Voyez les notes de la page
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mais encore dans la même espèce, et n’est jamais plus remarquable que dans le temps des amours. Au reste, quelque peu considérable qu’en soit le volume, ils jouent un grand rôle dans l’économie animale, et cela se voit clairement par les changements qui arrivent à la suite de leur extirpation. Cette opération se fait communément aux poulets qui ont trois ou quatre mois; celui qui la subit prend désormais plus de chair, et sa chair, qui devient plus succulente et plus délicate, donne aux chimistes des produits différents de ceux qu’elle eût donnés avant la castration®; il n’est presque plus sujet à la mue, de même que le cerf, qui est dans le même cas, ne quitte plus son bois ; il n’a plus le même chant, sa voix devient enrouée, et il ne la fait entendre que rarement : traité durement par les coqs, avec dédain par les poules, privé de tous les appétits qui ont rapport à la reproduction, il est non-seulement exclu de la société de ses semblables, il est encore, pour ainsi dire, séparé de son espèce ; c’est un être isolé, horsd’œuvre, dont toutes les facultés se replient sur lui-même, et n’ont pour but que sa conservation individuelle; manger, dormir et s’engraisser, voilà désormais ses principales fonctions et tout ce qu’on peut lui demander. Cependant, avec un peu d’industrie, on peut tirer parti de sa faiblesse même et de sa docilité qui en est la suite, en lui donnant des habitudes utiles, celle, par exemple, de conduire et d’élever les jeunes poulets; il ne faut pour cela que le tenir pendant quelques jours dans une prison obscure, ne l’en tirant qu'à des heures réglées pour lui donner à manger, et l’accoutumant peu à peu à la vue et à la compagnie de quelques poulets un peu forts ; il prendra bientôt ces poulets en amitié, et les conduira avec autant d’affection et d’assiduité que le ferait leur mère; il en conduira même plus que la mère, parce qu’il en peut réchauffer sous ses ailes un plus grand nombre à la fois. La mère poule, débarrassée de ce soin, se remettra plus tôt à pondre^, et de cette manière les chapons, quoique voués à la stérilité, contribueront encore indirectement à la conservation et à la multiplication de leur espèce.
Un si grand changement dans les mœurs du chapon, produit par une cause si petite et si peu suffisante en apparence, est un fait d’autant plus remarquable qu’il est confirmé par un très-grand nombre d’expériences que les hommes ont tentées sur d’autres espèces, et qu’ils ont osé étendre jusque sur leurs semblables.
On a fait sur les poulets un essai beaucoup moins cruel, et qui n’est peutêtre pas moins intéressant pour la physique; c’est, après leur avoir emporté
a. L’extrait tiré de la chair du chapon dégraissé est un peu moins du quatorzième du poids total , au lieu qu’il en fait un dixième dans le poulet et un peu plus du septième dans le coq ; de plus, l’extrait de la chair du coq est très- sec, au lieu que celle du chapon est difficile à sécher. Voyez Mém. de l’Acad. royale des Sciences, ann. 1730, p. 231.
b. Voyez Pratique de faire éclore les œufs, etc., p. 98.
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la crête®, comme on fait ordinairement, d’y substituer un de leurs éperons naissants, qui ne sont encore que de petits boutons; ces éperons, ainsi entés, prennent peu à peu racine dans les chairs, en tirent de la nourriture, et croissent souvent plus qu’ils n’eussent fait dans le lieu de leur origine : on en a vu qui avaient deux pouces et demi de longueur et plus de trois lignes et demie de diamètre à la base; quelquefois, en croissant, ils se recourbent comme les cornes de bélier, d’autres fois ils se renversent comme celles des boucs
C’est une espèce de greffe animale ‘ dont le succès a dû paraître fort douteux la première fois qu’on l’a tentée, et dont il est surprenant qu’on n’ai't tiré, depuis qu’elle a réussi, aucune connaissance pratique. En général, les expériences destructives sont plus cultivées, suivies plus vivement que celles qui tendent à la conservation, parce que l’homme aime mieux jouir et consommer, que faire du bien et s’instruire.
