‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 146 sur 240 · La planche 125 des planches enluminées de Buffon · texte numérisé non relu

La planche 125 des planches enluminées de Buffon

LES HOCCOS

l’im et l’autre garnis de plumes , sur le bec un tubercule rond, dur et presque osseux, et sur le sommet de la tête une huppe mobile, qui paraît propre à cet oiseau , qu’il baisse et redresse à son gré ; mais personne n’a jamais dit qu’il relevât les pennes de la queue en faisant la roue.

Ajoutez à ces différences, qui sont toutes extérieures, les différences plus profondes et tout aussi nombreuses que nous découvre la dissection.

Le canal intestinal du hocco est beaucoup plus long, et les deux cæcums beaucoup plus courts que dans le dindon; son jabot est aussi beaucoup moins ample, n’ayant que quatre pouces de tour, au lieu que j’ai vu tirer du jabot d’un dindon, qui ne paraissait avoir rien de singulier dans sa conformation, ce qu’il fallait d’avoine pour remplir une demi-pinte de Paris: outre cela, dans le hocco, la substance charnue du gésier est le plus souvent fort mince, et sa membrane interne, au contraire, fort épaisse et dure au point d’être cassante; enfin la trachée-artère se dilate et se replie sur elle-même, plus ou moins, vers le milieu de la fourchette comme dans quelques oiseaux aquatiques, toutes choses fort différentes de ce qui se voit dans le dindon.

Mais, si le hocco n’est point un dindon, les nomenclateurs modernes étaient encore moins fondés à en faire un faisan ; car, outre les différences qu’il est facile de remarquer tant au dehors qu’au dedans , d’après ce que je viens de dire, j’en vois une décisive dans le naturel de ces animaux. Le faisan est toujours sauvage, et quoique élevé de jeunesse, quoique toujours bien traité, bien nourri, il ne peut jamais se faire à la domesticité ; ce n’est point un domestique, c’est un prisonnier toujours inquiet, toujours cherchant les moyens d’échapper, et qui maltraite même ses compagnons d’esclavage sans jamais faire aucune société avec eux : que s’il recouvre sa liberté et qu’il soit rendu à l’état de sauvage, pour lequel il semble être fait, rien n’est encore plus défiant et plus ombrageux, tout objet nouveau lui est suspect, le moindre bruit l’effraie, le moindre mouvement l’inquiète; l’ombre d’une branche agitée suffit pour lui faire prendre sa volée, tant il est attentif à sa conservation. Au contraire, le hocco est un oiseau paisible, sans défiance, et même stupide, qui ne voit point le danger, ou du moins qui ne fait rien pour l’éviter; il semble s’oublier lui-même, et s’intéresser à peine à sa propre existence. M. Aublet en a tué jusqu’à neuf de la même bande, avec le même fusil qu’il rechargea autant de fois qu’il fut nécessaire : ils eurent cette patience. On conçoit bien qu’un pareil oiseau est sociable, qu’il s’accommode sans peine avec les autres oiseaux domestiques, et qu’il s’apprivoise aisément : quoique apprivoisé, il s’écarte pendant le jour, et va même fort loin; mais il revient toujours pour coucher, à ce que m’assure le même M. Aublet; il devient même familier au point

a. Voyez Mémoires de V Académie , t. III, p. 226 et suiv.

LES IIOCCOS.

de heurter à la porte avec son bec pour se faire ouvrir, de tirer les domestiques par l’habit lorsqu’ils l’oublient, de suivre son maître partout, et s’il en est empêché, de l’attendre avec inquiétude et de lui donner à son retour des marques de la joie la plus vive

Il est difficile d’imaginer des mœurs plus opposées; et je doute qu’aucun naturaliste, et même qu’aucun nomenclateur, s’il les eût connus, eût entrepris de ranger ces deux oiseaux sous un même genre.

Le hocco se tient volontiers sur les montagnes, si l’on s’en rapporte à la signification de son nom mexicain tepetolotl, qui veut dire oiseau de montagne^ : on le nourrit dans la volière de pain, de pâtée et autres choses semblables'; dans l’état de sauvage, les fruits sont le fonds de sa subsistance : il aime à se percher sur les arbres, surtout pour y passer la nuit ; il vole pesamment, comme je l’ai remarqué plus haut, mais il a la démarche fière*^ : sa chair est blanche, un peu sèche; cependant lorsqu’elle est gardée suffisamment, c’est un fort bon manger

Le chevalier Hans Sloane dit, en parlant de cet oiseau, que sa queue n’a que deux pouces de longf : sur quoi M. Edwards le relève et prétend qu’en disant dix pouces au lieu de deux M. Hans Sloane aurait plus approché du vraiff; mais je crois cette censure trop générale et trop absolue; car je vois Aldrovande qui, d’après le portrait d’un oiseau de cette espèce, assure qu’il n’a point de queue * , et de l’autre, M. Barrère, qui rapporte d’après ses propres observations faites sur les lieux, que la femelle de son hocco des Amazones, qui est le hocco de Curassou de M. Brisson, a la queue très-peu longue*; d’où il s’ensuivrait que ce que le chevalier Hans Sloane dit trop généralement du hocco, doit être restreint à la seule femelle, du moins dans certaines races.

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