IV. — LE HOUBAUA OU PETITE OUTARDE HUPPÉE d’aFRIQUE
Nous avons vu que, parmi les grandes outardes, il y en avait de huppées, et d’autres qui ne l’étaient point, et nous allons retrouver la même différence entre les petites outardes; car la nôtre n’a point de huppe, ni même de ces barbes de plumes qu’on voit à la grande outarde d’Europe, tandis que celles-ci ont non-seulement des huppes, mais encore des fraises; et il est à remarquer que c’est en Afrique que se trouvent toutes les huppées, soit de la grande, soit de la petite espèce.
Celle que les Barbaresques appellent houbaara est en effet huppée et fraisée; M. Shaw, qui en donne la figure % dit positivement qu’elle a la
a. Brisson, Ornithologie, t. V, p. 76.
b. Ibidem, p. 82. Cela ne contredit pas ce que j’ai dit ci-dessus, qu’elle avait vingt pouces de haut depuis le plan de position jusqu’au sommet de la tête, parce qu’en mesurant ainsi la hauteur on ne tient compte ni de la longueur du bec, ni de celle des doigts.
c. Comme à quelques outardes d’Europe. Voyez Animaux de Perrault, partie ii , p. 103.
d. Edwards, Glanures, pl. ccl, 1. 1 , chap. xv.
e. Travels or observations relating to several parts of Barbary and the Levant , fcy Thomas Shaw, p. 252.
* Otis houbara (Gmel. ). — Le houbara (Cuv. ).
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forme et, le plumage de l’outarde, mais qu’elle est beaucoup plus petite, ii’ayanl guère que la grosseur d’un chapon; et par celte raison seule, ce voyageur, d’ailleurs habile, mais qui sans doute ne connaissait point notre petite outarde de France, blâme Golius d’avoir traduit le mot houhaanj par outarde.
Elle vit, comme la nôtre, de substances végétales et d’insectes, et elle se tient le plus communément sur les confins du désert.
Quoique M. ShaAV ne lui donne point de huppe dans sa description, il lui en donne une dans la figure qui y est relative, et cette huppe paraît renversée en arrière et comme tombante; sa fraise est formée par de longues plumes qui naissent du cou, et qui se relèvent un peu et se renflent, comme il arrive à notre coq domestique lorsqu’il est en colère.
C’est, ditM. Shaw, une chose curieuse de voir, quand elle se sent menacée par un oiseau de proie, de voir, dis-je , par combien d’allées et de venues, de tours et de détours, de marches et de contre-marches, en un mot, par combien de ruses et de souplesses elle cherche à échapper à son ennemi.
Ce savant voyageur ajoute qu’on regarde comme un excellent remède contre le mal des yeux , et que par cette raison l’on paie quelquefois trèscher, son fiel et une certaine matière qui se trouve dans son estomac.
V, — LE RIIAAD, AUTRE PETITE OUTARDE HUPPÉE d’AFRIQUE. *
Le rhaad est distingué de notre petite outarde de France par sa huppe, et du houbaara d’Afrique en ce qu’il n’a pas comme lui le cou orné d’une fraise; du reste, il est de la même grosseur que celui-ci; il a la tête noire, la huppe d’un bleu foncé, le dessus du corps et des ailes jaunes, tacheté de brun , la queue d’une couleur plus claire, rayée transversalement de noir, le ventre blanc et le bec fort, ainsi que les jambes.
Le petit rhaad ne diffère du grand que par sa petitesse (n’étant pas plus gros qu’un poulet ordinaire), par quelques variétés dans le plumage, et parce qu’il est sans huppe ; mais, avec tout cela, il serait possible qu’il fût de la même espèce que le grand , et qu’il n’en différât que par le sexe. Je fonde cette conjecture : 1° sur ce qu’habitant le même climat il n’a point d’autre nom ; 2° sur ce que dans presque toutes les espèces d’oiseaux, excepté les carnassiers, le mâle paraît avoir une plus grande puissance de développement, qui se marque au dehors par la hauteur de la taille, par la force des muscles, par l’excès de certaines parties, telles que les membranes charnues, les éperons, etc., par les huppes, les aigrettes et les fraises qui
* Othis rhaad (Lath. ). — Simple variété (d’âge ou de sexe) de Vhoubara, selon M. Tem- Diinck; espece distincte, selon d’autres.
