Voyez les notes de la page 627 du IP volume
LA CAILLE
sont couvertes, selon M. de Tournefort, dans certaines saisons de l’année®; et plus d’une de ces îles en a pris le nom à'Orttjgia Dès le siècle de Varron, l’on avait remarqué qu’au temps de l’arrivée et du départ des cailles, on en voyait une multitude prodigieuse dans les îles de Pontia, Pandataria et autres, qui avoisinent la partie méridionale de l’Italie®, et où elles faisaient apparemment une station pour se reposer, Yers le commencement de l’automne, on en prend une si grande quantité dans l’île de Caprée, à l’entrée du golfe de Naples, que le produit de cette chasse fait le principal revenu de l’évêque de l’île, appelé par cette raison Y évêque des cailles : on en prend aussi beaucoup dans les environs de Pesaro sur le golfe Adriatique, vers la fin du printemps, qui est la saison de leur arrivée ^ ; enfin, il en tombe une quantité si prodigieuse sur les côtes occidentales du royaume de Naples, aux environs de Nettuno, que, sur une étendue de côte de quatre ou cinq milles, on en prend quelquefois jusqu’à cent milliers dans un jour, et qu’on les donne pour quinze jules le cent (un peu moins de huit livres de notre monnaie ) , à des espèces de courtiers qui les font passer à Rome , où elles sont beaucoup moins communes Il en arrive aussi des nuées au printemps sur les côtes de Provence, particulièrement dans les terres de M. l’évêque de Fréjus, qui avoisinent la mer; elles sont si fatiguées, dit-on, de la traversée, que les premiers jours on les prend à la main.
Mais, dira-t-on toujours, comment un oiseau si petit, si faible, et qui a le vol si pesant et si bas, peut-il, quoique pressé par la faim, traverser de grandes étendues de mer? J’avoue que, quoique ces grandes étendues de mer soient interrompues de distance en distance par plusieurs îles où les cailles peuvent se reposer, telles que Minorque, la Corse, la Sardaigne, la Sicile, les îles de Malte, de Rhodes, toutes les îles de l’Archipel, j’avoue, dis-je, que, malgré cela, il leur faut encore du secours; et Aristote l’avait fort bien senti; il savait même quel était celui dont elles usaient le plus communément, mais il s’était trompé, ce me semble, sur la manière dont elles s’en aidaient : «Lorsque le vent du nord souffle, dit-il, les cailles « voyagent heureusement; mais si c’est le vent du midi , comme son effet « est d’appesantir et d’humecter, elles volent alors plus difficilement, et « elles expriment la peine et l’effort par les cris qu’elles font entendre en
a. Voyez Tournefoil;, Voyage au Levant, 1. 1, p. 169, 281 , 313 , etc.
b. Ce nom i’Ortygia, formé du mot grec qui signifie caille, a été donné aux deux
Délos, selon Phanodémus dans Athénée : on l’a encore appliqué à une autre petite île vis-à-vis Syracuse, et même à la ville d’Éphèse, selon Étienne de Byzance et Eustathe.
c. Varro , de Re Rusticâ , lib. ni, cap. v.
d. Aloysius Mundella apud Gessnerum, pag. 354.
e. Voyez Gessner, de Avibus, pag. 336 ; et Aldrovande, Ornithologia, t. Il, pag. 164. Cette chasse est si lucrative que le terrain où elle se fait par les habitants de Nettuno , est d’une cherté exorbitante.
LA CAILLE
« volant » Je crois en effet qiie c’est le vent qui aide les cailles à faire leur voyage, non pas le vent du nord, mais le vent favorable; de même que ce n’est point le vent du sud qui retarde leur course, mais le vent contraire ; et cela est vrai dans tous les pays où ces oiseaux ont un trajet considérable à faire par-dessus les mers ^
M. le commandeur Godeheu a très-bien remarqué qu’au printemps les cailles n’abordent à Malte qu’avec le nord-ouest, qui leur est contraire pour gagner la Provence, et qu’à leur retour c’est le sud-est qui les amène dans cette île, parce qu’avec ce vent elles ne peuvent aborder en Barbarie ' : nous voyons même que l’auteur de la nature s’est servi de ce moyen *, comme le plus conforme^ aux lois générales qu’il avait établies, pour envoyer de nombreuses volées de cailles aux Israélites dans le désert** ; et ce vent, qui était le sud-ouest, ^passait en effet en Égypte, en Éthiopie, sur les côtes de la mer Bouge, et en un mot dans les pays où les cailles sont en abondance
Des marins, que j’ai eu occasion de consulter, m’ont assuré que, quand les cailles étaient surprises dans leur passage par le vent contraire, elles s’abattaient sur les vaisseaux qui se trouvaient à leur portée , comme Pline l’a remarqué f, et tombaient souvent dans la mer, et qu’alors on les voyait flotter et se débattre sur les vagues une aile en l’air, comme pour prendre le vent ; d’où quelques naturalistes ont pris occasion de dire qu’en partant elles se munissaient d’un petit morceau de bois qui pût leur servir d’une espèce de point d’appui ou de radeau, sur lequel elles se délassaient de temps en temps, en voguant sur les flots, de la fatigue de voguer dans l’air^i: on leur a fait aussi porter à chacune trois petites pierres dans le bec, selon Pline^, pour se soutenir contre le vent; et, selon Oppien’, pour reconnaître, en les laissant tomber une à une, si elles avaient dépassé la mer ;
a. Aristote, flisforia animalium, lib. vin, cap. xii.
h. « Aura tamen vehi volunt, propter pondus corporum viresque parvas. » Pline , Hîst. nat., lib. X, cap. XXIII.
c. Mémoires présentés à l’Académie royale des Sciences par divers savants, t. III, p. 92.
d. « Transtulit Austrum de cœlo et induxit in virtute suâ Africum, et pluit super eos sicut « pulverem carnes, et sicut arenam maris volatilia pennata. » Psalm. 77.
e. « Sinus Arabicas coturnicibus plurimum abundat. » Fl. Joseph., lib. iii, cap. i.
f. « Advolanf... non sine periculo navigantium cùm appropinquavêre terris, quippe velis « sæpe insident, et hoc semper noctu, merguntque navigia. » Pline, Histor. nat., lib. x, cap. xxiii.
g. Voyez Aldrovande, Ornithologia, t. II, p. 156.
h. « Quod si ventus agmen ad verso flatu cmperit inhibere, pondusculis apprehensis, au « gutture arenà repleto, stabilitæ volant. » Lib. x, cap. xxni. On voit, à travers cette erreur de Pline , qu’il savait mieux qu’ Aristote comment les cailles tiraient parti du vent pour passer les mers.
I'. Oppian., in Ixeut.