‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 98 sur 105 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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que les expériences, surtout en grand, sont longues et très-coûteuses, et que les procédés, ainsi que les résultats des routines ou méthodes ordinaires, sont très-différents les uns des autres, bien des gens se sont persuadé que la nature, qui produit partout le même or, le même argent, le même cuivre, le même plomb, le même étain, s’était prêtée à une exception pour le fer, et qu’elle en avait formé de qualités très-dilférentes, nonseulement dans les divers pays, mais dans les mêmes lieux. Cependant celte idée n’est point du tout fondée : l’expérience m’a démontré que l’essence du fer est toujours et partout la même en sorte que l’on peut avec les plus mauvaises mines, venir à bout de faire des fers d’aussi bonne qualité qu’avec les meilleures; il ne faut pour cela que purifier ces mines en les purgeant de la trop grande quantité de matières étrangères qui s’y trouvent ; le fer qu’on en tirera sera dès lors aussi bon qu’aucun autre.

Mais pour arriver à ce point de perfection, il faut un traitement différent suivant la nature de la mine; il faut l’essayer en petit et la bien connaître avant d’en faire usage en grand, et nous ne pouvons donner sur cela que des conseils généraux, qui trouveront néanmoins leur application particulière dans un très-grand nombre de cas. Toute roche primordiale de fer, ou mine en roche mélangée de matière vitreuse, doit être grillée pendant plusieurs jours, et ensuite concassée en très-petits morceaux avant d’être mise au fourneau : sans cette première préparation, qui rend le minéral moins dur, on ne viendrait que très-difficilement à bout de le briser, et il refuserait même d’entrer en fusion au feu du fourneau, ou n’y entrerait qu’avec beaucoup plus de temps; il faut toujours y mêler une bonne quantité de castine ou matière calcaire. Le traitement de ces mines exige donc une plus grande dépense que celui des mines en grains, par la consommation plus grande des combustibles employés à leur réduction; et à moins qu’elles ne soient, comme celles de Suède, très-riches en métal, ou que les combustibles ne soient à très-bas prix, le produit ne suffit pas pour payer les frais du travail.

Il n’en est pas de même des mines en concrétions et en masses spalhiques ou mélangées de matières calcaires, il est rarement nécessaire de les griller*' : on les casse aisément au sortir de leur minière, et elles se fondent avec une grande facilité et sans addition, sinon d’un peu de terre limoneuse ou d’autre matière vitrifiable lorsqu’elles se trouvent trop chargées

а. Voyez ce que j’ai dit à ce sujet dans la Partie expérimentale, t. IX, qnatrième Mémoire et suivants.

б. Il y a cependant dans les Pyrénées et dans le Dauphiné des mines spathiques où la matière calcaire est si intimement unie et en si grande quantité avec la substance ferrugineuse, qu’il est nécessaire de les griller, afin de rédaire en chaux cette matière calcaire, que l’on en sépare ensuite par le lavage ; mais ces sortes de mines ne font qu’une légère exception à ce qui vient d’étre dit.

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de substance calcaire; ces mines sont donc celles qui donnent le plus de produit relativement à la dépense.

Pour qu’on puisse se former quelque idée du gisement et de la qualité des mines primordiales ou roches de fer, nous croyons devoir rapporter ici les observations que M. Jars, de l’Académie des Sciences, a faites dans ses voyages. « En Suède, dit-il, la mine de Nordmarck, à trois lieues au nord « de Philipstadt, est en filons perpendiculaires , dans une montagne peu « élevée au milieu d’un très-large vallon ; les filons suivent la direction de a la montagne qui est du nord au sud, et ils sont presque tous à très-peu « près parallèles; ils ont en quelques endroits sept ou huit toises de lar- « geur. Les montagnes de ce district, et même de toute cette province, « sont de granité; mais les filons de mine de fer se trouvent aux environs, « dans une espèce de pierre bleuâtre et brunâtre : cette pierre est unie « aux filons de fer, comme le quartz l’est au plomb, au cuivre, etc. Lors- « que le granité s’approche du filon, il le dérange et l’oblitère; ainsi les « filons de fer ne se trouvent point dans le granité : le meilleur indice est le « mica blanc et noir à grandes facettes; on est presque toujours sûr de « trouver, au-dessous, du minéral riche. Il y a aussi de la pierre calcaire « aux environs des granités ; mais le fer ne s’y trouve qu’en rognons et non «pas en filons, ce qui prouve qu’il est de seconde formation dans ces « pierres calcaires. Le minéral est attirable à l’aimant ; il est très-dur, très- « compacte et fort pesant, il donne plus de cinquante pour cent de bonne « fonte; ces mines sont en masses, et on les travaille comme nous exploi- « tons nos carrières les plus dures avec de la poudre.

« Les mines de Presberg, à deux lieues à l’orient de Philipstadt, sont de « même en filons et dans des rochers assez semblables à ceux de Nord- « marck; ces filons sont quelquefois accompagnés de grenats, de schorl « et d’une pierre micacée assez semblable à la craie de Briançon ; ils sont « situés dans une presqu’île environnée d’un très-grand lac; ils sont paral- « lèles et vont comme la presqu’île, du nord au sud.

« On dédaigne d’exploiter les filons qui n’ont pas au moins une toise «d’épaisseur; le minéral rend en général cinquante pour cent de fonte. «Les filons sont presque perpendiculaires, et les différentes mines ont « depuis douze jusqu’à quarante toises de profondeur.

« On fait griller le minéral avant de le jeter dans les hauts-fourneaux, qui « ont environ vingt-cinq pieds de hauteur; on le fond à l’aide d’une castine « calcaire.

« Les mines de Danemora , dans la province d’Upland , à une lieue « d’Upsal, sont les meilleures de toute la Suède : le minéral est communément « uni avec une matière fusible en sorte qu’il se fond seul et sans addition

a. J’observerai que, si cette mine est de première formation, la matière dont le minéral est mélangé et qui lui est intimement unie ne doit pas être calcaire, mais que ce pourrait être du X. .10

DU FER

« de malière calcaire. Ces mines de Danemora sont au bord d’un grand « lac ; les fdons en sont presque perpendiculaires et parallèles dans une « direction commune du nord-est au sud-ouest; quoique tous les rochers « soient de granité, les filons de fer sont toujours, comme ceux des mines « précédentes, dans une pierre bleuâtre “ : il y a actuellement dix mines « en exploitation sur trois filons bien distincts; la plus profonde de ces « mines est exploitée jusqu’à quatre-vingts toises de profondeur; elle est , « comme toutes les autres, fort incommodée par les eaux : on les exploite « comme des carrières de pierres dures, en faisant au jour de très-grandes « ouvertures. Le minéral est très-attirable à l’aimant; on lui donne sur « tous les autres la préférence pour être converti en acier ; on y trouve « quelquefois de l’asbeste ; on exploite ces mines tant avec la poudre à « canon qu’avec de grands feux de bois allumés, et l’on jette ce bois depuis « le dessus de la grande ouverture. Après l’extraction de ces pierres de fer « en quartiers, plus ou moins gros, on en impose de deux pieds de hau- « leur sur une couche de bois de sapin de deux pieds d’épaisseur, et l’on « couvre le minéral d’un pied et demi de poudre de charbon, et ensuite « on met le feu au bois : le minéral, attendri par ce grillage est broyé « sous un marteau ou bocard, après quoi on le jette au fourneau seul et « sans addition de castine. »

Dans plusieurs endroits, les mines de fer en roche sont assez magnétiques pour qu’on puisse les trouver à la boussole; cet indice est l’un des

feldspath ou du schorl, qui non-seulement sont très-fusibles par eux-mêmes, mais qui communiquent de la fusibilité aux substances dans lesquelles ils se trouvent incorporés.

a. M. Jars ne dit pas si cette pierre bleue est vitreuse ou calcaire; sa couleur bleue provient certainement du fer qui fait partie de sa substance, et je présume que sa fusibilité peut provenir du feldspath et du schorl qui s’y trouvent mêlés, et qu’elle ne contient point d^ substance calcaire à laquelle on pourrait attribuer sa fusibilité. Ma présomption est fondée sur ce que cette mine descend jusqu’à quatre-vingts toises dans un terrain qui n’est environné que de granité, et où M. Jars ne dit pas avoir observé des bancs de pierre calcaire ; il me paraît donc que cette mine de Danemora est de première formation, comme celles de Presberg et de Nordmarck, et que, quoiqu’elle soit plus fusible, elle ne contient que de la matière vitreuse, comme toutes les autres mines de fer primitives.

b. « Le but du rôtissage des mines est moins pour dissiper les parties volatiles, quoiqu’il M remplisse cet objet lorsque le minéral en contient, que de rompre le gluten, et de désunir les « parties terreuses d’avec les métalliques.... De dur et compacte il devient, après le rôtissage, « tendre, friable et attirable par l’aimant , supposé qu’il ne le fût pas auparavant : l’air avec « le temps peut produire le même effet que le rôtissage, mais il ne rend pas le minerai attio rable par l’aimant... Si le rôtissage est trop fort, le minerai produit moins de métal... En « Norvrége et en Suède, où les minerais sont attirables par l’aimant, et par conséquent plus « métallisés naturellement que ceux que nous avons en France, on les rôtit toujours préala- « blement à la fonte qui se fait dans les hauts-fourneaux...

« Si l’on prend les mêmes espèces de minerai de fer, que l’on en fasse rôtir la moitié, et « quon les fonde séparément... on obtiendra des fontes dont la différence sera sensible ; la « fonte qui proviendra du minerai rôti sera plus pure que l’autre, le feu du grillage ayant « commencé à désunir les parties terreuses d’avec les métalliques, et à dissiper l’acide sulfureux « s il y en avait, ainsi que les parties volatiles. » Voyages métallurgiques, par M. Jars, t. î, pag. 8 et 12.

DU FER

plus certains pour distinguer les mines de première formation parle feu, de celles qui n’ont ensuite été formées que par l’intermède de l’eau ; mais de quelque manière et par quelque agent que ces mines aient été travaillées , l’élément du fer est toujours le même et l’on peut, en y mettant tous les soins nécessaires, faire du bon fer avec les plus mauvaises mines : tout dépend du traitement de la mine et du régime du feu, tant au fourneau de fusion qu’à l’affliierie.

Comme l’on sait maintenant fabriquer le fer dans presque toutes les parties du monde, nous pouvons donner ici l’énumération des mines de fer qui se travaillent actuellement chez tous les peuples policés. On connaît en France celles d’Allevard en Dauphiné, qui sont en masses concrètes, et qui donnent de très-bon fer et d’assez bon acier par la fonte, que l’on appelle acier de rive: « J’ai vu, dit M. de Grignon, environ vingt tilons de mines « spathiques dans les montagnes d’Allevard; il y en a qui ont six pieds et « plus de largeur sur une hauteur incommensurable; ils marchent régu- « lièrement et sont presque tous perpendiculaires; on donne le nom de « maillat à ceux des filons dont le minerai fond aisément et donne du fer « doux , et l’on appelle rive les filons dont le minerai est bien moins « fusible et produit du fer dur; c’est avec le mélange d’un tiers de maillat « sur deux tiers de rives, qu’on fait fondre la mine de fer dont on fait « ensuite de bon acier connu sous le nom d’acier de rive K »

Les mines du Berri % de la Champagne, de la Bourgogne, de la Franche-

a. Le fer est un : ce qui eu a fait douter, c’est la variété presque infinie qui se trouve dans les fers, telle qu’avec la même mine et dans la même forge on a souvent de bon et de mauvais fer; mais ce n’est pas que l’élément du fer ne soit le même, et ces différences viennent d’abord des matières hétérogènes qu’on est obligé de fondre avec la mine, et ensuite du différent travail des ouvriers à raffinerie. On fait, en Suède, le meilleur fer du monde avec les plus mauvaises mines, c’est-à-dire avec les mines les plus aigres et les plus réfractaires; mais au moyen dn grillage, avant de les jeter au fourneau, et ensuite en tenant plus longtemps la fonte en fusion, et enfin par l’emploi du charbon doux à l’affinerie, on donne au fer un grand degré de perfection. Nous pouvons rendre bons tous nos mauvais fers en les forgeant tme seconde fois et repliant la barre sur elle-même ; le marteau en fera sortir une matière vitrifiée, il y aura du déchet pour le volume et le 'poids, mais la qualité du fer en sera bien meilleure. Nous pouvons de même purifier nos fontes d’abord en les laissant plus longtemps au fourneau, et mieux encore en les faisant fondre une seconde fois.

