‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 179 sur 240 · Voyez mes précédentes notes sur la formation des races · texte numérisé non relu

Voyez mes précédentes notes sur la formation des races

2. Columba livia (Briss.). — Le bisel onpigeon de roche (Cuv y

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oenas, depuis la Suède® jusque dans les climats chauds*’, au lieu que les bisets ne se trouvent pas dans tes pays froids et ne restent que pendant l’été dans nos pays tempérés ; ils arrivent par troupes en Bourgogne, en Champagne et dans les autres provinces septentrionales de la France, vers la fin de février et au commencement de mars; ils s’établissent dans les bois, y nichent dans des creux d’arbres, pondent deux ou trois œufs au printemps, et vraisemblablement font une seconde ponte en été; et à chaque ponte ils n’élèvent que deux petits, et s’en retournent dans le mois de novembre; ils prennent leur route du coté du midi, et se rendent probablement en Afrique par l’Espagne pour y passer l’hiver.

Le biset ou pigeon sauvage, et l’oenas ou le pigeon déserteur qui retourne à l’état de sauvage, se perchent, et par cette habitude se distinguent du pigeon de muraille, qui déserte aussi nos colombiers, mais qui semble craindre de retourner dans les bois, et ne se perche jamais sur les arbres. Après ces trois pigeons, dont les deux derniers sont plus ou moins près de l’état de nature, vient le pigeon de nos colombiers, qui, comme nous l’avons dit, n’est qu’à demi domestique, et retient encore de son premier instinct l’habitude de voler en troupe ; s’il a perdu le courage intérieur, d’où dépend le sentiment de l’indépendance , il a acquis d’autres qualités qui, quoique moins nobles, paraissent plus agréables par leurs etfets. Ils produisent souvent trois fois l’année, et les pigeons de volière produisent jusqu’à dix et douze fois, au lieu que le biset ne produit qu’une ou deux fois tout au plus : combien de plaisirs de plus suppose cette différence, surtout dans une espèce qui semble les goûter dans toutes leurs nuances et en jouir plus pleinement qu’aucune autre! Ils pondent à deux jours de distance presque toujours deux œufs, rarement trois, et n’élèvent presque jamais que deux petits, dont ordinairement l’un se trouve mâle et l’autre femelle ; il y en a même plusieurs, et ce sont les plus jeunes, qui ne pondent qu’une fois; car le produit du printemps est toujours plus nombreux, c’est-à-dire la quantité de pigeonneaux, dans le même colombier, plus abondante qu’en automne, du moins dans ces climats. Les meil-

a. « Columba cænilescens, collo nitiJo, macula duplici alarum nigricante. « Linn. Faun. Suecica, u“ 174.

b. On trouve partout dans la Perse des pigeons sauvages et domestiques, mais les sauvages sont en bien plus grande quantité ; et comme la fiente de pigeon est le meilleur fumier pour les melons, on élève grand nombre de pigeons, et avec soin, dans tout le royaume : c’est, je crois,

le pays de tout le monde où l’on fait les plus beaux colombiers on compte plus de trois

mi le colombiers autour d’Hispaham. C’est un plaisir du peuple de prendre des pigeons à la

campagne par le moyen des pigeons apprivoisés et élevés à cet usage, qu’ils font voler en

troupes tout le long du jour après les pigeons sauvages ; ils les mettent parmi eux dans leur troupe, et les amènent ainsi au colombier. Voyage de Chardin, t. II, p. 29 et 30; voyez aussi Tavernier, t. II , p. 22 et 23. — Les pigeons de File Rodrigue sont un peu plus petits que les nôtres, tous de couleur d’ardoise , et toujours fort gras et fort bons; ils perchent et nichent sur les arbres, et on les prend très-aisément. Voyage de Léguât, t. 1, p. 106.

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leurs colombiers, où les pigeons se plaisent et multiplient le plus, ne sont pas ceux qui sont trop voisins de nos habitations : placez- les à quatre ou cinq cents pas de distance de la ferme, sur la partie la plus élevée de votre terrain, et ne craignez pas que cet éloignement nuise à leur multiplication; ils aiment les lieux paisibles, la belle vue, l’exposition au levant, la situation élevée, où ils puissent jouir des premiers rayons du soleil ; j’ai souvent vu les pigeons de plusieurs colombiers, situés dans le bas d’un vallon, en sortir avant le lever du soleil pour gagner un colombier situé au-dessus de la colline, et s’y rendre en si grand nombre que le toit était entièrement couvert de ces pigeons étrangers, auxquels les domiciliés étaient obligés de faire place, et quelquefois même forcés de la céder. C’est surtout au printemps et en automne qu’ils semblent rechercher les premières influences du soleil, la pureté de l’air et les lieux élevés. Je puis ajouter à cette remarque une autre observation , c’est que le peuplement de ces colombiers isolés, élevés et situés haut, est plus facile, et le produit bien plus nombreux que dans les autres colombiers. J’ai vu tirer quatre cents paires de pigeonneaux d’un de mes colombiers, qui, par sa situation et la hauteur de sa bâtisse, était élevé d’environ deux cents pieds au-dessus des autres colombiers, tandis que ceux-ci ne produisaient que le quart ou le tiers tout au plus, c’est-à-dire cent ou cent trente paires : il faut seulement avoir soin de veiller à l’oiseau de proie, qui fréquente de préférence ces colombiers élevés et isolés, et qui ne laisse pas d’inquiéter les pigeons, sans néanmoins en détruire beaucoup, car il ne peut saisir que ceux qui se séparent de la troupe.

