‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 97 sur 105 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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réduction en débris du quartz et des autres premiers verres : ces roches sont composées de molécules ferrugineuses intimement unies avec la matière vitreuse; elles ont d’abord été fondues ensemble; elles se sont ensuite consolidées par le refroidissement, sous la forme d’une pierre dure et pesante; elles ont conservé cette forme primitive dans tous les lieux où elles n’ont pas été exposées à l’action des éléments humides; mais les parties extérieures de ces roches ferrugineuses s’étant trouvées, dès le temps de la première chute des eaux, exposées aux impressions des éléments humides, elles se sont converties en rouille et en ocre. Cette rouille, détachée de leurs masses, aura bientôt été transportée, comme les sables vitreux, par le mouvement des eaux et déposée sur le fond de cette première mer, lequel, dans la suite, est devenu la surface de tous nos continents.

Par cette décomposition des premières roches ferrugineuses, la matière du fer s’est trouvée répandue sur toutes les parties de la surface du globe, et par conséquent cette matière est entrée avec les autres éléments de la terre dans la composition des végétaux et des animaux, dont les détriments, s’étant ensuite accumulés, ont formé la terre végétale dans laquelle la mine de fer en grain s’est produite par la réunion de ces mêmes particules ferrugineuses disséminées et contenues dans cette terre, qui, comme nous l’avons dit ®, est la vraie matrice de la plupart des minéraux figurés, et en particulier des mines de fer en grains.

La grande quantité de rouille détachée de la surface des roches primitives de fer, et transportée par les eaux, aura dû former aussi des dépôts particuliers en plusieurs endroits; chacune de nos mines d’ocre est un de ces anciens dépôts, car l’ocre ne diffère de la rouille de fer que par le plus ou moins de terre qui s’y trouve mêlée. Et lorsque la décomposition de ces roches primordiales s’est opérée plus lentement, et qu’au lieu de se convertir en rouille grossière , la matière ferrugineuse a été atténuée et comme dissoute par une action plus lente des éléments humides, les parties les plus fines de cette matière ayant été saisies et entraînées par l’eau ont formé par stillation des concrétions ou stalactites ferrugineuses , dont la plupart sont plus riches en métal que les mines en grains et en rouille.

On peut réduire toutes les mines de fer de seconde formation à ces trois états de mines en grains, de mines en ocre ou en rouille, et de mines en concrétions ; elles ont également été produites par l’action et l’intermède de l’eau ; toutes tirent leur origine de la décomposition des roches primitives de fer, de la même manière que les grès, les argiles et les schistes proviennent de la décomposition des premières matières vitreuses.

J’ai démontré, dans l’article de la terre végétale **, comment se sont for-

a. Voyez l’article de la Terre végétale, T^a.ge 191.

i>. Ibid., p. id. et suiv.

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més les grains de la mine de fer; nous les voyons, pour ainsi dire, se produire sous nos yeux par la réunion des particules ferrugineuses disséminées dans cette terre végétale, et ces grains de mine contiennent quelquefois une plus grande quantité de fer que les roches de fer les plus riches ; mais comme ces grains sont presque toujours très-petits, et qu’il n’est jamais possible de les trier un à un ni de les séparer en entier des terres avec lesquelles iis sont mêlés, surtout lorsqu’il s’agit de travailler en grand, ces mines en grains ne rendent ordinairement par quintal que de trente-cinq à quarante-cinq livres de fonte et souvent moins, tandis que plusieurs mines en roche donnent depuis cinquante jusqu’à soixante et au delà ; mais je me suis assuré, par quelques essais en petit, qu’on aurait au moins un aussi grand produit en ne faisant fondre que le grain net de ces mines de seconde formation ; elles peuvent être plus ou moins riches en métal, selon que chaque grain aura reçu dans sa composition une plus ou moins forte quantité de substance métallique, sans mélange de matières hétérogènes; car de la même manière que nous voyons se former des stalactites plus ou moins pures dans toutes les matières terrestres, ces grains de mine de fer qui sont de vraies stalactites de la terre végétale imprégnée de fer peuvent être aussi plus ou moins purs, c’est-à-dire plus ou moins chargés de parties métalliques ; et par conséquent ces mines peuvent être plus riches en métal que le minéral en roche, qui, ayant été formé par le feu primitif, contient toujours une quantité considérable de matière vitreuse; je dois même ajouter que les mines en stalactites et en masses concrètes en fournissent un exemple sensible : elles sont, comme les mines en grains, formées par l’intermède de l’eau, et quoiqu’elles soient toujours mêlées de matières hétérogènes, elles donnent assez ordinairement une plus grande quantité de fer que la plupart des mines de première formation.

