‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 11 sur 240 · Voyez la page 72 du 11^ volume · texte numérisé non relu

Voyez la page 72 du 11^ volume

DISCOURS

avec les animaux quatlriipècles, nous y trouverons plusieurs rapports particuliers qui nous rappelleront Tuniformité du plan général de la nature; il y a dans les oiseaux, comme dans les quadrupèdes, des espèces carnassières, et d’autres auxquelles les fruits, les grains, les plantes, suffisent pour se nourrir. La môme cause physique, qui produit dans l’homme et dans les animaux la nécessité de vivre de chair et d’aliments très-substantiels, se retrouve dans les oiseaux; ceux qui sont carnassiers n’ont qu’un estomac et des intestins moins étendus que ceux qui se nourrissent de grains ou de fruits"; le jabot’ dans ceux-ci, et qui manque ordinairement aux premiers, correspond à la panse des animaux ruminants; ils peuvent vivre d’aliments légers et maigres, parce qu’ils peuvent en prendre un grand volume en remplissant leur jabot, et compenser ainsi la qualité parla quantité; ils ont deux cæcums et un gésier qui est un estomac très-musculeux, très-ferme, qui leur sert à triturer les parties dures des grains qu’ils avalent, au lieu que les oiseaux de proie ont les intestins bien moins étendus, et n’ont ordinairement ni gésier, ni jabot, ni double cœcum'^.

Le naturel et les mœurs dépendent beaucoup des appétits : en comparant donc à cet égard les oiseaux aux quadrupèdes, il me paraît que l’aigle, noble et généreux, est le lion; que le vautour, cruel, insatiable, est le tigre; le milan, la buse, le corbeau, qui ne cherchent que les vidanges et les chairs corrompues, sont les hyènes, les loups et les chacals; les faucons, les éperviers, les autours et les autres oiseaux chasseurs, sont les chiens, les renards, les onces et les lynxs ; les chouettes, qui ne voient et ne chassent que la nuit, seront les chats; les hérons, les cormorans, qui vivent de poissons, seront les castors et les loutres; les pics seront les fourmilliers, puisqu’ils se nourrissent de même en tirant également la langue pour la charger de fourmis. Les paons, les coqs, les dindons, tous les oiseaux à jabot représentent les bœufs, les brebis, les chèvres et les autres animaux ruminants; de manière qu’en établissant une échelle des appétits, et présentant le tableau des différentes façons de vivre, on retrouvera dans les oiseaux les mêmes rapports et les mêmes différences que nous avons obser-

0. En général, aux oiseaux qui se nourrissent de cRair, les intestins sont courts , et ils n’ont que très-peu de cæcum. Dans les oiseaux granivores, les intestins sont beaucoup plus étendus, et iis forment de longs replis; il y a aussi souvent plusieurs cæcums. Voyez les Mémoires pour servir à l’Histoire des animaux, aux articles des oiseaux.

1. C’est particulièrement dans les gallinacés que l’œsopbage présente cette dilatation, que nous appelons le jabot : on le trouve dans les oiseaux de proie diurnes ; il manque dans les nocturnes; il manque aussi dans les échassiers , dans les palmipèdes (excepté dans le genre anas), etc.; il se trouve dans les perroquets et manque dans les touracos , etc., etc.

« En général, le jabot parait appartenir, parmi les oiseaux de proie, à ceux qui n’avalent n pas leur proie tout entière, mais qui la dépècent et la prennent par morceaux , et, parmi les U frugivores , à ceux qui se nourrissent de graines dures. » (Cuvier.)

2. Los oiseaux de proie diurnes n’ont que des cæcums rudimentaires ou n’en ont point du tout : les nocturnes en ont de très-développés.