J’arLA. fmp, r - Noutrj' .*/
sont, pour ainsi dire, une surabondance d’organisation, et même par la vivacité des couleurs du plumage.
Quoi qu’il en soit, on a donné au grand et au petit rliaad le nom de saf-saf. RJiaad signifie le tonnerre en langage africain, et exprime le bruit que font tous ces oiseaux en s’élevant de terre; et saf-saf ce\m qu’ils font avec leurs ailes lorsqu’ils sont en plein vol
LE COQ.*'
Cet oiseau, quoique domestique, quoique le plus commun de tous, n’est peut-être pas encore assez connu : excepté le petit nombre de personnes qui font une élude particulière des productions de la nature, il en est peu qui n’aient quelque chose à apprendre sur les détails de sa forme extérieure, sur la structure de ses parties internes, sur ses habitudes naturelles ou acquises, sur les différences qu’entraînent celles du sexe, du climat, des aliments ; enfin, sur les variétés des races diverses qui se sont séparées plus tôt ou plus tard de la souche primitive.
Mais si le coq est trop peu connu de la plupart des hommes, il n’est pas moins embarrassant pour un naturaliste à méthode, qui ne croit connaître un objet que lorsqu’il a su lui trouver une place dans ses classes et dans ses genres; car, si, prenant les caractères généraux de ses divisions méthodiques dans le nombre des doigts, il le met au rang des oiseaux qui en ont quatre , que fera-t-il de la poule à cinq doigts qui est certainement une poule, et même fort ancienne, puisqu’elle remonte jusqu’au temps de Columelle, qui en parle comme d’une race de distinction *? que s’il fait du coq une classe à part, caractérisée par la forme singulière de sa queue, où placera-t-il le coq sans croupion et par conséquent sans queue, et qui n’en est pas moins un coq? que s’il admet pour caractère de cette espèce d’avoir les jambes garnies de plumes jusqu’au talon, ne sera-t-il pas embarrassé du
a. Voyez Thomas Shaw, Travels, etc., p. 252.
b. U Generosissimæ creduntur quæ quinos habent digitos. » GilumeUe, lib. vin, cap. ii.
* Phasianus gallus (Linn.). — Le coq et la poule ordinaires (Cuv.). — Ordre des Gallinacés, IV® ordre des Oiseaux; genre Faisans, sous-genre Coqs (Cuv.). — « On connaît aujour- « d’hui plusieurs espèces de coqs sauvages. — Sonnerat a décrit la première [gallus Sonner atii « Temm.) , fort remarquable par les plumes du cou du mâle , dont les tiges s’élargissent vers « le bas en trois disques successifs de matière cornée; la crête du mâle est dentelée. Elle se K trouve dans les montagnes des Gates de ITndostan. — Leschenaud en a rapporté deux autres « de Java : Tune [gallus bankiva Temm.), qui a la crête dentelée comme la précédente, et ne « porte sur le cou que de longues plumes tombantes , du plus beau roux doré , me parad « ressembler le plus à nos coqs domestiques; Tautre [phasianus varius Shaw, gallus fur- <1 ca'us Temm.) noire, à cou vert cuivré, maillé de noir, a la crête sans dentelures, et sous « la gorge un petit fanon sans barbillons latéraux. » (Cuvier.)