Ainsi, toute mine de fer, soit qu’elle ait été produite par le feu primitif ou travaillée par l’eau, est toujours mélangée d’une plus ou moins grande quantité de substances hétérogènes; seulement on doit observer que dans les mines produites par le feu le fer est toujours mélangé avec une matière vitreuse, tandis que dans celles qui ont été formées par l’intermède de l’eau, le mélange est plus souvent de matière calcaire®: ces dernières mines,

a. « Les mines de fer de Rougei en Bretagne sont en masses de rocher, de trois quarts de lieue n d’étendue, sur quinze à dix-huit pieds d’épaisseur, disposées en bancs horizontaux; elles sont « de seconde formation, et sont en même temps mêlées de matières silicées. » Je ne cite cet exemple que pour faire voir que les mines de seconde formation se trouvent quelquefois mêlées de matières vitreuses ; mais, dans ce cas, ces matières vitreuses sont elles-mêmes de seconde formation : ce fait m’a été fourni par M. de Grignon, qui a observé ces mines en Bretagne. — Les fameuses mines de fer de Hattemberg, en Carinthie, sont dans une montagne qui est composée de pierres calcaires grisâtres, disposées par couches, et qui se divisent en feuillets lorsqu’elles sont longtemps exposées à l’air. Le minerai y est rarement en filons réguliers, et il se trouve presque toujours en grandes masses. Voyages minéralogiques de M. JasKevisch; Journal de Physique, décembre 1782.

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qu’on nomme spathiques^ à cause de ce mélange de spath ou de parties calcaires, ne sont point altirables à l’aimant, parce qu’elles n’ont pas été produites par le feu et qu’elles ont été, comme les mines en grains ou en rouille, toutes formées du détriment des premières roches ferrugineuses qui ont perdu leur magnétisme par cette décomposition; néanmoins lorsque ces mines secondaires, formées par l’intermède de l’eau, se trouvent mêlées de sablons ferrugineux qui ont passé parle feu, elles sont alors attirables à l’aimant, parce que ces sablons, qui ne sont pas susceptibles de rouille, ne perdent jamais cette propriété d’être attirables à l’aimant.

La fameuse montagne d’Eisenhartz, en Styrie , haute de quatre cent quatre-vingts toises, est presque toute composée de minéraux ferrugineux de diftérentes qualités ; on en tire, de temps immém.orial, tout le fer et l’acier qui se fabriquent dans cette contrée, et l’on a observé** que le minéral propre à faire de l’acier était différent de celui qui est propre à faire du bon fer. Le minéral le plus riche en acier, que l’on appelle phlint, est blanc, fort dur et difficile à fondre; mais il devient rouge ou noir et moins dur en s’effleurissant dans la mine même; celui qui est le plus propre à donner div fer doux est le plus tendre, il est aussi plus fusible et quelquefois environné de rouille ou d’ocre : le noyau et la masse principale de cette montagne sont sans doute de fer primordial produit par le feu primitif, duquel les autres minéraux ferrugineux ne sont que des exsudations, des concrétions, des stalactites plus ou moins mélangées de matière calcaire, de pyrites et d’autres substances dissoutes ou délayées par l’eau et qui sont entrées dans la composition de ces masses secondaires lorsqu’elles se sont formées.

