III. — LA PERDRIX PERLÉE DE LA CHINE
Cette perdrix, qui n’est connue que par la description de M. Brisson , paraît propre à l’extrémité orientale de l’ancien continent : elle est un peu plus grosse que notre perdrix rouge; elle a la forme, le port de la queue,
a. Voyez Journal de Stibbs, p. 287; et l’abbé Prévost, t. III, p. 309.
b. Brisson, Ornithologie, t. I, p. 234.
1. Tetrao pe/rosMS (Gmel.). — La. perdrix rouge de Barbarie (Cnv. ). — Espèce bien distincte.
* Probablement la même espèce que la précédente.
’* Tetrao perlatus (Lmn.).
OISEAUX ÉTRANGERS, ETC
la brièveté des ailes et toute la tournure de la perdrix; elle a, de notre rouge ordinaire, la gorge blanche, et, de celle d’Afrique, les éperons plus longs et plus pointus ; mais elle n’a pas, comme elle, le bec et les pieds rouges; ceux-ci sont roux et le bec est noirâtre, ainsi que les ongles; le fond de son plumage est de couleur obscure , égayée sur la poitrine et les côtés par une quantité de petites taches rondes de couleur plus claire, d’où j’ai pris occasion de la nommer perlée; elle a, outre cela, quatre
bandes remarquables qui partent de la base du bec et se prolongent sur les côtés de la tête ; ces bandes sont alternativement de couleur claire et rembrunie.
lY. — LA PERDRIX DE LA NOUVELLE-ANGLETERRE. *
Je mets cet oiseau d’Amérique et les suivants à la suite des perdrix, non que je les regarde comme de véritables perdrix, mais tout au plus comme leurs représentants, parce que ce sont ceux des oiseaux du Nouveau-Monde qui ont le plus de rapport avec les perdrix, lesquelles certainement n’ont pas l’aile assez forte ni le vol assez élevé pour avoir pu traverser les mers qui séparent le vieux continent du nouveau.
L’oiseau dont il s’agit ici est plus petit que la perdrix grise ; il a l’iris jaune, le bec noir, la gorge blanche et deux bandes de la même couleur qui vont de la base du bec jusque derrière la tête, en passant sur les yeux ; il a aussi quelques taches blanches au haut du cou ; le dessous du corps est jaunâtre rayé de noir, et le dessus d’un brun tirant au roux, à peu près comme dans la perdrix rouge, mais bigarré de noir : cet oiseau a la queue courte comme toutes les perdrix ; il se trouve non-seulement dans la Nouvelle-Angleterre, mais encore à la Jamaïque, quoique ces deux climats soient différents.
M. Albin en a nourri assez longtemps avec du blé et du chènevis^
LA CAILLE.'’
Théophraste trouvait une si grande ressemblance entre les perdrix et les cailles, qu’il donnait à ces dernières le nom ûq perdrix mines; et c’est sans
a. Brisson , Ornithologie , 1. 1, p. 229.
b. Albin , t. I, page 25.
c. Friscb prétend (planche cxvn) que du temps de Charlemagne on lui donnait le nom de quacara; quelques-rms lui ont aussi donné celui de currelius, et j’en dirai plus bas la raison : quoi qu’il en soit, ces deux noms ont été omis par M. Brisson.
* Telrao marglandicus (Linn.).
*' Telrao colurnix (Linn.). — La caille commune. — Ordre, genre, et sous-genre ici.
