‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 104 sur 240 · Voyez la note 1 de la p. 481 du l®'' volume · texte numérisé non relu

Voyez la note 1 de la p. 481 du l®'' volume

2 [a). Pure absurdité.

LE COQ

Il n’est pas rare de trouver deux jaunes dans une seule coque : cela arrive lorsque deux œufs également mûrs se détachent en même temps de î’ovaire, parcourent ensemble Vovidiictiis, et formant leur blanc sans se séparer, se trouvent réunis sous la même enveloppe.

Si, par quelque accident facile à supposer, un œuf détaché depuis quelque temps de l’ovaire se trouve arrêté dans son accroissement, et qu’étant formé autant qu’il peut l’être, il se rencontre dans la sphère d’activité d’un autre œuf qui aura toute sa force ; celui-ci l’entraînera avec lui, et ce sera un œuf dans un œuf®.

On comprendra de même comment on y trouve quelquefois une épingle ou tout autre corps étranger qui aura pu pénétrer jusque dans Yovi~ ductus ^

Il y a des poules qui donnent des œufs bardés ou sans coque, soit par le défaut de la matière propre dont se forme la coque , soit parce qu’ils sont chassés deVoviductus avant leur entière maturité; aussi n’en voit on jamais éclore de poulet, et cela arrive, dit-on, aux poules qui sont trop grasses : des causes directement contraires produisent les œufs à coque trop épaisse et même des œufs à double coque ; on en a vu qui avaient conservé le pédicule par lequel ils étaient attachés à l’ovaire, d’autres qui étaient contournés en manière de croissant, d’autres qui avaient la forme d’une poire; d’autres, enfin, qui portaient sur leur coquille l’empreinte d’un soleil, d’une comète®, d’une éclipse ou de tel autre objet dont on avait l’imagination frappée; on en a même vu quelques-uns de lumineux : ce qu’il y avait de réel dans ces premiers phénomènes, c’est-à-dire les altérations de la forme de l’œuf, ou les empreintes à sa surface, ne doit s’attribuer qu’aux différentes compressions qu’il avait éprouvées dans, le temps que sa coque était encore assez souple pour céder à l’effort, et néanmoins assez ferme pour en conserver l’impression : il ne serait pas tout à fait si facile de rendre raison des œufs lumineux‘^‘ ; un docteur allemand en a observé de tels, qui étaient actuellement sous une poule blanche, fécondée , ajoute-t-il , par un coq très-ardent. On ne peut honnêtement nier la possibilité du fait, mais comme il est unique, il est prudent de répéter l’observation avant de l’expliquer.

A l’égard de ces prétendus œufs de coq qui sont sans jaunes et contiennent, à ce que croit le peuple, un serpent®, ce n’est autre chose, dans la vérité, que le premier produit d’une poule trop jeune, ou le dernier effort d’une poule épuisée par sa fécondité même, ou enfin ce ne sont que des

3. Collection académique, française, t. I, p. 388, ett. II, p. 327 ; et partie étrangère, 1. 1 V, p. 337.

b. Ibidem, partie française, t. I , p. 388.

c. Ibidem, partie étrangère, t. IV, p 160.

d. Éphémérides des Curieux de la nature, déc. ii, ann. 6, append. observ. xxv.

e. Collection académique, partie française, t. III.

i. 11 faut mettre les œufs lumineux à côté de poules vivipares.

LE COQ

œufs imparfaits dont le jaune aura été crevé dans Vovicluctus de la poule, soit par quelque accident, soit par un vice de conformation, mais qui auront toujours conservé leurs cordons ou c/ialazœ , que les amis du merveilleux n’auront pas manqué de prendre pour un serpent; c’est ce que M. de la Peyronie a mis hors de doute par la dissection d’une poule qui pondait de ces œufs; mais ni M, de la Peyronie, ni Thomas Bartholin, qui ont disséqué de prétendus coqs ovipares® *, ne leur ont trouvé d’œufs, ni d’ovaires, ni aucune partie équivalente.