De quelque qualité que soient les mines de fer en roches solides, on est ibligé de les concasser et de les réduire en morceaux gros comme des noisettes avant de les jeter au fourneau; mais pour briser plus aisément les blocs de ce minéral ordinairement très-dur, on est dans l’usage de les faire griller au feu ; on établit une couche de bois sec, sur laquelle on met ces gros morceaux de minéral que l’on couvre d’une autre couche de bois, puis un second lit de minéral, et ainsi alternativement jusqu’à cinq ou six pieds de hauteur, et après avoir allumé le feu on le laisse consumer tout ce qui est combustible et s’éteindre de lui-même : cette première action du feu rend le minéral plus tendre; on le concasse plus aisément et il se trouve plus disposé à la fusion qu’il doit subir au fourneau; toutes les roches de fer qui ne sont mélangées que de substances vitreuses exigent qu’on y joigne une certaine quantité de matière calcaire pour en faciliter la fonte; celles au contraire qui ne contiennent que peu ou point de matière vitreuse, et qui sont mélangées de substances calcaires, demandent l’addition de quelque matière vitrescible, telle que la terre limoneuse, qui, se fondant

a. Il y a de ces mines spatlüques attirables à l’aimant dans le Dauphiné et dans les Pyrénées

b. Voyages métallurgiques, par M. Jars, t. I, pag. 29 et 30.

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aisément, aide à la fusion de ces mines de fer et s’empare des parties calcaires dont elles sont mélangées.

Les mines qui ont été produites par le feu primitif sont, comme nous l’avons dit, toutes attirables à l’aimant, à moins que l’eau ne les ait décomposées et réduites en rouille, en ocre, en grains ou en concrétions ; car elles perdent dès lors cette propriété magnétique; cependant les mines primitives ne sont pas les seules qui soient attirables à l’aimant; toutes celles de seconde formation qui auront subi l’action du feu soit dans les volcans, soit par les incendies des forêts, sont également et souvent aussi susceptibles de cette attraction; en sorte que si l’on s’en tenait à celte seule propriété, elle ne suffirait pas pour distinguer les mines ferrugineuses de première formation de toutes les autres qui, quoique de formation bien postérieure, sont également attirables à l’aimant; mais il y a d’autres indices assez certains par lesquels on peut les reconnaître. Les matières ferrugineuses primitives sont toutes en très-grandes masses et toujours intimement mêlées de matière vitreuse; celles qui ont été produites postérieurement par les volcans ou par d’autres incendies ne se trouvent qu’en petits morceaux, et le plus souvent en paillettes et en sablons, et ces sablons ferrugineux et très-attirables à l’aimant sont ordinairement bien plus réfractaires au feu que la roche de fer la plus dure : ces sablons ont apparemment essuyé une si forte action du feu qu’ils ont pour ainsi dire changé de nature et perdu toutes leurs propriétés métalliques, car il ne leur est resté que la seule qualité d’être attirables à l’aimant, qualité communiquée par le feu, et qui, comme l’on voit, n’est pas essentielle à toute matière ferrugineuse, puisque les mines qui ont été formées par l’intermède de l’eau en sont dépourvues ou dépouillées, et qu’elles ne reprennent ou n’acquièrent cette propriété magnétique qu’après avoir passé par le feu.

Toute la quantité, quoique immense, du fer disséminé sur le globe provient donc originairement des débris et détriments des grandes masses primitives, dans lesquelles la substance ferrugineuse est mêlée avec la matière vitreuse et s’est consolidée avec elle; mais ce fer disséminé sur la terre se trouve dans des états très-différents, suivant les impressions plus ou moins fortes qu’il a subies par l’action des autres éléments et par le mélange de différentes matières. La décomposition la plus simple du fer primordial est sa conversion en rouille : les faces des roches ferrugineuses, exposées à l’action de l’acide aérien ', se sont couvertes de rouille, et cette rouille de fer, en perdant sa propriété magnétique, a néanmoins conservé ses autres qualités, et peut même se convertir en métal plus aisément que la roche dont elle tire son origine. Ce fer, réduit en rouille et transporté dans cet état par les eaux sur toute la surface du globe, s’est plus ou moins

