais cet effet prouve seulement que la terre de l’alun n’est pas une argile pure, et qu’elle contient une certaine quantité de terre alcaline; ainsi tout considéré, je regarde la magnésie comme une sorte de plâtre * : ces deux matières sont également imprégnées d’acide vitriolique, elles ont les mêmes propriétés essentielles, et quoique la magnésie ne se présente pas en grandes masses comme le plâtre, elle est peut-être en aussi grande quantité sur la terre et dans l’eau ; car on en retire des cendres de tous les végétaux, et plus abondamment des eaux mères, du nitre et du sel marin, autre preuve que ce n’est au fond qu’une terre calcaire modifiée par la végétation et la putréfaction.
L’acide vitriolique en se combinant avec les huiles végétales a formé les bitumes*’, et s’est pleinement saturé; car il n’a plus aucune action sur le bitume qui n’a pas plus de saveur sensible que l’argile et le plâtre dans lesquels cet acide est de même pleinement saturé.
a. Voyez les Éléments de chimie, par M. de Morveau, t. I, p. 132. h. L’acide vitriolique versé sur les huiles d’amande, d’olive, de navette, et même sur les huiles essentielles, les noircit sur-le-champ, et les rend plus solides; le mélange acquiert avec le temps, une consistance et des propriétés qui le rapprochent sensiblement du bitume, quand l’huile est plus terreuse, et de la résine quand l’huile est plus légère et plus volatile... On n’a point examiné l’action de l’acide vitriolique sur les résines , les gommes et les sucs gommo- 1. Voyez la note 2 de la page 384.
Si l’on expose à l’action de l’acide vitriolique les substances végétales et animales dans leur état naturel , «il agit à peu près comme le feu, s’il est « bien concentré; il les dessèche, les crispe et les réduit presque à l’état « charbonneux, et de là on peut juger qu’il en altère souvent les principes « en même temps qu’il les sépare » Ceci prouve bien que cet acide n’est pas uniquement composé des principes aqueux et terreux, comme Stahl et ses disciples l’ont prétendu, mais qu’il contient aussi une grande quantité d’air actif et de feu réel. Je crois devoir insister ici sur ce que j’ai déjà dit à ce sujet, parce que le plus grand nombre des chimistes pensent que l’acide vitriolique est l’acide primitif, et que pour le prouver ils ont tâché d’y ramener ou d’en rapprocher tous les autres acides. Or leur grand maître en chimie a voulu établir sa théorie des sels sur deux idées, dont l’une est générale, l’autre particulière : la première, que l’acide vitriolique est l’acide universel et le seul principe salin qu’il y ait dans la nature, et que toutes les autres substances salines, acides ou alcalines, ne sont que des modifications de cet acide altéré, enveloppé, déguisé par des substances accessoires ; nous n’avons pas adopté cette idée, qui néanmoins a le mérite de se rapprocher de la simplicité de la nature. L’acide vitriolique sera, si l’on veut, le second acide; mais l’acide aérien est le premier, non-seulement dans l’ordre de leur formation, mais encore parce qu’il est le plus pur et le plus simple de tous, n’étant composé que d’air et de feu, tandis que l’acide vitriolique et tous les autres acides sont mêlés de terre et d’eau ; nous nous croyons donc fondés à regarder l’acide aérien comme l’acide primitif, et nous pensons qu’il faut substituer cette idée à celle de ce grand chimiste, qui le premier a senti qu’on devait ramener tous les acides à un seul acide primitif et universel; mais sa seconde supposition, que cet acide universel n’est composé que de terre et d’eau, ne peut se soutenir, non-seulement parce que les effets ne s’accordent point avec la cause supposée, mais encore parce que cette idée particulière et secondaire me paraît opposée, et même contraire à toute théorie, puisque alors l’air et le feu, les deux principaux agents de la nature, seraient exclus de toute substance essentiellement saline et réellement active, attendu que toutes ne contiendraient que ce même principe salin, uniquement composé de terre et d’eau.
Dans la réalité, l’acide est après le feu l’agent le plus actif de la nature , et c’est par le feu et par l’air contenus dans sa substance qu’il est actif, et qu’il le devient encore plus lorsqu’il est aidé de la chaleur, ou lorsqu’il se trouve combiné avec des substances qui contiennent elles-mêmes beaucoup d’air et de feu, comme dans le nitre; il devient au contraire d’autant plus faible qu’il est mêlé d’une plus grande quantité d’eau, comme dans les
résineux... Avec l’acide vitriolique et l’esprit-de-vin on produit l’étlier. Éléments de chimie, par M. de Morveau, t. III, pages 121 et 122. a. Éléments de chimie, par M. de Morveau, t. III, p. 123.
cristaux d’alun, la crème de tartre, les sels ou les sucs des plantes fermentées ou non fermentées , etc.
