‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 99 sur 105 · Voyez la note 1 de la page · texte numérisé non relu

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DU FER

livres le pied cube : et comme le fer forgé pèse cinq cent quarante-cinq ou cinq cent quarante-six livres, et que la meilleure fonte ne pèse que cinq cent douze, on voit que le régule est dans l’état intermédiaire et moyen entre la fonte et le fer : on peut donc être assuré que les canons faits avec ce régule non-seulement résisteront à l’effort des charges ordinaires, mais qu’ayant en même temps un peu de ductilité , ils se fendront au lieu d’éclater à de trop fortes charges.

On doit préférer ces nouveaux fourneaux d’aspiration à nos fourneaux ordinaires, parce qu’il ne serait pas possible de refondre la fonte en gros morceaux dans ces derniers, et qu’il y a un grand avantage à se servir des premiers, que l’on peut placer où l’on veut, et sur des plans élevés où l’on a la facilité de creuser des fosses profondes, pour établir le moule du canon sans craindre l’humidité; d’ailleurs, il est plus court et plus facile de réduire la fonte en régule par une seconde fusion, que par un très-long séjour dans le creuset des hauts-fourneaux : ainsi l’on a très-bien fait d’adopter cette méthode pour fondre les pièces d’artillerie de notre marine “.

La fonte, épurée autant qu’elle peut l’être dans un creuset ou refondue une seconde fois, devient donc un régule qui fait la nuance ou l’état mitoyen entre la fonte et le fer : ce régule dans sa première fusion coule à peu près comme la fonte ordinaire; mais lorsqu’il est une fois refroidi, il devient presque aussi infusihle que le fer : le feu des volcans a quelquefois formé de ces régules de fer, et c’est ce que les minéralogistes ont appelé mal à propos fer natif; car, comme nous l’avons dit, le fer de nature est toujours mêlé de matières vitreuses, et n’existe que dans les roches ferrugineuses produites par le feu primitif.

La fonte de fer tenue très-longtemps dans le creuset, sans être agitée et remuée de temps en temps, forme quelquefois des hoursoullures ou cavités dans son intérieur où la matière se cristallise \ M. de Grignon est le pre-

« on fait un millier de très-bon fer,... tandis qu’il faut quatorze cents ou quinze cents livres « de notre fonts première pour avoir un millier de fer...

« Vous désireriez, Monsieur, qu’on pût couler les canons avec la fonte d’un seul fourneau ; « mais le poids en est trop considérable, et je ne crois pas que le sieur Wilkinson les coule à « Indret avec le jet d’un seul fourneau, surtout pour les canons de vingt-quatre. Le sieur Frérot « ne coule que des canons de dix-huit avec le jet de deux fourneaux de pareille grandeur et « dans la même exposition ; il coule avec un seul fourneau les canons de douze, mais il a tou- « jours un fourneau près de la fonte, duquel il peut se servir pour achever le canon, et le sur- « plus de la fonte du second fourneau s’emploie à couler de petits canons; on ne fait pour cela « que détourner le jet lorsque le plus gros canon est conlé, » { Extrait d’une lettre de M. de la Belouze à M. de Buffon, datée de Paris, le 31 juillet 1781.)

a. La fonderie royale que le ministre de la marine vient de faire établir près de Nantes, en Bretagne, démontre la supériorité de cette méthode sur toutes celles qui étaient en usage auparavant, et qui étaient sujettes aux inconvénients dont nous venons de faire mention.

b. M. de Grignon rejette avec raison l’opinion de M. Rome Delisle, qui, dans sa Cristallo~ graphie, prétend « que l’eau, tenue dans son état de fluidité et aidée du secours de l’air, est le « principal et peut-être l’unique instrument de la nature dans la formation des cristaux métal- « liques; qu’on ne peut attribuer la génération des cristaux métalliques à des fusions violentes

DU FER

mier qui ait observé ces cristallisations du régule de fer, et l’on a reconnu depuis que tous les métaux et les régules des demi-métaux se cristallisaient de même à un feu bien dirigé et assez longtemps soutenu, en sorte qu’on ne peut plus douter que la cristallisation, prise généralement, ne puisse s’opérer par l’élément du feu comme par celui de l’eau *.

