Voyez la note 2 de la page C
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crête, est en partie employée à l’accroissement des plumes. Quelques voyageurs assurent que toutes les poules du Mexique sont huppées : ces poules, comme toutes les autres de l’Amérique , y ont été transportées par les hommes, et viennent originairement de l’ancien continent. Au reste, la race des poules huppées est celle que les curieux ont le plus cultivée ; et, comme il arrive à toutes les choses qu’on regarde de très-près, ils y ont remarqué un grand nombre de différences, surtout dans les couleurs du plumage, d’après lesquelles ils ont formé une multitude de races diverses, qu’ils estiment d’autant plus que leurs couleurs sont plus belles ou plus rares, telles que les dorées et les argentées ; la blanche à huppe noire, et la noire à huppe blanche; les agates et les chamois ; les ardoisées ou périnettes; celles à écailles de poisson et les herminées; la poule veuve, qui a de petites larmes blanches semées sur un fond rembruni; la poule couleur de feu ; la poule pierrée, dont le plumage fond blanc est marqueté de noir ou de chamois, ou d’ardoise ou de doré, etc.; mais je doute fort que ces différences soient assez constantes et assez profondes pour constituer des espèces vraiment différentes, comme le prétendent quelques curieux, qui assurent que plusieurs des races ci-dessus ne propagent point ensemble.
3° Le coq sauvage de l’Asie : c’est sans doute celui qui approche le plus delà souche originaire des coqs de ce climat; car n’ayant jamais été gêné par l’homme ni dans le choix de sa nourriture, ni dans sa manière de vivre, qu’est-ce qui aurait pu altérer en lui la pureté de la première empreinte ; il n’est ni des plus grands, ni des plus petits de l’espèce, mais sa taille est moyenne entre les différentes races. Il se trouve, comme nous l’avons dit ci-devant, en plusieurs contrées de l’Asie, en Afrique et dans les îles du cap Yert : nous n’en avons pas de description assez exacte pour pouvoir le comparer à notre coq. Je dois recommander ici aux voyageurs qui se trouveront à portée de voir ces coqs et poules sauvages, de tâcher de savoir si elles font des nids, et comment elles les font. M. Lottinger, médecin à Sarrebourg, qui a fait de nombreuses et très-bonnes observations sur les oiseaux, m’a assuré que nos poules, lorsqu’elles sont en pleine liberté, font des nids, et qu’elles y mettent autant de soin que les perdrix.
4“ L'aco/io ou coq de Madagascar : les poules de cette espèce sont trèspetites, et cependant leurs œufs sont encore plus petits à proportion, puisqu’elles en peuvent couver jusqu’à trente à la fois ®.
5” Poule naine de Java, de la grosseur d’un pigeon* : il y a quelque apparence que la petite poule anglaise pourrait bien être de la même race que cette poule de Java dont parlent les voyageurs ; car celte poule anglaise est encore plus petite que notre poule naine de France, n’étant en effet pas plus grosse qu’un pigeon de moyenne grosseur. On pourrait peut-être
a. Hist. gén. des Voyages, t. VIII, p. 603-606.
h. Collection académique, partie étrangère, t, III, p. 452.
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encore ajouter à cette race la petite poule du Pégu, que les voyageurs disent n’être pas plus grosse qu’une tourterelle, et avoir les pieds rogneux, mais le plumage très-beau.
6° Poule de l’isthme de Darien, plus petite que la poule commune; elle a un cercle de plumes autour des jambes, une queue fort épaisse qu’elle porte droite, et le bout des ailes noir ; elle chante avant le jour
1° Poules de Camhoge, transportées de ce royaume aux Philippines par les Espagnols; elles ont les pieds si courts que leurs ailes traînent à terre; cette race ressemble beaucoup à celle de la poule naine de France, ou peutêtre à cette poule naine qu’on nourrit en Bretagne à cause de sa fécondité, et qui marche toujours en sautant ; au reste, ces poules sont de la grosseur des poules ordinaires, et ne sont naines que par les jambes, qu’elles ont très-courtes.
8“ Le coq de Bantam a beaucoup de rapport avec le coq pattu de France; il a de même les pieds couverts de plumes, mais seulement en dehors; celles des jambes sont très-longues et lui forment des espèces de bottes qui descendent beaucoup plus bas que le talon ; il est courageux et se bat hardiment contre des coqs beaucoup plus forts que lui; il a l’iris des yeux rouge. On m’a assuré que la plupart des races pattues n’ont point de huppe. Il y a une grosse race de poules pattues qui vient d’Angleterre, et une plus petite que l’on appelle le coq nain d’Angleterre, qui est bien doré et à crête double.
Il y a encore une race naine, qui ne surpasse pas le pigeon commun en grosseur, et dont le plumage est tantôt blanc, tantôt blanc et doré. On comprend aussi dans les poules pattues 1a poule de Siam, qui est blanche et plus petite que nos poules communes.
9“ Les Hollandais parlent d’une autre espèce de coqs propre à l’île de Java, où on ne les élève guère que pour la joute; ils l’appellent demi-poule d’Inde. Selon Willughby, il porte sa queue à peu près comme le dindon. C’est sans doute à cette race que l’on doit rapporter celle de ces poules singulières de Java, dont parle Mandeslo lesquelles tiennent de la poule ordinaire et de la poule d’Inde, et qui se battent entre elles à outrance comme les coqs. Le sieur Fournier m’a assuré que cette espèce a été vivante à Paris®; elle n’a, selon lui, ni crête ni cravate; la tête est unie comme celle du faisan; cette poule est très-haute sur ses jambes; sa queue est longue et pointue, les plumes étant d’inégale longueur; et, en général, la couleur des plumes est rembrunie comme celte des plumes du vautour.
а. Hist. gén. des Voyages, t. VIII , p. 151.
б. Idem, t. Il, p. 350.
c. M. Fournier est un curieux qui a élevé pendant plusieurs années pour lui-même, pour S. A. S. M. le comte de Clermont et pour plusieurs seigneurs, des poules et des pigeons de toutes espèces.