Après le pigeon de nos colombiers, qui n’est qu’à demi domestique, se présentent les pigeons de volière qui le sont entièrement, et dont nous avons si fort favorisé la propagation des variétés, les mélanges et la multiplication des races, qu’elles demanderaient un volume d’écriture et un autre de planches, si nous voulions les décrire et les représenter toutes; mais, comme je l’ai déjà fait sentir, ceci est plutôt un objet de curiosité et d’art qu’un sujet d’histoire naturelle; et nous nous bornerons à indiquer les principales branches de cette famille immense, auxquelles on pourra rapporter les rameaux et les rejetons des variétés secondaires.

Les curieux en ce genre donnent le nom de bisets à tous les pigeons qui vont prendre leur vie à la campagne, et qu’on met dans de grands colombiers : ceux qu’ils appellent pigeons domestiques ne se tiennent que dans de petits colombiers ou volières, et ne se répandent pas à la campagne. Il y en a de plus grands et de plus petits : par exemple, les pigeons culbutants et les pigeons tournants, qui sont les plus petits de tous les pigeons de volière, le sont plus que le pigeon de colombier; ils sont aussi plus légers de vol et plus dégagés de corps, et quand ils se mêlent avec les pigeons de colombier, ils perdent l’habitude de tourner et de culbuter; il

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semble que ce soit l’état de captivité forcée qui leur fait tourner la tête, et qu’elle reprend son assiette dès qu’ils recouvrent leur liberté.

Les races pures, c’est-à-dire les variétés principales de pigeons domestiques avec lesquelles on peut faire toutes les variétés secondaires de chacune de ces races, sont : 1° les pigeons appelés grosses-gorges, parce qu’ils ont la faculté d’enfler prodigieusement leur jabot en aspirant et retenant l’air; 2° les pigeons mondains, qui sont les plus recommandables par leur fécondité, ainsi que les pigeons romains, les pigeons pattus et les nonains; 3° les pigeons-paons, qui élèvent et étalent leur large queue comme le dindon ou le paon; 4° le pigeon-cravate ou à gorge frisée; 5° le pigeon-coquille hollandais ; 6° le pigeon-hirondelle ; 7“ le pigeon carme; 8° le pigeon heurté; 9° les pigeons suisses; 10° le pigeon culbutant; 11° le pigeon tournant.

La race du pigeon grosse-gorge est composée des variétés suivantes :

1“ Le pigeon grosse-gorge soupe-en-vin , dont les mâles sont très-beaux parce qu’ils sont panachés, et dont les femelles ne panachent point ;

2® Le pigeon grosse-gorge chamois panaché : la femelle ne panache point ; c’est à cette variété qu’on doit rapporter le pigeon de la planche cxlvi de Frisch, que les Allemands appellent kropf-taube ou kroüper, et que cet auteur a indiqué sous la dénomination de columha strumosa seu columha œsaphago inflato;

3° Le pigeon grosse-gorge, blanc comme un cygne ;

4® Le pigeon grosse-gorge blanc, pattu et à longues ailes qui se croisent sur la queue, dans lequel la boule de la gorge paraît fort détachée;

5° Le pigeon grosse-gorge gris panaché, et le gris doux, dont la couleur est douce et uniforme par tout le corps;

6° Le pigeon grosse-gorge gris de fer, gris barré et à ruban;

7° Le pigeon grosse-gorge gris piqué, comme argenté;

8° Le pigeon grosse-gorge jacinthe d’une couleur bleue ouvragée en blanc;

9“ Le pigeon grosse-gorge couleur de feu : il y a sur toutes ses plumes une barre bleue et une barre rouge, et la plume est terminée par une barre noire ;

10® Le pigeon grosse-gorge couleur de bois de noyer;

11® Le pigeon grosse-gorge couleur de marron, avec les pennes de l’aile toutes blanches ;

12° Le pigeon grosse-gorge maurin, d’un beau noir velouté avec les dix plumes de l’aile blanches comme dans le grosse-gorge marron; ils ont tous deux la bavette ou le mouchoir blanc sous le cou, et dans ces dernières races à vol blanc et à grosse gorge la femelle est semblable au mâle ; au reste, dans toutes les races de grosses-gorges d’origine pure, c’est-à-dire de couleur uniforme, les dix pennes sont toutes blanches jusqu’à la moitié de l’aile, et on peut regarder ce caractère comme général ;

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13“ Le pigeon grosse-gorge ardoisé, avec le vol blanc et la cravate blanche; la femelle est semblable au mâle. Voilà les races principales des pigeons à grosse gorge : mais il y en a encore plusieurs autres moins belles, comme les rouges, les olives, les couleurs de nuit, etc.

