‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 85 sur 105 · Voyez la note 2 de la page 62 du IX® volume · texte numérisé non relu

Voyez la note 2 de la page 62 du IX® volume

5. L’acide, qu’a obtenu Bergman parla réaction de l’acide nitrique sur le sucre, est l’acide oxalique.

ACIDES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX

les propriétés de l’acide nitreux et de cet acide saccharin ne soient pas les mêmes, on ne doit pas en conclure, avec ce savant chimiste, que ce même acide saccharin n’ait rien emprunté de l’acide nitreux qu’on est obligé d’employer pour le former.

Les propriétés les mieux constatées et les plus évidentes des acides animaux sont les mêmes que celles des acides végétaux, et démontrent suffisamment que le principe salin est le même dans les uns et les autres: c’est également l’acide aérien différemment modifié par la végétation ou par l’organisation animale, d’autant que l’on retire cet acide de plusieurs plantesaussi bien que des animaux. Les fourmis’ et la moutarde^ fournissent le même acide et en grande quantité; cet acide est certainement aérien, car il est très-volatil, et si l’on met en distillation une masse de fourmis fraîches et qui n’aura pas eu le temps de fermenter, une grande partie de l’acide animal s’en dégage et se volatilise sous sa propre forme d’air fixe ou d’acide aérien; et cet acide, recueilli et séparé de l’eau avec laquelle il a passé dans la distillation, a les mêmes propriétés à peu près que l’acide du vinaigre : il se combine de même avec les alcalis fixes, et forme des sels qui, par l’odeur urineuse, décèlent leur origine animale.

Les chimistes récents ont donné le nom (ïacide phosphorique à l’acide qu’ils ont tiré, non-seulement de l’urine et des excréments, mais même des os et des autres parties solides des animaux; mais il en est à peu près de cet acide phosphorique des os, comme de l’acide du sucre, parce qu’on ne peut obtenir le premier que par le moyen de l’acide vitriolique, et le second par celui de l’acide nitreux, ce qui produit des acides composés, qui ne sont plus les vrais acides du sucre et des os; lesquels considérés en eux-mêmes et dans leur simplicité se réduiront également à la forme d’acide aérien^ ; et, s’il est vrai, comme le ditM. Proust®^, qu’on ait trouvé de l’acide phosphorique dans des mines de plomb blanches, on ne pourra guère douter qu’il ne puisse tirer en partie son origine de l’acide vitriolique.

Un de nos habiles chimistes ^ s’est attaché à prouver par plusieurs expé-

a. Journal de physique, février 1781, p. 145 et suiv.

b. M. Brongaiard, démonstrateur en diimie aux écoles du Jardin du Roi. Il a fait sur ce sujet un grand nombre d’expériences par lesquelles il arreconnu que Tacide phosphorique est produit par une modification de l’acide aérien, qui s’en dégage en quantité considérable dans la décomposition de l’acide phosphorique, et même dans sa concentration : si on fait brûler du phosphore en vaisseaux clos, on obtient une très-grande quantité d’air fixe ou acide aérien, et

1. L’acide des fourmis est un acide particulier, V acide form'que, et n’est point Y acide aérien. M. Dæbereiner a réussi, le premier, à produire artificiellement Yacide formique : en soumettant, soit Yacide tartrique, soit le sucre , à l’action oxydante d’un mélange de bioxyde de manganèse, d’acide sulfurique et d’eau, il a obtenu un acide identique avec celui des fourmis.

2. La moutarde ne fournit pas plus Yacide aérien que ne le font les fourmis.

3. L'acide phosphorique , combinaison du phosphore avec Yoxygène, est Yacide phosphorique et n’est pas Yacide aérien.

4. A qui la chimie a dû plus tard la belle découverte du sucre de raisin.

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riences, contre les assertions d’un autre habile chimiste, que l’acide phosphorique est tout formé dans les animaux, et qu’il n’est point le produit du feu ou de la fermentation “ ; cela se peut et je serais même très-porté à le croire, pourvu que l’on convienne que cet acide phosphorique, tout formé dans les animaux ou dans les excréments , n’est pas absolument le même que celui qu’on en tire en employant l’acide vitriolique, dont la combinaison ne peut que l’altérer et l’éloigner d’autant plus de sa forme originelle d’acide aérien, que le travail de l’organisation suffit pour le convertir en acide phosphorique , tel qu’on le relire de l’urine, sans le secours de l’acide vitriolique ni d’aucun autre acide.