Pour avoir du bon fer avec toute espèce de mines, en masse de pierre ou roche, il faut nécessairement les faire griller d’abord en les réduisant en très-petits morceaux avant de les jeter au fourneau : cette préparation par le grillage n’est pas nécessaire pour les mines en grains, qu’il suffira de bien laver pour en séparer, autant qu’il est possible, les terres et les sables. Mémoires de Physique , de M. de Grignon, p. 39.

b. Note communiquée par M. le chevalier de Grignon, le 21 septembre 1778.

c. Dans le Berri, le fer est si commun que je ne crois pas qu’on puisse assigner aucun endroit dont on n’en puisse tirer : aussi travaille-t-on beaucoup ce métal, et fait-il l’objet d’un commerce important. On ne le cherche pas bien profondément dans les entrailles de la terre, et il n’est pas distribué par filons comme les autres métaux; il est répandu sur la surface, ou tout au plus à quelques pieds de profondeur... On creuse jusqu’à quatre ou cinq pieds, et on en tire une terre jaune mèléa de cailloux et de petites boules rougeâtres, grosses comme des pois ;

DU FER

Comté, du Nivernais, du Languedoc ® et de quelques autres provinces de France, sont pour la plupart en rouille et en grains, et fournissent la plus grande partie des fers qui se consomment dans le royaume : en général , [on peut dire qu’il y a en France des mines de fer de presque toutes les sortes; celles qui sont en masses solides se trouvent non-seulement en Dauphiné, mais aussi dans le Roussillon, le comté de Foix, la Bretagne et la Lorraine, et celles qui sont en grains ou en rouille se présentent en grand nombre dans presque toutes les autres provinces de ce royaume.

L’Espagne a aussi ses mines de fer dont quelques-unes sont en masses concrètes, qui se sont formées de la dissolution et du détriment des masses primitives; d’autres qui fournissent beaucoup de vitriol ferrugineux et qui paraissent être produites par l’intermède de l’eau chargée d’acide : il y en a d’autres en ocre et en grains dans plusieurs endroits de la Catalogne, de l’Aragon , etc. \

c’est la mine de fer; la meilleure est celle qui est la plus ronde, pesante, rouge ethrillante en dedans, et non pas noire. On débarrasse cette mine de la terre jaune (qui est une espèce d’ocre), en la mettant dans des corbeilles que l’on promène dans les mares; l’eau délaie et emporte la terre, et ne laisse que la mine et les cailloux : par une autre opération, mais fort grossière, ou sépare les cailloux d’avec la mine, en sorte qu’il en reste toujours une quantité considérable. Cette mine en grains donne un fer très-doux, mais fournit peu; on la mêle avec une autre qu’on tire en gros quartiers, dans des carrières au village de Sans, près Sancerre; on casse celle-ci en petits morceaux d’un pouce cubique, etc. Observations d’histoire naturelle, par M. le Monnier; Paris, 1739, p. 117.

a. On trouve dans le vallon de Trépalon (diocèse d’Alais) une quantité de mines de fer à l’opposite de celles de charbon; elles sont d’une bonne qualité... Leurs veines, après avoir traversé le Gardon, un peu au-dessous de la Blaquière, se trouvent recouvertes d’un banc d’ocre naturelle qui est très-belle, et de ut on pourrait tirer parti. Les veines de fer traversent celles du charbon, qu’elles interceptent un peu au-dessus du Mas-des-Bois, après quoi celles de charbon reprennent leurs cours et se divisent en deux branches vers la Blaquière. Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensane, t. 1 , p. 216. — A un petit quart de lieue des mines de charbon (qui se trouvent entre Bize et le Pont-de-Cabessac, au diocèse de Narbonne), au lieu appelé Saint- Aulaire, sur le chemin de Montaulieu, on trouve de très-bonnes raines de fer; elles sont en général en grenailles rondes, semblables à de la dragée de plomb; et ces grenailles sont fort pesantes, et donnent ordinairement du fer de la première qualité : cette espèce de minéral est ici très-abondante... Nous avons trouvé également de très-bonnes mines de fer au pied de la montagne du Tauch (même diocèse), et à Segure, auprès du ruisseau, une mine d’argent mêlée de mine de fer... La montagne de Bergueiroles, dans la paroisse de Saint-Paul-de-la-Coste, au diocèse d’Alais... est pénétrée de toutes parts par de grosses veines presque horizontales de mine de fer cristallisée, blanche et noire : ces veines, qui sont les unes au-dessus des autres, sont séparées par de fortes couches de pierre à chaux , en sorte que le minéral n’a pas la moindre communication avec les roches vitriflables, et se trouve à plus de deux cents toises au-dessus de la base de la montagne, qui , comme presque toutes les montagnes calcaires, porte sur un fond schisteux... Je puis dire la même chose des riches mines de

fer des Corhières, telles que celles de Cascatel, d’Aveja, de Villerouge et autres J’ai trouvé

dans les landes de Cérisy, au diocèse de Bayeux, quantité de coquillages bivalves, dont toute la substance de la coquille et du poisson est changée en véritable mine de fer. J’ai aussi trouvé dans les Corbières, au diocèse de Narbonne, des morceaux de bois entièrement changés en mine de fer. Histoire naturelle du Languedoc , par M. de Gensane , t. II, pag. 12, 13, 14, 175, 176 et 183.

b. Entre Alcocer et Orellena, il y a une mine de fer dans ime espèce de grès, où j’ai vu

DU FER

En Italie, les mines de fer les plus célèbres sont celles de l’île d’Elbe: on en a fait récemment de longues descriptions, qui néanmoins sont assez peu exactes; ces mines sont ouvertes depuis plusieurs siècles, et fournissent du fer à toutes les provinces méridionales de l’Italie

l’ocre la plus belle et le plus fine qu’il y ait au monde. On traverse une rude montagne pour arriver à Nabalvillar, où il y a des pierres hématites, et une espèce de terre noire qui reluit en la frottant dans les mains; c’est un minéral mort de fer réfractaire, dont on ne peut jamais rien tirer... En sortant d’Albaracin par l’est , on trouve, à la distance de quelques milles, une mine de fer en terre calcaire, entourée d’un grès rougeâtre, et aussitôt après on trouve une autre mine noire de fer, où le métal est comme de gros grains de raisin. D’Albaracin nous fûmes à Moline d’Aragon, en traversant les montagnes, où il y a deux mines de fer; l’une est dans la partie calcaire de la montagne, et donne du fer si doux qu’on peut le travailler à froid... La seconde mine est à une lieue de la première... Elle donne un fer aigre; elle est dans une rocbe de quartz, et est plus abondante que la première... Cette mine, qui donne quarante pour cent de métal, est un peu dure à fondre. Histoire naturelle d'Espagne, par M Bowles, p. 56, 107 et 274. — La mine de Saromostro provient de la dissolution et du dépôt du fer par l’eau... C’est un composé de lames ou petites écailles très-minces, applicpiées les unes sur les autres... Il est si sûr que cette mine se forme journellement, qu’on ne doit pas être étonné de ce qu’on y a trouvé des fragments de pics, de pioches, etc., dans des endroits que l’on a creusés il y a plusieurs siècles, et qui se sont ensuite remplis de minéral... Le minéral forme un lit interrompu, qui varie dans son épaisseur depuis trois pieds jusqu’à dix : la eouverture est une roche calcaire de deux à six pieds d’épaisseur... Aux environs de Bilbao (en Biscaye), on découvre le fer en quelques endroits sur la terre; et à un quart de lieue de la ville est une montagne remplie d’une mine de fer qni eontient du vitriol ; e’est une vaste colline ou un monceau énorme de mine de fer, qui charrie et attire uu acide vitriolique, lequel, pénétrant dans la roche ferrugineuse, dissout le métal, et fait paraître à la superficie des plaques de vitriol vertes, bleues et blanches. Vis-à-vis de cette montagne, de l’autre côté de la rivière, il y en a une autre semblable qui produit une grande quantité de vitriol, qui est de toute couleur, jaune clair, etc...

A peu de distance de ce grand rocher ferrugineux, un ingénieur fit couper un morceau de la montagne pour aplanir la nouvelle promenade de la ville ; et comme il la fit couper d’aplomb et de cinquante à quatre-vingts pieds de hauteur, on découvrit la mine de fer, qui est en vérh tables veines, qui plongent tantôt directement, tantôt obliquement, et représentent grossièrement les racines d’un arbre. Il y a des veines qui ont un pouce de diamètre, et d’autres qni sont plus grosses que le bras, variant à l’infini, selon le plus ou moins de résistance que la terre oppose au charriage de l’eau, car on ne peut douter que ce ne soit son ouvrage. Idem, pag. 326, 331 et suiv.

a. Dans l’ile d’Elbe, deux montagnes méritent principalement l’attention des minéralogistes, savoir le mont Galamita et celui de Rio, où sont les célèbres mines de fer... A la distance d’environ deux milles de l’endroit où se trouve la pierre d’aimant, dans ce mont Galamita, le terrain commence à être ferrugineux et parsemé de pierres hématites noirâtres ou rougeâtres, et de pierres ferrugineuses micacées et écailleuses : on y trouve, surtout du côté de la mer, plusieurs morceaux d’aimant détachés des grandes masses de la montagne, et d’autres qui y sont enfoncés, et il semble que la montagne n’est elle-même qu’un amas de blocs ferrugineux et de morceaux d’aimant, car toute la superficie est couverte de ces morceaux écroulés.

On exploite la mine de Rio en plein air, comme une carrière de marbre... Toute la superficie de la montagne est couverte d’une terre ferrugineuse rougeâtre et noirâtre, mêlée de quantité de petites écailles luisantes de minéral de fer... L’intérieur de la montagne, suivant ce qu’on découvre dans les excavations, présente un amas irrégulier de diverses matières : 1° des masses de minéral de différentes qualités... La première, que les ouvriers appellent ferrata , et l’autre luciola. La ferrata a presque la couleur et le brillant du fer, même de Tacier lustré, et est très-dure, très-pesante ; c’est l’hématite couleur de fer de Gronstedt; la luciola, qui est un.

DU FER

Dans la Grande-Bretagne, il se trouve beaucoup de mines de fer; la disette de bois fait que depuis longtemps on se sert de charbon de terre pour les fondre : il faut que ce charbon soit épuré lorsqu’on veut s’en servir, surtout à raffinerie; sans cette préparation il rendrait le fer trèscassant. Les principales mines de fer de l’Écosse sont près de la bourgade

minéral écailleux de fer micacé, est moins dure, moins pesante et moins riche que la ferrata... Ces mines ne courent point par filons, elles sont en masses solitaires plus ou moins grosses, et quelquefois voisines les unes des autres ; elles n’ont point de directions constantes, et l’on en trouve du haut en has de la montagne, et jusqu’au niveau de la mer... Le bon minéral de fer est le plus souvent accompagné d’une terre argileuse de différentes couleurs, qui parait être de la même nature que le schiste argileux qui abonde dans cette montagne.

On trouve aussi dans la même montagne des pyrites, mais en médiocre quantité.... et quelques morceaux d’aimant... Cette mine de Rio est très-abondante, et fournit du fer à Naples, au duché de Toscane, à la république de Gènes, à la Corse, à la Romagne, etc... Et Ton voit par un passage d’Aristote que les Grecs, de son temps, tiraient déjà du fer de cette ile; elle a été célébrée par Virgile, Strabon et d’autres auteurs anciens, à cause de l’abondance de son fer....

Le fer que produit cette mine de Rio est d’une très-bonne qualité; il égale en bonté celui de Suède... On réduit la mine en fusion, sans addition d’aucun fondant....

La montagne de Rio n’est point disposée par coircbes horizontales, et il semble que les matières ferrugineuses, ocreuses et argileuses y aient été jetés confusément. Observations sur les mines de fer de Vile d’Elbe; Journal de Physique, mois de décembre 1778, pag. 410 et suiv. — Les montagnes de File d’Elbe, dit M. Ferber, sont de granité : il y en a du violet qui est très-beau, parce que le spath dur (feldspath) qu’il renferme est violet et à grands cubes, larges ou épais, oblongs et polygones....

