‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 143 sur 240 · Voyez la nomenclature ci-dessus · texte numérisé non relu

Voyez la nomenclature ci-dessus

* Pavo bicalcaratus et Ihibetanus (Gmel. ). — h'épei onnier ou chinquis ( Cuv. ).

QUI PARAISSENT AVOIR RAPPORT AU PAON, ETC

M. Edwards a publiées du mâle eî de la femelle" et qu’il avait faites sur le vivant ,

Au premier coup d’œil, le mâle paraît avoir quelque rapport avec le faisan et le paon^ comme eux il a la queue longue, il l’a semée de miroirs comme le paon, et quelques naturalistes s’en tenant à ce premier coup d’œil, l’ont admis dans le genre du faisan*; mais quoique, d’après ces rapports superficiels, M. Edwards ait cru pouvoir lui donner ou lui conserver le nom de faisan-paon, néanmoins, en y regardant de plus près, il a bien jugé qu’il ne pouvait appartenir au genre du faisan : 1° parce que les longues plumes de sa queue sont arrondies et non pointues par le bout ; 2° parce qu’elles sont droites dans toute leur longueur, et non recourbées en en bas ; 3“ parce qu’elles ne font pas la gouttière renversée par le renversement de leurs barbes, comme dans le faisan ; 4° enfin, parce qu’en marchant il ne recourbe point sa queue en en haut comme cet oiseau.

Mais il appartient encore bien moins à l’espèce du paon, dont il diffère non-seulement par le port de la queue, par la configuration et le nombre des pennes dont elle est composée, mais encore par les proportions de sa forme extérieure, par la grosseur de la tête et du cou, et en ce qu’il ne redresse et n’épanouit point sa queue comme le paon ", qu’il n’a, au lieu d’aigrette, qu’une espèce de huppe plate, formée par les plumes du sommet de la tête qui se relèvent, et dont la pointe revient un peu en avant; enfin, le mâle diffère du coq-paon et du coq-faisan par un double éperon qu’il a à chaque pied , caractère presque unique d’après lequel je lui ai donné le nom à’éperonnier.

Ces différences extérieures, qui certainement en supposent beaucoup d’autres plus cachées, paraîtront assez considérables à tout homme de sens, et qui ne sera préoccupé d’aucune méthode, pour exclure l’éperonnier du nombre des paons ‘ et des faisans, encore qu’il ait comme eux les doigts séparés, les pieds nus, les jambes revêtues de plumes jusqu’au talon, le bec en cône courbé, la queue longue et la tête sans crête ni membrane : à la vérité, je sais tel méthodiste qui ne pourrait, sans inconséquence, ne pas le reconnaître pour un paon ou pour un faisan, puisqu’il a tous les attributs par lesquels ce genre est caractérisé dans sa méthode ; mais aussi un naturaliste sans méthode et sans préjugé ne pourra le reconnaître pour le paon de la nature; et que s’ensuivra-t-il de là, sinon que l’ordre de la nature est bien loin de la méthode du naturaliste?

a. Edwards, Hist. nat. of Dirds, planches lxvii et lxis.

b. Klein, Ordo Avium, pag. 114. — Brisson, Ornitholog., t. I , pag. 291, genre vu, espèce ix.

c. M. Edwards ne dit point que cet oiseau fasse la roue; et de cela seul je me crois endi’oit de conclure qu’il ne la fait point ; un fait aussi considérable n’aurait pu échapper à M. Edwards; et, s’il l’eût observé, il ne l’aurait point omis.

1. Cuvier le place dans le genre des paons (voyez la nomenclature ci-dessus); M. Temmink en fait un genre distinct sous le nom de polyplectrum : nom qui a été changé par M. Vieillot en celui de dipleclron.

OISEAUX ETRANGERS

En vain me dira-t-on que, puisque l’oiseau dont il s’agit ici a les principaux caractères du genre du faisan, les petites variétés par lesquelles il en diffère ne doivent point empêcher qu’on ne le rapporte à ce genre; car je demanderai toujours qui donc ose se croire en droit de déterminer ces caractères principaux; de décider, par exemple, que l’attribut négatif de n’avoir ni crête ni membrane soit plus essentiel que celui d’avoir la tête de telle ou telle forme, de telle ou telle grosseur, et de prononcer que tous les oiseaux qui se ressemblent par des caractères choisis arbitrairement doivent aussi se ressembler dans leurs véritables propriétés

Au reste, en refusant à l’éperonnier le nom de paon de la Chine je ne fais que me conformer au témoignage des voyageurs, qui assurent que, dans ce vaste pays, on ne voit de paons que ceux qu’on y apporte des autres contrées

L’éperonnier a l’iris des yeux jaune, ainsi que l’espace entre la base du bec et l’œil, le bec supérieur rouge, l’inférieur brun foncé et les pieds d’un brun sale : son plumage est d’une beauté admirable; la queue est, comme je l’ai dit , semée de miroirs ou de taches brillantes de forme ovale, et d’une belle couleur de pourpre avec des reflets bleus, vert et or; ces miroirs font d’autant plus d’effet qu’ils sont terminés et détachés du fond par un double cercle, l’un noir et l’autre orangé obscur ; chaque penne de la queue a deux de ces miroirs accolés l’un à l’autre, la tige entre deux, et malgré cela, comme cette queue a inflniment moins de plumes que celle du paon, elle est beaucoup moins chargée de miroirs ; mais, en récompense, l’éperonnier en a une très-grande quantité sur le dos et sur les ailes, où le paon n’en a point du tout; ces miroirs des ailes sont ronds, et comme le fond du plumage est brun, on croirait voir une belle peau de marte zibeline enrichie de saphirs, d’opales, d’émeraudes et de topazes.

Les plus grandes pennes de l’aile n’ont point de miroirs; toutes les autres en ont chacune un, et quel qu’en soit l’éclat, leurs couleurs, soit dans les ailes, soit dans la queue, ne pénètrent point jusqu’à l’autre surface de la penne, dont le dessous est d’un sombre uniforme.

Le mâle surpasse en grosseur le faisan ordinaire; la femelle est d’un tiers plus petite que le mâle, et paraît plus leste et plus éveillée; elle a, comme lui, l’iris jaune, mais point de rouge dans le bec, et la queue beaucoup plus petite : quoique ses couleurs approchent plus de celles du mâle que dans l’espèce des paons et des faisans, cependant elles sont plus mates,

a. Navarette, Description de la Chine, p. 40 et 42.

1. Il y aurait ici bien des idées à démêler, ou plutôt elles l’ont déjà été (voyez mes précédentes notes sur la méthode). Il y a des caractères principaux, et il y en a de secondaires. Il y a une subordination dans les caractères, et c’est pourquoi il ne faut pas les choisir arbitrairement.

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