‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 94 sur 105 · Voy^j» la note 1 de la page · texte numérisé non relu

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SEL AMMONIAC

matières animales et végétales humectées d’eau marine doit donc former du sel ammoniac, qui se sublime par la violence du feu, et qui se cristallise par le refroidissement contre les parois des solfatares et des volcans. Le savant minéralogiste Cronstedt dit : « Qu’il serait aisé d’assigner l’origine « du sel ammoniac, s’il était prouvé que les volcans sont produits par des « ardoises formées de végétaux décomposés et d’animaux putréfiés avec « Y /nimus, car on sait, ajoute-t-il, que les pétrifications ont des principes qui « donnent un sel urineux. » Mais les ardoises ne sont pas, comme le dit Cronstedt, de r/aw«î<5 ou terre végétale; e\les ne sont pas formées de cette terre et de végétaux décomposés ou d’animaux putréfiés, et les volcans ne sont pas produits par les ardoises, car c’est cette même terre humus, ce sont les détriments des végétaux et des animaux dont elle est composée, qui sont les véritables aliments des feux souterrains; ce sont de même les charbons de terre, les bitumes, les pyrites et toutes les matières composées ou chargées de ces détriments des corps organisés qui causent leur incendie et entretiennent leur feu, et ce sont ces mêmes matières qui contiennent des sels urineux en bien plus grande quantité que les pétrifications; enfin, c’est là la véritable origine du sel ammoniac dans les volcans : il se forme par l’union de l’acide de l’eau marine à l’alcali volatil des matières animales et végétales, et se sublime ensuite par l’action du feu.

Le sel ammoniac et le phosphore ' sont formés par ces deux mêmes principes salins; l’acide marin qui seul ne s’unit pas avec la matière du feu, la saisit dès qu’il est joint à l’alcali volatil et forme le sel ammoniac ou le phosphore, suivant les circonstances de sa combinaison; et même lorsque l’acide marin ou l’acide nitreux sont combinés avec l’alcali fixe minéral, ils produisent encore le phosphore, car le sel marin calcaire et le nitre calcaire répandent et conservent de la lumière assez longtemps après leur calcination, ce qui semble prouver que la base de tout phosphore est l’alcali, et que l’acide n’en est que l’accessoire. C’est donc aussi l’alcali volatil plutôt que l’acide marin qui fait l’essence de tous les sels ammoniacaux, puisqu’ils ne diffèrent entre eux que par leurs acides, et que tous sont également formés par l’union de ce seul alcali; enfin c’est par cette raison que tous les sels ammoniacaux sont à demi volatils.

Le sel ammoniac, formé par la combinaison de l’alcali volatil avec l’acide marin, se cristallise lorsqu’il est pur, soit par la sublimation, soit par la simple évaporation, toutes deux néanmoins suivies du refroidissement: comme ses cristaux conservent une partie de la volatilité de leur alcali,

1. Le phosphore est un corps simple. Il n’a de commun avec l’ammoniaque que de se trouver de même, en abondance, dans les produits animaux. — « La découverte du phosphore -emonte « à l’année 1669 ; elle est due à Brandt et à Kunckel , qui retiraient ce corps des phospbate.s. « contenus dans l’urine. En 1769, Gahn et Schéele signalèrent dans les os l’existence d’une' « proportion considérable de phosphate de chaux, et firent connaître un procédé facile pour en « retirer le phosphore, » (Pelouce et Frémy. )

SEL AMMONIAC

la chaleur du soleil suffit pour les dissiper en les volatilisant. Au reste, ce sel est blanc, presque transparent, et lorsqu’il est sublimé dans des vaissaux clos, il forme une masse assez compacte, dans laquelle on remarque des filets appliqués dans leur longueur parallèlement les uns aux autres"; il attire un peu l’humidité de l’air et devient déliquescent avec le temps ; l’eau le dissout facilement, et l’on a observé qu’il produit un froid plus que glacial dans sa dissolution : ce grand refroidissement est d’autant plus marqué que la chaleur de l’air est plus grande et qu’on le dissout dans une eau plus chaude; et la dissolution se fait bien plus promptement dans l’eau bouillante que dans l’eau froide.