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vées dans les quadrupèdes, et môme les nuances en seront pcul-ôlre plus variéesj par exemple, les oiseaux paraissent avoir un fonds particulier de subsistance, la nature leur a livré, pour nourriture, tous les insectes que les quadrupèdes dédaignent : la chair, le poisson, les amphibies, les reptiles, les insectes, les fruits, les grains, les semences, les racines, les herbes, tout ce qui vit ou végète devient leur pâture; et nous verrons qu’ils sont assez indifférents sur le choix, et que souvent ils suppléent à l’une des nourritures par une autre. Le sens du goût, dans la plupart des oiseaux, est presque nul, ou du moins fort inférieur à celui des quadrupèdes; ceux-ci, dont le palais et la langue sont, à la vérité, moins délicats que dans l’homme, ont cependant ees organes plus sensibles et moins durs que les oiseaux, dont la langue est presque cartilagineuse; car, de tous les oiseaux, il n’y a guère que ceux qui se nourrissent de chair dont la langue soit molle et assez semblable, pour la substance, à celle des quadrupèdes. Ces oiseaux auront donc le sens du goût meilleur que les autres, d’autant qu’ils paraissent aussi avoir plus d’odorat, et que la finesse de l’odorat supplée à la grossièreté du goût; mais, comme l’odorat est plus faible et le tact du goût plus obtus dans tous les oiseaux que dans les quadrupèdes, ils ne peuvent guère juger des saveurs : aussi voit-on que la plupart ne font qu’avaler sans jamais savourer; la mastication, qui fait une grande partie de la jouissance de ee sens, leur manque ; ils sont, par toutes ces raisons, si peu délicats sur les aliments que quelquefois ils s’empoisonnent en voulant se nourrir

C’est donc sans connaissance et sans réflexion* que quelques naturalistes ‘ ont divisé les genres des oiseaux par leur manière de vivre; celte idée eût

а. Le persil, le café, les amandes amères, etc., sont un poison pour les poules, les perroquets et plusieurs autres oiseaux, qui néanmoins les mangent avec autant d’avidité que les autres nourritures qu’on leur offre.

б. M. Fiiscli, dont Touvrage est d’ailleurs très-recommandable à beaucoup d’égards {Hist. des ois., avec des planches coloriées, Berlin, 1736 ), divise tous les oiseaux en douze classes, dont la première comprend les petils oiseaux à bec court et épais, ouvrant les graines en deux parties égales; la seconde contient les petils oiseaux à bec menu, mangeant des mouches et des vers; la troisième, les merles et les grives; la quatrième, les pics, coucous, huppes et perroquets; la cinquième, les geais et les pies; la sixième, les corbeaux et corneilles; la septième, les oiseaux de proie diurnes; la huitième, les oiseaux de proie nocturnes; la neuvième, les poules domestiques et sauvages; la dixième, les pigeons domestiques et sauvages; la onzième, les oies, canards et autres animaux nageants ; la. douzième, les oiseaux qui aiment les eaux et les terrains aquatiques. On voit bien que l’habitude d’ouvrir les graines en deux parties égales ne doit pas faire un caractère, puisque dans cette même classe il y a des oiseaux, comme les mésanges, qiri ne les ouvrent pas en deux, mais qui les percent et les déchirent ; que d’ailleurs tous les oiseaux de cette première classe , qui sont supposés ne se nourrir que de graines , mangent aussi des insectes et des vers comme ceux de la seconde : il

1. Pourquoi sans connaissance et sans réflexion? Le genre de nourriture, la manière de vivre , est un très-bon caractère, mais il faut ne l’employer qu’à son rang. Il y a une subordination des caractères. Buffon lui-même sépare les oiseaux de proie des granivores , les granivores des piscivores, etc.

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été plus applicable aux quadrupèdes, parce que leur goût étant plus vif et plus sensible, leurs appétits sont plus décidés, quoique l’on puisse dire avec raison des quadrupèdes comme des oiseaux que la plupart de ceux qui se nourrissent de plantes ou d’autres aliments maigres pourraient aussi manger de la chair. Nous voyons les poules, les dindons et les autres oiseaux qu’on appelle granivores, rechereher les vers, les insectes, les parcelles de viande ‘ encore plus soigneusement qu’ils ne cherchent les graines; on nourrit avee de la chair hachée le rossignol qui ne vit que d’inseetes; les chouettes, qui sont naturellement carnassières, mais qui ne peuvent attraper la nuit que des chauves-souris, se rabattent sur les papillons phalènes qui volent aussi dans l’obscurité : le bec crochu n’est pas, comme le disent les gens amoureux des causes finales^, un indice, un signe certain d’un appétit décidé pour la chair, ni un instrument fait exprès pour la déchirer, puisque les perroquets et plusieurs autres oiseaux dont le bec est crochu semblent préférer les fruits et les graines à la chair; ceux qui sont les plus voraces, les plus carnassiers, mangent du poisson, des crapauds, des reptiles, lorsque la chair leur manque. Presque tous les oiseaux qui paraissent ne vivre que de graines, ont néanmoins été nourris dans le premier âge par leurs pères et mères avec des insectes. Ainsi rien n’est plus gratuit et moins fondé que cette division des oiseaux, tirée de leur manière de vivre, ou de la différence de leur nourriture; jamais on ne déterminera la nature d’un être par un seul caractère ou par une seule habitude naturelle, il faut au moins en réunir plusieurs, car plus les caractères seront nombreux^ et moins la méthode aura d’imperfection; mais, comme nous l’avons tant dit et répété, rien ne peut la rendre complète que l’histoire et la description'^ de chaque espèce en particulier.