La mine de fer n’est pas en veines ou filons, et cependant il y a une montagne entière, qui n’est formée que de mine de fer environnée de granité... La montagne ferrugineuse de File d’Elbe consiste pour la plupart en une mine compacte ; c’est ou de l’hématite couleur de fer, ou de la mine de fer attirable par l’aimant sans être grillée. 11 y a aussi du vrai aimant trèsbon et très-fort ; ces mines se cristallisent dans toutes les cavités enferme de crête de coq, en polygones et autres stalactites de différentes formes... On trouve aussi dans ces mines de la pyrite cristallisée, ou des marcassites polygones et cubiques, un peu de pyrite cuivreuse, de l’amiante blanc, de la crème de loup [spuma lupi) en longues aiguilles concentriques. Dans les fentes, qui souvent sont très-longues et larges, et qu’on peut appeler des filons, il y a beaucoup de bol blanc, rouge et couleur de foie : une partie de cette terre bolaire est quelquefois endurcie jusqu’à la consistance d’un vrai jaspe. Lettres sur la Minéralogie, pag. 440 et suiv. — M. le baron de Dietrich ajoute qu’il ne paraît pas qu’on ait tiré du fer dans aucun autre endroit de File d’Elbe que dans cette montagne; la mine de fer n’est qu’à une portée de fusil de la mer: c tous les rochers, dit-il , que l’on voit sur le rivage sont ferrugineux ; cent cinquante ouvriers « y travaillent constamment ; on se sert de poudre à canon pour l’exploiter ; on assure qu’on « trouvait toujours la même quantité de mine jusqu’à six ou sept milles de distance... Toutes « les mines de fer de File d’Elbe, qui ont un aspect métallique, cristallisées ou micacées, sont « attirables à l’aimant; celles, au contraire, qui sont simplement ocreuses ou sous la forme de « chaux, ne le sont point sans avoir été grillées. . » — La pierre d’aimant ne se trouve pas dans la mine de fer de Rio ; c’est sur la montagne la plus haute de File d’Elbe, située à cinq milles de Capoliori, (ju’il faut chercher cette pierre... Environ à deux milles de la place où on la trouve, la terre est couverte de grands morceaux de pierres ferrugineuses, qui ressemblent à une mine de fer en roche, et paraissent avoir subi Faction du feu... « J’étais, dit M. de Diea trich , muni de limaille de fer et d’une boussole; à une certaine distance de l’endroit où je « trouvai la véritable pierre d’aimant , l’aiguille se porta entièrement au midi , parce que la « pierre d’aimant était en effet au midi de mon chemin et sur les bords escarpés de la mer... a La pierre d’aimant rougie au feu et ensuite refroidie perd sa vertu magnétique. » Note sur la Minéralogie de Ferber, page 440.

DU FER

de Carron celles de l’Angleterre se trouvent dans le duché de Cumberland ** et dans quelques autres provinces.

Dans le pays de Liège % les mines de fer sont presque toutes mêlées d’argile, et dans le comté de Namur'^ elles sont au contraire mélangées de matière calcaire. La plupart des mines d’Alsace et de Suisse ® gisent aussi sur des pierres calcaires ; toute la partie du mont Jura, qui commence aux confins du territoire de SchatFouse, et qui s’étend jusqu’au comté de Neuchâtel, offre en plusieurs endroits des indices certains de mines de fer.

Toutes les provinces d’Allemagne ont de même leurs mines de fer, soit en roche , en grains , en ocre , en rouille ou en concrétions : celles de Styrie f et de Garinthies, dont nous avons parlé, sont les plus fameuses;

а. A Carron, en Écosse, on use de cinq espèces de mines de fer, qui ne rendent pas plus de trente pour cent de fer en gueuse ; les unes sont en pierres, d’autres en grains, et d’autres en hématites ou tête vitrée : on joint à ces mines, avant de les jeter au fourneau, un sixième de minerai plus riche, que l’on fait venir du duché de Cumberland, qui est aussi une espèce d’hématite ou tète vitrée... Uironstone ou pierre de fer, qui se trouve auprès de Carron en Écosse, se tire d’une terre molle et argileuse ; elle se trouve en morceaux près de la superficie de la terre, et est très-pauvre ; mais la bonne mine de fer est en rognons dans une espèce d’argile, et se trouve en couches presque horizontales, et cette mine en rognons surmonte un lit de schiste sous lequel se trouve une veine de charbon : la nature de ce minerai de fer est d’un gris noir et d’un grain serré. Voyages métallurgiques de M. Jars, p. 270.

б. Les mines qu’on trouve aux environs de la forge de Cliftonfurnace , dans le duché de Cumberland , sont à peu près semblables à celles que l’on tire aux environs de Carron en Écosse, mais elles sont en général plus riches en fer; quelques-unes sont en pierres roulées, et on les nomme pierres de fer. Idem, page 235. — On trouve des ironstone ou pierres de fer en plusieurs endroits, et même dans le voisinage des mines de charbon près de Lichtfield et de Dudley, et dans la province de Lancastre; et quelquefois ces pierres de fer forment des couches qui s’enfoncent à ime assez grande profondeur. Du Charbon de terre,, par M. Morand, page 1202.

c. Selon M. Krenger, les mines de fer du pays de Liège sont toutes argileuses, et au contraire celles du comté de Namnr sont toutes calcaires ; il en est de même des mines d’Alsace. Journal de Physique, mois de septembre 1775, p. 227.

d. Les mines du comté de Namnr sont des ocres plus ou moins dures, et dont quelques-unes sont d’un assez beau rouge... Ces minerais produisent en général un fer cassant à froid, et par conséquent très-bon pour la fabrication des clous... On ne grille point le minerai. Voyez les Voyages métallurgiques de M. Jars, t. I, p. 310.

e Selon M. Guettard, le fer est très-commun en Suisse : le mont Jura offre de toutes parts des indices de mines de fer en grains, qui se trouvent aussi très-communément dans plusieurs autres cantons de la Suisse ; il y en a de fort abondantes dans le comté de Sargans, qui donnent au fourneau de fort bon acier. Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1752, pag. 343 et 344.

f. La mine de fer de Styrie, qui est écailleuse, et que les Allemands appellent slahlstein ou pierre d'acier, donne en effet de l’acier par la fonte, et peut aussi donner de très-bon fer. M. le baron Dietrich dit qu’on trouve des mines écailleuses, toutes semblables à celles de Styrie, dans le pays de Nassau-Siegen, dans la Saxe, le Tyrol, etc., et que partout on en fait de très-bon fer ou de l’excellent acier; et il ajoute que la mine d’Allevard, en Dauphiné, est de la même nature, et que l’on fait dans le pays de Bergame et de Brescia de très-bon acier d’une mine à peu près pareille. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, note, pag. 37 et 38.

g. Depuis douze cents ans, on exploite dans deux hautes montagnes de la Carinthie, à deux lieues de Frisach, soixante mines de fer... Il y a des minerais bruns et d’autres rougeâtres.. et comme ils ne se fondent pas tous au fourneau avec la même facilité, on les fait griller

DU FER

mais il y en a aussi de très-riches dans le Tyrol la Bohême la Saxe , le comté de Nassau-Siegen , le pays d’Hanovre % etc.

M. Guettard fait mention des mines de fer de la Pologne, et il en a observé quelques-unes : elles sont pour la plupart en rouille, et se tirent presque toutes dans les marais ou dans les lieux bas ; d’autres sont, dit-il, en petits morceaux ferrugineux, et celles qui se trouvent dans les collines sont aussi à peu près de même nature

séparément avant de les mélanger pour la fonte. Voyages métallurgiques , par M. Jars, t. I, pag. 53 et 54.

a. Dans le Tyrol, àKleinboden, lapins grande partie du minerai est à petites facettes , et ressemble au phlhitz de Styrie. Il y en a une autre espèce aussi à petites facettes, mais trèsblanc; et une autre à très-grandes facettes, qui est la vraie mine de fer spathique: il y a de pareil minerai dans le Voigtland et dans le Dauphiné. Idem, p. 64.

b. A trois quarts de lieue de Platen, en Bohème, on exploite deux filons perpendiculaires de mine de fer, larges chacun de deux à trois toises, et l’on y trouve un pied d’épaisseur en minerai tout pur, de Tespèce qu’on nomme hématite ou tête vitrée; on sait que l’hématite présente une infinité de rayons qui tendent tous au même centre. Les filons sont renfermés dans un grès, ou plutôt ils ont pour toit et pour mur une pierre de grès à gros grains. Cette mine de fer avait, en 1757, cinqu;inte-neuf toises de profondeur; à mesure que l’on a approfondi, le filon est devenu meilleur : elle fommit du minerai à treize forges, tant en Saxe qu’en Bohême. Pour fondre ce minerai, on y joint de la pierre à chaux : l’hématite ou tête vitrée donne du fer trèsdoux et d’une fusion très-facile lorsqu’on la mêle avec une plus grande quantité d’une mine ja ;ne d’ocre, qu’on trouve presque à la surface de la terre. Idem, pag. 70 et suiv.

c. Il y a près de Konigs-Hutte, au pays d’Hanovre, des mines de fer qui rendent jusqu’à soixante et quatre-vingts livres de fonte par cent , et d’autres qui n’en rendent que quinze ou vingt : on les mêle ensemble au fourneau, où elles rendent en commun trente ou quarante pour cent... Il y a aussi d’autres minerais de fer qui sont plus durs et plus réfractaires, en sorte qu’on est obligé de les faire griller avant de les mêler avec les autres minerais pour les jeter au fourneau... Les mines de fer des environs de Elanckenbourg sont disposées par couches, et sont en masses à douze ou quinze toises de profondeur sur des roches de marbre. Idem , ibidem.

d. En Pologne, il y a des mines de fer qui se tirent dans les marais ; M. Guettard dit qu’elles sont d’un jaune d’ocre pâle, ou un peu brun, avec des veines plus foncées ou noirâtres... Le fer qu’elles donnent est cassant, et semblable à celui que fournit en Normandie la mine appelée cosse, à laquelle elles ressemblent beaucoup. Une autre mine de fer de Pologne est noirâtre avec des cavités entièrement vides; on la prendrait, au premier coup d’œil, pour rme pierre de volcans... De quelque nature que soient ces mines en Pologne, celles du moins que j’ai vues, elles se trouvent dans des marais ou dans des endroits qui ont toutes les marques d’avoir été autrefois marécageirx. Rzaczynski dit qu’en général la Polésie polonaise a encore plus de mines de fer que la Volhinie, qu’elles se tirent aussi des marécages,... et qu’elles sont jaunâtres ou couleur de rouille de fer...

Les marais de Cracovie, dit encore M. Guettard, renferment des mines de fer qu’on n’exploite point; les morceaux de minéral y sont isolés, ils ont un pied au plus de longueur sur quelques pouces d’épaisseur : dans quelques endroits cependant, ces morceaux peuvent avoir trois ou quatre pieds dans la première dimension, sur un peu plus d’épaisseur que les autres; ils sont placés à deux ou trois pieds de profondeur au-dessous d’une terre qui tient de la nature de la tourbe, et l’on trouve en fouillant plus bas du pareil minéral de fer sous d’autres couches de terre... Comme les précédentes mines de marais, celles-ci sont poreuses, légères, terreuses, noirâtres, avec des taches jaunâtres; on découvre de temps en temps dans ces fouilles, et dans les autres qu’on peut faire dans les marais, de la terre bleue appelée fleur de fer... Il y a des mines très-abondantes, mais qui ne sont pas de marais, dans le palatinat de Sandomir, auprès de Suchedniow et de Samsonow... Ces mines sont brunes, composées de plusieurs lames, et recou-

DU FER

Les pays du Nord sont les plus abondants en mines de fer : les voyageurs assurent que la plus grande partie des terres de la Laponie sont ferrugineuses ; on a aussi trouvé des mines de fer en Islande “ et en Groenland En Moscovie, dans les Russies et en Sibérie, les mines de fer sont trèscommunes et font aujourd’hui l’objet d’un commerce important , car on en transporte le fer en grande quantité dans plusieurs provinces de l’Asie et de l’Europe, et même jusque dans nos ports de France

En Asie, le fer n’est pas aussi commun dans les parties méridionales que dans les contrées septentrionales : les voyageurs disent qu’il y a très-peu de mines de fer au Japon, et que ce métal y est presque aussi cher que le cuivre cependant à la Chine le fer est à bien plus bas prix, ce qui prouve que les mines de ce dernier métal y sont en plus grande abondance.

vertes d'une terre jaune couleur d'ocre. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17G2, pag. 246, 30i et 305. ‘

a. Les Islandais font des ustensiles de ménage avec du fer, dont ils recueillent sans peine la mine en différents endroits. Hist. générale des Voyages, t. XVIII, p. 36.

b. Idem , t. XIX, p. 30.

c. Dans la province de Dwime, en Moscovie, on trouve plusieurs mines de fer. [Voyages historiques de l’Europe , t. Vil , p. 26)... Et à vingt-six lieues de Moscou , auprès de Tula, il y

a d’autres mines fort abondantes. Voyages d’Oléarius; Paris, 1656 , t. I , p Les Tartares qui

habitent les bords des rivières de Kondoma et de Mrasa savent fondre la mine de fer dans de petits fourneaux creusés en terre et surmontés d’un chapiteau; ils pilent la mine et apportent alternativement dans le fourneau du minerai pilé et du charbon ; ils se servent de demx soufflets, et ne font que deux ou trois livres de fonte à la fois. Gmelin, Hist. générale des Voyages, t. XVIll, p. 153 et 154. — En Sibérie, à quinze werstes de la ville de Tomsk, il y a une montagne composée entièrement de mine de fer; on en fait griller le minerai avant de le jeter au fourneau : il se trouve aussi chez les Barsajakes des mines qui donnent de très-bon fer. Idem, pag. 160 et 161. — Dans les terres voisines du Lena, il se trouve des mines de fer mêlées avec des terres ferrugineuses jaunes ou rouges, et l’on en tire de très-bon fer. Idem, pag. 284 et 285.