Tous les pigeons, en général, ont plus ou moins la faculté d’enfler leur jabot en inspirant l’air : on peut de même le faire enfler en soufflant de l’air dans leur gosier; mais cette race de pigeons grosse-gorge ont cette même faculté d’enfler leur jabot si supérieurement qu’elle doit dépendre d’une conformation particulière dans les organes; ce jabot presque aussi gros que tout le reste de leur corps, et qu’ils tiennent continuellement enflé, les oblige à retirer leur tête, et les empêche de voir devant eux : aussi, pendant qu’ils se rengorgent, l’oiseau de proie les saisit sans qu’ils l’aperçoivent; on les élève donc plutôt par curiosité que pour l’utilité.

Une autre race est celle des pigeons mondains : c’est la plus commune et en même temps la plus estimée à cause de sa grande fécondité.

Le mondain est à peu près d’une moitié plus fort que le biset; la femelle ressemble assez au mâle : ils produisent presque tous les mois de l’année, pourvu qu’ils soient en petit nombre dans la même volière, et il leur faut au moins à chacun trois ou quatre paniers ou plutôt des trous un peu profonds formés comme des cases, avec des planches, afin qu’ils ne se voient pas lorsqu’ils couvent; car chacun de ces pigeons défend non-seulement son panier et se bat contre les autres qui veulent en approcher, mais même il se bat aussi pour tous les paniers qui sont de son côté.

Par exemple, il ne faut que huit paires de ces pigeons mondains dans un espace carré de huit pieds de côté; et les personnes qui en ont élevé assurent qu’avec six paires on pourrait avoir tout autant de produit : plus on augmente leur nombre dans un espace donné, plus il y a de combats, de tapage et d’œufs cassés. Il y a dans cette race assez souvent des mâles stériles et aussi des femelles infécondes qui ne pondent pas.

Ils sont en état de produire à huit ou neuf mois d’âge, mais ils ne sont en pleine ponte qu’à la troisième année : cette pleine ponte dure jusqu’à six ou sept ans, après quoi le nombre des pontes diminue, quoiqu’il y en ait qui pondent encore à l’âge de douze ans. La ponte des deux œufs se fait quelquefois en vingt-quatre heures, et dans l’hiver en deux jours, en sorte qu’il y a un intervalle de temps dilférent suivant la saison entre la ponte de chaque œuf. La femelle tient chaud son premier œuf sans néanmoins le couver assidûment; elle ne commence à couver constamment qu’après la ponte du second œuf : l’incubatiü« dure ordinairement dix-huit jours, quelquefois dix-sept, surtout en été, et jusqu’à dix-neuf ou vingt jours en hiver. L’attachement de la femelle à ses œufs est si grand, si constant, qu’on en a vu souffrir les incommodités les plus grandes et les douleurs les plus cruelles plutôt que de les quitter : une femelle, entre autres, dont les pattes

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gelèrent et tombèrent, et qui malgré cette souffrance et celte perle de membres, continua sa couvée jusqu’à ce que ses petits fussent éclos; ses pattes avaient gelé parce que son panier était tout près de la fenêtre de sa volière.

Le mâle, pendant que sa femelle couve, se tient sur le panier le plus voisin, et au moment que, pressée par le besoin de manger, elle quitte ses œufs pour aller à la trémie, le mâle, qu’elle a appelé auparavant par un petit roucoulement, prend sa place , couve ses œufs, et cette incubation du mâle dure deux ou trois heures chaque fois, et se renouvelle ordinairement deux fois en vingt-quatre heures.

On peut réduire les variétés de la race des pigeons mondains à trois pour la grandeur, qui toutes ont pour caractère commun un filet rouge autour des yeux :

1° Les premiers mondains sont des oiseaux lourds et à peu près gros comme de petites poules : on ne les recherche qu’à cause de leur grandeur, car ils ne sont pas bons pour la multiplication;

2“ Les bagadais sont de gros mondains avec un tubercule au-dessus du bec en forme d’une petite morille et un ruban rouge beaucoup plus large autour des yeux, c’est-à-dire une seconde paupière charnue rougeâtre qui leur tombe même sur les yeux lorsqu’ils sont vieux et les empêche alors de voir; ces pigeons ne produisent que difficilement et en petit nombre.

Les bagadais ont le bec courbé et crochu, et ils présentent plusieurs variétés : il y en a de blancs, de noirs, de rouges, de minimes, etc.

