I. — LE nocco PnOPBEMENT DIT
Je comprends sous cette espèce, non-seulement le mitou et le mitouporanga de Marcgrave, que cet auteur regarde en effet comme étant de la même espèce**, le coq indien de MM. de l’Académie® et de plusieurs autres'*, le mutou ou moytou de Laët ® et de Léry f, le temocholli des Mexicains, et leur tepetototl ou oiseau de montagne s, le quirizao ou curasso de la Jamaïque*, le pocs de Frisch *, le hccco de Cayenne de M. Barrère^, le hocco de la Guiane ou douzième faisan de M. Brisson*; mais j’y rapporte encore comme variétés le hocco du Brésil ou onzième faisan deM. Brisson * , son hocco de Curassou, qui est son treizième faisan™, le hocco du Pérou,
a. Voyez Edwards, planclies lxvii et lxix.
h. Marcgrave , Historia naturalis Brasiliensis , lib. v, cap. iii , pag. 195.
c. Mémoires de l’Académie royale des Sciences, t. III, part, i, p. 221.
d. Longolius, Dialogus de Avibus. — Gessner, de Avibus,\\B. ui. — Aldrovande, Ornitliolog., lib. XIV, cap. XL, etc.
e. Laët, Novus orbis, pag. 615.
f. Léry, Voyage au Brésil, p. 173.
y. Voyez Fernandez , Bist. Avi. nov. Hisp., cap. ci , pag. 35.
h. Histoh'e naturelle de la Jamaïque , par le chevalier Hans Sloane, p. 302.
i. Frisch, planche cxxi.
j. Barrère, Ornilhologiœ specimen, pag. 82 et 83; et France équinoxiale , p. 140.
Je. Brisson , Ornilhologie , t. I , p. 298.
l. Ibidem, page 296.
m. /ôidem, page 300.
* Crax alecfor (Linn.). — Ordre id., genre Alectors, sous-genre Hoccos proprement dUs ( Cuvier. )
LES HOCCOS
et même la poule rouge du Pérou d’ Albin le coxolissi de Fernandez ^ et le seizième faisan de M. Brisson®. Je me fonde sur ce que cette multitude de noms désigne des oiseaux qui ont beaucoup de qualités communes, et qui ne diffèrent entre eux que par la distribution des couleurs, par quelque diversité dans la forme et les accessoires du bec, et par d’autres accidents qui peuvent varier dans la même espèce à raison de l’âge, du sexe, du climat, et surtout dans une espèce aussi facile à apprivoiser que celle-ci , qui même l’a été en plusieurs cantons, et qui par conséquent doit participer aux variétés auxquelles les oiseaux domestiques sont si sujets'*.
MM. de l’Académie avaient ouï dire que leur coq indien avait été apporté d’Afrique, où il s’appelait ano^: mais comme Marcgrave et plusieurs autres observateurs nous apprennent que c’estun oiseau du Brésil, et que d’ailleurs on voit clairement, en comparant les descriptions et les figures les plus exactes, qu’il a les ailes courtes et le vol pesant , il est difficile de se persuader qu’il ait pu traverser d’un seul vol la vaste étendue des mers qui séparent les côtes d’Afrique de celles du Brésil , et il paraît beaucoup plus naturel de supposer que les sujets observés par MM. de l’Académie, s’ils étaient réellement venus d’Afrique, y avaient été portés précédemment du Brésil ou de quelque autre contrée du Nouveau-Monde. On peut juger, d’après les mêmes raisons, si la dénomination de coq de Perse, employée par Jonston, est applicable à l’oiseau dont il s’agit ici f.
Le lîocco approche de la grosseur du dindon : l’un de ses plus remarquables attributs, c’est une huppe noire, et quelquefois noire et blanche, haute de deux à trois pouces, qui s’étend depuis l’origine du bec jusque derrière la tête, et que l’oiseau peut coucher en arrière et relever à son gré, selon qu’il est affecté différemment. Cette huppe est composée de plumes étroites et comme étagées, un peu inclinées en arrière, mais dont la pointe revient et se courbe en avant. Parmi ces plumes, MM. de l’Académie en ont remarqué plusieurs dont les barbes étaient renfermées jusqu’à la moitié de la longueur de la côte, dans une espèce d’étui membraneux 3.