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10“ Le coq d’ Angleterre ne surpasse pas le coq nain en grosseur, mais il est beaucoup plus haut monté que notre coq commun, et c’est la principale chose qui l’en distingue : on peut donc rapporter à cette race le xolo, espèce de coq des Philippines, qui a de très-longues jambes®. Au reste, le coq d’Angleterre est supérieur à celui de France pour le combat; il a plutôt une aigrette qu’une huppe; son cou et son bec sont plus dégagés, et ii a au-dessus des narines deux tubercules de chair, rouges comme sa crête.
11“ Le coq de Turquie n’est remarquable que par son beau plumage.
12" Le coq de Hambourg ^ appelé aussi culotte de velours, parce qu’il a les cuisses et le ventre d’un noir velouté : sa démarche est grave et majestueuse; son bec très-pointu, l’iris de ses yeux jaune, et ses yeux même sont entourés d’un cercle de plumes brunes, d’où part une touffe de plumes noires qui couvrent les oreilles; il y a des plumes à peu près semblables derrière la crête et au-dessous des barbes, et des taches noires, rondes et larges sur la poitrine; les jambes et les pieds sont de couleur de plomb, excepté la plante des pieds qui est jaunâtre.
13“ Le coq frisé dont les plumes se renversent en dehors : on en trouve à Java, au Japon et dans toute l’Asie méridionale; sans doute que ce coq appartient plus particulièrement aux pays chauds, car les poussins de cette race son extrêmement sensibles au froid, et n’y résistent guère dans notre climat. Le sieur Fournier m’a assuré que leur plumage prend toutes sortes de couleurs, et qu’on en voit de blancs, de noirs, d’argentés, de dorés, d’ardoisés, etc.
14° Laj)oule à duvet du Japon : ses plumes sont blanches, et les barbes des plumes sont détachées et ressemblent assez à du poil ; ses pieds ont des plumes en dehors jusqu’à l’ongle du doigt extérieur : cette race se trouve au Japon, à la Chine et dans quelques autres contrées de l’Asie. Pour la propager dans toute sa pureté, il faut que le père et la mère soient tous deux à duvet.
15" Le coq nègre a la crête, les barbes, l’épiderme et le périoste absolument noirs; ses plumes le sont aussi le plus souvent, mais quelquefois elles sont blanches. On en trouve aux Philippines, à Java, à Delhi, à Santiago, l’une des îles du cap Yert. Becman prétend que la plupart des oiseaux de cette dernière île ont les os aussi noirs que du jais, et la peau de la couleur de celle des nègres'’ : si ce fait est vrai on ne peut guère attribuer cette teinture noire qu’aux aliments que les oiseaux trouvent dans celte île. On connaît les effets de la garance', des caille-lait, des graterons, etc., et
fl. Gemelli Carreri , t. V, p. 272.
b. Coq de Hambourg. Albin, t. III, p. 13 , avec une figure.
c. Dampier, t. III , p. 23.
1. Voyez , touchant Faction de la i/aranre sur les os, d’abord les expériences de Duhamel , et ensuite les miennes.
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]’on sait qu’en Angleterre on rend blanche la chair des veaux en les nourrissant de farineux et autres aliments doux, mêlés avec une certaine terre ou craie que l’on trouve dans la province de Bedford Il serait donc curieux d’observer à Sant-Iago, parmi les différentes substances dont les oiseaux s’y nourrissent, quelle est celle qui teint leur périoste en noir ; au reste, cette poule nègre est connue en France et pourrait s’y propager; mais comme la chair, lorsqu’elle est cuite, est noire et dégoûtante, il est probable qu’on ne cherchera pas à multiplier cette race : lorsqu’elle se mêle avec les autres il en résulte des métis de différentes couleurs, mais qui conservent ordinairement la crête et les cravates ou barbes noires, et qui ont même la membrane qui forme l’oreillon teinte de bleu noirâtre à l’extérieur.
16“ Le coq sans croupion ou coq de Perse de quelques auteurs : la plupart des poulets et des coqs de Virginie n’ont point de croupion; et cependant ils sont certainement de race anglaise. Les habitants de cette colonie assurent que, lorsqu’on y transporte de ces oiseaux, ils perdent bientôt leur croupion*’. Si cela est ainsi, il faudrait les appeler coqs de Virginie et non de Perse, d’autant plus que les anciens ne les ont point connus, et que les naturalistes n’ont commencé à en parler qu’après la découverte de l’Amérique. Nous avons dit que les chiens d’Europe à oreilles pendantes perdent leur voix et prennent des oreilles droites lorsqu’on les transporte dans le climat du tropique; cette singulière altération produite par l’influence du climat n’est cependant pas aussi grande que la perte du croupion et de la queue dans l’espèce du coq : mais ce qui nous paraît être une bien plus grande singularité, c’est que dans le chien, comme dans le coq, qui, de tous les animaux de deux ordres très-différents, sont le plus domestiques, c’està-dire le plus dénaturés par l’homme, il se trouve également une race de chiens sans queue comme une race de coqs sans croupion. On me montra, il y a plusieurs années, un de ces chiens né sans queue; Je crus alors que ce n’était qu’un individu vicié, un monstre, et c’est pour cela que je n’en fis aucune mention dans l’histoire du chien : ce n’est que depuis ce temps que j’ai revu ces chiens sans queue, et que je me suis assuré qu’ils forment une race constante et particulière comme celle des coqs sans croupion. Celte race de coqs a le bec et les pieds bleus; une crête simple ou double, et point de huppe; le plumage e.st de toutes couleurs; et le sieur Fournier m’a assuré que lorsqu’elle sj mêle avec la race ordinaire il en provient des métis qui n’ont qu’un demi-croupion, et six plumes à la queue au lieu de douze : cela peut être, mais j’ai de la peine à le croire.
17“ La poule à cinq doigts est, comme nous avons dit, une forte exception à la méthode dont les principaux caractères se prennent du nombre
O. Journal économique, mai 1754.
b. Transactions philosophiques, n« 206, ann 1693, p. 992.