1. C’est-à-dire, à Vaction de l’oxygène de l’air, (Voyez la note 2 de la page 390.)

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mêlé avec la terre végétale : il s’y est uni et atténué au point d’entrer avec la sève dans la composition de la substance des végétaux, et, par une suite nécessaire, dans celle des animaux ; les uns et les autres rendent ensuite ce fer à la terre par la destruction de leur corps'. Lorsque cette destruction s’opère par la pourriture, les particules de fer provenant des êtres organisés n’en sont pas plus magnétiques, et ne forment toujours qu’une espèce de rouille plus fine et plus ténue que la rouille grossière dont elles ont tiré leur origine; mais si la destruction des corps se fait par le moyen du feu, alors toutes les molécules ferrugineuses qu’ils contenaient reprennent, par l’action de cet élément, la propriété d’être attirables à l’aimant, que l’impression des éléments humides leur avait ôtée; et comme il y a eu dans plusieurs lieux de la terre de grands incendies de forêts, et presque partout des feux particuliers et des feux encore plus grands dans les terrains volcanisés, on ne doit pas être surpris de trouver à la surface et dans l’intérieur des premières couches de la terre des particules de fer attirables à l’aimant, d’autant que les détriments de tout le fer fabriqué par la main de l’homme, toutes les poussières de fer produites par le frottement et par l’usure, conservent cette propriété tant qu’elles ne sont pas réduites en rouille. C’est par cette raison que dans une mine dont les particules en rouille ou les grains ne sont point attirables à l’aimant, il se trouve souvent des paillettes ou sablons magnétiques qui, pour la plupart, sont noirs et quelquefois brillants comme du mica : ces sablons, quoique ferrugineux, ne sont ni susceptibles de rouille, ni dissolubles par les acides, ni fusibles au feu; ce sont des particules d’un fer qui a été brûlé autant qu’il peut l’être, et qui a perdu, par une trop longue ou trop violente action du feu, toutes ses qualités, à l’exception de la propriété d’être attiré par l’aimant, qu’il a conservée ou plutôt acquise par l’impression de cet élément.

Il se trouve donc dans le sein de la terre beaucoup de fer en rouille et une certaine quantité de fer en paillettes attirables à l'aimant. On doit rechercher le premier pour le fondre, et rejeter le second, qui est presque infusible. Il y a dans quelques endroits d’assez grands amas de ces sablons ferrugineux que des artistes peu expérimentés ont pris pour de bonnes mines de fer, et qu’ils ont fait porter à leur fourneau sans se douter que cette matière ne pouvait s’y fondre. Ce sont ces mêmes sablons ferrugineux qui se trouvent toujours mêlés avec la platine et qui font même partie de la substance de ce minéral.

Voilà donc déjà deux états sous lesquels se présente le fer disséminé sur la terre : celui d’une rouille qui n’est point attirable à l’aimant et qui se fond aisément à nos fourneaux, et celui de ces paillettes ou sablons magnétiques qu’on ne peut réduire que très-difficilement en fonte; mais indé-

1... Les uns et les autres rendent ce fer à la terre : voilà Buffou ramené à l’explication vraie. ( Voyez les notes des pages 198 et 202. }

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pendamment de ces deux états, les mines de fer de seconde formation se trouvent encore sous plusieurs autres formes, dont la plus remarquable, quoique la plus commune, est en grains plus ou moins gros; ces grains ne sont point attirables à l’aimant, à moins qu’ils ne renferment quelques atomes de ces sablons dont nous venons de parler, ce qui arrive assez souvent lorsque les grains sont gros; les ætites ou géodes ferrugineuses doivent être mises au nombre de ces mines de fer en grains, et leur substance est quelquefois mêlée de ces paillettes attirables à l’aimant; la nature emploie les mêmes procédés pour la formation de ces géodes ou gros grains, que pour celle des plus petits; ces derniers sont ordinairement les plus purs, mais tous, gros et petits, ont au centre une cavité vide ou remplie d’une matière qui n’est que peu ou point métallique; et plus les grains sont gros, plus est grande proportionnellement la quantité de cette matière impure qui se trouve dans le centre. Tous sont composés de plusieurs couches superposées et presque concentriques; et ces couches sont d’autant plus riches en métal, qu’elles sont plus éloignées du centre. Lorsqu’on veut mettre au fourneau de grosses géodes, il faut en séparer cette matière impure qui est au centre, en les faisant concasser et laver. Mais on doit employer de préférence les mines en petits grains, qui sont aussi plus communes et plus riches que les mines en géodes ou en très-gros grains.