— On trouve chez les Ostiaques, à quelque distance des bords du Jenisei, du minerai de fer fort pesant et fort riche, rouge en dehors et brun en dedans. Idem , p. 361. — M. l’abbé Chappe a compté cinquante-deux mines de fer aux environs d’Ékatérinbourg, en Sibérie : ces mines sont, dit-il, mêlées avec des terres vitrifiables ou argileuses, et jamais avec des matières calcaires; pas une de ces mines n’est disposée en filons ; elles sont toutes par dépôts, dispersées sans ordre, du moins en apparence. On trouve presque toujours ces mines dans les montagnes basses et sur les bords des ruisseaux; elles sont à trois pieds sous terre, elles ont vingt-quatre à trente pieds de profondeur... On fait griller toutes ces mines à l’air libre avant de les mettre au fourneau, et on en fait de très-bon fer. Gmelin, Hist. générale des Voyages, t. XIX, p. 472^

— M. Pallas a trouvé en Russie, aux environs de la rivière de Geni, une masse de fer du poids de cent cinquante-deux livres, qu’il a envoyée à l’académie de Pétersbourg. Cette masse a la forme d’une éponge, et est percée de trous ronds remplis de petits corps polis de couleur d’ambre : ce fer se plie aisément sans le secours du feu; un feu médiocre suffit pour le travailler. On peut en faire toutes sortes de petits outils ; mais, lorsqu’on l’expose à l’action d’un grand feu, il perd sa souplesse, se granule et se casse, au lieu de plier. Cette masse ferrugineuse a été trouvée sous la croupe d’une montagne couverte de bois, peu éloignée du mont Rénur, près duquel est une mine d’aimant. Journal historique et politique, 30 octobre 1773, article Pétersbourg.

d. On ne trouve du fer au Japon que dans quelques provinces, mais on l’y trouve en grande abondance, et cependant on l’y vend presque aussi cher que le cuivre. Histoire générale det Voyages, t. X, p. 655.

DU FER

On en trouve dans les contrées de l’Inde, à Siam “ , à Golconde ^ et dans l’île de Ceylan ^ L’on connaît de même les fers de Perse'*, d’Arabie % et surtout les aciers fameux, connus sous le nom de damas, que ces peuples savaient travailler avant même que nous eussions, en Europe, trouvé Part de faire de bon acier.

En Afrique, les fers de Barbarie f et ceux de Madagascar ^ sont cités par les voyageurs; il se trouve aussi des mines de fer dans plusieurs autres contrées de cette partie du monde, à Bambouck**, à Congo* et jusque chez

a. A Siam , près de la ville de Campeng-Pei, il y a une montagne au sommet de laquelle on trouve une mine de fer dont on tire même de l’acier par la fonte; cependant en général on connaît peu de mines de fer dans ce pays, et les Siamois ne sont pas habiles à le travailler; car ils n’ont pas d’épingles, d’aiguilles, de clous, de ciseaux ni de ferrures : chacun se fait des épingles de bambou, comme nos ancêtres en faisaient d’épines. Histoire générale des Voyages, t. IX, pag. 307 et 308. — Le village de Beausonin, au royaume de Siam, est composé de di.x ou douze maisons, et est environné de mines de fer; il y a une forge où chaque habitant est obligé de fondre cent vingt-cinq livres de fer pour le roi : toute la forge consistait en deux ou trois fourneaux que l'on remplit de charbon et de mine alternativement; le charbon venant à se consumer peu à peu, la mine se trouve au fond en une espèce de boulet. Les soufflets dont on se sert sont deux cylindres de bois creusés, dont le diamètre peut être de sept à huit pouces. Chaque cylindre a son piston avec de petites cordes, et un homme seul le fait agir. Second voyage au royaume de Siam ; Paris, 1G89, pag. 242 et 243.

b. A Golconde, on fabrique beaucoup de fer et d’acier qui se transportent en divers endroits des Indes. Histoire générale des Voyages, t. IX, p. 517.

c. Le fer est commun dans File de Ceylan, et les habitants savent même en faire de l’acier. Idem , t. VIll, p. 549.

d. On fait à Kom, en Perse, de très-bonnes lames d’épées et de sabres : l’acier dont ces lames sont faites vient de Niris, proche Ispahan, où il y a plusieurs mines de ce métal. Voyages de Jean Struys; Rouen, 1719, 1. 1 , p. 272. — Les principales mines de Perse sont dans l’Hyrcanie, la Médie septentrionale, au pays des Parthes et dans la Bactriane; mais le fer qu’on en tire n’est pas si doux que celui qu’on fait en Angleterre. Voyages de Chardin; Amsterdam, 1711, t. H, p. 23.

e. Les Grecs ont dit mal à propos que l’Arabie heureuse n’avait point de fer, puisque aujourd’hui même on y exploite encore des mines dans le district de Saad... Mais ce fer de Saad est moins bon que celui qu’on apporte d’Europe, et leur revient plus cher, vu l’ignorance des Arabes et le manque de bois. Description de l’Arabie , par M. Niebubr, p. 123.

f. Le plomb et le fer sont les seuls métaux qu’on ait découverts jusqu’ici en Barbarie. Le fer est fort bon, mais il n’est pas en grande quantité; ce sont les Kabyles des districts montagneux de Bon-Jeirah qui le tirent de la terre et qui le forgent; ils l’apportent ensuite en petites barres aux marchés de Eon-Jeirab et d’Alger. La mine est assez abondante dans les montagnes de Dwée et de Zibkar ; la dernière est la plus riche et fort pesante, et l’on- y trouve quelquefois du cinabre. Voyages de Shaw, 1. 1, p. 30G. — Il y a aussi du fer dans le royaume de Maroc, dans les montagnes de Gesula. L’Afrique de Marmol, t. II, p. 76. — Et les habitants de Beni-Besseri, au pied du mont Atlas, en font leur principal commerce. Idem, t. III , p. 27.

g. On trouve du fer à Madagascar, et les habitants de quelques parties montagneuses de cette île sont assez industrieux pour le fabriquer en barres; les mines sont très-fusibles, et produisent un fer très-doux. Relation de Madagascar, par François Gauche; Paris, 1651, pag. 68 et 69.

h. On trouve du fer non-seulement à Bambouck, dans le royaume de Galam, de Kayne et de Dramuret, où il est en abondance, mais encore dans tous les autres pays en descendant le Sénégal, surtout à Joël et Donghel, dans les États du Siratik,oùil est si commun que les Nègres en font des pots et des marmites. Histoire générale des Voyages, t. II, p. 644.

i. On trouve beaucoup de fer, ainsi que plusieurs autres métaux, dans le royaume de Congo. Recueil des Voyages de la Compagnie des Indes; Amsterdam, 1702 , t. IV, p. 321.

DU FER

les Hottentots ®. Mais tous ces peuples, à l’exception des Barbaresques, ne savent travailler le fer que très-grossièrement, et il n’y a ni forges ni fourneaux considérables dans toute l’étendue de l’Afrique; du moins les relateurs ne font mention que des fourneaux nouvellement établis par le roi de Maroc, pour fondre des canons de cuivre et de fonte de fer.

Il y a peut-être autant de mines de fer dans le vaste continent de l’Amérique que dans les autres parties du monde, et il paraît qu’elles sont aussi plus abondantes dans les contrées du nord que dans celles du midi ; nous avons même formé, dès le siècle précédent, des établissements considérables de fourneaux et de forges dans le Canada, où l’on fabriquait de très-bon fer * ; il se trouve de même des mines de fer en Virginie % où les Anglais ont établi depuis peu des forges ; et comme ces mines sont trèsabondantes et se tirent aisément, et presque à la surface de la terre, dans toutes ces provinces qui sont actuellement sous leur domination, et que d’ailleurs le bois y est très-commun, ils peuvent fabriquer le fer à peu de frais, et ils ne désespèrent pas, dit-on, de fournir ce fer de l’Amérique, au Portugal, à la Turquie, à l’Afrique, aux Indes orientales, et à tous les pays où s’étend leur commerce Suivant les voyageurs, on a aussi trouvé

a. Les mines de fer sont fort communes dans le pays des Hottentots, et les habitants savent même les convertir en fer par la fonte. Histoire générale des Voyages, t. V, p. 172; Voyages de Kolbe. — Au cap de Bonne-Espérance, il y a des indices certains de mines de fer. Description du cap de Bonne-Espérance , par Kolbe; Amsterdam, 1741, part, ii , p. 174.

b. An Canada, la ville des Trois-Rmères a dans son voisinage des mines d’excellent fer. Histoire générale des Voyages, t. XIV, p. 700. — Les mines de fer sont en Canada plus abondantes et plus communes que dans la plupart des provinces de l’Europe; celles des Trois-Rivières surtout surpassent celles d’Espagne par la quantité de fer qu’elles donnent. Histoire philosophique et politique; Amsterdam, 1772, t. II, p. 65. — « Les mines des Trois-Rivières, dit « M. Guettard, donnent d’excellent fer; cependant il ne faut pas croire que tout le fer du « Canada soit d’une égale qualité; il y en a de très-doux et de très-malléable, et d’autre qui est « aigre et fort aisé à casser : cette différence peut venir, ou de la manière de le faire, ou de celle « qui se trouve entre les mines... Suivant M. Gautier, toutes les terres du Canada contiennent « des mines de fer; il y en a dans un endroit appelé la Mine au Racourci, et au cap Martin ; ces « mines sont mêlées avec un peu de cuivre ou d’autre métal... Les morceaux de celle du cap a Martin pèsent autant que le fer, à volume égal ; le fer y a paru presque tout pur, à en juger (( par la couleur... Lorsqu’on prend un morceau de cette mine, et que, sans l’avoir purifié ni « fait passer par le feu, on le présente à l’aiguille aimantée, il la fait varier et produit sur elle « presque les mêmes effets et les mêmes mouvements qu’une lame de couteau ordinaire... (( Quand on pulvérise cette mine, et qu’on verse dessus un peu d’esprit de vitriol , il fermente « très-peu ou presque point; mais quand on la jette dans un mélange d’esprit de nitre et de sel " marin , ce qui fait une eau régale, il paraît que ce qui est de couleur de cuivre s’y dissout. « Ces expériences donnent lieu de penser que le fer est presque partout pur dans cette mine du « cap Martin; celle du Racourci est plus mélangée. » Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences de Paris , année 1752, pag. 207 et suiv.

c. Il y a des mines de fer à Falling-Croak, sur la rivière James, dans la Virginie. Histoire générale des Voyages, t. XIV, p. 474. — Et même tous les lieux élevés de cette presqu’île sont remplis de mines de fer. Idem, p. 492.

d. Histoire philosophique et politique des établissements des Européens dans les deux Indes; Amsterdam , 1772, t. VI, p. 556.

DU FER

des mines de fer dans les climats plus méridionaux de ce nouveau continent, comme à Saint-Domingue au Mexique ^ au Pérou au Chili ^ , à la Guiane ® et au Brésil f -, et cependant les Mexicains et les Péruviens, qui élaientles peuples les plus policés de ce continent, ne faisaient aucun usage du fer, quoiqu’ils eussent trouvé l’art de fondre les autres métaux, ce qui ne doit pas étonner, puisque dans l’ancien continent il existait des peuples bien plus anciennement civilisés que ne pouvaient l’être les Américains, et que néanmoins il n’y a pas trois mille cinq cents ans que les Grecs ont, les premiers, trouvé les moyens de fondre la mine de fer, et de fabriquer ce métal dans l’île de Crète.

La matière du fer ne manque donc en aucun lieu du monde; mais l’art de la travailler est si difficile qu’il n’est pas encore universellement répandu, parce qu’il ne peut être avantageusement pratiqué que chez les nations les plus policées, et où le gouvernement concourt à favoriser l’industrie : car quoiqu’il soit physiquement très-possible de faire partout du fer de la meilleure qualité, comme je m’en suis assuré par ma propre expérience, il y a tant d’obstacles physiques et moraux qui s’opposent à cette perfection de l’art, que dans l’état présent des choses on ne peut guère l’espérer.