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des doigts * : celle-ci en a cinq à chaque pied, trois en avant et deux en arrière ; et il y a même quelques individus dans cette race qui ont six doigts.
18° liQs poules de Sansevare : ce sont celles qui donnent ces œufs qui se vendent en Perse trois ou quatre écus la pièce, et que les Persans s’amusent à choquer les uns contre les autres par manière de jeu : dans le même pays il y a des coqs beaucoup plus beaux et plus grands, et qui coûtent jusqu’à trois cents livres
19° Le coq de Caux ou de Padoue : son attribut distinctif est la grosseur; il a souvent la crête double en forme de couronne, et une espèce de huppe qui est plus marquée dans les poules; leur voix est beaucoup plus forte, plus grave et plus rauque, et leur poids va jusqu’à huit à dix livres. On peut rapporter à cette belle race les grands coqs de Rhodes, de Perse du Pégu % ces grosses poules de Rallia, qui ne commencent à se couvrir de plumes que lorsqu’elles ont atteint la moitié de leur grosseur : on sait que les poussins de Caux prennent leurs plumes plus tard que les poussins ordinaires.
Au reste, il faut remarquer qu’un grand nombre d’oiseaux, dont parlent tes voyageurs sous le nom de coqs ou de poules, sont de toute autre espèce: telles sont les poules palourdes ou palourdes qui se trouvent au Grand- Ranc, et sont très-friandes de foie de morue ° ; le coq et la poule noire de Moscovie, qui sont coqs et poules de bruyère; la poule rouge du Pérou, qui a beaucoup de rapport avec les faisans; cette grosse poule à huppe de la Nouvelle-Guinée, dont le plumage est bleu céleste, qui a le bec de pigeon, les pieds de poule commune, qui niche sur les arbres^, et qui est probablement le faisan de Banda; la poule de Damiette, qui a le bec et les pieds rouges, une petite marque sur la tête de la même couleur, et le plumage d’un bleu violet, ce qui pourrait se rapporter à la grande poule d’eau; la poule du Delta, dont Thévenot vante les belles couleurs, mais qui diffère des gallinacés, non-seulement par la forme du bec et de la queue, mais encore par les habitudes naturelles, puisqu’elle se plaît dans les marécages; la poule de Pharaon , que le même Thévenot dit ne le point céder à la gelinotte; les poules de Corée, qui ont une queue de trois pieds de longueur, etc.
a. Fo2/a(/e de TatJemzer, t. Il, page 43 et 44.
h. ChardiQ, t. lî, page 24.
c. Recueil des Voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes, t. IIF, page 71.
d. Nouveau Voyage de Dampier, t. III , page 68.
e. Recueil des Voyages du Nord, t. III, page 15.
f. Hist. générale des voyages , t. XI, page 230.
1. Ces races à cinq doigts sont des races monstrueuses, comme les appelle très-bien M. Cuvier ( voyez la note 1 de la p. 280 ). Une monstruosité locale ne change pas l’espèce.
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Dans ce grand nombre de races différentes que nous présente l’espèce du coq, comment pourrons-nous démêler quelle en est la souche primitive? Tant de circonstances ont influé sur ces variétés, tant de hasards ont concouru pour les produire! Les soins et même les caprices de l’homme les ont si fort multipliées, qu’il paraît bien difficile de remonter à leur première origine, et de reconnaître dans nos basses-cours la poule de la nature, ni même la poule de notre climat. Les coqs sauvages, qui se trouvent dans les pays chauds de l’Asie, pourront être regardés comme la tige primordiale de tous les coqs de ces contrées; mais comme il n’existe dans nos pays tempérés aucun oiseau sauvage qui ressemble parfaitement à nos poules domestiques, on ne sait à laquelle des races ou des variétés l’on doit donner la primauté, car en supposant que le faisan, le coq de bruyère ou la gelinotte ', qui sont les seuls oiseaux sauvages de ce pays qu’on puisse rapprocher de nos poules par la comparaison en soient les races primitives , et en supposant encore que ces oiseaux peuvent produire, avec nos poules, des métis féconds, ce qui n’est pas bien avéré, ils seront alors de la même espèce; mais les races se seront très-anciennement séparées et toujours maintenues par elles-mêmes, sans chercher à se réunir avec les races domestiques, dont elles diffèrent par des caractères constants, tels que le défaut de crêtes, de membranes pendantes dans les deux sexes, et d’éperons dans les mâles; et par conséquent ces raees sauvages ne sont représentées par aucune de nos races domestiques, qui , quoique très-variées et très-différentes entre elles à beaucoup d’égards, ont toutes néanmoins ces crêtes, ces membranes et ces éperons qui manquent aux faisans, à la gelinotte et au coq de bruyère : d’où l’on doit conclure qu’il faut regarder le faisan, le coq de bruyère et la gelinotte comme des espèces voisines, et néanmoins différentes de celle de la poule, jusqu’à ce qu’on se soit bien assuré, par des expériences réitérées, que ces oiseaux sauvages peuvent produire avec nos poules domestiques, non-seulement des mulets stériles, mais des métis féconds ; car c’est à cet effet qu’est attaehée l’idée de l’identité d’espèce : les races singulières, telles que la poule naine , la poule frisée, la poule nègre, la poule sans croupion, viennent toutes originairement des pays étrangers; et, quoiqu’elles se mêlent et produisent avec nos poules communes, elles ne sont ni de la même race ni du même climat. En séparant donc notre poule commune de toutes les espèces sauvages qui peuvent se mêler avec elle , telles que la gelinotte, le coq de bruyère, le faisan, etc., en la séparant aussi de toutes les poules étrangères avec lesquelles elle se mêle et produit des individus féconds, nous diminuerons de beaucoup le nombre de ses variétés, et nous n’y trouverons plus que des
1. Notre poule ne vient ni du faisan, ni du cog de bruyère , ni de la gelinotte ; la plupart de nos animaux domestiques sont des emprunts que nous avons faits à d’autres climats ; notre poule est originaire d’Asie. (Voyez la nomenclature de la page 279.)