Comme toutes nos mines de fer en grains ont été amenées et déposées par les eaux de la mer, et que, dans ce mouvement de transport, chaque flot n’a pu se charger que de matières d’un poids et d’un volume à peu près égal, il en résulte un effet qui, quoique naturel, a paru singulier; c’est que, dans chacun de ces dépôts, les grains sont tous à très-peu près égaux en grosseur, et sont en même temps de la même pesanteur spécifique. Chaque minière de fer a donc son grain particulier : dans les unes les grains sont aussi petits que la graine de moutarde; dans d’autres ils sont comme de la graine de navette, et dans d’autres ils sont gros comme des pois. Et les sables ou graviers, soit calcaires, soit vitreux, qui ont été transportés par les eaux avec ces grains de fer, sont aussi du même volume et du même poids que les grains, à très-peu près, dans chaque minière. Souvent ces mines en grains sont mêlées de sables calcaires, qui, loin de nuire à la fusion, servent de castine ou fondant; mais quelquefois aussi elles sont enduites d’une terre argileuse et grasse, si fort adhérente aux grains qu’on a grande peine à la séparer par le lavage; et si cette terre est de l’argile pure, elle s’oppose à la fusion de la mine, qui ne peut s’opérer qu’en ajoutant une assez grande quantité de matière calcaire : ces mines mélangées de terres attachantes , qui demandent beaucoup plus de travail au lavoir et beaucoup plus de feu au fourneau, sont celles qui donnent le moins de produit relativement à la dépense. Cependant, en général, les mines en grains coûtent moins à exploiter et à fondre que la plupart des mines en roches,

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parce que celles-ci exigent de grands travaux pour être tirées de leur carrière, et qu’elles ont besoin d'être grillées pendant plusieurs jours avant d’être concassées et jetées au fourneau de fusion.

Nous devons ajouter à cet état du fer en grains celui du fer en stalactites ou concrétions continues, qui se sont formées, soit par l’agrégation des grains, soit par la dissolution et le flux de la matière dont ils sont composés, soit par des dépôts de toute autre matière ferrugineuse, entraînée par la stillation des eaux : ces concrétions ou stalactites ferrugineuses sont quelquefois très-riches en métal , et souvent aussi elles sont mêlées de substan«es étrangères et surtout de matières calcaires, qui facilitent leur fusion et rendent ces mines précieuses par le peu de dépense qu’elles exigent et le bon produit qu’elles donnent.

On trouve aussi des mines de fer mêlées de bitume et de charbon de terre ; mais il est rare qu’on puisse en faire usage, parce qu’elles sont presque aussi combustibles que ce charbon et que souvent la matière ferrugineuse y est réduite en pyrites, et s'y trouve en trop petite quantité pour qu’on puisse l’extraire avec profit.