Les poules pondent indifféremment pendant toute l’année, excepté pendant la mue, qui dure ordinairement six semaines ou deux mois, sur la fin de l’automne et au commencement de l’hiver : cette mue n’est autre chose que la chute des vieilles plumes qui se détachent comme les vieilles feuilles des arbres, et comme les vieux bois des cerfs, étant poussées par les nouvelles; les coqs y sont sujets comme les poules; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que les nouvelles plumes prennent quelquefois une couleur différente de celles des anciennes. Un de nos obervateurs a fait cette remarque sur une poule et sur un coq, et tout le monde la peut faire sur plusieurs autres espèces d’oiseaux, et particulièrement sur les bengalis dont le plumage varie presque à chaque mue ; et, en général, presque tous les oiseaux ont leurs premières plumes, en naissant, d’une couleur différente de celle dont elles doivent revenir dans la suite.

La fécondité ordinaire des poules consiste à pondre presque tous les jours; on dit qu’il y en a en Samogitie ^ à Malaca et ailleurs % qui pondent deux fois par jour. Aristote parle de certaines poules d’illyrie qui pondaient jusqu’à trois fois, et il y a apparence que ce sont les mêmes que ces petites poules adriènes ou adriatiques dont il parle dans un autre endroit, et qui étaient renommées pour leur fécondité : quelques-uns ajoutent qu’il y a telle manière de nourrir les poules communes qui leur donne cette fécondité extraordinaire; la chaleur y contribue beaucoup; on peut faire pondre les poules en hiver en les tenant dans une écurie où il y a toujours du fumier chaud sur lequel elles puissent séjourner.

Dès qu’un œuf est pondu il commence à transpirer, et perd chaque jour quelques grains de son poids par l’évaporation des parties les plus volatiles de ses sucs à mesure que cette évaporation se fait, ou bien il s’épaissit, se durcit et se dessèche, ou bien il contracte un mauvais goût, et il se gâte enfin totalement au point qu’il devient incapable de rien produire : l’art de lui conserver longtemps toutes ses qualités se réduit à mettre obstacle à

a. Collection acatZ^m/qwe, partie étrangère, t. IV, p. 223.

b. Rzaczynski, Hist. nat. Polon., p. 432.

c. Bontekoe, Votjage aux Indes orientales, p. 234.

1. Les œufs des coqs ovipares sont des œufs de jeunes poules, où le jaune n’est pas encore formé, ou, plus exactement, n’est qu’incomplétement formé.

LE COQ

celte transpiration “ par une couche de matière grasse quelconque dont on enduit exactement sa coque peu de moments après qu’il a été pondu; avec cette seule précaution on gardera pendant plusieurs mois et même pendant des années des œufs bons à manger, susceptibles d’incubation, et qui auront GU, un mot toutes les propriétés des œufs frais ^ : les habitants de Tonquin les conservent dans une espèce de pâte faite avec de la cendre tamisée et de la saumure; d’autres Indiens dans riiuile' : le vernis peut aussi servir à conserver les œufs que l’on veut manger; mais la graisse n’est pas moins bonne pour cet usage, et vaut mieux pour conserver les œufs que l’on veut faire couver, parce qu’elle s’enlève plus facilement que le vernis, et qu’il faut nettoyer de tout enduit les œufs dont on veut que l’incubation réussisse; car tout ce qui nuit à la transpiration * nuit aussi au succès de l’incubation.

J’ai dit que le concours du coq était nécessaire pour la fécondation des œufs, et c’est un fait acquis par une longue et constante expérience; mais les détails de cet acte si essentiel dans l’histoire des animaux sont trop peu connus; on sait, à la vérité, que la verge du mâle est double, et n’est autre chose que les deux mamelons par lesquels se terminent les vaisseaux spermatiques à l’endroit de leur insertion dans le cloaque; on sait que la vulve de la femelle est placée au-dessus de l’anus, et non au-dessous comme dans les quadrupèdes**; on sait que le coq s’approche de la poule par une espèce de pas oblique, accéléré, baissant les ailes comme un coq d’Inde qui fait la roue, étalant même sa queue à demi, et accompagnant son action d’un certain murmure expressif, d’un mouvement de trépidation et de tous les signes du désir pressant; on sait qu’il s’élance sur la poule qui le reçoit en pliant les jambes, se mettant ventre à terre, et écartant les deux plans de longues plumes dont sa queue est composée ; on sait que le mâle saisit avec son bec la crête ou les plumes du sommet de la tête de la femelle, soit par manière de caresse, soit pour garder l’équilibre; qu’il ramène la partie postérieure de son corps où est sa double verge, et l’applique vivement sur la partie postérieure du corps de la poule où est l’orifice correspondant ; que cet accouplement dure d’autant moins qu’il est plus souvent répété, et que le coq semble s’applaudir après par un battement d’ailes et par une espèce de chant de joie ou de victoire ; on sait que le coq a des testicules, que sa