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différences assez légères ; les unes pour la grandeur du corps; les poules de Caux sont presque dpubles, pour la grosseur, de nos poules ordinaires : les autres pour la hauteur des jambes ; le coq d’Angleterre, quoique parfaitement ressemblant à celui de France, a les jambes et les pieds bien plus longs : d’autres pour la longueur des plumes, comme le coq huppé, qui ne diffère du coq commun que par la hauteur des plumes du sommet de la tête : d’autres par le nombre des doigts, tels que les poules et coqs à cinq doigts : d’autres enfin par la beauté et ta singularité des couleurs, comme la poule de Turquie et celle de Hambourg. Or, de ces six variétés auxquelles nous pouvons réduire la race de nos poules communes, trois appartiennent, comme Ton voit, à l’influence du climat de Hambourg, de la Turquie et de l’Angleterre, et peut-être encore la quatrième et la cinquième, car la poule de Caux vient vraisemblablement d’Italie, puisqu’on l’appelle aussi de Padoue; et la poule à cinq doigts était connue en Italie dès le temps de Columelle. Ainsi il ne nous restera que le coq commun et le coq huppé, qu’on doive regarder comme les races naturelles de notre pays; mais, dans ces deux races, les poules et les coqs sont également de toutes couleurs ; le caractère constant de la huppe paraît indiquer une espèce perfectionnée, c’est-à-dire plus soignée et mieux nourrie; et par conséquent la race commune du coq et de la poule sans huppe doit être la vraie tige de nos poules; et si Ton veut chercher dans cette race commune quelle est la couleur qu’on peut attribuer à la race primitive, il paraît que c’est la poule blanche’ ; car, en supposant les poules originairement blanches, elles auront varié du blanc au noir, et pris successivement toutes les couleurs intermédiaires : un rapport très-éloigné, et que personne n’a saisi, vient directement à l’appui de cette supposition, et semble indiquer que la poule blanche est en effet la première de son espèce, et que c’est d'elle que toutes les autres races sont issues; ce rapport consiste dans la ressemblance qui se trouve assez généralement entre la couleur des œufs et celle du plumage; les œufs du corbeau sont d’un vert brun taché de noir; ceux de la cresserelle sont rouges; ceux du casoar sont d’un vert noir; ceux de la corneille noire sont d’un brun plus obscur encore que ceux du corbeau ; ceux du pic varié sont de même variés et tachetés; la piegrièche grise a ses œufs tachés de gris, et la pie-grièche rouge les a tachés de rouge; le crapaud volant les a marbrés de taches bleuâtres et brunes, sur un fond nuageux blanchâtre; Tœuf du moineau est cendré, tout couvert de taches brunes marron, sur un fond gris; ceux du merle sont bleunoirâtres; ceux de la poule de bruyère sont blanchâtres, marquetés de
1. La. poule sauvage de Java, qui ressemble si fort à nos poules domestiques (voyez la nomenclature de la p. 279), n’est pas blanche. Le blanc dans les animaux, tient plus à Yélal domestique qu’à l’état sauvage ; et le rapport , tiré de la couleur des œufs n’est, en effet, qu’un rapport très-éloigné.
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jaune; ceux des peintades sont marqués, comme leurs plumes, de taches blanches et rondes, etc. , en sorte qu’il paraît y avoir un rapport assez constant entre la couleur du plumage des oiseaux et la couleur de leurs œufs; seulement on voit que les teintes en sont beaucoup plus faibles sur les œufs, et que le blanc domine dans plusieurs, parce que dans le plumage de plusieurs oiseaux il y a aussi plus de blanc que de toute autre couleur, surtout dans les femelles, dont les couleurs sont toujours moins fortes que, celles du mâle. Or, nos poules blanches, noires, grises, fauves et de couleurs mêlées, produisent toutes des œufs parfaitement blancs : donc , si toutes ces poules étaient demeurées dans leur état de nature, elles seraient blanches, ou du moins auraient dans leur plumage beaucoup plus de blanc que de toute autre couleur; les influences de la domesticité, qui ont changé la couleur de leurs plumes, n’ont pas assez pénétré pour altérer celle de leurs œufs. Ce changement de la couleur des plumes n’est qu’un effet superficiel et accidentel, qui ne se trouve que dans les pigeons, les poules et les autres oiseaux de nos basses-cours; car tous ceux qui sont libres et dans l’état de nature conservent leurs couleurs, sans altération et sans autres variétés que celles de l’âge, du sexe ou du climat , qui sont toujours plus brusques, moins nuancées, plus aisées à reconnaître, et beaucoup moins nombreuses que celles de la domesticité.
LE DINDON
Si le coq ordinaire est l’oiseau le plus utile de la basse-cour, le dindon domestique est le plus remarquable, soit par la grandeur de sa taille, soit par la forme de sa tête, soit par certaines habitudes naturelles qui ne lui sont communes qu’avec un petit nombre d’autres espèces : sa tête, qui est fort petite à proportion du corps, manque de la parure ordinaire aux
a. Commfi cet oiseau n'est connu que depuis la découverte de l’Amérique, il n’a de nom ni en grec ni en latin. Les Espagnols lui donnèrent le nom de pavon de las Indias, c’est-à-dire , paon des Indes occidentales; et ce nom ne lui était pas mal appliqué d’abord , parce qu’il étend sa queue comme le paon, et qu’il n’y avait point de paons en Amérique. Les Catalans l’ont nommé indiol , gall-d'indi; les Italiens, gallo-d'india; les Allemands, indianisch han, etc.
* Meleagris gallo-pavo ( Linn.). — Le dindon commun. — Ordre id., genre Dindons (Cuv.). — « On n’en a longtemps connu qu’une espèce , apportée d’Amérique au xvi' siècle , et répan- « due maintenant par toute l’Europe , à cause de la bonté de sa chair, de sa grandeur et de » la facilité de sa multiplication. Les dindons sauvages de Virginie, souche de cette espèce , Il sont d’un brun verdâtre glacé de cuivré. — On en a décrit depuis peu une autre espèce « (meleagris ocellata), presque aussi belle que le paon par l’éclat de ses couleurs , et surtout « par les miroirs couleur de saphir, entourés de cercles d’or et de rubis, qui décorent sa queue « de dindon. Elle a été prise à la baie de Honduras. » (Cuvier.)