L’action du feu ne suffit pas seule pour décomposer le sel ammoniac: il se volatilise à l’air libre ou se sublime comme le soufre en vaisseaux clos, sans perdre sa forme et son essence; mais on le décompose aisément par les acides vitriolique et nitreux, qui sont plus puissants que l’acide marin et qui s’emparent de l’alcali volatil, que cet acide plus faible est forcé d’abandonner ; on peut aussi le décomposer par les alcalis fixes et par les substances calcaires et métalliques qui s’emparent de son acide, avec lequel elles ont plus d’affinité que l’alcali volatil.

La décomposition de ce sel par la craie ou par toute autre matière calcaire offre un phénomène singulier; c’est que d’un sel ammoniac que nous supposons composé de parties égales d’acide marin et d’alcali volatil, on retire par cette décomposition beaucoup plus d’alcali volatil, au point que sur une livre de sel composée de huit onces d’acide marin et de huit onces d’alcali volatil , on retire quatorze onces de ce même alcali : ces six onces de surplus ont certainement été fournies par la craie, laquelle, comme toutes les autres substances calcaires, contient une très-grande quantité d’air et d’eau qui se dégagent ici avec l’alcali volatil pour en augmenter le volume et la masse, autre preuve que l’air fixe ou acide aérien peut se convertir en alcali volatil.

Indépendamment de l’acide aérien, il entre encore de la matière inflammable dans l’alcali volatil, et par conséquent dans la composition du sel ammoniac ; il fait par cette raison fuser le nitre lorsqu’on les chauffe ensemble; il rehausse la couleur de l’or si on le projette sur la fonte de ce métal; il sert aussi, et par la même cause, à fixer l’étamage sur le cuivre et sur le fer. On fait donc un assez grand usage de ce sel, et comme fv nature n’en fournit qu’en très-petite quantité, on aurait dû chercher le.; moyens d’en fabriquer par l’art mais jusqu’ici on s’est contenté de s’en procurer par le commerce; on le tire des Indes-Orientales, et surtout de

a. Dictionnaire de Chimie, par M. Marquer, article Sel ammoniac.

1. C’est ce qu’ou a, en effet, cherché , et trouvé. On en fabrique aujourd’hui, en France, une grande quantité, en décomposant le sulfate d’ammoniaque par le chlorure de sodium. (Voyez la note 2 de la page 433.)

SEL AMMONIAC

l’Égypte", où l’on en fait tous les ans plusieurs centaines de quintaux ; c’est des déjections des animaux et des hommes que l’on extrait ce sel en Égypte*. On sait que faute de bois on y ramasse soigneusement les excréments de tous les animaux; on les mêle avec un peu de paille hachée pour leur donner du corps et les faire sécher au soleil; ils deviennent combustibles par ce dessèchement, et l’on ne se sert guère d’autres matières pour faire du feu ; on recueille avec enc re plus de soin la suie que leur combustion produit abondamment; cette suie contient l’alcali volatil et l’acide marin, tous deux nécessaires à la formation du sel ammoniac : aussi ne faut-il que la renfermer dans des vaisseaux de verre qu’on en remplit au trois quarts et qu’on chauffe graduellement au point de faire sublimer l’alcali volatil ; il enlève avec lui une portion de l’acide marin, et ils forment ensemble au haut du vaisseau une masse considérable de sel ammoniac. Vingt-six livres de cette suie animale donnent, dit-on, six livres de sel ammoniac : ce qu’il y a de sûr, c’est que l’Égypte en fournit l’Europe et l’Asie ; néanmoins on fabrique aussi du sel ammoniac dans quelques endroits des Indes-Orientales ; mais il ne nous en arrive que rarement et en petite quantité; on le distingue aisément de celui d’Égypte, il est en forme de pain de sucre, et l’autre est en masse aplatie ; leur surface est également noircie de l’huile fuligineuse de la suie, et il faut les laver pour les rendre blancs au dehors comme ils le sont au dedans.