Comme la mastication manque aux oiseaux, que le bec ne représente qu’à certains égards la mâchoire des quadrupèdes, que même il ne peut

valait donc mieux réunir ces deux classes en une, comme l’a fait M. Linnæus {Syst. nat., édit. X, t. I, p. 85) ; ou bien, M. Friscb, qui prend pour caractère de la première classe cette manière de manger les graines , aurait dû faire en conséquence une classe particulière des mésanges et des autres oiseaux qui les percent ou les déchirent, et en même temps U n’aurait dû faire qu’une seule classe des poules et des pigeons qui les avalent également sans les percer ni les ouvrir en deux ; et néanmoins il fait des poules et des pigeons deux classes séparées

1. On distingue les êtres par leurs caractères dominants. Les gallinacés vivent principalements de grains.

2. Qu’ont à faire ici les causes finales ? Le perroquet s’aide de son hec crochu pour grimper. Ce hec crochu a donc son utilité, sa fin.

3. Voyez la note do la page précédente. — Voyez aussi la note de la p. 10 du I" volume.

4. La 7nélhode classe les êtres d’après leurs rapports : l’histoire et la description considèrent l’être en lui-même. Ce sont là deux ordres d’idées très-distinctes.

5 (b). Cuvier divise la classe des oiseaux en six ordres : les oiseaux de proie ( sous-divisés en deux lamlllcs , les diurnes et les nocturnes ) , les passereaux , les grimpeurs, les gallinacés, les oiseaux de rivage ou échassiers et les oiseaux nageurs ou palmipèdes.

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suppléer que très-imparfaitement à l’office des dents®, qu’ils sont forces d’avaler les graines entières ou à demi concassées, et qu’ils ne peuvent les broyer avec le bec, ils n’auraient pu les digérer, ni par conséquent se nourrir, si leur estomac eût été conformé comme celui des animaux qui ont des dents; les oiseaux granivores ont des gésiers, c’est-à-dire des estomacs d’une substance assez ferme et assez solide pour broyer les aliments, à l’aide de quelques petits cailloux qu’ils avalent; c’est comme s’ils portaient et plaçaient à chaque fois des dents dans leur estomac où l’action du broiement et de la trituration par le frottement'' est bien plus grande que dans les quadrupèdes et même dans les animaux carnassiers qui n’ont point de gésier, mais un estomac souple et assez semblable à celui des autres animaux : on a observé que ce seul frottement dans le gésier avait rayé profondément et usé presque aux trois quarts plusieurs pièces de monnaie qu’on avait fait avaler à une autruche

De la même manière que la nature a donné aux quadrupèdes qui fréquentent les eaux, ou qui habitent les pays froids, une double fourrure et des poils plus serrés, plus épais, de même tous les oiseaux aquatiques et ceux des terres du nord sont pourvus d’une grande quantité de plumes et d’un duvet très-fin, en sorte qu’on peut juger, par cet indice, de leur pays natal et de l’élément auquel ils donnent la préférence. Dans tous les climats, les oiseaux d’eau sont à peu près également garnis de plumes, et ils

a. Dans les perroquets et dans beaucoup d’autres oiseaux , la partie supérieure du bec est mobile comme l’inférieure; au lieu que dans les animaux quadrupèdes il n’y a que la mâchoire inférieure qui soit mobile.