1 Le lecteur reconnaîtra, sans peine, que les premières pages de X’histoire du coq sont de Buffon.
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coq pattu qui a des plumes jusqu’à l’origine des doigts, et du coq du Japon qui en a jusqu’aux ongles ‘? enfin, s’il veut ranger les gallinacés à la classe des granivores, et que dans le nombre et la structure de leurs estomacs et de leurs intestins il croie voir clairement qu’ils sont en effet destinés à se nourrir de graines et d’autres matières végétales, comment s’expliquera-t-il à lui-même cet appétit de préférence qu’ils montrent constamment pour les vers de terre, et même pour toute chair hachée, cuite ou crue, à moins qu’il ne se persuade que la nature, ayant fait la poule granivore par ses longs intestins et son double estomac, l’a faite aussi vermivore, et même carnivore par son bec un tant soit peu crochu, ou plutôt ne conviendra-t-il pas, s’il est de bonne foi, que les conjectures que l’on se permet ainsi sur les intentions de la nature, et les efforts que Fon tente pour renfermer l’inépuisable variété de ses ouvrages dans les limites étroites d’une méthode particulière, ne paraissent être faits que pour donner essor aux idées vagues et aux petites spéculations d’un esprit qui ne peut en concevoir de grandes, et qui s’éloigne d’autant plus de la vraie marche de la nature et de la connaissance réelle de ses productions? Ainsi, sans prétendre assujettir la nombreuse famille des oiseaux à une méthode rigoureuse, ni la renfermer tout entière dans cette espèce de fdet scientifique dont^, malgré toutes nos précautions, il s’en échapperait toujours quelques-uns, nous nous contenterons de rapprocher ceux qui nous paraîtront avoir plus de rapport entre eux, et nous tâcherons de les faire connaître par les traits les plus caractérisés de leur conformation intérieure, et surtout par les principaux faits de leur histoire.
Le coq est un oiseau pesant, dont la démarche est grave et lente, et qui ayant les ailes fort courtes, ne vole que rarement, et quelquefois avec des cris qui expriment l’effort j il chante indifféremment la nuit et le jour, mais non pas régulièrement à certaines heures, et son chant est fort différent de celui de sa femelle, quoiqu’il y ait aussi quelques femelles qui ont le même cri du coq , c’est-à-dire qui font le même effort du gosier avec un moindre effet; car leur voix n’est pas si forte et ce cri n’est pas si bien articulé; il gratte la terre pour chercher sa nourriture, il avale autant de petits cail-
1 . Le naturaliste, qu’on interpelle ici, aurait pu répondre : mais tous vos coqs, à cinq doigts, sans croupion , à jambes emplumées , etc. , n’en sont pas moins des coqs. Ces modifications de nature u’empècLent pas tous ces oiseaux d’être de simples variétés de l’espèce du coq, et cette espèce d’être de l’ordre des gallinacés, a L’espèce du coq , si répandue dans nos basses- « cours, y varie à l’infini pour les couleurs ; sa grosseur y est très-diverse ; il est des races où « la crête est remplacée par une touffe de plumes redressées; quelques-unes ont des plumes « sur les tarses et même sur les doigts ; d’autres ont la crête , les barbillons et le périoste de « tout le squelette noirs; certaines races monstrueuses ont, pendant plusieurs générations, cinq « et même sLx doigts. » ( Cuvier. )
2. Filet scientifique : critique très-fine, mais qui ne s’applique qu’aux méthodes artificielles. Je l’ai déjà dit: la méthode naturelle n’est que l’expression des rapports des êtres; rien ne lui échappe donc que les rapports encore inconnus.
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loux que de grains, et n’en digère que mieux j il boit en prenant de l’eau dans son bec et levant la tète à chaque fois pour l’avaler, il dort le plus souvent un pied en l’air ® et en cachant sa tête sous l’aile du même coté ; son corps, dans sa situation naturelle, se soutient à peu près parallèle au plan de position, le bec de même, le cou s’élève verticalement, le front est orné d’une crête rouge et charnue, et le dessous du bec d’une double membrane de même couleur et de même nature : ce n’est cependant ni de la chair ni des membranes, mais une substance particulière, et qui ne ressemble à aucune autre.