Enfin le fer disséminé sur la terre se trouve encore dans un état trèsdifférent des trois états précédents ; cet état est celui de pyrite, minéral ferrugineux , dont le fond n’est que du fer décomposé et intimement lié avec la substance du feu fixe qui a été saisie par l'acide; la quantité de ces pyrites ferrugineuses est peut-être aussi grande que celle des mines de fer en grains et en rouille : ainsi lorsque les détriments du fer primordial n’ont été attaqués que par l’humidité de l’air ou l’impression de l’eau, ils se sont convertis en rouille, en ocre, ou formés en stalactites et en grains; et quand ces mêmes détriments ont subi une violente action du feu, soit dans les volcans, soit par d’autres incendies, ils ont été brûlés autant qu’ils pouvaient l’être, et se sont transformés en mâchefer, en sablons et paillettes attirables à l’aimant; mais lorsque ces mêmes détriments, au lieu d’être travaillés par les éléments humides ou par le feu, ont été saisis par l’acide chargé de la substance du feu fixe, ils ont, pour ainsi dire, perdu leur nature de fer, et ils ont pris la forme de pyrites que l’on ne doit pas compter au nombre des vraies mines de fer, quoiqu’elles contiennent une grande quantité de matière ferrugineuse , parce que le fer y étant dans un état de destruction et intimement uni ou combiné avec l’acide et le feu fixe, c’est-à-dire avec le soufre qui est le destructeur du fer, on ne peut ni séparer ce métal ni le rétablir par les procédés ordinaires; il se sublime et brûle, au lieu de fondre, et même une assez petite quantité de pyrites, jetées dans un fourneau avec la mine de fer, suffit pour en gâter la lonte; on doit donc éviter avec soin l’emploi des mines mêlées de parties pyriteuses,

a. M. Cronstedt, dans les Mémoires de l’Académie de Suède, année 1751, t. XII, p- 230, a donné la description détaillée d’tme de ces mines de fer combustible.

qui ne peuvent donner que de fort mauvaise fonte et du fer très-cassant.

Mais ces mêmes pyrites, dont on ne peut guère tirer les parties ferrugineuses par le moyen du feu, reproduisent du fer en se décomposant par l’humidité : exposées à l’air, elles commencent par s’effleurir à la surface, et bientôt elles se réduisent en poudre; leurs parties ferrugineuses reprennent alors la forme de rouille, et dès lors on doit compter ces pyrites décomposées au nombre des autres mines de fer ou des rouilles disséminées, dont se forment les mines en grains “ et en concrétions. Ces concrétions se trouvent quelquefois mélangées avec de la terre limoneuse, et même avec de petits cailloux ou du sable vitreux; et lorsqu’elles sont mêlées de matières calcaires, elles prennent des formes semblables à celle du spath, et on les a dénommées mines spathiques : ces mines sont ordinairement très-fusibles et souvent fort riches en métal *•. Quelques-unes, comme celle de Conflans en Lorraine, sont en assez grandes masses et en gros blocs, d’un grain serré et d’une couleur tannée; ce minéral est rempli de cristallisations de spath, de bélemnites, de cornes d’Ammon, etc., il est très-riche et donne du fer de bonne qualité

Il en est de même des mines de fer cristallisées, auxquelles on a donné le nom hématites parce qu’il s’en trouve souvent qui sont d’un rouge

а. Quelques minéralogistes ont même prétendu que toutes les mines de fer en grains et en concrétions doivent leur origine à la décomposition des pyrites. « Toutes les mines de Cham- « pagne, dit M. de Grignon, sont produites par la décomposition des pyrites martiales... Celles « de Poisson, de Noncouit et de Montreuil senties plus abondantes, les plus riches et les meil- « leures de la province ; on les appelle, quoique improprement, mines en roche, parce qu’on « les tire en assez grand volume, et qu’elles se trouvent dans les fentes des rochers calcaires... « Elles sont formées par le dépôt de la destruction des pyrites, et elles ont dans leur structure « une infinité de formes différentes, par feuillets, par cases carrées ou oblongues, et ces mines « en masses sont encore mêlées avec d’autres mines en petits grains, semblables à toutes les « autres mines en grains de ce canton , sur plus de vingt lieues d’étendue depuis Saint-Dizier, « en remontant vers les sources de la Marne, de la Biaise et de l’Aube. » Mémoires de Physique, etc., pag. 22 et 25. — Je dois observer que cette opinion serait trop exclusive : la destruction des pyrites martiales n’est pas la seule cause de la production des mines en concrétions ou en grains, puisque tons les détriments des matières ferrugineuses doivent les produire également, et que d’aillems la décomposition et la dissémination universelle de la matière ferrugineuse par Teau ont précédé nécessairement la formation des pyrites, qui ne sont en effet produites que dans les lieux où la matière ferrugineuse, Tacide et le feu fixe des détriments des végétaux et des animaux se sont trouvés réunis. Aussi M. de Grignon modifie-t-il son opinion dans sa préface, page 7 : « Je prouve, dit-il, par des observations locales, que toutes les mines « de fer de Champagne sont le produit de la décomposition des pyrites, qui sont abondantes « dans cette province, om du ralliement des particules de fer disséminées dans les corps détruits « qui en contiennent , ou du fer même décomposé ; que ces mines ont été le jouet des eaux dont « elles ont suivi l’impulsion, et qui les ont accumulées ou étendues entre des couches de terre « de diverses qualités, ou les ont ensachées entre des fentes de rochers. »