b. De tous les animaux il n’y en a point dont la digestion soit plus favorable au système de la trituration , que celle des oiseaux ; leur gésier a toute la force et la direction de fibres nécessaires, et les oiseaux voraces qui ne se donnent pas le loisir de séparer l’écorce dure des graines qu’ils prennent pour nourriture , avalent en môme temps de petites pierres par le moyen desqnelles leur gésier, en se contractant fortement , casse ces écorces ; c’est là une vraie trituration, mais ce n’est que celle qui dans les autres animaux appartient aux dents ; seulement elle est transposée dans ceux-ci et remise à leur estomac , ce qui n’empèche pas ses liqueurs de dissoudre les graines dépouillées de leur écorce par le broiemeut ou frottement des petites pierres : avant cet estomac il y a encore une espèce de poche qui doit y verser une 'grande quantité de suc blanchâtre, puisque, même après la mort de l’animal, on peut l’en exprimer en la pressant légèrement. M. Helvétius i ajoute qu’on trouve quelquefois dans l’œsophage du cormoran des poissons à demi digérés. Histoire de l’Académie des Sciences, année 1719, p. 37.

c. On trouva dans l’estomac d’une autruche jusqu’à soLxante-dix doubles , la plupart consumés presque des trois quarts, et rayés par le frottement mutuel et par celui des cailloux, et non pas par aucune dissolution, parce que quelques-uns de ces doubles qui étaient creux d’un cété et bossus de l’autre étaient tellement usés et luisants du côté de la bosse , qu’il n’y paraissait plus rien de la figure de la monnaie qui était demi-usée, et entière de l’autre côté que la cavité avait défendu du frottement ; il est certain que cette cavité n’eùt pas garanti le côté où elle était de l'action d’un esprit dissolvant. Mémoires pour servir à l'Hisloire des animaux, 1. 1, p. 139 et 140. — Une pistole d’or d'Espagne, avalée par un canard, avait perdu seize grains de son poids lorsqu’il l’a rendue. Collée. Acad, partie étrangère, t. V, p. 105.

1 (ô). C’est très-bien de citer Helvétins. Il eût été mieux de citer Réaumur, dont les deux beaux mémoires sur la digestion, considérée dans les oiseaux [Mém. de l’Acad. des Sci., 1752), nous ont donné la vraie théorie de cette fonction.

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ont près de la queue de grosses glandes, des espèces de réservoirs d’une matière huileuse dont ils se servent pour lustrer et vernir leurs plumes : ce qui, joint à leur épaisseur, les rend impénétrables à l’eau, qui ne peut que glisser sur leur surface; les oiseaux de terre manquent de ces glandes, ou les ont beaucoup plus petites.

Les oiseaux presque nus, tels que l’autrucbe, le casoar, le dronte, ne se trouvent que dans les pays chauds; tous ceux des pays froids sont bien fourrés et bien couverts; les oiseaux de haut vol ont besoin de toutes leurs plumes pour résister au froid de la moyenne région de l’air. Lorsqu’on veut empêcher un aigle de s’élever trop haut et de se perdre à nos yeux , il ne faut que lui dégarnir le ventre; il devient dès lors trop sensible au froid pour s’élever à cette grande hauteur.

Tous les oiseaux, en général, sont sujets à la mue comme les quadrupèdes; la plus grande partie de leurs plumes tombent et se renouvellent tous les ans, et même les effets de ce changement sont bien plus sensibles que dans les quadrupèdes ; la plupart des oiseaux sont souffrants et malades dans la mue , quelques-uns en meurent, aucun ne produit dans ce temps; la poule la mieux nourrie cesse alors de pondre, la nourriture organique qui auparavant était employée à la reproduction se trouve consommée, absorbée et au delà par la nutrition de ces plumes nouvelles, et cette même nourriture organique ne redevient surabondante que quand elles ont pris leur entière croissance. Communément c’est vers la fin de l’été et en automne que les oiseaux muent®; les plumes renaissent en même temps, la nourriture abondante qu’ils trouvent dans cette saison est en grande partie consommée par la croissance de ces plumes nouvelles , et ce n’est que quand elles ont pris leur entier accroissement, c’est-à-dire à l’arrivée du printemps, que la surabondance de la nourriture, aidée de la douceur de la saison, les porte à l’amour; alors toutes les plantes renaissent, les insectes engourdis se réveillent ou sortent de leur nymphe, la terre semble fourmiller de vie; cette chère nouvelle, qui ne paraît préparée que pour eux, leur donne une nouvelle vigueur, un surcroît de vie qui se répand par l’amour et se réalise par la reproduction.