Dans les deux sexes, les narines sont placées de part et d’autre du bec supérieur, et les oreilles de chaque côté de la tête, avec une peau blanche au-dessous de chaque oreille; les pieds ont ordinairement quatre doigt?, quelquefois cinq, mais toujours trois en avant et le reste en arrière; les plumes sortent deux à deux de chaque tuyau, caractère assez singulier, qui n’a été saisi que par très-peu de naturalistes ; la queue est à peu près droite, et néanmoins capable de s’incliner du côté du cou et du côté opposé; cette queue, dans les races de gallinacés qui en ont une, est composée de quatorze grandes plumes qui se partagent en deux plans égaux, inclinés l’un à l’autre, et qui se rencontrent par leur bord supérieur sous un angle plus ou moins aigu; mais ce qui distingue le mâle, c’est que les deux plumes du milieu de la queue sont beaucoup plus longues que les autres, et se recourbent en arc; que les plumes du cou et du croupion sont longues et étroites, et que leurs pieds sont armés d’éperons ; il est vrai qu’il se trouve aussi des poules qui ont des éperons, mais cela est rare, et les poules, ainsi éperonnées, ont beaucoup d’autres rapports avec le mâle ; leur crête se relève ainsi que leur queue, elles imitent le chant du coq et cherchent à l’imiter en choses plus essentielles''; mais on aurait tort de les regarder pour cela comme hermaphrodites , puisque étant incapables des véritables fonctions du mâle, et n’ayant que du dégoût pour celles qui leur conviendraient mieux, ce sont, à vrai dire, des individus viciés, indécis, privés de l’usage du sexe et même des attributs essentiels de l’espèce, puisqu’ils ne peuvent en perpétuer aucune.
Un bon coq est celui qui a du feu dans les yeux, de la fierté dans la démarche, de la liberté dans ses mouvements, et toutes les proportions qui annoncent la force : un coq, ainsi fait, n’imprimerait pas la terreur à un lion, comme on l’a dit et écrit tant de fois, mais il inspirera de l’amour à un grand nombre de poules; si on veut le ménager on ne lui en laissera que douze ou quinze. Columelle voulait qu’on ne lui en donnât pas plus de
a. Par une suite de cette attitude liabituelle, la cuisse qui porte ordinairement le corps est la plus charnue, et nos gourmands savent tien la distinguer de l’autre dans les chapons et les poulardes.
b. Aristot., Historia animalium, lib. i.x, cap. xlix.
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cinq; mais quand il en aurait cinquante chaque jour, on prétend qu’il ne manquerait à aucune"; à la vérité, personne ne peut assurer que toutes ses approches soient réelles, efficaces et capables de féconder les œufs de sa femelle. Ses désirs ne sont pas moins impétueux que ses besoins paraissent être fréquents. Le matin, lorsqu’on lui ouvre la porte du poulailler où il a été renfermé pendant la nuit, le premier usage qu’il fait de sa liberté est de se joindre à ses poules; il semble que chez lui le besoin de manger ne soit que le second; et lorsqu’il a été privé de poules pendant du temps, il s’adresse à la première femelle qui se présente, fût-elle d’une espèce fort éloignée^, et même il s’en fait une du premier mâle qu’il trouve en son chemin ; le premier fait est cité par Aristote, et le second est attesté par l’observation de M. Edwards % et par une loi dont parle Plutarque **, laquelle condamnait au feu tout coq convaincu de cet exeès de nature.
Les poules doivent être assorties au coq, si l’on veut une race pure; mais si l’on cherche à varier et même à perfectionner l’espèce, il faut croiser les races. Cette observation n’avait point échappé aux anciens : Columelle dit positivement que les meilleurs poulets sont ceux qui proviennent du mélange d’un coq de race étrangère avec les poules communes; et nous voyons dans Athénée que l’on avait encore enchéri sur cette idée en donnant un coq faisan aux poules ordinaires®*.