Les poulets ne naissent point avec cette crête et ces membranes rougeâtres qui les distinguent des autres oiseaux ; ce n’est qu’un mois après leur naissance que ces parties commencent à se développer : à deux mois les jeunes mâles chantent déjà comme les coqs, et se battent les uns contre les autres; ils sentent qu’ils doivent se haïr, quoique le fondement de leur liaine n’existe pas encore. Ce n’est guère qu’à cinq ou six mois qu’ils commencent à rechercher les poules, et que celles-ci commencent à pondre; dans les deux sexes, le terme de l’accroissement complet est à un an ou quinze mois; les jeunes poules pondent plus, à ce qu’on dit, mais les vieilles couvent mieux ; ce temps nécessaire à leur accroissement indiquerait que la durée de leur vie naturelle ne devrait être que de sept ou huit ans, si, dans les oiseaux, cette durée suivait la même proportion que dans les animaux quadrupèdes^; m.ais nous avons vu qu’elle est beaucoup plus longue : un coq peut vivre jusqu’à vingt ans dans l’état de domesticité, et peut-être trente dans celui de liberté : malheureusement pour eux, nous n’avons nul intérêt de les laisser vivre longtemps ; les poulets et les chapons qui sont destinés à paraître sur nos tables ne passent jamais l’année, et la plupart ne vivent qu’une saison; les coqs et les poules qu’on emploie à la multiplication de l’espèce sont épuisés assez promptement, et nous ne don-
a. La raison qui semble avoir déterminé à couper la crête aux poulets qu’on fait devenir chapons, c’est qu’après cette opération, qui ne l’empêche pas de croître, elle cesse de se tenir droite, elle devient pendante comme celle des poules, et, si on la laissait, elle les incommoderait en leur couvrant un œil.
b. Voyez Anciens Mém. de l’Âcad. royale des Sciences, t. XI, p. A8. — Le Journal économique, mars 1761, p. 120.
1. C’est une véritable greffe animale , qui réussit très-aisément, et que j’ai fait souvent répéter dans mes laboratoires.
2. Voyez les notes de la page 396 du 1I« volume. — Voyez aussi la note 1 de la page 29 de ce volume-ci.
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nous le temps à aucun de parcourir la période entière de celui qui leur a été assigné par la nature; en sorte que ce n’est que par des hasards singuliers que l’on a vu des coqs mourir de vieillesse.
Les poules peuvent subsister partout avec la protection de l’homme : aussi sont-elles répandues dans tout le monde habité; les gens aisés en élèvent en Islande, où elles pondent comme ailleurs®, et les pays chauds en sont pleins; mais la Perse est le climat primitif* des coqs, selon le docteur Thomas Hyde ces oiseaux y sont en abondance et en grande considération , surtout parmi certains dervis, qui les regardent comme des horloges vivantes; et Ton sait qu’une horloge est Tâme de toute communauté de dervis.
Dampier dit qu’il a vu et tué, dans les îles de Poulocondor, des coqs sauvages qui ne surpassaient pas nos corneilles en grosseur, et dont le chant, assez semblable à celui des coqs de nos basses-cours, était seulement plus aigu'’; il ajoute ailleurs qu’il y en a dans Tîle Timor et à Sant-Iago, Tune des îles du cap Vert Gemelli Carreri rapporte qu’il en avait aperçu dans les îles Philippines; et Merolla prétend qu’il y a des poules sauvages au royaume de Congo, qui sont plus belles et de meilleur goût que les poules domestiques, mais que les nègres estiment peu ces sortes d’oiseaux.
De leur climat naturel, quel qu’il soit, ces oiseaux se sont répandus facilement dans le vieux continent, depuis la Chine jusqu’au cap Vert; et depuis l’Océan méridional jusqu’aux mers du nord : ces migrations sont fort anciennes et remontent au delà de toute tradition historique ; mais leur établissement dans le Nouveau-Monde paraît être beaucoup plus récent. L’historien des Incas® assure qu’il n’y en avait point au Pérou avant la conquête, et même que les poules ont été plus de trente ans sans pouvoir s’accoutumer à couver dans la vallée de Cusco. Coréal dit positivement que les poules ont été apportées au Brésil par les Espagnols, et que les Brésiliens les connaissaient si peu qu’ils n’en mangeaient d’aucune sorte, et qu’ils regardaient leurs œufs comme une espèce de poison : les habitants de Tîle de Saint-Domingue n’en avaient point non plus, selon le témoignage du P. Charlevoix; et Oviedo donne comme un fait avéré qu’elles ont été transportées d’Europe en Amérique. Il est vrai qu’Acosta avance tout le contraire : il soutient que les poules existaient au Pérou avant l’arrivée des Espagnols; il en donne pour preuves qu’elles s’appellent dans la langue du
a. Horrebow, Descriplion de l’Islande, 1. 1, p. 199.
b. Historia Religionis velerum Persarum, etc., p. 163. Remarquez cependant que l’art d’engraisser les chapons a été porté d’Europe en Perse par des marchands arméniens. Voyez Tavernier, t. II, p. 24.
c. Nouveau Voyage autour du monde, t. II, p. 82.
d Dampier, Suite du Voyage de la Nouvelle-Hollande, t. V, p. 61.
e. Histoire des Incas, t. II , p. 239.