On croirait qu’il est aussi essentiel à l’oiseau de voler, qu’au poisson de nager, et au quadrupède de marcher; cependant il y a, dans tous ces genres, des exceptions à ce fait général ; et de même que dans les quadrupèdes il y en a, comme les roussettes, les rougettes et les chauves-souris,

a. Les oiseaux domestiques, comme les poules, muent ordinairement en automne; et c’est avant la fin de l’été que les faisans et les perdrix entrent dans la mue : ceux qu’on garde en parquet dans les faisanderies muent immédiatement après leur ponte faite. Dans la campagne , c’est vers la fin de juillet que les perdrix et les faisans subissent ce changement ; seulement les femelles qui ont des petits entrent dans la mue quelques jours plus tard. Les canards sauvages muent aussi avant la fin de juillet. Ces remarques m’ont été données par M. Leroy, lieutenant des chasses à Versailles.

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qui volent et ne marchent pas; d’autres qui, comme les phoques, les morses et les lamantins, ne peuvent que nager, ou qui, comme les castors et les loutres, marchent plus difficilement qu’ils ne nagent ; d’autres enfin qui, comme les paresseux, peuvent à peine se traîner. De même, dans les oiseaux, on trouve l’autruche, le casoar, le dronte, le thouyou*, etc., qu ne peuvent voler et sont réduits à marcher; d’autres, comme les pingoins . les perroquets de mer, etc., qui volent et nagent, mais ne peuvent marcher; d’autres qui, comme les oiseaux de paradis, ne marchent ni ne nagent, et ne peuvent prendre de mouvement qu’en volant. Seulement, il paraît que l’élément de l’eau appartient plus aux oiseaux qu’aux quadrupèdes; car, à l’exception d’un petit nombre d’espèces, tous les animaux terrestres fuient l’eau, et ne nagent que quand ils y sont forcés par la crainte ou par le besoin de nourriture : au lieu que dans les oiseaux il y a une grande tribu d’espèces qui ne se plaisent que sur l’eau , et semblent n’aller à terre que par nécessité et pour des besoins particuliers, comme celui de déposer leurs œufs hors de l’atteinte des eaux, etc. ; et ce qui démontre que l’élément de l’eau appartient plus aux oiseaux qu’aux animaux terrestres , c’est qu’il n’y a que trois ou quatre quadrupèdes qui aient des membranes entre les doigts des pieds ; au lieu qu’on peut compter plus de trois cents oiseaux pourvus de ces membranes qui leur donnent la facilité de nager. D’ailleurs, la légèreté de leurs plumes et de leurs os , la forme même de leur corps, contribuent prodigieusement à cette plus grande facilité : l’homme est peut-être, de tous les êtres, celui qui fait le plus d’efforts en nageant, parce que la forme de son corps est absolument opposée à cette espèce de mouvement; dans les quadrupèdes, ceux qui ont plusieurs estomacs ou de gros et longs intestins nagent, comme plus légers, plus aisément que les autres, parce que ces grandes cavités intérieures rendent leur corps spécifiquement moins pesant; les oiseaux dont les pieds sont des espèces de rames, dont la forme du corps est oblongue, arrondie comme celle d’un navire, et dont le volume est si léger qu’il n’enfonce qu’autant qu’il faut pour se soutenir, sont, par toutes ces causes, presque aussi propres à nager qu’à voler; et même cette faculté de nager se développe la première, car on voit les petits canards s’exercer sur les eaux longtemps avant que de prendre leur essor dans les airs.

Dans les quadrupèdes, surtout dans ceux qui ne peuvent rien saisir avec leurs doigts, qui n’ont que des cornes aux pieds ou des ongles durs, le sens du toucher paraît être réuni avec celui du goût dans la gueule : comme c’est la seule partie qui soit divisée, et par laquelle ils puissent saisir les corps et en connaître la forme, en appliquant à leur surface la langue, le palais et les dents, cette partie est le principal siège de leur toucher, ainsi que de

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