‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 151 sur 240 · VI. — LE CARACARA · texte numérisé non relu

VI. — LE CARACARA

J’appelle ainsi, d’après son propre cri , ce bel oiseau des Antilles dont le P. du Tertre a donné la description". Si tous les oiseaux d’Amérique qui ont été pris pour des faisans doivent se rapporter aux hoccos, le caracara doit avoir place parmi ces derniers, car les Français des Antilles, et d’après eux le P. du Tertre, lui ont donné le nom de faisan : « Ce faisan, dit-il, est

а. Cette peau nue est bleue dans l’yacou , et rouge dans le marail ; mais nous avons déjà observé la même variation de couleur d’un sexe à l’autre dans les membranes charnues de la peintade.

б. « Phasianus, niger, aburus , viridi rostro. » France équin., p. 139. Je crois que cet auteur a entendu par le mot latin barbare , aburus , sans queue ; ou qu’il aura écrit aburus au lieu de abrulus, qui, comme erutus, pourrait signifier arraché , tronqué.

c. Le P. du Tertre, Histoire générale des Antilles, t. II, traité v, § viii.

‘ M Le caracara de Buffon et de Du Tertre est Ta^'aml [psophia crepitans Linn.). » (Cuvier.)

LES HOCCOS

« un fort bel oiseau, gros comme un chapon", plus haut monté, sur des « pieds de paon j il a le cou beaucoup plus long que celui d’un coq, et le « bec et la tête approchant de ceux du corbeau; il a toutes les plumes du « cou et du poitrail d’un beau bleu luisant, et aussi agréable que les plumes « des paons; tout le dos est d’un gris brun, et les ailes et la queue, qu’il a « assez courtes, sont noires.

«Quand cet oiseau est apprivoisé, il fait le maître dans la maison et en K chasse à coups de bec les poules d’Inde et les poules communes, et les tue

«quelquefois; il en veut même aux chiens, qu’il becque en traître

«J’en ai vu un qui était ennemi mortel des nègres, et n’en pouvait

« souffrir un seul dans la case qu’il ne becquât par les jambes ou par les « pieds, jusqu’à en faire sortir le sang. » Ceux qui en ont mangé m’ont assuré que sa chair est aussi bonne que celle des faisans de France.

Comment M. Ray a-t-il pu soupçonner qu’un tel oiseau fût l’oiseau de proie dont parle Maregrave sous le même nom de caracara ^ ? Il est vrai qu’il fait la guerre aux poules, mais c’est seulement lorsqu’il est apprivoisé et pour les chasser, en un mot, comme il fait aux chiens et aux nègres : on reconnaît plutôt à cela le naturel jaloux d’un animal domestique qui ne souffre point ceux qui peuvent partager avec lui la faveur du maître, que les mœurs féroces d’un oiseau de proie qui se jette sur les autres oiseaux pour les déchirer et s’en nourrir : d’ailleurs, il n’est point ordinaire que la chair d’un oiseau de proie soit bonne à manger comme l’est celle de notre caracara ; enfin, il paraît que le caracara de Maregrave ' a la queue et les ailes beaucoup plus longues à proportion que celui du P. du Tertre.

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