Pour en donner un exemple, supposons un homme qui, dans sa propre terre, ait des mines de fer et des charbons de terre, ou des bois en plus grande quantité que les habitants de son pays ne peuvent en consommer, il lui viendra tout naturellement dans l’esprit, l’idée d’établir des forges pour consumer ces combustibles, et tirer avantage de ses mines. Cet établissement, qui exige toujours une grosse mise de fonds et qui demande autant d’économie dans la dépense que d’intelligence dans les constructions, pourrait rapporter à ce propriétaire environ dix pour cent, si ta manutention en était administrée par lui-même. La peine et les soins qu’exige la conduite d’une telle entreprise, à laquelle il faut se livrer tout entier et pour longtemps, le forceront bientôt à donner à ferme ses mines, ses bois et ses forges, ce qu’il ne pourra faire qu’en cédant moitié du produit : l’intérêt de sa mise se réduit dès lors à cinq au lieu de dix pour cent; mais le très-pesant impôt dont la fonte de fer est grevée au sortir du fourneau, diminue si considérablement le bénéfice, que souvent le propriétaire de la forge ne tire pas trois pour cent de sa mise, à moins

a. L’ile de Saint-Domingue a des mines de fer. Histoire générale des Voyages, t. XII, p. 218.

b. Le canton de Mertitlan, au Mexique, renferme une quantité de mines de fer. Idem, p. 648.

c On trouve aussi au Pérou , dans le territoire de Cuença, plusieurs morceaux de mines de

fer attirables à l’aimant. Idem , t. XIII, p. 598.

d. Il y a aussi des mines de fer au Chili. Idem, p. 412.

e. La Guiane française est abondante en mines de fer. Idem, t. XIV, p. 377.

f. Au Brésil, à trente lieues de Saint-Paul au sud, on rencontre les montagnes de Bera- Suéaba, abondantes en mines de fer. Idem , p. 223,

DU FER

que des circonstances particulières et très-rares ne lui permettent de fabriquer ses fers à ban marché et de les vendre cher Un autre obstacle moral tout aussi opposé, quoique indirectement, à la bonne fabrication de nos fers, c’est le peu de préférence qu’on donne aux bonnes manufactures , et le peu d’attention pour cette branche de commerce qui pourrait devenir l’une des plus importantes du royaume, et qui languit par la liberté de l’entrée des fers étrangers. Le mauvais fer se fait à bien meilleur compte que le bon, et cette différence est au moins du cinquième de son prix ; nous ne ferons donc jamais que du fer de qualité médiocre, tant que le bon et le mauvais fer seront également grevés d’impôts, et que les étrangers nous apporteront, sans un impôt proportionnel, la quantité de bons fers dont on ne peut se passer pour certains ouvrages.

D’ailleurs les architectes et autres gens chargés de régler les mémoires des ouvriers qui emploient le fer dans les bâtiments et dans la construction des vaisseaux ne font pas assez d’attention à la différente qualité des fers; ils ont un tarif général et commun sur lequel ils règlent indistinctement le prix du fer, en sorte que les ouvriers qui l’emploient pour leur compte dédaignent le bon, et ne prennent que le plus mauvais et le moins cher : à Paris surtout, cette inattention fait que dans les bâtiments on n’emploie que de mauvais fers, ce qui en cause ou précipite la ruine. On sentira toute l’étendue de ce préjudice si l’on veut se rappeler ce que j’ai prouvé par des expériences c’est qu’une barre de bon fer a non-seulement plus de durée pour un long avenir, mais encore quatre ou cinq fois plus de force et de résistance actuelle qu’une pareille barre de mauvais fer.

Je pourrais m’étendre bien davantage sur les obstacles qui , par des règlements mal entendus, s’opposent à la perfection de l’art des forges en France; mais dans l’histoire naturelle du fer, nous devons nous borner à le considérer dans ses rapports physiques, en exposant non-seulement les différentes formes sous lesquelles il nous est présenté par la nature, mais encore toutes les différentes manières de traiter les mines et les fontes de fer pour en obtenir du bon métal. Ce point de vue physique, aujourd’hui contrarié par les obstacles moraux dont nous venons de parler, est néan-

a. J’ai établi dans ma terre de Buffon un haut-fourneau avec deux forges; l’une a deux feux et deux marteaux, et l’autre a un feu et un marteau : j’y ai joint une fonderie, une double batterie, deux martinets, deux bocards, etc. ; toutes ces constructions, faites sur mon propre terrain et à mes frais, m’ont coûté plus de trois cent mille livres; je les ai faites avec attention et économie; j’ai ensuite conduit pendant douze ans toute la manutention de ces usines, je n’ai jamais pu tirer les intérêts de ma mise au denier vingt; et après douze ans d’expérience, j’ai donné à ferme toutes ces usines pour six mille cinq cents livres. Ainsi je n’ai pas deux et demi pour cent de mes fonds, tandis que l’impôt en produit à très-peu près autant et sans mise de fonds à la caisse du domaine : je ne cite ces faits que pour mettre en garde contre des spéculations illusoires les gens qui pensent à faire de semblables établissements, et pour faire voir en même temps que le gouvernement, qui en tire le profit le plus net, leur doit protection.

b. Voyez la Partie expérimentale. Mémoire sur la ténacité du fer.

DU FER

moins la base réelle sur laquelle on doit se fonder pour la conduite des travaux de cet art, et pour changer ou modifier les règlements qui s’opposent à nos succès en ce genre.

Nous n’avons en France que peu de ces roches primordiales de fer , si communes dans les provinces du nord, et dans lesquelles l’élément du fer est toujours mêlé et intimement uni avec une matière vitreuse. La plupart de nos mines de fer sont en petits grains ou en rouille , et elles se trouvent ordinairement à la profondeur de quelques pieds; elles sont souvent dilatées sur un assez grand espace de terrain , où elles ont été déposées par les anciennes alluvions des eaux avant qu’elles n’eussent abandonné la surface de nos continents : si ces mines ne sont mêlées que de sables calcaires, un seul lavage ou deux suffiront pour les en séparer, et les rendre propres à être mises au fourneau; la portion de sable calcaire que l’eau n’aura pas emportée servira de castine, il n’en faudra point ajouter, et la fusion de la mine sera faeile et prompte; on observera seulement que quand la mine reste trop chargée de ce sable calcaire, et qu’on n’a pu l’en séparer assez en la lavant ou la criblant, il faut alors y ajouter, au fourneau, une petite quantité de terre limoneuse qui, se convertissant en verre, fait fondre en même temps cette matière calcaire superflue, et ne laisse à la mine que la quantité nécessaire à sa fusion, ce qui fait la bonne qualité de la fonte.

Si ces mines en grains se trouvent au contraire mêlées d’argile fortement attachée à leurs grains, et qu’on a peine d’en séparer par le lavage, il faut le réitérer plusieurs fois, et donner à cette mine, au fourneau, une assez grande quantité de castine; cette matière calcaire facilitera la fusion de la mine en s’emparant de l’argile qui enveloppe le grain, et qui se fondra par ce mélange : il en sera de même si la mine se trouve mêlée de petits cailloux ; la matière calcaire accélérera leur fusion ; seulement on doit laver, cribler et vanner ces mines, afin d’en séparer, autant qu’il est possible, les petits cailloux qui souvent y sont en trop grande quantité.

J’ai suivi l’extraction et le traitement de ces trois sortes de mines; les deux premières étaient en nappes , c’est-à-dire dilatées dans une assez grande étendue de terrain; la dernière, mêlée de petits cailloux, était au contraire en nids ou en sacs, dans les fentes perpendiculaires des bancs de pierre calcaire : sur une vingtaine de ces mines ensachées dans les rochers calcaires, j’ai constamment observé qu’elles n’étaient mêlées que de petits cailloux quartzeux , de calcédoines et de sables vitreux, mais point du tout de graviers ou de sable calcaire, quoique ces mines fussent environnées de tous côtés de bancs solides de pierres calcaires dont elles remplissaient les intervalles ou fentes perpendiculaires à d’assez grandes profondeurs, comme de cent, cent cinquante et jusqu’à deux cents pieds; ces fentes, toujours plus larges vers la superficie terrain, vont toutes en se rétrécissant à

DU FER

mesure qu’on descend, et se terminent par la réunion des rochers calcaires dont les bancs deviennent continus au-dessous; ainsi quand ce sac de mine était vidé, on pouvait examiner du haut en bas et de tous côtés les parois de la fente qui la contenait; elles étaient de pierre purement calcaire, sans aucun mélange de mine de fer ni de petits cailloux : les bancs étaient horizontaux, et l’on voyait évidemment que la fente perpendiculaire n’était qu’une disriiption de ces bancs, produite par la retraite et le dessèchement de la matière molle dont ils étaient d’abord composés; car la suite de chaque banc se trouvait à la même hauteur de l’autre côté de la fente, et tous étaient de même parfaitement correspondants du haut jusqu’en bas de la fente.

J’ai de plus observé que toutes les parois de ces fentes étaient lisses et comme usées par le frottement des eaux, en sorte qu’on ne peut guère douter qu’après l’établissement de la matière des bancs calcaires par lits horizontaux, les fentes perpendiculaires ne se soient d’abord formées par la retraite de cette matière sur elle-même en se durcissant : après quoi ces mêmes fentes sont demeurées vides, et leur intérieur, d’abord battu par les eaux, n’a reçu que dans des temps postérieurs, les mines de fer qui les remplissent.

Ces transports paraissent être les derniers ouvrages de la mer sur nos continents : elle a commencé par étendre les argiles et les sables vitreux sur la roche du globe, et sur toutes les matières solides et vitrifiées par le feu primitif; les schistes se sont formés par le dessèchement des argiles, et les grès par la réunion des sablons quartzeux; ensuite les poudres calcaires, produites par les débris des premiers coquillages, ont formé les bancs de pierre, qui sont presque toujours posés au-dessus des schistes et des argiles, et en même temps les détriments des végétaux, descendus des parties les plus élevées du globe, ont formé les veines de charbons et de bitumes; enfin les derniers mouvements de la mer, peu de temps avant d’abandonner la surface de nos collines, ont amené, dans les fentes perpendiculaires des bancs calcaires, ces mines de fer en grains qu’elle a lavés et séparés de la terre végétale, où ils s’étaient formés comme nous l’avons expliqué “.

Nous observerons encore que ces mines, qui se trouvent ensachées dans les rochers calcaires, sont communément en grains plus gros que celles qui sont dilatées par couches sur une grande étendue de terrain elles n’ont de plus aucune suite, aucune autre correspondance entre elles que la direction de ces mêmes fentes, qui, dans les masses calcaires, ne suivent pas la direction générale de la colline, du moins aussi régulièrement que dans

a. Voyez, ci-devant, l’article qui a pour titre : de la Terre végétale.

h. Ce n’est qu’en quelques endroits que l’on trouve de ces mines dilatées en gros grains sur une grande étendue de terrain. M. de Grignon en a reconnu quelques-unes de telles en Franche- Comté.

les montagnes vitreuses; en sorte que quand on a épuisé un de ces sacs de mine, l’on n’a souvent nul indice pour en trouver un autre : la boussole ne peut servir ici , car ces mines en grains ne font aucun effet sur l’aiguille aimantée, et la direction de la fente n’est qu’un guide incertain ; car dans la môme colline, on trouve des fentes dont la plus grande dimension horizontale s’étend dans des directions très-différentes et quelquefois opposées, ce qui rend la recherche de ces mines très-équivoque et leur produit si peu assuré, si contingent, qu’il serait fort imprudent d’établir un fourneau dans un lieu où l’on n’aurait que de ces mines en sacs, parce que ces sacs étant une fois épuisés, on ne serait nullement assuré d’en trouver d’autres; les plus considérables de ceux dont j’ai fait l’extraction ne contenaient que deux ou trois mille muids de mine, quantité qui suffit à peine à la consommation du fourneau pendant huit ou dix mois. Plusieurs de ces sacs ne contenaient que quatre ou cinq cents muids, et l’on est toujours dans la crainte de n’en pas trouver d’autres après les avoir épuisés; il faut donc s’assurer s’il n’y a pas à proximité, c’est-à-dire à deux ou trois lieues de distance du lieu où l’on veut établir un fourneau, d’autres mines en couches assez étendues pour pouvoir être moralement sùr qu’une extraction continuée pendant un siècle ne les épuisera pas : sans cette prévoyance, la matière métallique venant à manquer, tout le travail cesserait au bout d’un temps, la forge périrait faute d’aliment, et l’on serait obligé de détruire tout ce que l’on aurait édifié.

Au reste, quoique le fer se reproduise en grains sous nos yeux dans la terre végétale, c’est en trop petite quantité pour que nous puissions en faire usage; car toutes les minières, dont nous faisons l’extraction, ont été amenées, lavées et déposées par les eaux de la mer lorsqu’elle couvrait encore nos continents: quelque grande que soit la consommation qu’on a faite, et qu’on fait tous les jours de ces mines, il paraît néanmoins que ces anciens dépôts ne sont pas à beaucoup près épuisés, et que nous en avons en France pour un grand nombre de siècles, quand même la consommation doublerait par les encouragements qu’on devrait donner à nos fabrications de fer; ce sera plutôt la matière combustible qui manquera si l’on ne donne pas un peu plus d’attention à l’épargne des bois en favorisant l’exploitation des mines de charbon de terre.