3" Le pigeon espagnol, qui est encore un pigeon mondain, aussi gros qu’une poule et qui est très-beau : il diffère du bagadais en ce qu’il n’a point de morille au-dessus du bec, que la seconde paupière charnue est moins saillante, et que le bec est droit au lieu d’être courbé ; on le mêle avec le bagadais, et le produit est un très-gros et très-grand pigeon ;

4« Le pigeon turc, qui a, comme le bagadais, une grosse excroissance au-dessus du bec avec un ruban rouge qui s’étend depuis le bec autour des yeux : ce pigeon turc est très-gros, huppé, bas de cuisses, large de corps et de vol; il y en a de minimes ou bruns presque noirs, tels que celui qui est représenté dans la planche cxlix de Frisch, d’autres dont la couleur est gris de fer, gris de lin, chamois et soupe-en-vin ; ces pigeons sont très-lourds et ne s’écartent pas de leur volière;

5° Les pigeons romains, qui ne sont pas tout à fait si grands que les turcs, mais qui ont le vol aussi étendu, n’ont point de huppe ; il y en a de noirs, de minimes et de tachetés.

Ce sont là les plus gros pigeons domestiques; il y en a d’autres de moyenne grandeur et d’autres plus petits. Dans les pigeons pattus, qui ont les pieds couverts de plumes jusque sur les ongles, on distingue le pattu sans huppe, dont Frisch a donné la figure planche cxlv sous la dénomination de tnm~

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mel taube en allemand, et de columha tympanisans en Isitin, pigeon tambour en français; et le pattu huppé, dont le même auteur a donné la figure planche cxliv sous le nom de mon taube en allemand, et sous la dénomination latine columba menstrua seu cristata pedibus plumosis : ce pigeon pattu, que l’on appelle pigeon tambour, se nomme aussi pigeon glou glou, parce qu’il répète continuellement ce son et que sa voix imite le bruit du tambour entendu de loin ; le pigeon pattu huppé est aussi appelé pigeon de mois, parce qu’il produit tous les mois et qu’il n’attend pas que ses petits soient en état de manger seuls pour couver de nouveau; c’est une race recommandable par son utilité, c’est-à-dire par sa grande fécondité, qui cependant ne doit pas se compter de douze fois par an, mais communément de huit et neuf pontes, ce qui est encore un très-grand produit.

Dans les races moyennes et petites de pigeons domestiques, on distingue le pigeon nonain, dont il y a plusieurs variétés, savoir : le soupe-en-vin, le rouge panaché, le chamois panaché, mais dont les femelles de tous trois ne sont jamais panachées; il y a aussi dans la race des nonains une variété qu’on appelle pigeon maurin, qui est tout noir avec la tête blanche et le bout des ailes aussi blanc, et c’est à cette variété qu’on doit rapporter le pigeon de la planche cl de Frisch, auquel il donne en allemand le nom de schleyer ou parruquen taube, et en latin columba galerita, et qu’il traduit en français par pigeon coiffé; mais, en général, tous les nonains, soit maurins ou autres, sont coiffés, ou plutôt ils ont comme un demi-capuchon sur la tête qui descend le long du cou et s’étend sur la poitrine en forme de cravate composée de plumes redressées : cette variété est voisine de la race du pigeon grosse-gorge, car ce pigeon coiffé est de la même grandeur et fait aussi enfler un peu son jabot; il ne produit pas autant que les autres nonains, dont les plus parfaits sont tout blancs et sont ceux qu’on regarde comme les meilleurs de la race; tous ont le bec très-court; ceux-ci produisent beaucoup, mais les pigeonneaux sont très-petits.

Le pigeon-paon est un peu plus gros que le pigeon nonain; on l’appelle pigeon-paon, parce qu’il peut redresser sa queue et l’étaler comme le paon. Les plus beaux de cette race ont jusqu’à trente-deux plumes à la queue, tandis que les pigeons d’autres races n’en ont que douze : lorsqu’ils redressent leur queue, ils la poussent en avant, et comme ils retirent en même temps la tête en arrière, elle touche à la queue. Ils tremblent aussi pendant tout le temps de cette opération, soit par la forte contraction des muscles, soit par quelque autre cause, car il y a plus d’une race de pigeons treml)leurs“: c’est ordinairement quand ils sont en amour qu’ils étalent ainsi

a. On connaît en effet un pigeon trembleur différent du pigeon-paon, en ce qu’il n’a pas la queue si large à beaucoup près. Le pigeon-paon a été indiqué par WUlugbby et Ray sous la dénomination columba tremula laticauda ; et le pigeon trembleur sous celle de columha trcmula angusticauda seu acuticauda : celui-ci, sans relever ou étaler sa queue, tremble (dit-on) presque continuellement.

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leur queue, mais ils le font aussi dans d’autres temps. La femelle relève et étale sa queue comme le mâle et l’a tout aussi belle : il y en a de tout blancs, d’autres blancs avec la tête et la queue noires, et c’est à cette seconde variété qu’il faut rapporter le pigeon de la planche cli de Frisch, qu’il appelle en allemand pfau-taube ou hunerschwantz, et en latin columba cauduta. Cet auteur remarque que, dans le même temps que le pigeon-paon étale sa queue, il agite fièrement et constamment sa tête et son cou, à peu près comme l’oiseau appelé torcol. Ces pigeons ne volent pas aussi bien que les autres : leur large queue est cause qu’ils sont souvent emportés par le vent et qu’ils tombent à terre j ainsi on les élève plutôt par curiosité que pour l’utilité. Au reste, ces pigeons, qui par eux-mêmes ne peuvent faire de longs voyages, ont été transportés fort loin par les hommes : il y a aux Philippines, dit Gemelli Careri, des pigeons qui relèvent et étalent leur queue comme le paon.