Dans tous les cas, on doit choisir celles qui ont l’œil éveillé, la crête flottante et rouge, et qui n’ont point d’éperons; les proportions de leur corps sont en général plus légères que celles du mâle, cependant elles ont les plumes plus larges et les jambes plus basses; .les bonnes fermières donnent la préférence aux poules noires, comme étant plus fécondes que les blanches, et pouvant échapper plus facilement à la vue perçante de l’oiseau de proie qui plane sur les basses-cours.
Le coq a beaucoup de soin , et même d’inquiétude et de souci pour ses poules; il ne les perd guère de vue, il les conduit , les défend, les menace,, va chercher celles qui s’écartent, les ramène, et ne se livre au plaisir de
a. Aldrovande, t. II, lil). xiv.
b. « E.x perdice et gallinaceo tertium gencratur, quod, precedente, tempore feminæ assimilatiir. » Aristot., Hist. animal. , lib. ix, cap. xux.
c. Ayant renfermé trois ou quatre jeunes coqs dans un lieu où ils ne pouvaient avoir de communication avec aucune poule, bientôt ils déposèrent leur animosité précédente, et au lieu de se liattre, chacun tâchait de cocher son camarade, quoique aucun ne parût bien aise d’être coché. Voyez Préface des Glanures, t. II.
d. Tractatu: hhim brui a rations iitanlur.
e. De lïusticâ, lib. viii, cap. n. — Longolius indique la façon de faire réussir cette union du coq-faisan avec les poules communes. Gesner, do Avibvs, p. 445. Et l’on m’a assuré que ces poules se mêlent aussi avec le coq-peintade ^ lorsqu’on les a élevés de jeunesse ensemble ; mais que les mulets qui proviennent de ce mélange sont peu féconds.
1. La poule a produit, et plus d’une fois, avec les trois espèces de faisans qui sont à notre ménagerie : le faisan commun, Y argenté et le doré.
2 (e). Nous avons en ce moment, dans notre ménagerie, un métis de peintade et de coq.
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manger que lorsqu’il les voit toutes manger autour de lui : à juger par les différentes inflexions de sa voix et par les différentes expressions de sa mine, on ne peut guère douter qu’il ne leur parle différents langages; quand il les perd il donne des signes de regrets; quoique aussi jaloux qu’amoureux il n’en maltraite aucune, sa jalousie ne l’irrite que contre ses concurrents; s’il se présente un autre coq, sans lui donner le temps de rien entreprendre, il accourt l’œil en feu , les plumes hérissées, se jette sur son rival , et lui livre un combat opiniâtre jusqu’à ce que l’un ou l’autre succombe, ou que le nouveau-venu lui cède le champ de bataille; le désir de jouir, toujours trop violent, le porte non-seulement à écarter tout rival , mais même tout obstacle innocent; il bat et tue quelquefois les poussins pour jouir plus à son aise de la mère; mais ce seul désir est-il la cause de sa fureur jalouse? Au milieu d’un sérail nombreux et avec toutes les ressources qu’il sait se faire, comment pourrait-il craindre le besoin ou la disette? Quelque véhéments que soient ses appétits, il semble craindre encore plus le partage qu’il ne désire la jouissance; et comme il peut beaucoup, sa jalousie est au moins plus excusable et mieux sentie que celle des autres sultans : d’ailleurs, il a, comme eux, une poule favorite qu’il cherche de préférence, et à laquelle il revient presque aussi souvent qu’il va vers les autres.
Et ce qui paraît prouver que sa jalousie ne laisse pas d’être une passion réfléchie, quoiqu’elle ne porte pas contre l’objet de ses amours, c’est que plusieurs coqs dans une basse-cour ne cessent de se battre, au lieu qu’ils ne battent jamais les chapons, à moins que ceux-ci ne prennent l’habitude de suivre quelque poule.
