II. LE SPICIFÈRE
J’appelle ainsi le huitième faisan de M, Brisson qu’Aldrovande a nommé paon du Japon, tout en avouant qu’il ne ressemblait à notre paon que par les pieds et la queue
Je lui ai donné le nom de spicifère à cause de l’aigrette en forme d’épi qui s’élève sur sa tête : cette aigrette est haute de quatre pouces, et paraît
a. Voyez Brisson, Ornithologie , t. I, p. 294.
h. Voyez M. Tabbé Prévost, Hist. générale des voyages, t. VI , p. 487.
c. Brisson, Ornithologie, t. I , p. 289.
d. Aldrovande, Ornilhologia, t. II, pag. 3b.
* Voyez, ci-après, la nomenclature de Véperonnier.
** Pavo muticus ( Linn. ). — « Le paon spicifère, nommé mal à propos par Linné pavo « eus, car il a aussi des éperons, est une espèce distincte... » (Cuvier. )
OISEAUX ÉTRANGERS
émaillée de vert et de bleu ; le bec est de couleur cendrée, plus long et plus menu que celui du paon ; l’iris est jaune, et le tour des yeux rouge comme dans le faisan : les plumes de la queue sont en plus petit nombre, le fond en est plus rembruni et les miroirs plus grands, mais brillant des mêmes couleurs que dans notre paon d’Europe; la distribution des couleurs forme sur la poitrine, le dos et la partie des ailes la plus proche du dos, des espèces d’écailles qui ont différents reflets en différents endroits, bleus sur la partie des ailes la plus proche du dos, bleus et verts sur le dos, bleus, verts et dorés sur la poitrine; les autres pennes de l’aile sont vertes dans le milieu de leur longueur, ensuite jaunâtres, et finissent par être noires à leur extrémité : le sommet de la tête et le haut du cou ont des taches bleues mêlées de blanc sur un fond verdâtre.
Telle est à peu près la description qu’Aldrovandea faite du mâle, d’après une figure peinte que l’empereur du Japon avait envoyée au pape; il ne dit point s’il étale sa queue comme notre paon; cé qu’il y a de certain, c’est qu’il ne l’étale point dans la figure d’Aldrovande, et qu’il y est même représenté sans éperons aux pieds*, quoique Aldrovande n’ait pas oublié d’en faire paraître dans la figure du paon ordinaire, qu’il a placée vis-à-vis pour servir d’objet de comparaison.
Selon cet auteur, la femelle est plus petite que le mâle; elle a les mêmes couleurs que lui sur la tête, le cou, la poitrine, le dos et les ailes; mais elle en diffère en ce qu’elle a le dessous du corps noir, et en ce que les couvertures du croupion, qui sont beaucoup plus courtes que les pennes de la queue, sont ornées de quatre ou cinq miroirs assez larges, relativement à la grandeur des plumes : le vert est la couleur dominante de la queue, les pennes en sont bordées de bleu, et les tiges de ces pennes sont blanches.
Cet oiseau paraît avoir beaucoup de rapport avec celui dont parle Kæmpfer, dans son Histoire du Japon, sous le nom de faisan : ce que j’en ai dit suffit pour faire voir qu’il a plusieurs traits de conformité et plusieurs traits de dissemblance, soit avec le paon, soit avec le faisan, et que par conséquent il ne devait point avoir d’autre place que celle que je lui donne ici.
ni. — l’éperonnier. *
Cet oiseau n’est guère connu que par la figure et la description que
a. « Il y a au Japon une espèce de faisans qui se d’stinguent par la diversité de leurs cou- « leurs, par l’éclat de leurs plumes, et par la beauté de leur queue, qui égale en longueur la « moitié de la hauteur d’un homme , et qui par ce mélange et par une variété charmante des « plus belles couleurs, particulièrement de Tor et de Tazur, ne cède en rien à celle du paon. » Kæmpfer, Histoire du Japon, t. I, p. 112.