Voyez la note 2 de la page
2. Toutes ces conversions des acides en alcalis, de tous les acides en acide vitriolique, de l’acide vitriolique en tous les autres, etc. : tout cela n’est que pure abstraction : ce sont de vains fantômes qu’a dissipés la nouvelle chimie par ses notions exactes sur la composition intime des corps.
il a formé l’acide animal et tous les alcalis par le travail de l’organisation. Cet acide primitif, s’étant d’abord combiné avec la terre vitrifiée , a formé l’acide vitriolique, lequel a produit avec les substances métalliques, les vitriols de fer, de cuivre et de zinc; avec l’argile et la terre calcaire, l’alun et la sélénite ; le sel de Glauber avec l’alcali minéral, et le sel à’Epsom ou de Sedlitz avec la magnésie.
Ce sont là les principales combinaisons sous lesquelles se présente l’acide vitriolique, car nulle part on ne le trouve dans son état de pureté et sous sa forme liquide, et cela par la raison qu’ayant une très-grande tendance à s’unir avec le feu libre, avec l’eau et avec la plupart des substances terreuses et métalliques, il s’en saisit partout, et ne demeure nulle part sous cette forme liquide, que nous lui connaissons lorsqu’il est séparé par notre art de toutes les substances auxquelles il est naturellement uni : cet acide, bien déflegmé et concentré, pèse spécifiquement plus du double de l’eau , et par conséquent beaucoup plus que la terre commune; et comme sa fluidité diminue à mesure qu’on le concentre, on doit croire que si l’on pouvait l’amener à un état concret et solide, il aurait plus de densité que les pierres calcaires et les grès“; mais comme il a une très-grande affinité avec l’eau, et que même il attire l’humidité de l’air, il n’est pas étonnant que, ne pouvant être condensé que par une forte chaleur, il ne se trouve jamais sous une forme sèche et solide dans le sein de la terre.
Dans les eaux qui découlent des collines calcaires, et qui se rassemblent sur la glaise qui leur sert de base, l’acide vitriolique de la glaise se trouve combiné avec la terre calcaire; ces eaux contiennent donc de la sélénite en plus ou moins grande quantité, et c’est de là que vient la crudité de presque toutes les eaux de puits; la sélénite dont elles sont imprégnées leur donne une sorte de sécheresse dure qui les empêche de se mêler au savon, et de pénétrer les pois et autres graines que l’on veut faire cuire : si l’eau a filtré profondément dans l’épaisseur de la glaise, la saveur de l’acide vitriolique y devient plus sensible, et dans les lieux qui recèlent des feux souterrains, ces eaux deviennent sulfureuses par leur mélange avec l’acide sulfureux volatil , etc.
L’acide aérien et primitif, en se combinant avec la terre calcaire, a produit l’acide marin, qui est moins fixe et moins puissant que le vitriolique, et auquel cet acide aérien a communiqué une partie de sa volatilité : nous exposerons les propriétés particulières de cet acide dans les articles suivants.
a. En supposant que l’eau distillée pèse dix mille , le grès des tailleurs de pierre ne pèse que vingt mille huit cent cinquante-cinq; ainsi l’acide vitriolique bien concentré pesant plus du double de l’eau, pèse au moins autant que le grès.
ACIDES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX
ACIDES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX
La formation des acides végétaux et animaux par l’acide aérien est encore plus immédiate et plus directe que celle de>s acides minéraux, parce que cet acide primitif a pénétré tous les corps organisés, et qu’il y réside sous sa forme propre et en grande quantité.
Si l’on voulait compter les acides végétaux par la différence de leur saveur, il y en aurait autant que de plantes et de fruits, dont le goût agréable ou répugnant est varié presque à l’infini; ces végétaux plus ou moins fermentés présenteraient encore d’autres acides plus développés et plus actifs que les premiers; mais fous proviennent également de l’acide aérien
Les acides végétaux que les chimistes ont le mieux examinés sont ceux du vinaigre et du tartre, et ils n’ont fait que peu d’attention aux acides des végétaux non fermentés. Tous les vins, et en particulier celui du raisin, se font par une première fermentation de la liqueur des fruits, et cette première fermentation leur ôte la saveur sucrée qu’ils ont naturellement ; ces liqueurs vineuses exposées à l’air, c’est-à-dire à l’action de l’acide aérien^, l’absorbent et s’aigrissent : l’acide primitif est donc également la cause de ces deux fermentations, il se dégage dans la première, et se laisse absorber dans la seconde. Le vinaigre n’est formé que par l’union de cet acide aérien avec le vin^, et il conserve seulement une petite quantité d’huile inflammable ou d’esprit-de-vin qui le rend spiritueux; aussi s’évapore-t-il à l’air, et il n’en attire pas l’humidité comme les acides minéraux; d’ailleurs, il est mêlé, comme le vin, de beaucoup d’eau, et le moyen le plus sûr et le plus facile de concentrer le vinaigre est de l’exposer à une forte gelée; Teau qu’il contient se glace, et ce qui reste est un vinaigre très-fort, dans lequel l’acide est concentré ; mais il faut s’attendre à ne tirer que cinq pour cent d’un vinaigre qu’on fait ainsi geler, et ce vinaigre concentré parla gelée est plus sujet à s’altérer que l’autre, parce que le froid, qui lui a enlevé toute son eau, ne lui a rien fait perdre de son huile; il faut donc Ten dégager par la distillation pour l’obtenir et le conserver dans son état de pureté et de plus grande force. Cependant la pureté de cet acide n’est jamais absolue; quelque épuré qu’il soit, il retient toujours une certaine quantité d'huile éthérée qui ne peut que l’affaiblir ; il n’a aucune action directe sur les matières vitreuses, et cependant il agit comme l’acide aérien sur les substances calcaires et métalliques ; il convertit le fer en rouille, le cuivre en vert-de-gris, etc,; il
1 . Non pas de Y acide aérien, mais de Yoxygène de l’air, comlDmé avec le principe propre de chacun d’eux. (Voyez la note 2 de la p. 349.)