Les hommes, qui tirent parti de tout pour leur amusement, ont bien su mettre en œuvre cette antipathie invincible que la nature a établie entre un coq et un coq; ils ont cultivé cette haine innée avec tant d’art, que les combats de deux oiseaux de basse-cour sont devenus des spectacles dignes d’intéresser la curiosité des peuples, même des peuples polis, et en même temps des moyens de développer ou entretenir dans les âmes cette précieuse férocité qui est, dit-on, le germe de l’héroïsme; on a vu, on voit encore tous les jours, dans plus d’une contrée, des hommes de tous états accourir en foule à ces grotesques tournois, se diviser en deux partis, chacun de ces partis s’échauffer pour son combattant , joindre la fureur des gageures les plus outrées à l’intérêt d’un si beau spectacle, et le dernier coup de bec de l’oiseau vainqueur renverser la fortune de plusieurs familles : c’était autrefois la folie des Rhodiens, des Tangriens, de ceux de Pergame ; c’est aujourd’hui celle des Chinois*, des habitants des Philippines, de Java,
a. Pline, Hist. nat., lib. x, cap. xxi.
b. Gemelli Careri, t, V, p. 36, Anciennes relations des Indes et de la Chine. Traduction de l’arabe, p. 105.
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de l’isthme de l’Amérique et de quelques autres nations des deux continents®.
Au reste, les coqs ne sont pas les seuls oiseaux dont on ait ainsi abusé: les Athéniens, qui avaient un jour dans l’année*' consacré à ces combats de coqs, employaient aussi les cailles au même usage; et les Chinois élèvent encore aujourd’hui pour le combat certains petits oiseaux ressemblant à des cailles ou à des linottes; et partout la manière dont ces oiseaux se battent est différente, selon les diverses écoles où ils ont été formés, et selon la diversité des armes offensives ou défensives dont on les affuble : mais ce qu’il y a de remarquble, c’est que les coqs de Rhodes qui étaient plus grands, plus forts que les autres, et beaucoup plus ardents au combat, l’étaient au contraire beaucoup moins pour leurs femelles; il ne leur fallait que trois poules au lieu de quinze ou vingt, soit que leur feu se fût éteint dans la solitude forcée où ils avaient coutume de vivre, soit que leur colère, trop souvent excitée, eût étouffé en eux des passions plus douces, et qui cependant étaient , dans l’origine, le principe de leur courage et la source de leurs dispositions guerrières; les mâles de cette race étaient donc moins mâles que les autres, et les femelles, qui souvent ne sont que ce qu’on les fait, étaient moins fécondes et plus paresseuses, soit à couver leurs œufs, soit à mener leurs poussins, tant l’art avait bien réussi à dépraver la nature! tant l’exercice des talents de la guerre est opposé à ceux de la propagation !
Les poules n’ont pas besoin du coq pour produire des œufs : il en naît sans cesse de la grappe commune de l’ovaire, lesquels, indépendamment de toute eommunication avee le mâle, peuvent y grossir, et en grossissant acquièrent leur maturité, se détachent de leur calice et de leur pédicule, parcourent Vomduclus dans toute sa longueur, chemin faisant s’assimilent par une force qui leur est propre la lymphe dont la cavité de cet ovidiictus est remplie, en composent leur blanc, leurs membranes, leurs coquilles, et ne restent dans ce viscère que jusqu’à ce que ses fibres élastiques et sensibles étant gênées, irritées par la présence de ces corps devenus désormais des corps étrangers, entrent en contraction, et les poussent au dehors le gros bout le premier, selon Aristote,
Ces œufs sont tout ce que peut faire la nature prolifique de la femelle, seule et abandonnée à elle-même; elle produit bien un corps organisé
a. NaYarete, Description de la Chine, p. 40.
b. Tliémistocle, allant combattre les Perses et voyant que ses soldats montraient peu d’ardeur, leur fit remarquer l’acliarnemeut avec lequel des coqs se battaient : « Voyez, leur dit-il, « le courage indomptable de ces animaux ; cependant ils n’ont d’autre motif que le désir de « vaincre ; et vous, qui combattez pour vos foyers, pour les tombeaux de vos pères, pour la « liberté... » Ce peu de mots ranima le courage de l’armée, et Thémistocle remporta la victoire. Ce fut en mémoire de cet événement que les Athéniens instituèrent une espèce de fête qui se célébrait par des combats de coqs. Voyez Élien, De variâ Hislorid, lib. ii.