Les chimistes ont, avec raison, distingué les substances salines par ellesmêmes, des matières qui ne sont salines que par le mélange des principes salins avec d’autres substances : « Tous les acides et alcalis minéraux , « végétaux et animaux, tant fixes que volatils, fluors ou concrets, doivent, « dit M. Macquer, être regardés comme des substances salines par elles- « mêmes 5 il y a même quelques autres substances qui n’ont point de pro- « priétés acides ou alcalines décidées , mais qui ayant celles des sels en « général , et pouvant communiquer les propriétés salines aux composés « dans lesquels elles entrent , peuvent par cette raison être regardées « comme des substances essentiellement salines; tels sont l’arsenic et le sel « sédatif... Toutes ces substances, quoique essentiellement salines, diffèrent « beaucoup entre elles, surtout par les degrés de force et d’activité, et par « leur attraction plus ou moins grande avec les matières dans lesquelles « elles peuvent se combiner; comparez, par exemple, la force de l’acide « vitriolique avec la faiblesse de l’acide du tartre... Les acides minéraux « sont plus forts que les acides tirés des végétaux et des animaux, et parmi « les acides minéraux l’acide vitriolique est le plus fort, le plus inaltérable, « et par conséquent le plus pur, le plus simple, le plus sensiblement et « essentiellement sel...Parmi les autres substances salines, celles qui parais- « sent les plus actives, les plus simples, tels que les autres acides minéraux, « nitreux et marins, sont en même temps celles dont les propriétés se rap- « prochent le plus de celles de l'acide vitriolique. On peut faire prendre à « l’acide vitriolique plusieurs des propriétés caractéristiques de l’acide « nitreux, en le combinant d’une certaine manière avec le principe inflam- « mable, comme on le voit par l’exemple de l’acide sulfureux volatil : les « acides huileux végétaux deviennent d’autant plus forts et plus semblables « à l’acide vitriolique, qu’on les dépouille plus exactement de leurs prin- « cipes huileux; et peut-être parviendrait-on à les réduire en acide vitrio- « liquepur, en multipliant les opérations, et réciproquement l’acide vitrio- « lique et le nitreux, affaiblis par l’eau et traités avec une grande quantité « de matières huileuses, et encore mieux avec l’esprit-de-vin, prennent des « caractères d’acides végétaux.... Les propriétés des alcalis fixes semblent, « à la vérité, s’éloigner beaucoup de celles des acides en général, et par «conséquent de l’acide vitriolique; cependant comme il entre dans la « composition des alcalis fixes une grande quantité de terre , qu’on peut « séparer beaucoup de cette terre par des distillations et calcinations réité- « rées, et qu’à mesure qu’on dépouille ces substances salines de leur prin- « cipe terreux, elles deviennent d’autant moins fixes et d’autant plus déli- « quescentes, en un mot qu’elles se rapprochent d’autant plus de l’acide « vitriolique à cet égard , il ne paraîtra pas hors de vraisemblance que les
« alcalis ne puissent devoir leurs propriétés salines à un principe salin « de la nature de l'acide vitriolique, mais beaucoup déguisé par la quan- « tité de terre, et vraisemblablement des principes inflammables auxquels « il est joint dans ces combinaisons; et les alcalis volatils sont des matières « salines essentiellement de même nature que l’alcali fixe, et qui ne doivent « leur volatilité qu’à une différente proportion et combinaison de leurs « principes prochains »
J’ai cru devoir rapporter tous ces faits, avoués par les chimistes, et tels qu’ils sont consignés dans les ouvrages d’un des plus savants et des plus circonspects d’entre eux, pour qu’on ne puisse plus douter de l’unité du principe salin ‘ ; qu’on cesse de voir les acides nitreux et marin, et les acides végétaux et animaux comme essentiellement différents de l’acide vitriolique, et qu’enfm on s’habitue à ne pas regarder les alcalis comme des substances salines d’une nature opposée, et même contraire à celle des acides : c’était l’opinion dominante depuis plus d’un siècle, parce qu’on ne jugeait de l’acide et de l’alcali qu’en les opposant l’un à l’autre, et qu’au lieu de chercher ce qu’ils ont de commun et de semblable, on ne s’attachait qu’à la différence que présentent leurs effets, sans faire attention que ces mêmes effets dépendent moins de leurs propriétés salines, que de la qualité dessubstances accessoires dont ils sont mélangés, et dans lesquelles le principe salin ne peut se manifester sous la même forme, ni s’exercer avec la même force et de la même manière que dans l’acide, où il n’est ni contraint ni masqué.
Et cette conversion des acides et des alcalis qui, dans l’opinion de Stahl, peuvent tous se ramener à l’acide vitriolique, est supposée réciproque, en sorte que cet acide peut devenir lui-même un alcali ou un autre acide; mais tous, sous quelque forme qu’ils se présentent, proviennent originairement de l’acide aérien
Reprenant donc le principe salin dans son essence et sous sa forme la plus pure, c’est-à-dire sous celle de l’acide aérien, et le suivant dans ses combinaisons, nous trouverons qu’en se mêlant avec l’eau, il en a formé des liqueurs spiritueuses ; toutes les eaux acidulés et mousseuses, le vin , le cidre, la bière, ne doivent leurs qualités qu’au mélange de cet acide aérien qu’ils contiennent sous la forme d’air fixe; nous verrons qu’étant ensuite absorbé par ces mêmes matières, il leur donne l’aigreur du vinaigre, du tartre, etc,, qu’étant entré dans la substance des végétaux et des animaux.
a. Dictionnaire de chimie, article Sel.