Les pigeons polonais sont plus gros que les pigeons-paons : ils ont pour caractère d’avoir le bec très-gros et très-court, les yeux bordés d’un large cercle rouge, les jambes très-basses; il y en a de dilférentes couleurs, beaucoup de noirs, des roux, des chamois, des gris piqués et de tout blancs.

Le pigeon-cravate est l’un des plus petits pigeons : il n’est guère plus gros qu’une tourterelle, et en les appariant ensemble ils produisent des mulets ou métis. On distingue le pigeon-cravate du pigeon nonain en ce que le pigeon-cravate n’a point de demi-capuchon sur la tête et sur le cou, et qu’il n’a précisément qu’un bouquet de plumes qui semblent se rebrousser sur la poitrine et sous la gorge. Ce sont de très-jolis pigeons, bien faits, qui ont l’air très-propre, et dont il y en a de soupe-en-vin, de chamois, de panachés, de roux et de gris, de tout blancs et de tout noirs, et d’autres blancs avec des manteaux noirs : c’est à cette dernière variété qu’on peut rapporter le pigeon représenté dans la planche cxlvii de Frisch, sous le nom allemand mowchen, et la dénomination latine columba collo hirsuto. Ce pigeon ne s’apparie pas volontiers avec les autres pigeons et n’est pas d’un grand produit : d’ailleurs il est petit et se laisse aisément prendre par l’oiseau de proie; c’est par toutes ces raisons qu’on n’en élève guère.

Les pigeons qu’on appelle coquille-hollandais, parce qu’ils ont derrière la tête des plumes à rebours qui forment comme une espèce de coquille, sont aussi de petite taille ; ils ont la tête noire, le bout de la queue et le bout des ailes aussi noirs, tout le reste du corps blanc. Il y en a aussi à tête rouge, à tête bleue et à tête et queue jaunes, et ordinairement la queue est de la même couleur que la tête, mais le vol est toujours tout blanc. La première variété, qui a la tête noire, ressemble si fort à l’hirondelle de mer que quelques-uns lui ont donné ce nom avec d’autant plus d’analogie que ce pigeon n’a pas le corps rond comme la plupart des autres, mais allongé et fort dégagé.

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II y a, indépendamment des tête et queue bleues qui ont la coquille, dont nous venons de parler, d’autres pigeons qui ont simplement le nom de tête et queue bleues, d’autres de tête et queue noires, d’autres de tête et queues rouges, et d’autres encore, tête et queue jaunes, et qui tous quatre . ont l’extrémité des ailes de la même couleur que la tête : ils sont à peu près gros comme les pigeons- paons; leur plumage est très-propre et bien arrangé.

II y en a qu’on appelle aussi pigeons hirondelles, qui ne sont pas plus gros que des tourterelles, ayant le corps allongé de même, et le vol trèsléger : tout le dessous de leur corps est blanc, et ils ont toutes les parties supérieures du corps, ainsi que le cou, la tête et la queue noirs, ou rouges, ou bleus, ou jaunes, avec un petit casque de ces mêmes couleurs sur la tête, mais le dessous de la tête est toujours blanc comme le dessous du cou. C’est à cette variété qu’il faut rapporter le pigeon cuirassé de Jonston “ et de Willughby ^ qui a pour caractère particulier d’avoir les plumes de la tête, celles de la queue et les pennes des ailes toujours de la même couleur, et le corps d’une couleur différente, par exemple le corps blanc, et la tête, la queue et les ailes noires, ou de quelque autre couleur que ce soit.

Le pigeon-carme, qui fait une autre race, est peut-être le plus bas et le plus petit de tous nos pigeons : il paraît accroupi comme l’oiseau que l’on appelle le crapaud volant; il est aussi très-pattu, ayant les pieds fort courts, et les plumes des jambes très-longues. Les femelles et les mâles se ressemblent, ainsi que dans la plupart des autres races ; on y compte aussi quatre variétés qui sont les mêmes que dans les races précédentes, savoir : les gris-de-fer, les chamois, les soupes-en-vin et les gris-doux ; mais ils ont tous le dessous du corps et des ailes blanc , tout le dessus de leur corps étant des couleurs que nous venons d’indiquer : ils sont encore remarquables par leur bec, qui est plus petit que celui d’une tourterelle, et ils ont aussi une petite aigrette derrière la tête, qui pousse en pointe comme celle de l’alouette huppée.

