‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 90 sur 105 · Voyez la note 2 de la page · texte numérisé non relu

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4. Acide marin: ancien nom de l'acide hydrochlorique ou chlorhydrique (longtemps nommé acide muriatique).

SEL MARIN ET SEL GEMME

n’est composé que d’air et de feu : ces deux éléments, en se combinant avec la terre vitrifiée, ont d’abord produit l’acide vitriolique; ensuite l’acide marin s’est produit par leur combinaison avec les matières calcaires, et enfin l’acide nitreux a été formé par l’union de ce même acide aérien avec la terre limoneuse et les autres débris putréfiés des corps organisés.

Comme l’acide marin est plus volatil que le nitreux et le vitriolique, on ne peut le concentrer autant; il ne s’unit pas de même avec la matière du feu , mais il se combine pleinement avec les alcalis fixe et volatil; il forme avec le premier le sel marin, et avec le second, un sel très-piquant, qui se sublime par la chaleur.

Quoique l’acide marin ne soit qu’un faible dissolvant en comparaison des acides vitriolique et nitreux, il se combine néanmoins avec l’argent et avec le mercure; mais sa propriété la plus remarquable, c’est qu’étant mêlé avec l’acide nitreux, ils font ensemble ce que l’acide vitriolique* ne peut faire, ils dissolvent l’or qu’aucun autre dissolvant ne peut entamer; et quoique l’acide marin soit moins puissant que les deux autres, il forme néanmoins des sels plus corrosifs avec les substances métalliques; il les dissout presque toutes avec le temps, surtout lorsqu’il est aidé de la chaleur, et il agit même plus efficacement sur leurs chaux que les autres acides.

Comme toute la surface de la terre a été longtemps sous les eaux , et que c’est par les mouvements de la mer qu’ont été formées toutes les couches qui enveloppent le noyau du globe fondu par le feu, il a du rester après la retraite des eaux une grande quantité des sels qui y étaient dissous; ainsi les acides de ces sels doivent être universellement répandus : on a donné le nom acide méphitique à leurs émanations volatiles; cet acide méphitique n’est que notre acide aérien, qui, sous la forme d’air fixe, se dégage des sels, et enlève une petite quantité de leur acide particulier auquel il était uni par l’intermède de l’eau ; aussi cet acide se manifeste-t-il dans la plupart des mines sous la forme de mouffette suffocante , qui n’est autre chose que de l’air fixe stagnant dans ces profonds souterrains : et ce phénomène offre une nouvelle et grande preuve de la production primitive de l’acide aérien , et de sa dispersion universelle dans tous les règnes de la nature. Toutes les matières minérales en effervescence, et toutes les substances végétales ou animales en fermentation, peuvent donc produire également de l’acide méphitique; mais les seules matières animales et végétales en putréfaction produisent assez de cet acide pour donner naissance au sel de nilre.

1. Ce mélange de Vacide nitrique et de Vacide chlorhydrique est Veau régale, ce fameux dissolvant de l’or des anciens chimistes.

2, Voyez les notes de pages 244 et 245.

NITRE

NTTRE‘.

L’acide nitreux^ est moins fixe que l’acide vitrioliqiie, et moins volatil que l’acide marin; tous trois sont toujours fluides, et on ne les trouve nulle part dans un état concret, quoiqu’on puisse amener à cet état l’acide vitriolique, en le concentrant par une chaleur violente , mais il se résout bientôt en liqueur dès qu’il est refroidi. Cet acide ne prend point de couleur au feu, et il y reste blanc; l’acide marin y devient jaune, et l’acide nitreux paraît d’abort vert, mais sa vapeur en se mêlant avec l’air devient rouge , et il prend lui-même cette couleur rouge par une forte concentration ; celte vapeur que l’acide nitreux exhale, a de l’odeur et colore la partie vide des vaisseaux de verre dans lesquels on le tient renfermé; comme plus volatil, il est aussi moins pesant que l’acide vitriolique, qui pèse plus du double de l’eau, tandis que la pesanteur spécifique de l’acide nitreux n’est que de moitié plus grande que celle de l’eau pure.

Quoique plus faible à certains égards que l’acidevitriolique, l’acide nitreux ne laisse pas que de le vaincre à la distillation, en le séparant de l’alcali. Or l’acide vitriolique ayant plus d’affinité que l’acide nitreux avec l’alcali, comment se peut-il que cet alcali lui soit enlevé par ce second acide? Cela ne prouve-t-il pas que l’acide aérien réside en grande quantité dans l’acide nitreux, et qu’il est la cause médiate de cette décomposition opposée à la loi commune des affinités?

On peut enlever à tous les sels l’eau qui est entrée dans leur cristallisation, et sans laquelle leurs cristaux ne se seraient pas formés^; cette eau , ni la forme en cristaux, ne sont donc point essentielles aux sels, puisque après en avoir été dépouillés, ils ne sont point décomposés, et qu’ils conservent toutes leurs propriétés salines. Le nitre seul se décompose lorsqu’on le prive de cette eau de cristallisation, et cela démontre que l’eau, ainsi que l’acide aérien, entrent dans la composition de ce sel , non-seulement comme parties intégrantes de sa masse; mais même comme parties constituantes de sa substance et comme éléments nécessaires à sa formation.

Le nitre est donc de tous les sels le moins simple , et quoique les chimistes aient abrégé sa définition en disant que c’est un sel composé d’acide nitreux et d’alcali fixe végélaL‘, il me paraît que c’est non-seulement un composé, mais môme un surcomposé'^ de l’acide aérien par l’eau, la terre et

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