LE DINDON
oiseaux, car elle est presque entièrement dénuée de plumes, et seulement recouverte, ainsi qu’une partie du cou, d’une peau bleuâtre, chargée de mamelons rouges dans la partie antérieure du cou , et de mamelons blan châtres sur la partie postérieure de la tête, avec quelques petits poils noirs, clair-semés entre les mamelons, et de petites plumes plus rares au haut du cou, et qui deviennent plus fréquentes dans la partie inférieure, chose qui n’avait pas été remarquée par les naturalistes : de la base du bec descend sur le cou, jusqu’à environ le tiers de sa longueur, une espèce de barbillon charnu, rouge et flottant qui paraît simple aux yeux, quoiqu’il soit en effet composé d’une double membrane, ainsi qu’il est facile de s’en assurer en le touchant; sur la base du bec supérieur s’élève une caroncule charnue, de forme conique, et sillonnée par des rides transversales assez profondes ; cette caroncule n’a guère plus d’un pouce de hauteur dans son état de contraction ou de repos, c’est-à-dire lorsque le dindon ne voyant autour de lui que les objets auxquels il est accoutumé, et n’éprouvant aucune agitation intérieure, se promène tranquillement en prenant sa pâture ; mais si quelque objet étranger se présente inopinément, surtout dans la saison des amours, cet oiseau, qui n’a rien dans son port ordinaire que d’humble et de simple, se rengorge tout à coup avec fierté; sa tête et son cou se gonflent, la caroncule conique se déploie, s’allonge et descend deux ou trois pouces plus bas que le bec, qu’elle recouvre entièrement; toutes ces parties charnues se colorent d’un rouge plus vif; en même temps les plumes du cou et du dos se hérissent, et la queue se relève en éventail, tandis que les ailes s’abaissent en se déployant jusqu’à traîner par terre. Dans cette attitude, tantôt il va piaffant autour de sa femelle, accompagnant son action d’un bruit sourd que produit l’air de la poitrine s’échappant par le bec, et qui est suivi d’un long bourdonnement ; tantôt il quitte sa femelle comme pour menacer ceux qui viennent le troubler; dans ces deux cas sa démarche est grave, et s’accélère seulement dans le moment où il fait entendre ce bruit sourd dont j’ai parlé : de temps en temps il interrompt cette manœuvre pour jeter un autre cri plus perçant, que tout le monde connaît, et qu’on peut lui faire répéter tant que l’on veut, soit en sifflant, soit en lui faisant entendre des sons aigus quelconques ; il recommence ensuite à faire la roue qui, suivant qu’elle s’adresse à sa femelle ou aux objets qui lui font ombrage, exprime tantôt son amour et tantôt sa colère ; et ces espèces d’accès seront beaucoup plus violents si on paraît devant lui avec un habit rouge; c’est alors qu’il s’irrite et devient furieux; il s’élance, il attaque à coups de bec, et fait tous ses efforts pour éloigner un objet dont la présence semble lui être insupportable.
11 est remarquable et très-singulier que cette caroncule conique, qui s’allonge et se relâche lorsque l’animal est agité d’une passion vive, se relâche de même après sa mort.
LE DINDON
Il y a des dindons blancs, d’autres variés de noir et de blanc, d’autres de blanc et d’un jaune roussâtre, et d’autres d’un gris uniforme, qui sont les plus rares de tous ; mais le plus grand nombre a le plumage tirant sur le noir, avec un peu de blanc à l’extrémité des plumes: celles qui couvrent le dos et le dessus des ailes sont carrées par le bout; et parmi celles du croupion, et même de la poitrine, il y en a quelques-unes de couleurs ^changeantes , et qui ont différents reflets, selon les diflerentes incidences de la lumière; et plus ils vieillissent, plus leurs couleurs paraissent être changeantes et avoir des reflets différents. Bien des gens croient que les dindons blancs sont les plus robustes ; et c’est par cette raison que dans quelques provinces on les élève de préférence : on en voit de nombreux troupeaux dans le Perthois en Champagne.
Les naturalistes ont compté vingt-huit pennes ou grandes plumes à chaque aile, et dix-huit à la queue. Mais un caractère bien plus frappant, et qui empêchera à jamais de confondre cette espèce avec aucune autre espèce actuellement connue, c’est un bouquet de crins durs et noirs, long de cinq à six pouces, lequel, dans nos climats tempérés, sort de la partie inférieure du cou au dindon mâle adulte dans la seconde année, quelquefois même dès la fin de la première; et, avant que ce bouquet paraisse, l’endroit d’où il doit sortir est marqué par un tubercule charnu. M. Linnæus dit que ces crins ne commencent à paraître qu’à la troisième année dans les dindons qu’on élève en Suède : si ce fait est bien avéré, il s’ensuivrait que cette espèce de production se ferait d’autant plus tard que la température du pays est plus rigoureuse; et , à la vérité, l’un des principaux effets du froid est de ralentir toute sorte de développements. C’est cette touffe de crins qui a valu au dindon le titre de barbu [pectore barbato “) , expression impropre à tous égards, puisque ce n’est pas de la poitrine mais de la partie inférieure du cou que ces crins prennent naissance, et que d’ailleurs ce n’est pas assez d’avoir des crins ou des poils pour avoir une barbe, il faut encore qu’ils soient autour du menton ou de ce qui en tient lieu, comme dans le vautour barbu d’Edwards , planche cvi.