La couleur dominante du plumage est le noir, qui, le plus souvent, est pur et comme velouté sur la tête et sur le cou , et quelquefois semé de mouchetures blanches; sur le reste du corps il a des reflets verdâtres, et dans quelques sujets il se change en marron foncé. L’oiseau représenté
a. Albin, Hist. nat. des oiseaux , t. III, pl. xl. « Elle est de la même grandeur et figure que « la poule de Carasou (t. II , planches xxxi et xxxii ) , et parait être de la même espèce : » cVst ainsi que parle Albin , qui a eu l’avantage de dessiner ces deux oiseaux vivants.
b. Fernandez, Hist. Avium, cap. xl, p. 23.
c. Brisson, Ornithologie , 1. 1 , p. 305.
d. Le chevalier Hans Sloane dit précisément que leur plumage varie de différentes manières , c(mme celui de notre volaille ordinaire, t. II, p. 302, pl. cclx.
e. Mémoires de V Académie , t. III, partie i , p. 223.
A Jonston l’appelle coq de Perse , disent MM. de l’Académie, t III, partie i, p 223.
g. Mémoires de l’Académie, t. III, partie i, p. 221.
LES HOCCOS
dans celle planche ‘ n’a poinl du toul de blanc sous le venlre ni dans la queue, au lieu que celui de la planche n“ 86 en a sous le venlre el au boni de la queue; enfin d’aulres en onl sous le venlre el point à la queue, el d’autres en ont à la queue el point sous le ventre, et il faut se souvenir que ces couleurs sont sujettes à varier, soit dans leurs teintes, soit dans leur distribution, selon la différence du sexe.
Le bec a la forme de celui des gallinacés, mais il est un peu plus fort: dans les uns, il est couleur de chair et blanchâtre vers la pointe, comme dans le hocco du Brésil de M. Brisson; dans les autres, le bout du bec supérieur est échancré des deux côtés, ce qui le fait paraître comme armé de trois pointes, la principale au milieu, et les deux latérales formées par les deux échancrures un peu reculées en arrière, comme dans l’un des coqs indiens de MM. de l’Académie “ ; dans d’autres, il est recouvert à sa base d’une peau jaune, où sont placées les ouvertures des narines, comme dans le hocco de la Guiane de M. Brisson ^ ; dans d’autres, celte peau jaune, se prolongeant des deux côtés de la tête, va former autour des yeux un cercle de même couleur, comme dans le mitou-poranga de Marcgrave ; dans d’autres , cette peau se renfle sur la base du bec supérieur en une espèce de tubercule ou de bouton arrondi assez dur, et gros comme une petite noix. On croit communément que les femelles n’ont point ce bouton, et M. Edwards ajoute qn’il ne vient aux mâles qu’après la première année*^, ce qui me paraît d’autant plus vraisemblable, que Fernandez a observé dans son tepetototl une espèce de tumeur sur le bec, laquelle n’était sans doute autre chose que ce même tubercule qui commençait à se former ® ; quelques individus, comme le mitou de Marcgrave, ont une peau blanche derrière l’oreille comme les poules communes ; les pieds ressembleraient pour la forme à ceux des gallinacés s’ils avaient l’éperon , et s’ils n’étaient pas un peu plus gros à proportion : du reste ils varient, pour la couleur, depuis le brun noirâtre jusqu’au couleur de chair G
Quelques naturalistes ont voulu rapporter le hocco au genre du dindon, mais il est facile, d’après la description ci-dessus, de recueillir les différences nombreuses et tranchées qui séparent ces deux espèces ; le dindon a la tête petite et sans plumes, ainsi que le haut du cou, le bec surmonté d’une caroncule conique et musculeuse, capable d’extension et de contraction, les pieds armés d’éperons, et il relève les plumes de sa queue en faisant la roue, etc., au lieu que le hocco a la tête grosse, le cou renfoncé,
a. Mémoires de l’Académie , t. III, partie i, p. 225; et dans la figure (c) delapl. xxsiv.
h. Brisson, Ornithologie , p. 298.
e. Marcgrave, Historia âvium Brasil., p. 195.
d. Voyez Edwards, Histoire naturelle des oiseaux rares , planche ccxcv.
e. Fernandez, Hist. Avi. nov. Hispaniæ, cap. ci, p. 35.
f. Voyez la planche ccxcv d’Edwards.