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capable d’une sorte de vie, mais non un animal vivant semblable à sa mère, et capable lui-même de produire d’autres animaux semblables à lui; il faut pour cela le concours du coq et le mélange intime des liqueurs séminales des deux sexes; mais lorsqu’une fois ce mélange a eu lieu, les effets en sont durables, Harvey a observé que l’œuf d’une poule séparée du coq depuis vingt jours* n’était pas moins fécond que ceux qu’elle avait pondus peu après l’accouplement, mais l’embryon qu’il contenait n’était pas plus avancé pour cela, et il ne fallait pas le tenir sous la poule moins de temps qu’aucun autre pour le faire éclore : preuve certaine que la chaleur seule ne suffit pas pour opérer ou avancer le développement du poulet, mais qu’il faut encore que l’œuf soit formé, ou bien qu’il se trouve en lieu où il puisse transpirer, pour que l’embryon qu’il renferme soit susceptible d’incubation, autrement tous les œufs qui resteraient dans Voviductiis vingt et un jours après avoir été fécondés ne manqueraient pas d’y éclore, puisqu'ils auraient le temps et la chaleur nécessaires pour cela, et les poules seraient tantôt ovipares et tantôt vivipares
Le poids moyen d’un œuf de poule ordinaire est d’environ une once six gros : si on ouvre un de ces œufs avec précaution on trouvera d’abord, sous la coque, une membrane commune qui en tapisse toute la cavité , ensuite le blanc externe qui a la forme de cette cavité ; puis le blanc interne qui est plus arrondi que le précédent, et enfin, au centre de ce blanc, le jaune qui est sphérique : ces différentes parties sont contenues chacune dans sa membrane propre, et toutes ces membranes sont attachées ensemble à l’endroit de ces chalazœ ou cordons, qui forment comme les deux pôles du jaune; la petite vésicule lenticulaire , appelée cicatricule, se trouve à peu près sur son équateur, et fixée solidement à sa surface*'.
A l’égard de sa forme extérieure, elle est trop connue pour qu’il soit besoin de la décrire; mais elle est assez souvent altérée par des accidents dont il est facile, ce me semble, de rendre raison, d’après l’histoire de l’œuf même et de sa formation.
a. Je ne "vois que le docteur Michel Lyzeruts qui ait parlé d’une poule vivipare ^ ; mais les exemples en seraient plus fréquents s’il ne fallait que de la chaleur à un œuf fécondé pour éclore. Voyez Ephéméricles d’Allemagne, déc. ii, ann. 4, append. ohserv. xxviii.
b. Bellini , trompé par ses expériences, ou plutôt par les conséquences qu’il en avait tirées, croyait et avait fait croire à beaucoup de monde que, dans les œufs frais durcis à l’eau bouillante, la cicatricule quittait la surface du jaune pour se retirer au centre , mais que, dans les œufs couvés durcis de même, la cicatricule restait constamment attachée à la surface. Les savants de Turin, en répétant et variant les mêmes expériences, se sont assurés que, dans tous les œufs couvés ou non couvés, la cicatricule restait toujours adhérente à la surface du jaune durci , et que le corps blanc que Bellini avait vu au centre et qu’il avait pris pour la cicatricule n’était rien moins que cela et ne paraissait, en effet, au centre du jaune que lorsqu’il était ni trop ni trop peu cuit.