LA CAILLE
doute par une suite de cette méprise, ou par une erreur semblable, que les Portugais ont appelé la perdrix codornix, et que les Italiens ont appliqué le nom de coturnice à la bartavelle ou perdrix grecque. Il est vrai que les perdrix et les cailles ont beaucoup de rapports entre elles : les unes et les autres sont des oiseaux pulvérateurs, à ailes et queue courtes et courant fort vite®, à bec de gallinacés, à plumage gris moucheté de brun et quelquefois tout blanc*; du reste, se nourrissant, s’accouplant, construisant leur nid, couvant leurs œufs, menant leurs petits à peu près de la même manière, et toutes deux ayant le tempérament fort lascif et les mâles une grande disposition à se battre ; mais quelque nombreux que soient ces rapports, ils se trouvent balancés par un nombre presque égal de dissemblances, qui font de l’espèce des cailles une espèce tout à fait séparée de celle des perdrix. En effet : 1° les cailles sont constamment plus petites que les perdrix, en comparant les plus grandes races des unes aux plus grandes races des autres, et les plus petites aux plus petites; 2° elles n’ont point derrière les yeux cet espace nu et sans plumes qu’ont les perdrix, ni ce fer à cheval que les mâles de celles-ci ont sur la poitrine, et jamais on n’a vu de véritables cailles à bec et pieds rouges; 3” leurs œufs sont plus petits et d’une tout autre couleur; 4“ leur voix est aussi différente, et quoique les unes et les autres fassent entendre leur cri d’amour à peu près dans le même temps, il n’en est pas de même du cri de colère, car la perdrix le fait entendre avant de se battre, et la caille en se battant*^; 5“ la chair de celle-ci est d’une saveur et d’une texture toute différente, et elle est beaucoup plus chargée de graisse ; 6° sa vie est plus courte ; 7“ elle est moins rusée que la perdrix et plus facile à attirer dans le piège, surtout lorsqu’elle est encore jeune et sans expérience; elle a les mœurs moins douces et le naturel plus rétif, car il est extrêmement rare d’en voir de privées : à peine peut-on les accoutumer à venir à la voix, étant renfermées de jeunesse dans une cage; elle a les inclinations moins sociables, car elle ne se réunit guère par compagnies, si ce n’est lorsque la couvée, encore jeune, demeure attachée à la mère, dont les secours lui sont nécessaires, ou lorsqu’une même cause agissant sur toute l’espèce à la fois et dans le même temps, on en voit des troupes nombreuses traverser les mers et aborder dans le même pays ; mais cette association forcée ne dure qu’autant que la cause qui l’a produite, car dès que les cailles sont arrivées dans le pays qui leur convient et qu’elles peuvent vivre à leur gré, elles vivent solitairement. Le besoin de l’amour est le seul lien qui les réunit : encore ces sortes d’unions sont-elles sans consistance pendant leur courte durée, car les mâles, qui recherchent les femelles avec tant d’ardeur, n’ont d’attachement de préférence pour aucune en par-
a. « Currit satis velociter uiide currelium vulgô dicimus. » Comestor et alii.
b. Aristote , lib. de Coloribus, cap. vi.
c. Aristote, HisUria animalium, lib. vm, cap. xii.
LA CAILLE
ticulier. Dans cette espèce, les accouplements sont fréquents, mais l’on no voit pas un seul couple; lorsque le désir de jouir a cessé, toute société est rompue entre les deux sexes : le mâle alors non-seulement quitte et semble fuir ses femelles, mais il les repousse à coups de bec et ne s’occupe en aucune façon du soin de la famille; de leur côté, les petits sont à peine adultes qu’ils se séparent, et, si on les réunit par force dans un lieu fermé, ils se battent à outrance les uns contre les autres, sans distinction de sexe, et ils finissent par se détruire
L’inclination de voyager et de changer de climat dans certaines saisons de l’année est, comme je l’ai dit ailleurs *, l’une des affections les plus fortes de l’instinct des cailles.
La cause de ce désir ne peut être qu’une cause très-générale, puisqu’elle agit non-seulement sur toute l’espèce, mais sur les individus même séparés pour ainsi dire de leur espèce et à qui une étroite captivité ne laisse aucune communication avec leurs semblables. On a vu de jeunes cailles élevées dans des cages presque depuis leur naissance, et qui ne pouvaient ni connaître ni regretter la liberté, éprouver régulièrement deux fois par an pendant quatre années une inquiétude et des agitations singulières dans les temps ordinaires de la passe, savoir, au mois d’avril et au mois de septembre. Cette inquiétude durait environ trente jours à chaque fois et recommençait tous les jours une heure avant le coucher du soleil : on voyait alors ces cailles prisonnières aller et venir d’un bout de la cage à l’autre, puis s’élancer contre le filet qui lui servait de couvercle, et souvent avec une telle violence qu’elles retombaient tout étourdies; la nuit se passait presque entièrement dans ces agitations, et le jour suivant elles paraissaient tristes, abattues, fatiguées et endormies. On a remarqué que les cailles, qui vivent dans l’état de liberté, dorment aussi une grande partie de la journée; et si l’on ajoute à tous ces faits qu’il est très-rare de les voir arriver de jour, on sera, ce me semble, fondé à conclure que c’est pendant la nuit qu’elles voyagent*, et que ce désir de voyager est inné chez elles, soit qu’elles craignent les températures excessives, puisqu’elles se rapprochent constamment des contrées septentrionales pendant l’été et des méridionales pendant l’hiver; ou, ce qui semble plus vraisemblable, qu’elles n’abandonnent successivement les différents pays que pour passer de ceux où les récoltes sont déjà faites dans ceux où elles sont encore à faire, et qu’elles ne changent ainsi de demeure que pour trouver toujours une nourriture convenable pour elles et pour leur couvée.
а. Les anciens savaient bien cela , puisqu’ils disaient des enfants querelleurs et mutins, qu’ils étaient querelleurs comme des cailles tenues en cage. Aristophane.
б. Les cailles prennent leur volée plutôt de nuit que de jour. Belon, Nature des oiseaux, p. 26S. Et hoc semper noctu , dit Pline en parlant des volées de cailles qui, fondant toutes à la fois sur un navire pour se reposer, le faisaient couler à fond par leur poids.