ALCALIS ET LEURS COMBINAISONS

De la même manière qu’on doit réduire tous les acides au seul acide aérien, on peut aussi lui ramener les alcalis, en les réduisant tous à l’alcali minéral ou marin * ; c’est même le seul sel que la nature nous présente dans un état libre et non neutralisé. On connaît cet alcali sous le nom àenatron-, il se forme contre les murs des édifices, ou sur la terre et les eaux dans les climats chauds; on m’en a envoyé, de Suez, des morceaux assez gros et assez purs; cependant il est ordinairement mêlé de terre calcaire : ce sel,

en même temps l’acide phosphorique coule le long des parois des récipients; ce même acide, soumis ensuite à l’action du feu dans une cornue de verre, donne des vapeurs abondantes et presque incoercibles; si, au lieu de faire brûler ainsi le phosphore, on l’expose seulement à l’action de l’air dans une atmosphère tempérée et humide , le phosphore se décompose en brûlant presque insensiblement; il donne une flamme très-légère, et laisse échapper une tièsgrande quantité d’air fixe ; on peut s’eu convaincre en imbibant un linge d’une solution alcaline caustique; au bout d’un certain laps de temps, l’alcali est saturé d’acide aérien et cristallisé très-parfaitement : ces expériences prouvent d’une manière convaincante , que l’acide phosphorique est le résultat d’une modification particulière de l’acide aérien , qui ne peut avoir lieu qu’au moyen de la végétation et de l’animalisation.

а. Journal de Physique, mars 1781 , p. 234 et suiv.

б. Le natron qui nous vient d’Égypte se tire de deux lacs, l’un voisin du Caire, et l’autre à quelque distance d’Alexandrie ; ces lacs sont secs pendant neuf mois de Tannée, et se remplissent en hiver d’une eau qui découle des éminences voisines ; cette eau saline n’est pas limpide, mais trouble et rougeâtre ; les prenrières chaleurs du printemps la font évaporer, et le natron se forme sur le sol du lac d’où on le tire en morceaux solides et grisâtres , qui deviennent plus blancs en les exposant à Tair pour les laisser s’égoutter : on a donné le nom de sel mural au natron qui se forme contre les vieux murs ; il est ordinairement mêlé d’une grande quantité de substance calcaire, et dans cet état il est neutralisé.

1. L’alcali minéral ou marin, c’est-à-dire la soude. — On sait très-bien aujourd’hui ce oue sont les alcalis : co sont des métaux oxydés, métaux particuliers, distincts, et qui ne sont nullement réductibles les uns dans les autres, et tous à un.

2. Le carbonate de soude. — Le carbonate de soude, qui existe tout formé dans la nature, est le même que celui qu’on obtient artificiellement. — On le tirait anciennement des fucus et autres plantes marines , brûlées et réduites en cendres. On le produit aujourd’hui de toutes pièces, en décomposant, par la craie et le charbon, le sulfate de soude, provenant lui-même de l’action de l’acide sulfurique sur le sel marin.

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auquel on a donné le nom à'alcali minéral, pourrait, comme le nilre, être placé dans le règne végétal, puisqu’il est de la même nature que l’alcali qu’on tire de plusieurs plantes qui croissent dans les terres voisines de la mer; et que d’ailleurs, il paraît se former par le concours de l’acide aérien, et à peu près comme le salpêtre; mais celui-ci ne se présente nulle part en masses ni même en morceaux solides, au lieu que le natron, soit qu’il se forme sur la terre ou sur l’eau, devient compacte et mêmeasisez solide

Les anciens ont parlé du natron sous le nom de nitre : sur quoi le P. Hardouin se trompe, lorsqu’il dit que le nitrum de Pline est exactement la même chose que notre salpêtre; car il est clair que Pline, sous le nom de nitre, parle du natron qui se forme, dit-il, dans l’eau de certains lacs d’Égypte, vers Memphis et Naucratis, et qui a la propriété qu’il lui attribue de conserver les corps. A sa causticité, augmentée par la falsification qu’en faisaient dès lors les Égyptiens en y mêlant de ta chaux % on te reconnaît évidemment pour l’alcali minéral ou natron , bien différent du vrai nitre ou salpêtre.

On emploie le natron dans le Levant aux mêmes usages que nous employons la soude, et ces deux alcalis sont en effet de même nature ; nous tirions autrefois du natron d’Alexandrie, où s’en fait le commerce et si

a. Oranger, dans son Voyage en Égypte , parle de plaines sablonneuses et d’un lac où se forme le natron : « Le sel du lac, dit-il, était congelé sur la surface des eaux, et assez épais « pour y passer avec nos chameaux... Le lac s’emplit des eaux des pluies qui commencent en « décembre et finissent en février : ces eaux y déposent les sels dont elles se sont chargées sur « les montagnes et dans les plaines sablonneuses; après quoi elles se filtrent àtravers une terre « grasse et argileuse , et vont par des canaux souterrains aboutir à plusieurs puits dont l’eau est a bonne à boire : on voit aux environs de ce lac des bœufs sauvages, des gazelles, etc.