Presque toutes nos forges et fourneaux ne sont entretenus que par du charbon de bois “, et comme il faut dix-huit à vingt ans d’âge au bois pour

a. Les charbons de chêne, charme, hêtre et autres bois durs, sont meilleurs pour le fourneau de fusion; et cemt du tremble, bouleau et autres bois mous sont préférables pour l’affiuerie; mais il faut laisser reposer pendant quebiues mois les charbons de bois durs. Le charbon de chêne, employé à raffinerie, rend le fer cassant; mais au fourneau de fusion, c’est de tous les charbons celui qui porte le plus de mine, ensuite c’est le charbon de hêtre, celui de sapin et celui de châtaignier, qui de tous en porte le moins, et doit être réservé, avec les bois blancs, pour raffinerie. On doit tenir sèchement et à couvert tous les charbons; ceux de bois blancs sur-

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être converti en bon charbon, on doit compter qu’avec deux cent cinquante arpents de bois bien économisés, l’on peut faire annuellement six cents ou six cent cinquante milliers de fer; il faut donc pour l’entretien d’un pareil établissement, qu’il y ait au moins dix-huit fois deux cent cinquante ou quatre mille cinq cents arpents à portée , c’est-à-dire à deux ou trois lieues de distance, indépendamment d’une quantité égale ou plus grande pour la consommation du pays. Dans toute autre position, l’on ne pourra faire que trois ou quatre cents milliers de fer parla rareté des bois, et toute forge qui ne produirait pas trois cents milliers de fer par an ne vaudrait pas la peine d’être établie ni maintenue : or c’est le cas d’un grand nombre de ces établissements faits dans les temps où le bois était plus commun, où on ne le tirait pas par le flottage des provinces éloignées de Paris, où enfin la population étant moins grande, ta consommation du bois, comme de toutes les autres denrées , était moindre; mais maintenant que toutes ces causes, et notre plus grand luxe ont concouru à la disette du bois, on sera forcé de s’attacher à la recherche de ces anciennes forêts enfouies dans le sein de la terre, et qui, sous une forme de matière minérale, ont retenu tous les principes de la combustibilité des végétaux , et peuvent les suppléer non-seulement pour l’entretien des feux et des fourneaux nécessaires aux arls, mais encore pour l’usage des cheminées et des poêles de nos maisons, pourvu qu’on donne à ce charbon minéral les préparations convenables.

Les mines en rouille ou en ocre, celles en grains et les mines spathiques ou en concrétions, sont les seules qu’on puisse encore traiter avantageusement dans la plupart de nos provinces de France, où le bois n’est pas fort abondant; car quand même on y découvrirait des mines de fer primitif, c’est-à-dire de ces roches primordiales, telles que celles des contrées du Nord, dans lesquelles la substance ferrugineuse est intimement mêlée avec la matière vitreuse, cette découverte nous serait peu utile, attendu que le traitement de ces mines exige près du double de consommation de matière combustible, puisqu’on est obligé de les faire griller au feu pendant quinze jours ou trois semaines, avant de pouvoir les concasser et les jeter au fourneau ; d’ailleurs ces mines en roche qui sont en masses très-dures , et qu’il faut souvent tirer d’une grande profondeur, ne peuvent être exploitées qu’avec de la poudre et de grands feux qui les ramollisssent ou les font éclater : nous aurions donc un grand avantage sur nos concurrents étrangers si nous avions autant de matières combustibles; car avec la même quantité nous ferions le double de ce qu’ils peuvent faire, puisque l’opération du grillage consomme presque autant de combustible que celle de la fusion ; et, comme je l’ai souvent dit, il ne tient qu’à nous d’avoir d’aussi bon fer que celui de Suède, dès qu’on ne sera pas

tout s’altèrent à l’air et à la pluie dans très-peu de temps; le charbon des jeunes chênes, depius dix-huit jusqu’à trente ans d’âge, est celui qui brûle avec le plus d’ardeur.

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forcé, comme on l’est aujourd’hui, de trop épargner le bois, ou que nous pourrons y suppléer par l’usage du charbon de terre épuré.

La bonne qualité du fer provient principalement du traitement de la mine avant et après sa mise au fourneau : si l’on obtient une très-bonne fonte, on sera déjà bien avancé pour faire d’excellent fer. Je vais indiquer le plus sommairement qu’il me sera possible les moyens d’y parvenir, et par lesquels j’y suis parvenu moi-même, quoique je n’eusse sous ma main que des mines d’une très-médiocre qualité.

Il faut s’attacher dans l’extraction des mines en grains aux endroits où elle sont les plus pures : si elles ne sont mêlées que d’un quart ou d’un tiers de matière étrangère, on doit encore les regarder comme bonnes; mais si ce mélange hétérogène est de deux tiers ou de trois quarts, il ne sera guère possible de les traiter avantageusement, et l’on fera mieux de les négliger et de chercher ailleurs ; car il arrive toujours que dans la même minière, dilatée sur une étendue de quelques lieues de terrain, il se trouve des endroits où la mine est beaucoup plus pure que dans d’autres, et de plus la portion inférieure de la minière est communément la meilleure; au contraire, dans les minières qui sonten sacs perpendiculaires, la partie supérieure est toujours la plus pure, et on trouve la mine plus mélangée à mesure que l’on descend; il faut donc choisir, et dans les unes et dans les autres, ce qu’elles auront de mieux, et abandonner le reste si l’on peut s’en passer.

Cette mine, extraite avec choix, sera conduite aux lavoirs pour en séparer toutes les matières terreuses que l’eau peut délayer, et qui entraînera aussi la plus grande partie des sables plus menus ou plus légers que les grains de la mine : seulement il faut être attentif à ne pas continuer le lavage dès qu’on s’aperçoit qu’il passe beaucoup de mine avec le sable®, ou bien il faut recevoir ce sable mêlé de mine dans un dépôt d’où l’on puisse ensuite le tirer pour le cribler ou le vanner, afin de rendre la mine assez nette pour pouvoir la mêler avec l’autre. On doit de même cribler toute mine lavée qui reste encore chargée d’une trop grande quantité de sable ou de petits cailloux: en général, plus on épurera la mine par les lotions ou par le crible, et moins on consommera de combustible pour la fondre, et l’on sera plus que dédommagé de la dépense qu’on aura faite pour cette préparation de la mine par son produit au fourneau ^

a. Ce serait entrer dans un trop grand détail que de donner ici les proportions et les formes des différents lavoirs qu’on a imaginés pour nettoyer les mines de fer en grains, et les purger des matières étrangères, qui quelquefois sont tellement unies aux grains qu’on a grande peine à les en détacher. Le lavoir foncé de fer et percé de petits trous, inventé par M. Robert, sera trèsutile pour les mines ainsi mêlées de terre grasse et attachante; mais pour toutes les autres mines qui ne sont mélangées que de sable calcaire ou de petits cailloux vitreux, les lavoirs les plus simples suffisent et même doivent être préférés.

b. Les cribles cylindriques, longs de quatre à cinq pieds sur dix-huit ou vingt pouces de dia-

DU FER

La mine épurée à ce point peut être confiée au fourneau avec certitude d’un bon produit en quantité et en qualité; une livre et demie de charbon de bois suffira pour produire une livre de fonte, tandis qu’il faut une livre trois quarts et quelquefois jusqu’à deux livres de charbon lorsque la mine est restée trop impure : si elle n’est mêlée que de petits cailloux ou de sables vitreux, on fera bien d’y ajouter une certaine quantité de matière calcaire, comme d’un sixième ou d’un huitième par chaque charge, pour en faciliter la fusion ; si au contraire elle est trop mêlée de matière calcaire, on ajoutera une petite quantité, comme d’un quinzième ou d’un vingtième, de terre limoneuse, ce qui suffira pour en accélérer la fusion.

Il y a beaucoup de forges où l’on est dans l’usage de mêler les mines de différentes qualités ax^ant de les jeter au fourneau; cependant on doit observer que cette pratique ne peut être utile que dans des cas particuliers ; il ne faut jamais mélanger une mine très-fusible avec une mine réfractaire, non plus qu’une mine en gros morceaux avec une mine en très-petits grains, parce que l’une se fondant en moins de temps que l’autre, il arrive qu’au moment de la coulée la mine réfractaire ou celle qui est en gros morceaux n’est qu’à demi fondue, ce qui donne une mauvaise fonte dont les parties sont mal liées; il vaut donc mieux fondre seules les mines, de quelque nature qu’elles soient, que de les mêler avec d’autres qui seraient de qualités très-différentes; mais comme les mines en grains sont à peu près de la même nature, la plus ou moins grande fusibilité de ces mines ne vient pas de la différente qualité des grains, et ne provient que de la nature des terres et des sables qui y sont mêlés; si ce sable est calcaire, la fonte sera facile; s’il est vitreux ou argileux, elle sera plus difficile : on doit corriger l’une par l’autre lorsque l’on veut mélanger ces mines au fourneau; quelques essais suffisent pour reconnaître la quantité qu’il faut ajouter de l’une pour rendre l’autre plus fusible; en général, le mélange de la matière calcaire à la matière vitreuse les rend bien plus fusibles qu’elles ne le seraient séparément.

Dans les mines en roche ou en masse, ces essais sont plus faciles ; il ne s’agit que de trouver celles qui peuvent servir de fondant aux autres : il faut briser cette mine massive en morceaux d’autant plus petits qu’elle est plus réfractaire; au reste, les mines de fer qui contiennent du cuivre doivent être rejetées, car elles ne donneraient que du fer très-cassant.

La conduite du fourneau demande tout autant et peut-être encore plus d’attention que la préparation de la mine: après avoir laissé le fourneau

mètre, montés en SI de fer sur un axe à rayons, sont les plus expéditifs et les meilleurs ; j’cn ai fait constiiiire plusieurs, et je m’en suis servi avec avantage; un enfant de dix ans suffit pour tourner ce crible dans lequel le minerai coule par une trémie ; le sablon le plus fin tombe au-dessous de la tète du crible, les grains de mine tombent dans le milieu, et les plus gros sables et petits cailloux vont au delà par l’effet de la force centrifuge. C’est de tons les moyens le plus sûr pour rendre la mine aussi nette qu’il est possible.

DU FER

s’échauffer lentement pendant trois ou quatre jours, en imposant successivement sur le charbon une petite quantité de mine (environ cent livres pesant) , on met en jeu les soufflets en ne leur donnant d’abord qu’un mouvement assez lent (de quatre ou cinq foulées par minute); on commence alors à augmenter la quantité de la mine, et l’on en met pendant les deux premiers jours deux ou trois mesures (d’environ soixante livres chacune) , sur six mesures de charbon (d’environ quarante livres pesant), à chaque charge que l’on impose au fourneau, ce qui ne se fait que quand les charbons enflammés dont il est plein ont baissé d’environ trois pieds et demi. Cette quantité de charbon qu’on impose à chaque charge étant toujours la même, on augmentera graduellement celle de la mine d’une demimesure le troisième jour et d’autant chaque jour suivant, en sorte qu’au bout de huit ou neuf jours on imposera la charge complète de six mesures de mine sur six mesures de charbon; mais il vaut mieux dans le commencement se tenir au-dessous de cette proportion que de se mettre au-dessus.

On doit avoir l’attention d’accélérer la vitesse des soufflets en même proportion à peu près qu’on augmente la quantité de mine, et l’on pourra porter celte vitesse jusqu’à dix coups par minute, en leur supposant trente pouces de foulée, et jusqu’à douze coups si la foulée n’est que de vingtquatre ou vingt-cinq pouces; le régime du feu dépend de la conduite du vent, et de tous deux dépendent la célérité du travail et la fusion plus ou moins parfaite de la mine : aussi dans un fourneau bien construit tout doit-il être en juste proportion; la grandeur des soufflets, la largeur de l’orifice de leurs huses, doivent être réglées sur la capacité du fourneau; une trop petite quantité d’air ferait languir le feu, une trop grande le rendrait trop vif et dévorant; la fusion de la mine ne se ferait dans le premier casque très-lentement et imparfaitement, et dans le second la mine n’aurait pas le temps de se liquéfier, elle brûlerait en partie au lieu de se fondre en entier.

On jugera du résultat de tous ces effets combinés par la qualité de la matte ou fonte de fer que l’on obtiendra : on peut couler toutes les neuf à dix heures; mais on fera mieux de mettre deux ou trois heures de plus entre chaque coulée; la mine en fusion tombe comme une pluie de feu dans le creuset, où elle se tient en bain, et se purifie d’autant plus qu’elle y séjourne plus de temps; les scories vitrifiées des matières étrangères dont elle était mêlée surnagent le métal fondu et le défendent en même temps de la trop vive action du feu, qui ne manquerait pas d’en calciner la surface; mais comme la quantité de ces scories est toujours très-considérable, et que leur volume boursouflé s’élèverait à trop de hauteur dans le creuset, on a soin de laisser couler et même de tirer cette matière superflue, qui n’est que du verre impur, auquel on a donné le nom de laitier, et qui ne contient aucune partie de métal lorsque la fusion de la mine se fait bien; on peut en juger

par la nature même de ce laitier, car s’il est fort rouge, s’il coule difficilement, s’il Qsipoisseua; ou mêlé de mine mal fondue, il indiquera le mauvais travail du fourneau; il faut que ce laitier soit coulant et d’un rouge léger en sortant du fourneau : ce rouge que le feu lui donne s’évanouit au moment qu’il se refroidit, et il prend différentes couleurs, suivant les matières étrangères qui dominaient dans le mélange de la mine.