Le pigeon-tambour ou glou glou, dont nous avons parlé, que l’on appelle ainsi parce qu’il forme ce son, glou glou, qu’il répète fort souvent lorsqu’il ?;^est auprès de sa femelle, est aussi un pigeon fort bas et fort pattu, mais il ■ lest plus gros que le pigeon carme, et à peu près de la taille du pigeon polonais.

Le pigeon-heurté, c’est-à-dire masqué comme d’un coup de pinceau noir, bleu, jaune ou rouge, au-dessus du bec seulement, et jusqu’au milieu de la tête, avec la queue de la même couleur et tout le reste du corps blanc, est

a. « Columba galeata. » Jonston, Avi., pag. 63.

b. « Columba galeata. » Willugbby, Ornithol., pag. 132, u<> 11.

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un pigeon fort recherché des curieux : il n’est point pattu , et est de la grosseur des pigeons mondains ordinaires.

Les pigeons suisses sont plus petits que les pigeons ordinaires, et pas plus gros que les pigeons bisets; ils sont de même tout aussi légers de vol. Il y en a de plusieurs sortes, savoir : des panachés de rouge, de bleu , de jaune, sur un fond blanc satiné, avec un collier qui vient former un plastron sur la poitrine, et qui est d’un rouge rembruni : ils ont souvent deux rubans sur les ailes de la même couleur que celle du plastron.

Il y a d’autres pigeons suisses qui ne sont point panachés, et qui sont ardoisés de couleur uniforme sur tout le corps, sans collier ni plastron; d’autres qu’on appelle colliers jaunes jaspés , colliers jaunes maillés; d’autres, colliers jaunes fort maillés, etc., parce qu’ils portent des colliers de cette couleur.

Il y a encore dans cette race de pigeons suisses une autre variété qu’on appelle pigeon azuré , parce qu’il est d’une couleur plus bleue que les ardoisés.

Le pigeon culbutant est encore un des plus petits pigeons. Celui que M. Frisch a fait représenter, pl. cxlviii , sous les noms de tummel taube, tumler, colimba gestuosa seu gesticularia, est d’un roux brun ; mais il y en a de gris et de variés de roux et de gris : il tourne sur lui-même en volant, comme un corps qu’on jetterait en l’air, et c’est par cette raison qu’on l’a nommé pigeon culbutant; il semble que tous ses mouvements supposent des vertiges qui, comme je l’ai dit, peuvent être attribués à la captivité. Il vole très-vite, s’élève le plus haut de tous, et ses mouvements sont très-précipités et fort irréguliers. Frisch dit que, comme par ses mouvements il imite en quelque façon les gestes et les sauts des danseurs de corde et des voltigeurs, on lui a donné le nom de pigeon pantomime, colimba gestuosa. Au reste, sa forme est assez semblable à celle du biset, et l’on s’en sert ordinairement pour attirer les pigeons des autres colombiers, parce qu’il vole plus haut, plus loin et plus longtemps que les autres, et qu’il échappe plus aisément à l’oiseau de proie.

Il en est de même du pigeon tournant, que M. Brisson“, d’après Willughby, a appelé \e pigeon batteur. II tourne en rond lorsqu’il vole, et bat si fortement des ailes, qu’il fait autant de bruit qu’une claquette, et souvent il SS rompt quelques plumes de l’aile par la violence de ce mouvement, qui semble tenir de la convulsion : ces pigeons tournants ou batteurs sont communément gris, avec des taches noires sur les ailes.

Je ne dirai qu’un mot de quelques autres variétés équivoques ou secondaires dont les nomenclateurs ont fait mention, et qui ressortissent sans doute aux races que nous venons d’indiquer, mais qu’on aurait quelque

a. « Colamba percussor. » Willughby, Ornithol., pag. 132, n» 9. — Le pigeoa batteur. Brissou, Ovnithol., t. T , pag. 79.

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peine à y rapporter directement et sûrement, d’après les descriptions de ces auteurs; tels sont, par exemple : 1° le pigeon de Norwége, indiqué par Schwenckfeld ®, qui est blanc comme neige, et qui pourrait bien être un pigeon paltii huppé plus gros que les autres;

2“ Le pigeon de Crète, suivant Aldrovande ou de Barbarie, selon Willugbby % qui a le bec très-court et les yeux entourés d’une large bande de peau nue, le plumage bleuâtre et marqué de deux taches noirâtres sur chaque aile ;

3“ Le pigeon frisé de Schwenckfeld et d’Aldrovande®, qui est tout blanc et frisé sur tout le corps ;

4° Le pigeon messager de Willugliby f, qui ressemble beaucoup au pigeon turc, tant par son plumage brun que par ses yeux, entourés d’une peau nue, et ses narines couvertes d’une membrane épaisse : on s’est , dit-on, servi de ces pigeons pour porter promptement des lettres au loin, ce qui leur a fait donner le nom de messagers ;