« Outre le natron qu’on tire du fond de ce lac en morceaux de douze et quinze livres, avec « une barre de fer, on y trouve de cinq autres espèces de sel : tous ces sels sont bientôt rem- « placés par de nouveaux sels que les pluies y apportent. On jette, dans les creux d’où on le « tire, des plantes sèches, des os, des guenilles, ce qui a donné lieu de croire à plusieurs « personnes que ces sortes de choses étaient changées en sel par la vertu des eaux du lac, mais « cela n’est pas vrai.

« Le natron appartient au Grand Seigneur : le pacha du Caire le donne à ferme , et c’est « ordinairement le plus puissant desbeys qui le prend, et qui en donne quinze mille quintaux « au Grand Seigneur; il n’y a que les habitants de la dépendance de Terranée, qui soient « employés à pêcher et à transporter le natron qui est gardé par dix soldats et vingt Arabes « affidés. « Voyages en Égypte; Paris, 1745, p. 167 et suiv.

b. Quarante-sixième section, chapitre x du trente et unième livre.

c. Voyez Pline à l’endroit cité.

d A deux journées du Caire est le lac de natron ; les vaisseaux du Havre et des Sablesd’Olonne en viennent charger à Alexandrie pour Rouen, parce qu’on s’en sert en Normandie pour blanchir les toiles, ce qui les brûle; les Égyptiens s’en servent au lieu de levain, c’est pourquoi ils ont tous les bourses grosses sans être incommodés; l’âcreté, ou plutôt la qualité mordante de cette pierre est si grande, que, si l’on en met dans un pot où il y ait de la viande, elle la fait cuire et la rend tendre. Si l’on jette dans ce lac un animal mort, et même un arbre, il devient natron et se pétrifie, ce qni a été fort bien décrit par Ovide, et peu entendu de ceux qui n’ont point vu ces merveilles de la nature, lorsqu’il a dit que quelques corps ont été changés

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ce sel alcalin était moins cher que le sel de soude auquel il peut suppléer, et que nous tirons aussi de l’étranger, il ne faudrait pas abandonner ce commerce qui paraît languir.

La plupart des propriétés de cet alcali minéral sont les mêmes que celles de l’alcali fixe végétal, et ils ne ditfèrent entre eux que par quelques effets qu’on peut attribuer à l’union plus intime de la base terreuse dans l’alcali minéral que dans l’alcali végétal, mais tous deux sont essentiellement de la même nature.

en pierres par les dieux qui en ont eu compassion Voyages de La Boullaye le Gouz; Paris, 165Vj page 383. — « Le lac du natron, éloigné de di.x lieues du monastère Dir Syadet, ou de « Notre-Dame, parait comme un grand étang glacé, sur la glace duquel il serait tombé un peu « de neige... Ce lac est divisé en deux ; le plus septentrional se fait par une eau qui sourdit de « dessous terre sans qu’on remarque le lieu, et le méridional se fait par une grosse source qui « bouillonne; il y a bien de l’eau de la hauteur du genou qui sort de la terre, et qui aussitôt « se congèle... Et généralement le natron se fait et parfait en un an par cette eau qui est rouet geâtre : au-dessus il y a un sel rouge de l’épaisseur de six doigts, puis un natron noir dont « on se sert pour la lessive, et enfin est le natron qui est presque comme le premier sel , mais c plus solide ; au-dessus il y a une fontaine douce. . . De ce lac on va à un autre lac , où se voit, « vers le temps de la Pentecôte, du sel qui se forme en pyramides, et qu’on appelle pour cela « sel pyramidal. » Voyages de Thévenot; Paris, 1634, t. I, pag. 487 et suiv.

a. L’alcali fixe minéral , qu’on suppose ici dans son plus grand degré de pureté, diffère de l’alcali fixe végétal : 1» en ce qu’il attire moins l’humidité de l’air, et qu’il ne se résout point en liqueur, comme le fait l’alcali fixe végétal ;

2“ Lorsqu’il est dissous dans l’eau, si l’on traite cette dissolution par évaporation et refroidissement, l’alcali minéral se coagule en cristaux, précisément comme le font les sels neutres; en quoi il diffère du sel alcali fixe ordinaire ou végétal, qui, lorsqu’il est bien calciné, est très* déliquescent, et ne se cristallise que lorsqu’il est uni avec beaucoup de gaz méphitique;

3“ L’alcali fixe minéral, dissous par la fusion, convertit en verre toutes les terres comme l’alcali végétal; mais on a observé que, toutes choses égales d’ailleurs, il vitrifie mieux, et qiiil forme des verres plus solides et plus durables...