б. La mine spathique, connue en Dauphiné sous le nom de maillat, donne plus de cinquante pourcent, et celle de Champagne, que M. de Grignon appelle mine tuberculeuse , Isabelle, spathique, donne soixante-cinq pour cent. Voyez Mémoires de Physique, p. 29.

c. Idem, ibidem, p. 378.

d. L’hématite peut être regardée comme une chaux de fer, mais toujours cristallisée; cette

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couleur de sang : ces hématites cristallisées doivent être considérées comme des stalactites des mines de fer sous lesquelles elles se trouvent; elles sont quelquefois étendues en lits horizontaux d’une assez grande épaisseur, sous des couches beaucoup plus épaisses de mines en rouille ou en ocre et l’on voit évidemment que ces hématites sont produites par la stillation d’une eau chargée de molécules ferrugineuses qu’elle a détachées en pas. sant à travers cette grande épaisseur d’ocre ou de rouille. Au reste, toutes les hématites' ne sont pas rouges : il y en a de brunes et même de couleur plus foncée**; mais lorsqu’on les réduit en poudre, elles prennent toutes une couleur d’un rouge plus ou moins vif, et l’on peut les considérer en général comme l’un des derniers produits de la décomposition du fer par l’intermède de l’eau.

Les hématites, les mines spalhiques et autres concrétions ferrugineuses de quelques substances qu’elles soient mêlées, ne doivent pas être confondues avec les mines du fer primordial; elles ne sont que de seconde ou de

cristallisation est en aiguilles ou en rayons, souvent divergents, et qui paraissent tendre du centre à la circonférence. On distingue trois sortes de mines de fer en hématites : l’une cristallisée et striée comme le cinabre, une autre grenue et compacte, une troisième en masse homogène et lisse; c’est de cette dernière, qu’on appelle sanguine, que se servent les dessinateurs; celle qu’on nomme brouillamini n’est qu’un bol ferrugineux, durci par le dessèchement à l’air. (Note communicpiée par M. de Grignon.)

a. Je crois qu’on doit rapporter à ces couches d’hématites en grandes masses la mine de fer qui se tire à Rouez, dans le Maine, et de laquelle M. de Burbure m’a envoyé la description suivante : « Cette mine, située à cinq quarts de lieue de Sillé-lc-Guillaume, est très-riche; elle « est dans une terre ocreuse qui a plus de trente pieds d’épaisseur; il part de la partie infé- « rieure de cette mine plusieurs filons qui, en s’enfonçant, vont aboutir à de gros blocs isolés de « mines de fer; ces blocs se rencontrent à vingt ou vingt-six pieds de profondeur, et sont com- « posés de particules ferrugineuses qui paraissent être sans mélange; ils ont aussi des rami- « flcations qui, en se prolongeant, vont se joindre à d’autres masses de mines de fer, moins « pures que ces premiers blocs, parce qu’elles renferment dans l’intérieur de petites pierres qui « y sont incorporées et intimement unies; néanmoins les forgerons leur trouvent une sorte de « mérite qui les font préférer aux autres masses ferrugineuses plus homogènes, car, si elles « renferment moins de fer, elles ont l’avantage de se fondre plus aisément, à cause des pierres « qu’elles renferment, et qui en facilitent la fusion. » Note communiquée par M. de Burbure, lieutenant de la maréchaussée à Sillé-le-Guillaume. — C’est à cette même sorte de mine que l’on peut rapporter celles auxquelles on donne le nom de mines tapées, qui sont des mines de concrétions en masses et couches, et qui gisent souvent sous les mines en ocre ou en rouille, et qui, quoique en grands morceaux, sont ordinairement plus riches en métal; la plupart sont spathiques ou mélangées de matières calcaires. (Note communiquée par M. de Grignon.)