2. C’est-à-dire, à parler comme nous parlons aujourd’hui : à l’action de l’oxygène de l’air.
3. h’acide acétique, qui se forme dans la fermentation du vin, résulte de l’action de Y oxygène de l’air, et non de celle de Yacide aérien.
ACIDES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX
dissout avec effervescence les terres calcaires, et forme avec elles un sel très-amer, qui s’effleurit à l’air; il agit de même sur les alcalis : c’est par son union avec l’alcali végétal*, que se fait la terre foliée de tartre^ qui est employée en médecine comme un puissant apéritif ; on distingue, dans la saveur de cette terre, le goût du vinaigre et celui de l’alcali fixe dont elle est chargée, et elle attire, comme l’alcali, l’humidité de l’air. On peut aisément en dégager l’acide du vinaigre, en offrant à son alcali un acide plus puissant.
Le vinaigre dissout avec effervescence l’alcali fixe minéral® et l’alcali volatil : cet acide forme avec le premier, un sel dont les cristaux et les qualités sont à peu près les mêmes que celles de la terre foliée du tartre , et il produit avec l’alcali volatil un sel ammoniacal qui attire puissamment l’humidité de l’air; enfin l’acide du vinaigre peut dissoudre toutes les substances animales et végétales. M. Gellert assure que cet acide, aidé d’une chaleur longtemps continuée, réduit en bouillie les bois les plus durs, ainsi que les cornes et les os des animaux.
Les substances qui sont susceptibles de fermentation contiennent du tartre tout formé, avant même d’avoir fermenté"; il se trouve en grande quantité dans tous les sucs du raisin et des autres fruits sucrés : ainsi l’on doit regarder le tartre comme un produit immédiat de la végétation, qui ne souffre point d’altération par la fermentation, puisqu’il se présente sous sa même forme dans les résidus du vin et du vinaigre après la distillation.
Le tartre est donc un dépôt salin qui se sépare peu à peu des liqueurs vineuses, et prend une forme concrète et presque pierreuse, dans laquelle on distingue néanmoins quelques parties cristallisées : la saveur du tartre, quoique acide, est encore sensiblement vineuse ; les chimistes ont donné le nom de crème de tartre^ au sel cristallisé que l’on en lire, et ce sel n’est pas simple; il est combiné avec l’alcali végétal. L’acide, contenu dans ce sel
a. M. Wiegleb dit que l’acide oxalin, ou sel essentiel de Toseüle, appartient naturellement aux sels tartareux, et forme un acide particulier uni à un alcali fixe, qui en est saturé avec excès : il se distingue des autres sels tartareux, tant par un goût acide supérieur que par la figure de ses cristaux, et de plus, par les qualités toutes particulières des parties constituantes de l’acide qui lui est propre : on le prépare en grande quantité dans différentes contrées avec le suc de l’oseille, comme en Suisse, en Souabe, au Hartz et dans les forêts de Thuringe ; mais celui qui se fait en Suisse a l’avantage d’être parfaitement blanc, en cristaux assez gros et très-beaux.
Par les expériences de M. Wiegleb sur le sel oxalin , il parait que ce sel est exactement un pur acide végétal, et que cet acide a une très-grande affinité avec la terre calcaire. Le même auteur s’est convaincu que l’acide du sel d’oseille pouvait décomposer le nitre et le sel marin; et que néanmoins cet acide n’est proprement, ni de l’acide nitreux , ni de l’acide marin , ni de l’acide vitriolique. Extrait du Journal de physique , supplément au mois de juillet 1782.
1. Alcali végétal: c’est-à-dire la potasse. (Voyez la note 3 de la page 383.)
2. Terre foliée de tartre : c’est-à,-â.iïeVacétate neutre de potasse.