5“ Le pigeon cavalier de Willughby s et d’ Albin qui provient , dit-on ,

du pigeon grosse-gorge et du pigeon messager, participant de l’un et de l’autre, car il a la faculté d’enfler beaucoup son jabot comme le pigeon grosse-gorge, et il porte sur ses narines des membranes épaisses comme le pigeon messager ; mais il y a apparence qu’on pourrait également se servir de tout autre pigeon pour porter de petites choses, ou plutôt les rapporter de loin ; il suffit pour cela de les séparer de leur femelle et de les transporter dans le lieu d’où l’on veut recevoir des nouvelles, ils ne manqueront pas de revenir auprès de leur femelle dès qu’ils seront mis en liberté

On voit que ces cinq races de pigeons ne sont que des variétés secondaires des premières que nous avons indiquées d’après les observations de quelques curieux qui ont passé leur vie à élever des pigeons, et particulièrement du sieur Fournier, qui en fait commerce , et qui a été chargé

a. Schwenclifeld , Theriot. SU., pag. 239.

b. Aldrovande, Avi., t. II , pag. 478.

c. « Columba barbarica seu niimidica. » Willugbby, Ornithol , pag. 132, n» 8, pl. xxxiv, sous la dénomination de columba numidica seu cypria.

d. a Columba crispa. » Schwenckfeld, Theriot. SU., pag. 239.

e. « Columba crispis pennis. » Aldrovande, Avi., t. II, pag. 470, avec une figure.

f. « Columba tabellaria. » Willugbby, Ornitholog., pag. 132, n® 5, avec une figure, pl. xxiiv

g. « Columba eques. » Willugbby, Ornithol., pag. 132, n® 12.

h. Pigeon-cavalier. Albin , t. II , p. 30 , avec une figure , planche xlv.

i. Dans les colombiers du Caire on sépare quelques mâles dont on retient les femelles, et on envoie ces mâles dans les villes dont on veut avoir des nouvelles ; on écrit sur un petit morceau de papier qu’on recouvre de cire après l’avoir plié ; on l’ajuste et l’attacbe sous l’aile du pigeon mâle , et on le lâcbe de grand matin après lui avoir bien donné à manger, de peur qu’il ne s’arrête; il s’en va droit au colombier où est sa femelle... il fait en un jour le trajet qu’un bomme de pied ne saurait faire en six. Voyage de Pîetro délia Valle , t. I, p. 416 et 417. — On se sert à Alep de pigeons qui portent eu moins de six heures des lettres d’Alexandrette à Alep , quoiqu’il y ait vingt-deux bonnes lieues. Voyage de Thévenot, t. II , p. 73.

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pendant quelques années du soin des volières et des basses-cours de S. A. S. monseigneur le comte de Clermont. Ce prince, qui de très-bonne heure s’est déclaré protecteur des arts, toujours animé du goût des belles connaissances, a voulu savoir jusqu’où s’étendraient en ce genre les forces de la nature : on a rassemblé par ses ordres toutes les espèces, toutes les races connues des oiseaux domestiques, on les a multipliées et variées à l’infini ; l’intelligence, les soins et la culture ont ici , comme en tout , perfectionné ce qui était connu, et développé ce qui ne l’était pas; on a fait éclore jusqu’aux arrière-germes de la nature ; on a tiré de son sein toutes les productions ultérieures qu’elle seule, et sans aide, n’aurait pu amener à la lumière. En cherchant à épuiser les trésors de sa fécondité, on a reconnu qu’ils étaient inépuisables, et qu’avec un seul de ses modèles, c’est-à-dire avec une seule espèce, telle que celle du pigeon ou de la poule, on pouvait faire un peuple composé de mille familles différentes, toutes reconnaissables, toutes nouvelles, toutes plus belles que l’espèce dont elles tirent leur première origine.

Dès le temps des Grecs on connaissait les pigeons de volière , puisque Aristote dit qu’ils produisent dix et onze fois l’année, et que ceux d’Égypte produisent jusqu’à douze fois". L’on pourrait croire néanmoins que les grands colombiers, où les pigeons ne produisent que deux ou trois fois par an, n’étaient pas fort en usage du temps de ce philosophe : il compose le genre columbacé de quatre espèces*, savoir : le ramier [palumbes], la tourterelle [turtur] , le biset [vinago], et le pigeon {columbus); et c’est de ce dernier dont il dit que le produit est de dix pontes par an. Or, ce produit si fréquent ne se trouve que dans quelques races de nos pigeons de volière. Aristote n’en distingue pas les différences, et ne fait aucune mention des variétés de ces pigeons domestiques : peut-être ces variétés n’existaient qu’en petit nombre; mais il paraît qu’elles s’étaient bien multipliées du temps de Pline * qui parle des grands pigeons de Campanie et des curieux en ce genre, qui achetaient à un prix excessif une paire de beaux pigeons dont ils racontaient l’origine et la noblesse, et qu’ils élevaient dans des tours placées au-dessus du toit de leurs maisons. Tout ce que nous ont dit les anciens au sujet des mœurs et des habitudes des pigeons doit donc se rapporter aux pigeons de volière plutôt qu’à ceux de nos colombiers, qu’on

a. Aristote, Historia animalîum , lib. vi, cap. iv.