On pourra donc toutes les douze heures obtenir une gueuse ou lingot d’environ deu.v milliers, et si la fonte est bien liquide et d’une belle couleur de feu, sans être trop étincelante, on peut bien augurer de sa qualité; mais on en jugera mieux en l’examinant après l’avoir couverte de poussière de charbon et l’avoir laissé refroidir au moule pendant six ou sept heures; si le lingot est très-sonore, s’il se casse aisément sous la masse, si la matière en est blanche et composée de lames brillantes et de gros grains à facettes, on prononcera sans hésiter que celte fonte est de mauvaise ou du moins de très-médiocre qualité, et que pour la convertii’ en bon fer le travail ordinaire de raffinerie ne serait pas suffisant : il faudra donc tâcher de corriger d’avance cette mauvaise qualité de la fonte par le traitement au fourneau; pour cela on diminuera d’un huitième ou même d’un sixième la quantité de mine que l’on impose à chaque charge sur la même quantité de charbon, ce qui seul suffira pour changer la qualité de la fonte ; car alors on obtiendra des lingots moins sonores, dont la matière, au lieu d’être blanche et à gros grains, sera grise et à petits grains serrés, et si l’on compare la pesanteur spécifique de ces deux fontes, celle-ci pèsera plus de cinq cents livres le pied cube , tandis que la première n’en pèsera guère que quatre cent soixante-dix ou quatre cent soixante-quinze, et cette fonte grise à grains serrés donnera du bon fer au travail ordinaire de raffinerie où elle demandera seulement un peu plus de temps et de feu pour se liquéfier®.

Il en coûte donc plus au fourneau et plus à raffinerie pour obtenir du

a. La fonte blanclie,dit M. de Grignon, est la plus mauvaise; elle est blanche lorsqu’on surcharge le fourneau de trop de mine relativement au charbon ; elle peut aussi devenir telle par la négligence du fondeur, lorsqu’il n’a pas attention de travailler son ouvrage pour faire descendre doucement les charges, et qu’il les laisse former une voûte au-dessus de la tuyère, et toutes les fois que la fusion n’est pas exacte, et que la mine est précipitée dans le bain sans être assez préparée, et enfin lorsque, par quelque cause que ce soit, la chaleur se trouve diminuée dans le fourneau. La fonte blanche est sonore, dure et fragile; elle est très-fusible au feu, mais elle donne un fer cassant, dur et rouverain.

La fonte qu’on appelle Imitée est parsemée de taches grises; elle est moins mauvaise que la fonte purement blanche : cette fonte truitée est très-propre à faire de gros ouvrages, comme des enclumes ; elle se travaille aisément et donne de meilleur fer que les fontes blanches.

Une fonte grise devient blanche, dure et cassante lorsqu’on la coule dans un moule humide et à une petite épaisseur : la partie la plus mince est plus blanche que le reste ; celle qui suit est truitée, et il n’y a que les endroits les plus épais dont la fonte soit grise.

La fonte grise donne le meilleur fer : il y en a de deux espèces, l’une d’un gris cendré et l’autre d’un gris beaucoup plus foncé tirant sur le brun noir ; la première est la meilleure, elle sort du fourneau aussi fluide que de l’eau : cette fonte grise, dans son état de perfection , donne une cristallisation régulière en la laissant refroidir lentement pendant plusieurs jours; elle fait

DU FER

bon fer que pour en faire du mauvais, et j’eslime qu’avec la même mine la diflêrence peut aller à un quart en sus; si la fabrication du mauvais fer coûte cent francs par millier, celle du bon fer coûtera cent vingt-cinq livres, et malheureusement dans le commerce on ne paie guère que dix livres de plus le bon fer, et souvent même on le néglige pour n’acheter que le mauvais : cette différence serait encore plus grande si l’on ne regagnait pas quelque chose dans la conversion de la bonne fonte eu fer; il n’en faut qu’environ quatorze cents pesant, tandis qu’il faut au moins quinze et souvent seize cents d’une mauvaise fonte pour faire un millier de fer. Tout le monde pourrait donc faire de la bonne fonte et fabriquer du bon fer; mais l’impôt dont il est grevé force la plupart de nos maîtres de forges à négliger leur art, et à ne rechercher que ce qui peut diminuer la dépense et augmenter la quantité, ce qui ne peut se faire qu’en altérant la qualité. Quelques-uns d’entre eux, pour épargner la mine, s’étaient avisés de faire broyer les crasses ou scories qui sortent du foyer de l’aftinerie et qui contiennent une certaine quantité de fer intimement mêlé avec des matières vitrifiées : par cette addition, ils trouvèrent d’abord un bénéfice considérable en apparence, le fourneau rendait beaucoup plus de fonte; mais elle était si mauvaise qu’elle perdait à l’aftinerie ce qu’elle avait gagné au fourneau, et qu’après celte perte, qui compensait le bénéfice ou plutôt le réduisait à rien, il y avait encore tout à perdre sur la qualité du fer, qui participait de tous les vices de cette mauvaise fonte; ce fer était si cendreux, si cassant, qu’il ne pouvait être admis dans le commerce.

Au reste, le produit en fer que peut donner la fonte dépend aussi beaucoup de la manière de la traiter au feu de raffinerie : « J’ai vu, dit M. de « Grignon, dans des forges du bas Limousin, faire avec la même fonte « deux sortes de fer; le premier doux, d’excellente qualité et fort supérieur « à celui du Berri, on y emploie quatorze cents livres de fonte; le second

une retraite très-considérable sur elle-même ; sa cristallisation est en forme pyramidale et se termine en une pointe très-aiguë; elle se forme principalement dans les petites cavités de la fonte.

La fonte grise est moins sonore que la blanche, parce qu’elle est plus douce et que ses parties sont plus souples.

La fonte brune on noirâtre est telle, parce qu’on a donné trop peu.de mine relativement au charbon , et que la cbaleur du fourneau était trop grande ; elle est moins pesante et plus poreuse que l’autre fonte, et plus douce à la lime; elle s’égrène plus facilement, mais se casse plus difficilement; elle est très-dure à fondre, mais elle donne un bon fer nerveux; ses cristaux sont de la même forme que ceux de la fonte grise, mais seulement plus courts. Cette fonte brune ou noire ne réussit pas pour mouler des pièces minces, parce qu’elle ne prend pas bien les impressions; mais elle est très-bonne pour de grosses pièces de résistance, comme tourillons, colliers d’arbres, etc. Il se forme beaucoup d’écailles minces et de 'Jimaille sur cette fonte noire, poreuse et soufflée : cette limaille est assez semblable à du mica noir ou au sablon ferrugineux qui se trouve dans quelques mines, et qui ressemble aussi au sablon ferrugineux de la platine; ces petites lames sont autant de parcelles atténuées du régule de fer. Mémoires de Physique, par M. de Grignon , pag. 60 et suiv.

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« est une combinaison de fer et d’acier pour les outils aratoires, et l’on « n’emploie que douze cents livres de fonte pour obtenir un millier de fer; « mais on consomme un sixième de plus de charbon que pour le premier; « cette différence ne provient que de la manière de poser la tuyère et de « préserver le fer du contact immédiat du vent“. » Je pense qu’en effet, si l’on pouvait en affinant la fonte la tenir toujours hors de la ligne du vent et environnée de manière qu’elle ne fût point exposée à l’action de l’air, il s’en brûlerait beaucoup moins, et qu’avec douze cents ou tout au plus treize cents livres de fonte on obtiendrait un millier de fer.

La mine la plus pure, celle même dont on a trié les grains un à un, est souvent intimement mêlée de particules d’autres métaux ou demi-métaux, et particulièrement de cuivre et de zinc : ce premier métal, qui est fixe, reste dans la fonte, et le zinc, qui est volatil, se sublime ou se brûle

La fonte blanche, sonore et cassante, que je réprouve pour la fabrique du bon fer, n’est guère plus propre à être moulée ; elle se boursoufle au lieu de se condenser par la retraite, et se casse au moindre choc; mais la fonte blanchâtre, et qui commence à tirer au gris, quoique très-dure et encore assez aigre, est très-propre à faire des colliers d’arbres de roues, des enclumes et d’autres grosses masses qui doivent résister au frottement ou à la percussion : on en fait aussi des boulets et des bombes ; elle se moule aisément et ne prend que peu de retraite dans le moulô. On peut d’ailleurs se procurer à moindre frais cette espèce de fonte au moyen de simples fourneaux à

а. Lettre de M. le chevalier de Grignon à M. le comte de Buffon, datée de Paris, le 29 juillet 1782.

б. 11 s’élève beaucoup de vapeurs qui s’étendent à une grande hauteur au-dessus du gueulard d’un fourneau où l’on fond la mine de fer ; cette vapeur prend feu au bord de la surface de cette ouverture; les bords se revêtent d’une poussière blanche ou jaune, qui est une matière métallique décomposée et sublimée : outre cela, il se forme sur les parois dans l’intérieur du fourneau , à commencer aux deux tiers environ de sa hauteur depuis la cuve, une matière brune dont la couche est légère, mais fort adhérente aux briques du fourneau; cette matière sublimée est ferrugineuse. 11 y a souvent dans le brun des taches blanches et jaunâtres, et l’on y trouve dans quelques cavités de belles cristallisations en filets déliés... Cette substance est la cadmie des fourneaux ; on en retire du zinc , ainsi ce demi-métal paraît être contenu dans la mine de fer; il reste même du zinc dans la fonte de fer après la fusion, quoique la plus grande partie de ce demi-métal, qui ne peut souffrir une violente action du feu sans se brûler et se volatiliser, soit réduite en tutie vers l’ouverture du fourneau , où elle forme une suie métallique qui s’attache aux parois du fourneau, et cette suie de zinc et ce fer est le pomphoUx; non-seulement toutes les mines de fer de Champagne, mais encore celles des autres provinces de France, contiennent du zinc. Mémoires de Physique , par M. de Grignon , pag. 278 et suiv. — M. Granger dit que toutes les mines de fer brunes, opaques ou ocracées, contiennent de la chaux de zinc, et qu’il y a un passage comme insensible de ces mines à la pierre calaminaire, et réciproquement de la pierre calaminaire à ces mines de fer. On voit tous ces degrés dans le pays de Liège et dans le duché de Limbourg: « Nous croyons, ajoute-t-il, que cette dose de zinc, contenu « dans les mines de fer, est ce qui leur donne la facilité de produire des fers de tant de qualités « différentes, et qu’elle est peut-être plus considérable qu’on ne pense. Journal de Physique mois de septembre 1775, pag. 225 et suiv.

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réverbères®, sans soufflets, et dans lesquels on emploie le charbon de terre plus ou moins épuré : comme ce combustible donne une chaleur beaucoup plus forte que celle du charbon de bois, la mine se fond et coule dans ces fourneaux aussi promptement et en plus grande quantité que dans nos hauts-fourneaux, et on a l’avantage de pouvoir placer ces fourneaux partout, au lieu qu’on ne peut établir que sur des courants d’eau nos grands fourneaux à soufflets; mais celte fonte faite au charbon de terre, dans ces fourneaux de réverbère, ne donne pas du bon fer, et les Anglais, tout industrieux qu’ils sont, n’ont pu jusqu’ici parvenir à fabriquer des fers de qualité même médiocre avec ces fontes, qui vraisemblablement ne s’épurent pas assez dans ces fourneaux; et cependant j’ai vu et éprouvé moi-même qu’il était possible, quoique assez difficile, de faire du bon fer avec de la fonte fondue au charbon de terre dans nos hauts-fourneaux à soufflets, parce qu’elle s’y épure davantage que dans ceux de réverbère.

Cette fonte faite dans des fourneaux de réverbère peut utilement être employée aux ouvrages moulés; mais comme elle n’est pas assez épurée, ou ne doit pas s’en servir pour les canons d’artillerie : il faut au contraire la fonte la plus pure, et j’ai dit ailleurs** qu’avec des précautions et une bonne conduite au fourneau on pouvait épurer la fonte, au point que les pièces de canon, au lieu de crever en éclats meurtriers, ne feraient que se fendre par l’effet d’une trop forte charge, et dès lors résisteraient sans peine et sans altération à la force de la poudre aux charges ordinaires.