4“ Avec l’acide vitriolique, l’alcali minéral forme un sel neutre cristallisé, nommé sel de Glauher; mais ce sel diffère beaucoup du tartre vitriolé par la figure de ses cristaux, qui sont d’ailleurs beaucoup plus gros, par la quantité d'eau beaucoup plus grande qu’il retient dans sa cristallisation, par sa dissolubilité dans l’eau qui est beaucoup plus considérable, enfin par le peu d’adhérence qu’il a avec l’eau de sa cristallisation : cette propriété est telle que le sel de Glauber, exposé à l’air, y perd l’eau de sa cristallisation, ainsi que sa transparence et sa forme, et s’y change en rme poussière blanche comme Talcali minéral. Comme l’acide est le même dans le tartre vitriolé et dans le sel de Glauber, il est clair que les différences qui se trouvent entre ces deux sels ne peuvent venir que de la nature de leurs bases alcalines : toutes les propriétés qui distinguent le sel de Glauber du tartre vitriolé doivent donc être regardées comme des différences entre l’alcali végétal et le minéral; il en est de même de toutes les combinaisons de ce dernier acide avec les autres acides ;

5“ Avec l’acide nitreux, l’alcali minéral forme une espèce particulière de nitre, susceptible de détonation et de cristallisation; mais il diffère du nitre ordinaire, ou à base d’alcali végétal, par la figure de ses cristaux, qui, au lieu d’être en longues aiguilles, sont formés en solides à six faces rhombo’idales, c’est-à-dire dont deux angles sont aigus et deux obtus : cette figure, qui approche de la cubique, a fait donner à ce sel le nom de nitre cubique ou de nitre quadrangulaire : elle est due à l’alcali marin ;

6» Avec l’acide marin, l’alcali minéral forme le sel commun, qui se cristallise en cubes parfaits, et qui diffère du sel neutre formé par le même acide uni à l’alcali végétal, singulièrement par sa saveur, qui est infiniment plus agréable. Dictionnaire de Chimie, par 1,1. Macquer, article Alcali minéral.

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C’est de la cendre des plantes qui contiennent du sel marin que l’on obtient l’alcali fixe végétal en grande quantité, et quoique tiré des végétaux, il est le même que l’alcali minéral ou marin : la dilîérence de leurs effets n’est bien sensible que sur les acides végétaux et sur les huiles dont ils font des sels de différentes sortes, et des savons plus ou moins fermes.

On obtient donc par la combustion et l’incinération des plantes qui croissent près de la mer, et qui par conséquent sont imprégnées de sel marin; on obtient, dis-je, en grande quantité l’alcali minéral ou marin, qui porte le nom de soude et qu’on emploie dans plusieurs arts et métiers.

On distingue dans le commerce deux sortes de soudes : la première, qui provient de la combustion des kalis ^ et autres plantes terrestres qui croissent dans les climats chauds et dans les terres voisines de la mer ; la seconde, qu’on se procure de même par la combustion et la réduction en cendres des fucus, des algues et des autres plantes qui croissent dans la mer même ; et néanmoins la première soude contient beaucoup plus d’alcali marin que la seconde, et ce sel alcali est, comme nous l’avons dit, le même que le natron : ainsi la nature sait former ce sel encore mieux que l’art; car nos soudes ne sont jamais pures; elles sont toujours mêlées de plusieurs autres sels, et surtout de sel marin, souvent elles contiennent aussi des parties ferrugineuses et d’autres matières terreuses qui ne sont point salines.

C’est par son alcali fixe que la soude produit tous ses effets : ce sel sert de fondant dans les verreries et de détergent dans les blanchisseries; avec les huiles il forme les savons, etc. Au reste, on peut employer la soude telle qu’elle est, sans en tirer le sel, si l’on ne veut faire que du verre commun ; mais il la faut épurer pour faire des verres blancs et des glaces. Le sel marin, dont l’alcali de la soude est presque toujours mêlé, ne nuit point à la vitrification, parce qu’il est très-fusible , et qu’il ne peut que faciliter la fusion des sables vitreux, et entraîner les impuretés dont ils peuvent être souillés; le fiel du verre qui s’élève au-dessus du verre fondu, n’est qu’un mélange de ces impuretés et des sels.

L’alcali fixe végétal ou minéral doit également sa formation au travail de la nature dans la végétation, car on le peut tirer également de tous les végétaux dans lesquels il est seulement en plus ou moins grande quantité.

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