b. Entre les pierres ferrugineuses noires de ce canton, je ne vis, dit M. Bowles, aucune hématite rouge; et ce qu’il y a de singulier, c’est qu’à une demi-lieue de là on en trouve beaucoup de rouges et point de noires.... On voit dans les mines de fer de la Biscaye des hématites qui sont enchâssées dans les creux des veines, et qui sont singulières par leurs différentes formes et grosseurs : on en trouve qui sont grosses comme la tête d’un homme... D’autres sont plates comme des rognons de bœuf... Il y en a qui sont jaunes et rouges en dedans... Ces hématites sont très-pesantes et contiennent beaucoup de fer, mais souvent c’est un fer aigre et intraitable. histoire naturelle d’ Espagne , par M. Bowles, pag. 69 et 334.

1. Hématites. 11 y en a deux variétés : la rouge et la brune. La première est le fer oligiste, ou peroxyde de fer, ou fer oxydé rouge; la seconde est le peroxyde de fer hydraté.

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troisième formation : les premières roches de fer ont été produites par le feu primitif, et sont toutes intimement mélangées de matières vitreuses; les détriments de ces premières roches ont formé les rouilles et les ocres que le mouvement des eaux a transportées sur toutes les parties du globe; les particules plus ténues de ces rouilles ferrugineuses ont été pompées par les végétaux, et sont entrées dans leur composition et dans celle des animaux, qui les ont ensuite rendues à la terre, par la pourriture et la destruction de leur corps'. Ces mêmes molécules ferrugineuses, ayant passé par le corps des êtres organisés, ont conservé une partie des éléments du feu dont elles étaient animées, pendant qu’ils étaient vivants; et c’est de la réunion de ces molécules de fer animées de feu , que se sont formées les pyrites qui ne contiennent en effet que du fer, du feu fixe et de l’acide, et qui d’ailleurs, se présentant toujours sous une forme régulière, n’out pu la recevoir que par l’impression des molécules organiques, encore actives dans les derniers résidus des corps organisés. Et comme les végétaux, produits et détruits dans les premiers âges de la nature, étaient en nombre immense, la quantité des pyrites, produites par leurs résidus, est de même si considérable qu’elle surpasse en quelques endroits celle des mines de fer en rouille et en grains, et les pyrites se trouvent souvent enfouies à de plus grandes profondeurs que les unes et les autres.

C’est de la décomposition successive de ces pyrites et de tous tes autres détriments du fer primordial ou secondaire, que se sont ensuite formées les concrétions spathiques et les mines en masses ou en grains, qui toutes sont de seconde et de troisième formation : car indépendamment des mines en rouille ou en grains, qui ont autrefois été transportées, lavées et déposées par les eaux de la mer, indépendamment de celles qui ont été produites par la destruction des pyrites et par celle de tout le fer dont nous faisons usage, on ne peut douter qu’il ne se forme encore tous les jours de la mine de fer en grains dans la terre végétale, et des pyrites dans toutes les terres imprégnées d’acide, et que par conséquent les mines secondaires de fer ne puissent se reproduire plusieurs fois de la même manière qu’elles ont d’abord été produites, c’est-à-dire avec les mêmes molécules ferrugineuses, provenant originairement des détriments des roches primordiales de fer, qui se sont mêlées dans toutes les matières brutes et dans tous les corps organisés , et qui ont successivement pris toutes les formes sous lesquelles nous venons de les présenter.

Ainsi ces différentes transformations du fer n’empêchent pas que ce métal ne soit un dans la nature, comme tous les autres métaux : ses mines, à la vérité, sont plus sujettes à varier que toutes les autres mines métalliques, et comme elles sont en même temps les plus difficiles à traiter, et

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