Cet objet, étant de grande importance, mérite une attention particulière : il faut d’abord bannir le préjugé où l’on était qu’il n’est pas possible de tenir la fonte de fer en fusion pendant plus de quinze ou vingt heures, qu’en la gardant plus longtemps elle se brûle, qu’elle peut aussi faire explosion, qu’on ne peut donner au creuset du fourneau une assez grande capacité pour contenir dix ou douze milliers de fonte, que ces trop grandes dimensions du creuset et de la cuve du fourneau en altéreraient ou même en empêcheraient le travail, etc. : toutes ces idées, quoique très-peu fondées et

a. C’est la pratique commune en plusieurs provinces de la Grande-Bretagne, où l'on fond et coule de cette manière les plus belles fontes moulées et des masses de plusieurs milliers en gros cylindres et antres formes. Nous pourrions de même faire usage de ces fourneaux dans les lieux où le charbon de terre est à portée. M. le marquis de Luchet m’a écrit qu’il avait fait essai de cette méthode dans les provinces du comté de Nassau. « J’ai mis, dit-il, dans un fourneau « construit selon la méthode anglaise cinq quintaux de mine de fer, et au bout de huit heures « la mine était fondue. » (Lettre de M. le marquis de Luchet à M. le comte de Buffon, datée de Ferne]", le 4 mars 1773.) — Je suis convaincu de la vérité de ce fait , que M. de Luchet opposait à un fait également vrai, et que j’ai rapporté. (Voyez, dans le IX® volume, l’introduction à l’histoire des minéraux. ) C’est que la mine de fer ne se fond point dans nos fourneaux de réverbère, même les plus puissants, tels que ceux de nos verreries et glaceries; la différence vient de ce qu’on la chauffe avec du bois, dont la chaleur n’est pas à beaucoup près aussi forte que celle du charbon de terre.

h. Voyez la partie expérimentale , tome IX, Mémoire sur les moyens de perfeclionner les canons de fonte de fer.

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pour la plupart fausses, ont été adoptées; on a cru qu’il fallait deux et même trois hauts-fourneaux pour pouvoir couler une pièce de trente-six et même de vingt-quatre, afin de partager en deux ou même en trois creusets la quantité de fonte nécessaire, et ne la tenir en fusion que dix-huit ou vingt heures; mais indépendamment des mauvais effets de cette méthode dispendieuse et mal conçue, je puis assurer que j’ai tenu pendant quarantehuit heures sept milliers de fonte en fusion dans mon fourneau sans qu’il soit arrivé le moindre inconvénient, sans qu’elle ait bouillonné plus qu’à l’ordinaire, sans qu’elle se soit brûlée, etc.®, et que j’ai vu clairement que si la capacité du creuset, qui s’était fort augmentée par un feu de six mois,

a. Ayant fait part de mes observations à M. le vicomte de Morogues, et lui ayant demandé le résultat des expériences faites à la fonderie de Ruelle en Angoumois, voici l’extrait des réponses qu’il eut la bonté de me faire :

« On a fondu à Ruelle des canons de vingt-quatre à un seul fourneau ; le creuset devait con- « tenir sept mille cinq cents ou huit mille de matière; la fusion de la fonte ne peut pas être « égale dans deux fourneaux différents, et c’est ce qui doit déterminer à ne couler qu’à un seul « fourneau.

« On emploie environ quarante-huit heures pour la fusion de sept mille cinq cents ou huit « mille de matière pour un canon de vingt-quatre, et l’on emploie vingt-trois à vingt-quatre « heures pour la fusion de trois mille cinq cents pour un canon de huit ; ainsi , la fonte du a gros canon ayant été le double du temps dans le creuset , il est évident qu’elle a dù se purifier « davantage.

« Il n’est pas à craindre que la fonte se brûle lorsqu’elle est une fois en bain dans le creuset. « A la vérité, lorsqu’il y a trop de charbon, et par conséquent trop de feu et trop peu de mine « dans le fourneau , elle se brûle en partie, au lieu de fondre en entier; la ionte qui en résulte « est brune, poreuse et bourrue, et n’a pas la consistance ni la dureté d’une bonne fonte ; scule- « ment il faut avoir attention que la fonte dans le bain soit toujours couverte d’une certaine « quantité de laitier. Cette foute bourrue, dont nous venons de parler, est douce et se fore aisé- « ment; mais comme elle a peu de densité, et par conséquent de résistance, elle n’est pas bonne « pour les canons.

« La fonte grise à petits grains doit être préférée à la fonte trop brune, qui est trop tendre, « et à la fonte blanche à gros grains, qui est trop dure et trop impure.

« Il faut laisser le canon refroidir lentement dans son moule, pour éviter la sorte de trempe « qui ne peut que donner de l’aigreur à la matière du canon ; bien des gens croient néanmoins « que cette surface extérieure, qui est la plus dure, donne beaucoup de force au canon.

« 11 n’y a pas longtemps que l’on tourne les pièces de canon: et qu’on les coule pleines pour « les forer ensuite ; l’avantage, en les coulant pleines, est d’éviter les chambres qui se forment B dans tous les canons coulés à noyaux. L’avantage de les tourner consiste en ce qu’elles seront « parfaitement centrées et d’une épaisseur égale dans toutes les parties correspondantes : le B seul inconvénient du tour est que les pièces sont plus sujettes à la rouille que celles dont on B n’a pas entamé la surface.

(( La plus grande difficulté est d’empêcher le canon de s’arquer dans le moule; or, le tour a remédie à ce défaut et à tous ceux qui proviennent des petites imperfections du moule.

B La première couche qui se durcit dans la fonte d’un canon est la plus extérieure; l’humia dité et la fraîcheur du moule lui donnent une trempe qui pénètre à une ligne ou une ligne B et demie dans les pièces de gros calibre, et davantage dans ceux de petit calibre, parce B que leur surface est proportionnellement plus grande relativement à leur masse : or, cette a enveloppe trempée est plus cassante, quoique plus dure que le reste de la matière, elle ne lui a est pas aussi bien intimement unie, et semble faire un cercle concentrique, assez distinct du B reste de la pièce ; elle ne doit donc pas augmenter la résistance de la pièce. Mais si l’on « craint encore de diminuer la résistance du canon, en enlevant l’écorce par le tour, il n’y

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eût élé plus grande, j’aurais pu y amasser encore autant de milliers de matière en fusion, qui n’aurait rien souffert en la laissant toujours surmontée du laitier nécessaire pour la défendre de la trop grande action du feu et du contact de f air. Celte fonte, au contraire, tenue pendant quarantehuit heures dans le creuset, n’en était que meilleure et plus épurée; elle pesait cinq cent douze livres le pied cube, tandis que les fontes grises ordinaires qu’on travaillait alors à mes forges ne pesaient que quatre cent quatre-vingt-quinze livres, et que les fontes blanches ne pesaient que quatre cent soixante-douze livres le pied cube''. Il peut donc y avoir une différence de plus de trente-cinq livres par pied cube, c’est-à-dire d’un douzième environ sur la pesanteur spécifique de la fonte de fer; et comme sa résistance est tout au moins proportionnelle à sa densité, il s’ensuit que les pièces de canon de celte fonte dense résisteront à la charge de douze livres de poudre, tandis que celles de fonte blanche et légère éclateront par l’effort d’une charge de dix à onze livres : il en est de même de la pureté de la fonte, elle est, comme sa résistance, plus que proportionnelle à sa densité ; car, ayant comparé le produit en fer de ces fontes, j’ai vu qu’il fallait quinze cent cinquante des premières, et seulement treize cent vingt de la fonte épurée qui pesait cinq cent douze livres le pied cube pour faire un millier de fer.

Quelque grande que soit cette différence, je suis persuadé qu’elle pourrait l’être encore plus, et qu’avec un fourneau construit exprès pour couler du gros canon, dans lequel on ne verserait que delà mine bien préparée et à laquelle on donnerait en effet quarante-huit heures de séjour dans le creuset avec un feu toujours égal, on obtiendrait de la fonte encore plus dense, plus résistante, et qu’on pourrait parvenir au point de la rendre assez métallique pour que les pièces, au lieu de crever en éclats, ne fissent

« aura qu’à compenser cette diminution, en donnant deux ou trois lignes de plus d’épaisseur « au canon.

« On a observé que la matière est meilleure dans la culasse des pièces que dans les volées, « et cette matière de la culasse est celle qui a coulé la première et qui est sortie du fond du « creuset, et qui par conséquent a été tenue le plus longtemps en fusion; au contraire, la mas- « selotte du canon , qui est la matière qui coule la dernière, est d’une mauvaise qualité et remet plie de scories.

« On doit observer que, si l’on veut fondre du canon de vingt-quatre à un seul fourneau , il « serait mieux de commencer par ne donner au creuset que les dimensions nécessaires pour « couler du dix-huit, et laisser agrandir le creuset par l’action du feu, avant de couler du « vingt-quatre, et par la même raison on fera l’ouvrage pour couler du vingt-quatre, qu’on « laissera ensuite agrandir pour couler du trente-six. » (Mémoire envoyé par M. le vicomte de Morogues à M. de Bulïon; Versailles, le février 1709.)

a. J’ai fait ces épreuves à une très-bonne et grande balance hydrostatique, sur des morceaux cubiques de fonte de quatre pouces, c’est-à-dire de soixante-quatre pouces cubes, tous également tirés du milieu des gueuses, et ensuite ajustés par la lime à ces dimensions. M. Brisson, dans sa Table des pesanteurs spécifiques, donne cinq cent quatre livres sept onces six gros de poids Jd un pied cube de fonte; cinq cent quarante-cinq livres deux onces qnatre gros au fer forgé, et cinq cent quarante-sept livres quatre onces à l’acier.

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que se fendre, comme les canons de bronze par une trop forte charge.

Car la fonte n’est dans le vrai qu’une matte de fer plus ou moins mélangée de matières vitreuses: il ne s’agirait donc que de purger cette matte de toutes les parties hétérogènes et l’on aurait du fer pur; mais comme celte séparation des parties hétérogènes ne peut se faire complètement par le feu du fourneau, et qu’elle exige de plus le travail de l’homme et la percussion du marteau, tout ce que l’on peut obtenir par le régime du feu le mieux conduit, le plus longtemps soutenu, est une fonte en régule encore plus épurée que celle dont je viens de parler: il faut pour cela briser en morceaux celte première fonte et la faire refondre; le produit de celte seconde fusion sera du régule', qui est une matière mitoyenne entre la fonte et le fer : ce régule approche de l’état de métallisation, il est un peu ductile, ou du moins il n’est ni cassant, ni aigre, ni poreux, comme la fonte ordinaire ; il est au contraire très-dense, très-compacte, très-résistant , et par conséquent très-propre à faire de bons canons.

C'est aussi le parti que l’on vient de prendre pour les canons de notre marine; on casse en morceaux les vieux canons ou les gueuses de fonte, on les refond dans des fourneaux d’aspiration à réverbère : la fonte s’épure et se convertit en régule par cette seconde fusion; on a confié la direction de ce travail à M. 'Wilkinson, habile artiste anglais, qui a très-bien réussi. Quelques autres artistes français ont suivi la même méthode avec succès, et je suis persuadé qu’on aura dorénavant d’excellents canons, pourvu qu’on ne s’obstine pas à les tourner ; car je ne puis être ici de l’avis de M. le vicomte de Morogues dont néanmoins je respecte les lumières, et je pense qu’en enlevant par le tour l’écorce du canon on lui ôte sa cuirasse, c’està-dire la partie la plus dure et la plus résistante de toute sa masse*’.

Cette fonte refondue ou ce régule de fer pèse plus de cinq cent trente

a. Voyez la note précédente.

h. Voici ce que m’a écrit à ce sujet M. de la Belouze, conseiller au parlement de Paris, qui a fait des expériences et des travaux très-utiles dans ses forges du Nivernais : « Vous regardez, « Monsieur, comme fait certain que la fonte la plus dense est la meilleure pour faire des « canons; j’ai hésité longtemps sur cette vérité, et j’avais pensé d’abord que la fonte première, « comme étant plus légère et conséquemment plus élastique, cédant plus facilement à l’impul- « sien de la poudre, devrait être moins sujette à casser que la fonte seconde, c’est-à-dire la fonte « refondue, qui est beaucoup plus pesante.

« Je n’ai décidé le sieur Frérot à les faire de fonte refondue que parce qu’en Angleterre on « ne les fait que de cette façon; cependant en France on ne les fond que de fonte première... La « fonte refondue est beaucoup plus pesante, car elle pèse cinq cent vingt à cinq cent trente « livres, au lieu que l’autre ne pèse que cinq cents livres le pied cube...

« Vous avez grande raison , Monsieur, de dire qu’il ne faut pas tourner les canons... La « partie extérieure des canons, c’est-à-dire l’enveloppe, est toujours la plus dure, et ne se fond « jamais au fourneau de réverbère, et, sans le ringard, on retirerait presque les pièces flgua rées comme elles étaient lorsqu’on les a mises au fourneau. Cette enveloppe se convertit « presque toute en fer à raffinerie, car, avec onze cents ou onze cent cinquante livres de fonte,

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