a. Le Journal économique du mois de mars 1755 fait mention de trois œufs, tons à manger, trouvés en Italie dans l’épaisseur d’un mur construit il y avait trois cents ans ; ce fait est d’autant plus difficile à croire qu’un enduit de mortier no serait pas suffisant pour conserver un œuf, et que les murs les plus épais étant sujets à l’évaporation dans tous les points de leur épaisseur, puisque les mortiers de l’intérieur se sèchent à la longue, ils ne peuvent empêcher la transpiration des œufs cachés dans leur épaisseur, ni par conséquent les conserver.

h. Pratique de l’Art de faire éclore les poulets, p. 138.

c. Suite du Voyage de Tavernier, t. V, p. 225 et 226.

d. Redi, Degli animali viventi, etc. Collection académique, partie étrangère, t. IV, p. 520, et Heqnier Graaf, p. 243,

î. Et a la respiration. (Voyez la note de la page 632 du l®'' volume.)

LE COQ

liqueur séminale réside, comme celle des quadrupèdes, dans des vaisseaux spermatiques; on sait, par mes observations, que celle de la poule réside! dans la cicatricule de chaque œuf ‘, comme celle des femelles quadrupèdes dans le corps glanduleux des testicules^; mais on ignore si la double verge du coq ou seulement l’une des deux pénètre dans l’orifice de la femelle, et même s’il y a intromission réelle ou une compression forte ou un simple contact; on ne sait pas encore quelle doit être précisément la condition d’un œuf pour qu’il puisse être fécondé, ni jusqu’à quelle distance l’action du mâle peut s’étendre ; en un mot, malgré le nombre infini d’expériences et d’observations que l’on a faites sur ce sujet , on ignore encore quelquesunes des principales circonstances de la fécondation.

Son premier effet connu est la dilatation de la cicatricule et la formation du poulet dans sa cavité, car c’est la cicatricule qui contient le véritable germe , et elle se trouve dans les œufs fécondés ou non , même dans ces prétendus œufs de coq dont j’ai parlé plus haut® ; mais elle est plus petite dans les œufs inféconds. Malpighi l’ayant examinée dans des œufs féconds nouvellement pondus, et avant qu’ils eussent été couvés, vit au centre de la cicatricule une bulle nageant dans une liqueur, et reconnut au milieu de cette bulle l’embryon du poulet bien formé au lieu que la cicatricule des œufs inféconds et produits par la poule seule, sans communication avec le mâle, ne lui présenta qu’un petit globule informe muni d’appendices remplis d’un suc épais , quoique transparent et environné de plusieurs cercles concentriques^ ; on n’y aperçoit aucune ébauche d’animal : l’organisation intime et complète d’une matière informe n’est que l’effet instantané du mœlange des deux liqueurs séminales; mais s’il ne faut qu’un moment à la nature pour donner la forme première à cette glaire transparente, et pour la pénétrer du principe de vie dans tous ses points, il lui faut beaucoup de temps et de secours pour perfectionner cette première ébauche. Ce sont principalement les mères qu’elle semble avoir chargées du soin de ce développement, en leur inspirant le désir ou le besoin de couver ; dans la plupart des poules ce désir se fait sentir aussi vivement, se marque au dehors par des signes aussi énergiques que celui de l’accou-

a. M. de la Peyronnie a observé daas uu de ces œufs une tacbe ronde, jaune, d’une ligne de diamètre, sans épaisseur, située sur la membrane qu’on trouve sous la coque : on peut croire que cette tacbe, qui devrait être blanche, n’était jaune ici que parce que le jaune de l’œuf s’était épanché de toutes parts, comme on l’a reconnu par la dissection de la poule, et si elle était située sur la membrane qu’on trouve sous la coque, c’est qu’ après l’épanchement du jaune la membrane qui contenait ce jaune était restée adhérente à celle de la coque.

b. Malpighi , Pullus in ovo.

1. La semence de la femelle dans la cicatricule de chaque œuf. Pure rêverie, reproduite du pr volume.

2. Opinion erronée, reproduite du I«r volume. (Voyez les notes des pages 536 et 537 du P' volume).

Page 1