On se ferait une fausse idée delà queue du coq d’Inde, si l’on s’imaginait que toutes les plumes dont elle est formée fussent susceptibles de se relever en éventail. A proprement parler, le dindon a deux queues, l’une supérieure et l’autre inférieure; la première est composée de dix-huit grandes plumes implantées autour du croupion, et que l’animal relève lorsqu’il piaffe, la seconde ou l’inférieure consiste en d’autres plumes moins grandes, et reste toujours dans la situation horizontale : c’est encore un attribut propre au mâle d’avoir un éperon à chaque pied; ces éperons sont plus ou
a. Linn. Faun. Suecica, et Systema naL, édit. X.
LE DINDON
moins longs, mais ils sont toujours beaucoup plus courts et plus mous que i dans le coq ordinaire.
La poule d’Inde diffère du coq non-seulement en ce qu’elle n’a pas I d’éperons aux pieds , ni de bouquet de crins dans la partie inférieure i du COU; en ce que la caroncule conique du bec supérieur est plus courte ; et incapable de s’allonger; que cette caroncule, le barbillon de dessous le bec et la chair glanduleuse qui recouvre la tête, sont d’un rouge plus i pâle; mais elle en diffère encore par les attributs propres au sexe le plus ' faible dans la plupart des espèces, elle est plus petite, elle a moins de carac- ; 1ère dans la physionomie, moins de ressort à l’intérieur, moins d’action î au dehors, son cri n’est qu’un accent plaintif, elle n’a de mouvement que : pour chercher sa nourriture ou pour fuir le danger; enfin la faculté de ; faire la roue lui a été refusée : ce n’est pas qu’elle n’ait la queue double comme le mâle , mais elle manque apparemment des muscles releveurs ; propres à redresser les plus grandes plumes dont la queue supérieure est composée.
Dans le mâle, comme dans la femelle, les orifices des narines sont dans le bec supérieur ; et ceux des oreilles sont en arrière des yeux, fort cou- ; verts et comme ombragés par une multitude de petites plumes décomposées , qui ont différentes directions. j
On comprend bien que le meilleur mâle sera celui qui aura plus de force, ■ plus de vivacité, plus d’énergie dans toute son action : on pourra lui don- i lier cinq ou six poules d’Inde. S’il y a plusieurs mâles ils se battront, mais i non pas avec l’acharnement des coqs ordinaires : ceux-ci, ayant plus d’ar- i deur pour leurs femelles, sont aussi plus animés contre leurs rivaux, et la ' guerre qu’ils se font entre eux est ordinairement un combat à outrance ; on ; en a vu même attaquer des coqs d’Inde deux fois plus gros qu’eux , et les mettre à mort ; les sujets de guerre ne manquent pas entre les coqs des deux espèces, si , comme le dit Sperling, le coq d’Inde privé de ses femelles | s’adresse aux poules ordinaires, et que les poules d’Inde, dans l’absence î de leur mâle , s’offi'ent au coq ordinaire , et le sollicitent même assez j vivement®. |
La guerre que les coqs d’Inde se font entre eux est beaucoup moins vio- ' lente; le vaincu ne cède pas toujours le champ de bataille, quelquefois ! même il est préféré par les femelles : on a remarqué qu’un dindon blanc ayant été battu par un dindon noir, presque tous les dindonneaux de la couvée furent blancs. I
L’accouplement des dindons se fait à peu près de la même manière que i celui des coqs, mais il dure plus longtemps; et c’est peut-être par cette | raison qu’il faut moins de femelles au mâle, et qu’il s’use beaucoup plus ;
c. Zoûlogia Physica , page 3G7.
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vite : j’ai dit plus haut, sur la foi de Sperling, qu’il se mêlait quelquefois avec les poules ordinaires; le même auteur prétend que, quand il est privé de ses femelles, il s’accouple aussi, non-seulement avec la femelle du paon (ce qui peut être) , mais encore avec les canes (ce qui me paraît moins vraisemblable).
La poule d’Inde n’est pas aussi féconde que la poule ordinaire : il faut lui donner de temps en temps du chènevis, de l’avoine, du sarrasin, pour l’exciter à pondre; et avec cela elle ne fait guère qu’une seule ponte par an d’environ quinze œufs; lorsqu'elle en fait deux, ce qui est très-rare, elle commence la première sur la fin de l’hiver, et la seconde dans le mois d’août. Ces œufs sont blancs, avec quelques petites taches d’un jaune rougeâtre; et du reste, ils sont organisés à peu près comme ceux de la poule ordinaire; la poule d’Inde couve aussi les œufs de toutes sortes d’oiseaux : on juge qu’elle demande a couver, lorsque après avoir fait sa ponte elle reste dans le nid; pour que ce nid lui plaise il faut qu’il soit en lieu sec, à une bonne exposition selon la saison, et point trop en vue, car son instinct la porte ordinairement à se cacher avec grand soin lorsqu’elle couve.
Ce sont les poules de l’année précédente qui, d’ordinaire, sont les meilleures couveuses; elles se dévouent à cette occupation avec tant d’ardeur et d’assiduité, qu’elles mourraient d’inanition sur leurs œufs , si l’on n’avait le soin de les lever une fois tous les jours pour leur donner à boire et à manger; cette passion de couver est si forte et si durable, qu’elles font quelquefois deux couvées de suite et sans aucune interruption ; mais, dans ce cas, il faut les soutenir par une meilleure nourriture : le mâle a un instinct bien contraire; car s’il aperçoit sa femelle couvant, il casse ses œufs , qu’il voit apparemment comme un obstacle à ses plaisirs ®, et c’est peut-être la raison pourquoi la femelle se cache alors avec tant de soin.
Le temps venu où ces œufs doivent éclore, les dindonneaux percent avec leur bec la coquille de l’œuf qui les renferme; mais cette coquille est quelquefois si dure ou les dindonneaux si faibles, qu’ils périraient si on ne les aidait à la briser, ce que néanmoins il ne faut faire qu’avec beaucoup de circonspection, et en suivant autant qu’il est possible les procédés de la nature; ils périraient encore bientôt, pour peu que dans ces commencements on les maniât avec rudesse, qu’on leur laissât endurer la faim, ou qu’on les exposât aux intempéries de l’air; le froid, la pluie, et même la rosée, les morfond; le grand soleil les tue presque subitement, quelquefois même ils sont écrasés sous les pieds de leur mère : voilà bien des dangers pour un animal si délicat; et c’est pour cette raison, et à cause de
O. sperling , loco citalo.
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la moindre fécondité des poules d’Inde en Europe, que celte espèce est beaucoup moins nombreuse que celle des poules ordinaires.