La saveur de ce sel est piquante et salée , et en même temps froide et amère; son odeur pénétrante est urineuse, et il y a toute raison de croire qu’il peut en effet se former dans les lieux où l’alcali volatil de l’urine putréfiée se combine avec l’acide du sel marin. Ses cristaux sont en filets

a. On fait du sel ammoniac dans plusieurs lieux de l'Égypte, et surtout à Damanhour, qui est un village situé dans le Delta, avec de la suie animale que l’on met dans des ballons de verre avec du sel marin, dissous dans l’urine de chameaux ou d’autres bêtes de somme. Sicard , dans les Nouveaux voyages des missionnaires dans le Levant , t. II. — Le sel ammoniac se tire simplement de la suie provenue de la fiente de toutes sortes de quadrupèdes : les plantes les plus ordinaires dont ces animaux se nourrissent en Égypte sont la criste-marine, salicornia; l’arrocbe ou patte d’oie, chenopcdium; le kali de Naples, mesemhryanthemum : toutes plantes qui sont très-chargées de sel marin. On emploie aussi avec succès les excréments humains, qui passent pour fournir une grande quantité de sel ammoniac.... On regarde même comme la meilleure la suie provenant des excréments humains... Vingt-six livres de bonne suie, traitée et bien chauffée dans de gros matras de verre, donnent environ six livres de sel ammoniac; ce sel s’attache peu à peu, et forme une masse en forme de gâteau à la partie supérieure du matras, que l’on brise pour en détacher cette masse, qui est convexe par-dessus et plate pardessous : elle est noirâtre à l’extérieur et blanchâtre à l’intérieur. C’est dans cet état que l’on envoie d’Égypte le sel ammoniac dans toute l’Europe et l’Asie, et on en exporte d’Égypte chaque année environ huit cent cinquante quintaux. Voyez les Mémoires de l’Académie de Suède, année 1751.

b On pourrait faire en France, comme en Égypte, du sel ammoniac; car dans plusieurs de nos provinces qui sont dégarnies de bois, telles que certaines parties de la Bretagne, du Dauphiné, du Limousin, de la Champagne, etc., les pauvres gens ne brûlent que des excréments d’animaux .

SEL AMMONIAC

arrangés en forme de barbes de plumes, à peu près comme ceux de l’alun; ils sont pliants et flexibles, au lieu que ceux de l’alun sont raides et cassants. Au reste, on peut tirer du sel amruoniac de toutes les matières qui contiennent du sel marin et de l’alcali volatil. Il y a même des plantes comme la moutarde, les choux, etc., qui fournissent du sel ammoniac, parce qu’elles sont imprégnées de ces deux sels.

On recueille le sel ammoniac qui se sublime par l’action des feux souterrains, et même l’on aide à sa formation en amoncelant des pierres sur les ouvertures et fentes par où s’exhalent les fumées ou vapeurs enflammées; elles laissent sur ces pierres une espèce de suie blanche et salée, de laquelle on tire du sel marin et du sel ammoniac; quelquefois aussi cette suie est purement ammoniacale, et cela arrive lorsque l’acide marin dégagé de sa base s’est combiné avec l’alcali volatil des substances animales et végétales, qui, sous la forme de bitume, de charbon de terre, etc., servent d’aliment au feu des volcans : le Yésuve, l’Etna et toutes les solfatares en produisent, et l’on en trouve aussi sur les vieux volcans éteints, ou qui brûlent tranquillement et sans explosion; on cite le pays de Calmouks en Tartane, et le territoire d’Orenbourg en Sibérie, comme très-abondants en sel ammoniac; on assure que dans ces lieux il a formé d’épaisses incrustations sur les rochers, et que même il se présente quelquefois en masses jointes à du soufre ou d’autres matières volcaniques.

BORAX»

Le borax est un sel qui nous vient de l’Asie, et dont l'origine et même la fabrication ne nous sont pas bien connues : il paraît néanmoins que ce sel est formé ou du moins ébauché par la nature, et que les anciens Arabes qui lui ont donné son nom savaient le facturer et en faisaient un grand usage; mais ils ne nous ont rien transmis de ce qu’ils pouvaient savoir sur sa formation dans le sein de la terre, et sur la manière de l’extraire et de le préparer^; les voyageurs nmdernes nous apprennent seulement que ce sel

1. Le borax est le borate de soude, combinaison de soude et d’acide borique.

Gay-Lussac et Thénard ont isolé le bore , en décomposant par du potassium Vacide borique,

combinaison d'oxygène et de bore.