Le fer est de tous les métaux celui dont l’état varie le plus : tous les

B qui s’opèrent dans le sein de la terre, au moyen des feux souterrains que l’on y suppose ; « qu’iuutilement on tenterait d’imiter ces cristaux dans nos laboratoires par le secours du feu « ou par la voie sèche, plutôt que par la voie humide ; qu’il ne faut pas confondre les figures -< ébauchées par l’art avec les vraies formes cristallines, qui sont le produit d’une opération « lente de la nature par l’intermède de l’eau. » Cristallographie , pages 321 et 322. — M. de Grignon oppose à cela des faits évidents : il a trouvé un morceau de fonte de fer niché dans une masse de fonte et de laitier, qui est restée en fusion pendant plusieurs jours, et dont le refroidissement a été prolongé pendant plus de quinze dans son fourneau... On voyait dans ce morceau deux cristaux cubiques de régule de fer, et la partie du milieu était formée d’une multitude de petits cristaux de fonte de fer, que l’on peut regarder comme les éléments des plus grands : ces petits cristaux étaient tous absolument semblables et fort réguliers dans toutes leurs parties... ils ne différaient entre eux que par le volume...

Cet exemple fait voir, comme le dit M. de Grignon, que l’on peut parvenir à la génération des cristaux métalliques en employant des moyens convenables, c’est-à-dire un feu véhément, et un refroidissement très-lent et sans trouble; cela est non-seulement vrai pour le fer, mais pour tous les autres métaux, que l’on peut également faire cristalliser au feu de nos fourneaux, comme les derniers travaux de nos chimistes, et les régules cristallisés qu’ils ont obtenus de la plupart des métaux et demi-métaux l’ont évidemment prouvé. Ainsi, l’opinion de M. Delisle était bien mal fondée : tout dissolvant qui rend la matière fluide la dispose à la cristallisation, et elle s’opère dans les matières fondues par le feu comme dans celles qui sont liquéfiées par l’eau.

« Ces deux éléments, dit très-bien M. de Grignon, donnent à peu près les mêmes produits « par des procédés différents, avec des substances qui peuvent se modifier également par ces « deux agents; mais l'eau qui peut dissoudre et cristalliser les sels, charrier et faciliter la con- (( densation d’un métal minéralisé ou en état de décomposition , élever la charpente des corps « organisés, ne peut concourir à donner à aucun métal , en son état de métalléité parfaite, une « forme régulière, c’est-à-dire le cristalliser... C’est au feu, l’agent le plus actif, le plus puis- « sant de la nature, que sont réservées ces importantes opérations; le feu achève en des instanis « très-courts le résultat de ces opérations, au lieu que l’eau y emploie une longue suite de « siècles. » Mémoires de Physique , pag. 476 et suiv. — J’ai fait moi-même un essai sur la cristallisation de la fonte de fer, que je crois devoir rapporter ici. Cet essai a été fait dans un très-grand creuset de molybdène, sur une masse d’environ deux cent cinquante livres de fonte : on avait pratiqué vers le bas de ce creuset un trou de huit à neuf lignes de diamètre, que l’on avait ensuite bouché avec de la terre de coupelle ; ce creuset fut placé sur une grille et entouré au bas de charbons ardents, tandis que la partie supérieure était défendue de la chaleur par une table circulaire de briques; on remplit ensuite le creuset de fonte liquide, et quand la surface supérieure de cette fonte, qui était exposée à l’air, eut pris de la consistance, on ouvrit promptement le bas du creuset; il coula d’un seul jet plus de moitié de la fonte encore rouge, et qui laissa une grande cavité dans l’intérieur de toute la masse; cotte cavité se trouva hérissée de très-petits cristaux, dans lesquels on distinguait à la loupe des faces disposées en octaèdres, mais la plupart étaient comme des trémies creuses, puisque, avec une barbe de plume, elles se détachaient et tombaient en petits feuillets, comme les mines de fer micacées, ce qui néanmoins est éloigné des belles cristallisations de M. de Grignon, et annonce que, dans cette opération, le refroidissement fut encore trop prompt, car il est bon de le répéter, ce n’est que par nn refroidissement très-lent que la fonte en fusion peut prendre une forme cristallisée.

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