Dans les premiers temps il faut tenir les jeunes dindons dans un lieu chaud et sec où l’on aura étendu une litière de fumier long, bien battue; et lorsque dans la suite on voudra les faire sortir en plein air, ce ne sera que par degrés et en choisissant les plus beaux jours.
L’instinct des jeunes dindonneaux est d’aimer mieux à prendre leur nourriture dans la main que de toute autre manière : on juge qu’ils ont besoin d’en prendre lorsqu’on les entend piauler, et cela leur arrive fréquemment; il faut leur donner à manger quatre ou cinq fois par jour; leur premier aliment sera du vin et de l’eau qu’on leur soufflera dans le bec, on y mêlera ensuite un peu de mie de pain ; vers le quatrième jour, on leur donnera les œufs gâtés de la couvée, cuits et hachés d’abord avec de la mie de pain, et ensuite avec des orties; ces œufs gâtés, soit de dindes, soit de poules, seront pour eux une nourriture très-salutaire® ; au bout de dix à douze jours on supprime les œufs, et on mêle les orties hachées avec du millet ou avec la farine de turquis, d’orge, de froment ou de blé sarrasin, ou bien, pour épargner le grain sans faire tort aux dindonneaux, avec le lait caillé, la bardane, un peu de camomille puante , de graine d’ortie et du son : dans la suite on pourra se contenter de leur donner toutes sortes de fruits pourris coupés par morceaux^, et surtout des fruits de ronces ou de mûriers blancs, etc. Lorsqu’on leur verra un air languissant, on leur mettra le bec dans du vin pour leur en faire boire un peu, et on leur fera avaler aussi un grain de poivre; quelquefois ils paraissent engourdis et sans mouvement, lorsqu’ils ont été surpris par une pluie froide, et ils mourraient certainement , si on n’avait le soin de les envelopper de linges chauds, et de leur souffler à plusieurs reprises un air chaud par le bec : il ne faut pas manquer de les visiter de temps en temps, et de leur percer les petites vessies qui leur viennent sous la langue et autour du croupion, et de leur donner de l’eau de rouille; on conseille même de leur laver la tête avec cette eau pour prévenir certaines maladies auxquelles ils sont sujets®; mais, dans ce cas, il faut donc les essuyer et les sécher bien exactement, car on sait combien toute humidité est contraire aux dindons du premier âge.
La mère les mène avec la même sollicitude que la poule mène ses poussins; elle les réchauffe sous ses ailes avec la même affection, elle les défend avec le même courage; il semble que sa tendresse pour ses petits rende sa vue plus perçante; elle découvre l’oiseau de proie d’une distance prodigieuse, et lorsqu’il est encore invisible à tous les autres yeux ; dès
a. Voyez Journal économique , août 1757, p. 69 et 73.
h. Journal économique , loco citato.
c. La figère et les ourles, selou la Maison Rustique, t. I, p. 117.
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quelle l’a aperçu, elle jette un cri d’effroi qui répand la consternation dans toute la couvée; chaque dindonneau se réfugie dans les buissons ou se tapit dans l’herbe, et la mère les y retient en répétant le même cri d’effroi autant de temps que l’ennemi est à portée; mais le voit -elle prendre son vol d’un autre côté, elle les en avertit aussitôt par un autre cri bien différent du premier, et qui est pour tous le signal de sortir du lieu où ils se sont cachés, et de se rassembler autour d’elle.
Lorsque les jeunes dindons viennent d’éclore, ils ont la tête garnie d’une espèce de duvet, et n’ont encore ni chair glanduleuse ni barbillons; ce n’est qu’à six semaines ou deux mois que ces parties se développent, et, comme on le dit vulgairement, que les dindons commencent à pousser le rouge. Le temps de ce développement est un temps critique pour eux, comme celui de la dentition pour les enfants , et c’est alors surtout qu’il faut mêler du vin à leur nourriture pour les fortifier : quelque temps avant de pousser le rouge ils commencent déjà à se percher.
Il est rare que l’on soumette les dindonneaux à la castration comme les poulets; ils engraissent fort bien sans cela, et leur chair n’en est pas moins bonne : nouvelle preuve qu’ils sont d’un tempérament moins chaud que les coqs ordinaires.
Lorsqu’ils sont devenus forts, ils quittent leur mère, ou plutôt ils en sont abandonnés, parce qu’elle cherche à faire une seconde ponte ou une seconde couvée. Plus les dindonneaux étaient faibles et délicats dans le premier âge, plus ils deviennent avec le temps robustes et capables de soutenir toutes les injures du temps : ils aiment à se percher en plein air, et passent ainsi les nuits les plus froides de l’hiver, tantôt se soutenant sur un seul pied, et retirant l’autre dans les plumes de leur ventre comme pour le réchauffer , tantôt, au contraire, s’accroupissant sur leur bâton et s’y tenant en équilibre: ils se mettent la fête sous l’aile pour dormir, et pendant leur sommeil ils ont le mouvement de la respiration sensible et très-marqué.
La meilleure façon de conduire les dindons devenus forts, c’est de les mener paître par la campagne , dans les lieux où abondent les orties et autres plantes de leur goût, dans les vergers lorsque les fruits commencent à tomber, etc.; mais il faut éviter soigneusement les pâturages où croissent les plantes qui leur sont contraires, telles que la grande digitale à fleurs rouges : cette plante est un véritable poison pour les dindons; ceux qui en ont mangé éprouvent une sorte d’ivresse, des vertiges, des convulsions; et, lorsque la dose a été un peu forte, ils finissent par mourir éthiques. On ne peut donc apporter trop de soin à détruire cette plante nuisible dans les lieux où l’on élève des dindons®.