Le bore est un corps pulvérulent, d’un beau verdâtre, plus pesant que l’eau, complètement fixe, sans odeur ni saveur.

2. « Le borax, à l’état natif, est d’un gris verdâtre, couleur qu’il doit à une matière orga- « nique. On le purifie par la fusion, la dissolution dans l’eau et la cristallisation. C’est ainsi « qu’on obtient les cristaux de borax, qui se rencontrent dans le commerce. » {Dict. unie, d’hist. nat.)

BORAX

se trouve dans quelques provinces de la Perse®, de la Tartarie méridionale* et dans quelques contrées des Indes orientales®. La meilleure relation est celle qui a été publiée par l’un de nos plus laborieux et savants naturalistes, M. Valmont de Bomare'®, par laquelle il paraît que ce sel se trouve dans des terres grasses et dans des pierres tendres , arrosées ou peut-être formées du dépôt des eaux qui découlent des montagnes à mines métalliques.

a. Le borax est un sel minéral qni naît aux Indes orientales, en Perse, en Transylvanie; après qu’il a été tiré de la terre, on le raffine peu à peu comme les autres sels, et il se condense en beaux morceaux blancs, nets, durs, transparents, secs; il se garde facilement sans s’humecter; il a d’abord un goût un peu amer, après quoi il devient douceâtre : on s’en sert pour souder quelques métaux, et principalement l’or, ce qui Ta fait appeler chrysocolla; il est aussi quelquefois employé dans la médecine comme un remède incisif et apéritif. Collection académique, partie française, t. II, p. 28.

b. Le borax, dont les orfèvres se servent pour purifier Tor et l’argent, se trouve dans la montagne de la province de Purbet, sous le Razia Biberom, vers la grande Tartarie... Le borax vient de la rivière de Janienckav, laquelle, en sortant de la montagne, entre dans la rivière de Maseroov, laquelle traverse toute la province, et produit cette drogue, qui croît au fond de Teau comme le corail : les Guzarates l’appellent janJcenckhav, et le gardent dans des bourses de peau de mouton, qu’ils remplissent d'huile pour le mieux conserver. Voyages de Mandeslo, suite à’Oléarius; Paris, 1656, t. II, p. 250.

c. Il n’y a point d’autres précautions à prendre, dans l’achat du borax qui se fait dans la province de Guzarate, que de voir s’il est bien blanc et bien transparent , de même que le salpêtre. Suite des Voyages de Tavernier; Rouen, 1713, t. 'V, p. 184.

d. On nous a écrit en 1754 d’Ispahan, dit M. de Bomare, que le borax brun, tel qu’on l’envoie en Europe, se retirait d’une terre sablonneuse ou d’une pierre tendre, grisâtre, grasse, que Ton trouve seulement en Perse et dans l’empire du grand Mogol, à Golconde et à Visapour, proche des torrents et au bas des montagnes, d’où il découle une eau mousseuse, laiteuse, un peu âcre et lixivielle. Ces pierres sont de différentes grosseurs ; on les expose à l’air, afin qu’elles subissent une sorte d’efflorescence, jusqu’à ce qu’elles paraissent rouges à leur superficie, quelquefois verdâtres, obscures et brunâtres; c’est là ce qu’on appelle matrice de borax, borax gras, brut, et pierre de borax. Tantôt ce sel se retire d’une eau épaisse, que Ton trouve dans des fosses très-profondes près d’une mine de cuivre de Perse : cette liqueur a Tœil verdâtre, et la saveur d’un sel fade; on a soin de ramasser non-seulement cette liqueur, mais encore la matière comme gélatineuse, qui la contient : on fait une espèce de lessive, tant de Teau que de la terre graisseuse et des pierres dont nous venons de faire mention, jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait insipides; on mélange ensuite toutes les dissolutions chargées de borax; on les fait évaporer à consistance requise; puis on procède à la cristallisation, en versant la liqueur à demi refroidie dans des fosses enduites de glaise ou d’argile blanchâtre, et recouvertes d’un chapeau enduit de la même matière; on laisse ainsi la liqueur se cristalliser, et, au bout de trois mois environ, on trouve une couche de cristaux diffus , opaques , terreux, verdâtres et visqueux, d’un goût nauséabond, qui flottent dans une partie de la liqueur qui n’a point totalement cristallisé; on les expose quelque temps à Tair, afin qu’ils sèchent un peu : c’est ce qu’on appelle borax gras de la première purification.