On doit aussi avoir attention, surtout dans les commencements, de ne les
a. Voyez Histoire de l’Académie royale des sciences de Paris, année 1748, p. 84.
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faire sortir le matin qu’après que le soleil a commencé de sécher la rosée, de les faire rentrer avant la chute du serein, et de les mettre à l’abri pendant la plus grande chaleur des jours d’été : tous les soirs, lorsqu’ils reviennent, on leur donne de la pâtée, du grain ou quelque autre nourriture, excepté seulement au temps des moissons où ils trouvent suffisamment à manger par la campagne. Comme ils sont fort craintifs, ils se laissent aisément condiiire, il ne faut que l’ombre d’une baguette pour en mener des troupeaux même très-considérables, et souvent ils prendront la fuite devant un animal beaucoup plus petit et plus faible qu’eux : cependant il est des occasions où ils montrent du courage, surtout lorsqu’il s’agit de se défendre contre les fouines et autres ennemis de la volaille; on en a vu même quelquefois entourer en troupe un lièvre au gîte, et chercher à le tuer à coups de bec“.
Ils ont différents tons, différentes inflexions de voix, selon l’âge, le sexe, et suivant les passions qu’ils veulent exprimer • leur démarche est lente et leur vol pesant; ils boivent, mangent, avalent de petits cailloux, et digèrent à peu près comme les coqs; et, comme eux, ils ont double estomac *, c’està-dire un jabot et un gésier; mais, comme ils sont plus gros, les muscles de leur gésier ont aussi plus de force.
La longueur du tube intestinal est à peu près quadruple de la longueur de l’animal, prise depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité du croupion; ils ont deux cæcums, dirigés l’un et l’autre d’arrière en avant, et qui, pris ensemble, font plus du quart de tout le conduit intestinal; ils prennent naissance assez près de l’extrémité de ce conduit, et les excréments contenus dans leur cavité ne diffèrent guère de ceux que renferme la cavité du colon et du rectum : ces excréments ne séjournent point dans le cloaque commun, comme l’urine et ce sédiment blanc qui se trouve plus ou moins abondamment partout où passe l’urine, et ils ont assez de consistance pour se mouler en sortant par Yanus.
Les parties de la génération se présentent dans les dindons à peu près comme dans les autres gallinacés; mais, à l’égard de l’usage qu’ils en font, ils paraissent avoir beaucoup moins de puissance réelle, les mâles étant moins ardents pour leurs femelles, moins prompts dans l’acte de la fécondation, et leurs approches étant beaucoup plus rares; et, d’autre côté, les femelles pondent plus tard et bien plus rarement, du moins dans nos climats.
Comme les yeux des oiseaux sont, dans quelques parties, organisés différemment de ceux de l’homme et des animaux quadrupèdes, je crois devoir indiquer ici ces principales différences: outre les deux paupières supérieure et inférieure, les dindons, ainsi que la plupart des autres oiseaux, en ont
a. Ornithologie de Salerne , page 132.
1. Et même triple. Ils ont, comme les coqs et tous les gallinacé,' un jabot, un ventricule succenturié et un gésier.
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encore une troisième nommée paupière interne, membrana nictitans, qui se retire et se plisse en forme de croissant dans le grand coin de l’œil, et dont les cillements fréquents et rapides s’exécutent par une mécanique musculaire curieuse : la paupière supérieure est presque entièrement immobile, mais l’inférieure est capable de fermer l’œil en s’élevant vers la supérieure, ce qui n’arrive guère que lorsque l’animal dort ou lorsqu’il ne vit plus. Ces deux paupières ont chacune un point lacrymal, et n’ont pas de rebords cartilagineux; la cornée transparente est environnée d’un cercle osseux, composé de quinze pièces, plus ou moins, posées l’une sur l’autre en recouvrement comme les tuiles ou les ardoises d’un couvert; le cristallin est plus dur que celui de l’homme, mais moins dur que celui des quadrupèdes et des poissons et sa plus grande courbure est en arrière''; enfin il sort du nerf optique, entre la rétine et la choroïde, une membrane noire de ligure rhomboïde et composée de fibres parallèles, laquelle traverse l’humeur vitrée, et va s’attacher quelquefois immédiatement par son angle antérieur, quelquefois par un filet qui part de cet angle, à la capsule du cristallin ; c’est à cette membrane subtile et transparente que MM. les anatomistes de l’Académie des Sciences ont donné le nom de bourse, quoiqu’elle n’en ait guère la figure dans le dindon non plus que dans la poule, l’oie, le canard, le pigeon, etc. : son usage est, selon M. Petit, d’absorber les rayons de lumière qui partent des objets qui sont à côté de la tête et qui entrent directement dans les yeux®; mais, quoi qu’il en soit de cette idée ', il est certain que l’organe de la vue est plus composé dans les oiseaux que dans les quadrupèdes; et comme nous avons prouvé ailleurs que les oiseaux l’emportaient par ce sens sur les autres animaux, et que nous avons même eu occasion de remarquer plus haut combien la poule d’Inde avait la vue perçante, on ne peut guère se refuser à cette conjecture si naturelle que la supériorité de l’organe de la vue, dans les oiseaux, est due à la différence de la structure de leurs yeux et à l’artifice particulier de leur organisation : conjecture très-vraisemblable, mais de laquelle néanmoins la valeur précise ne pourra être déterminée que par l’étude approfondie de l’anatomie comparée et de la mécanique animale.
Si l’on compare les témoignages des voyageurs, on ne peut s’empêcher de reconnaître que les dindons sont originaires d’Amérique et des îles adjacentes , et qu’avant la découverte de ce nouveau continent ils n’existaient point dans l’ancien.
Le P. du Tertre remarque qu’ils sont dans les Antilles comme dans leur pays naturel, et que, pourvu qu’on en ait un peu de soin, ils couvent trois
а. Mémoires de l’Académie royale des sciences, année 1726, p. 83.
б. Ibidem, année 1730, page 10.
c. Ibidem, année 1735, page 123.