On dissout de nouveau ce sel dans une quantité suffisante d’eau; puis Ton donne quelques jours à la dissolution, pour que les particules les plus hétérogènes s’en séparent et se précipitent ; ensuite on la décante ; on Tévapore et on la met à cristalliser dans une autre fosse que la première, mais également enduite d’argile grasse : après l’espace de deux mois, on trouve des cristaux plus purs, plus réguliers que les précédents; ils sont demi-blancs, verdâtres, grisâtres, un peu transparents, cependant toujours couverts d’une substance grasse, dont on les dépouille facilement en Hollande. C’est en cet état qu’on apporte en Europe ces cristaux de la seconde purification , auxquels Ton donne improprement le nom de borax brut, ou borax de la première fonte. Minéralogie de M. de Bomare, t. I, pag. 344 et 345.

BORAX

ce qui semble indiquer que ce sel est en dissolution dans ces eaux, et que la terre grasse ou la pierre tendre ont été pénétrées de celte eau saline et minérale. On appelle tinkal ou borax brut la matière qu’on extrait de ces terres et pierres par la lessive et l’évaporation, et c’est sous celte forme et sous ce nom qu’on l’apporte en Europe, où l’on achève de le purifier.

Dans leur étal de pureté, les cristaux du borax ressemblent à ceux de l’alun; ils contiennent cependant moins d’eau et en exigent une plus grande quantité pour se dissoudre, et même ils ne se dissolvent bien que dans l’eau chaude. Au feu, ce sel se gonfle moins que l’alun, mais il s’y liquéfie et s’y calcine de même; enfin il se convertit en une sorte de verre salin, qu’on préfère au borax même dans plusieurs usages, parce qu’étant dépouillé de toute humidité, il n’est point sujet à se boursoufler: ce verre de borax n’est ni dur ni dense, et il participe moins des qualités du verre que de celles du sel; il se décompose à l’air, y devient farineux ; il se dissout dans l’eau, et donne par l’évaporation des cristaux tout semblables à ceux du borax; ainsi ce sel, en se vitrifiant, loin de se dénaturer, ne fait que s’épurer davantage et acquérir des propriétés plus actives, car ce verre de borax est le plus puissant de tous les fondants, et lorsqu’on le mêle avec des terres de quelque qualité qu’elles soient, il les convertit toutes en verres solides et plus ou moins transparents, suivant la nature de ces terres.

Tout ceci paraît déjà nous indiquer que le borax contient une grande quantité d’alcali, et cela se prouve encore par l’effet des acides sur ce sel; ils s’emparent de son alcali et forment des sels tout semblables à ceux qu’ils produisent en se combinant avec l’alcali minéral ou marin, et non-seulement on peut enlever au borax son alcali par les acides vitriolique, nitreux et marin, mais aussi par les acides végétaux"; ainsi la présence de l’alcali fixe ‘ dans le borax est parfaitement démontrée; mais ce n’est cependant pas cet alcali seul qui constitue son essence saline, car après en avoir séparé par les acides cet alcali, il reste un sel qui n’est lui-même ni acide ni alcali, et qu’on ne sait comment définir: M. Ilomberg, de l’Académie des Sciences, est le premier qui en ait parlé, il l’a nommé sel sédatif-, et ce nom n’a rapport qu’à quelques propriétés calmantes que cet habile chimiste a cru lui reconnaître, maïs on ignore encore quel est le principe salin de ce sel singulier; et comme sur les choses incertaines il est permis de faire des conjectures, et que j’ai ci-devant réduit tous les sels simples à trois sortes, savoir:

a. Voyez, sur ce sujet, les travaux de MM. Lémery, Geoffroy et Baron, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences.

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