b. Idem , lib. vni , cap. iii.

c. « ColumbanuQ amore insaniimt mnlti ; super tecta exædiflcant turres iis ; nobilitatemque « singnlarum et origines narrant veteres. Jam exemple L. Axius, eques romanus, ante bellum « civile pompeianum, denariis quadringentis singula paria venditavit, ut M. Varro tradit;

quin et patriam nobilitavère , in Campanià grandissimæ provenire existimatae. » Pline, His t nat., lib. x, cap. xxxvii. — Les quatre cents deniers romains font soixante-dix livres de notre monnaie; la mctnie pour les beaux pigeons est donc encore plus grande aujourd’hui que du temps de Pline , car nos curieux les paient beaucoup plus cher.

LE PIGEON

doit regarder comme une espèce moyenne entre les pigeons domestiques et les pigeons sauvages, et qui participent en effet des mœurs des uns et des autres.

Tous ont de certaines qualités qui leur sont communes : l’amour de la société, l’attachement à leurs semblaldes, la douceur de mœurs, la chasteté, c’est-à-dire la fidélité réciproque et l’amour sans partage du mâle et de la femelle; la propreté, le soin de soi-même, qui supposent l’envie de plaire; l’art de se donner des grâces qui le suppose encore plus; les caresses tendres, les mouvements doux, les baisers timides qui ne deviennent intimes et pressants qu’au moment de jouir; ce moment même ramené quelques instants après par de nouveaux désirs, de nouvelles approches également nuancées, également senties ; un feu toujours durable, un goût toujours constant, et pour plus grand bien encore la puissance d’y satisfaire sans cesse ; nulle humeur, nul dégoût, nulle querelle ; tout le temps de la vie employé au service de l’amour et au soin de ses fruits; toutes les fonctions pénibles également réparties; le mâle aimant assez pour les partager et même se charger des soins maternels, couvant régulièrement à son tour et les œufs et les petits pour en épargner la peine à sa compagne, pour mettre entre elle et lui cette égalité dont dépend le bonheur de toute union durable : quels modèles pour l’homme, s’il pouvait ou savait les imiter I

OISEAUX ÉTRANGERS

Il y a peu d’espèces qui soient aussi généralement répandues que celle du pigeon : comme il a l’aile très-forte et le vol soutenu, il peut faire aisément de longs voyages ; aussi la plupart des races sauvages ou domestiques se trouvent dans tous les climats. De l’Égypte jusqu’en Norwége on élève des pigeons de volière, et quoiqu’ils prospèrent mieux dans les climats chauds, ils ne laissent pas de réussir dans les pays froids, tout dépendant des soins qu’on leur donne, et ce qui prouve que l’espèce en général ne craint ni le chaud ni le froid, c’est que le pigeon sauvage ou biset se trouve également dans presque toutes les contrées des deux continents “.

a. Les oiseaux que les liaMtants de nos îles de l’Amérique appellent ramiers sont les vrais bisets de l’Europe : ils sont passagers et ne s’arrêtent jamais longtemps en un lieu; ils suivent les graines qui ne mûrissent pas en même temps dans tous les endroits des lies ; ils branchent et nichent sur les plus hauts arbres deux ou trois fois l’année... il n’est pas croyable combien les chasseurs en tuent. Lorsqu’ils mangent de bonnes graines, ils sont gras et d’aussi bon goût que les pigeons d’Europe ; mais ceux qui se nourrissent de graines amères , comme de celles de l’acomat, sont amers comme de la suie. Du Tertre, Hist. des Antilles , t. II , p. 256. — Il y a des pigeons sur la côte de Guinée , qui sont des plus communs , tels que’ nos pigeons des

OISEAUX ÉTRANGERS, ETC

Le pigeon brun de la Nouvelle-Espagne*, indiqué par Fernandez sous le nom mexicain cehoilotl qui est brun partout, excepté la poitrine et les extrémités des ailes qui sont blanches, ne nous paraît être qu’une variété du biset : cet oiseau du Mexique a le tour des yeux d’un rouge vif, l’iris noir, et les pieds rouges; celui que le même auteur** indique sous le nom de hoilotl, qui est brun, marqué de taches noires, n’est vraisemblablement qu’une variété d’âge ou de sexe du précédent; et un autre du même pays, appelé kacahoilotl, qui est bleu sur toutes les parties supérieures, et rouge sur la poitrine et le ventre, n’est peut-être encore qu’une variété de notre pigeon sauvage®, et tous trois me paraissent appartenir à l’espèce de notre pigeon d’Europe.

Le pigeon indiqué par M. Brisson ^ sous le nom de pigeon violet de la Martinique^ , et qui est représenté sous ce même nom de pigeon de la Martinique, ne nous paraît être qu’une très-légère variété de noire pigeon commun. Celui que ce même auteur® appelle simplement pigeon de la Martinique, et qui est représenté sous la dénomination de pigeon roux de Cayenne^, ne forment ni l’un ni l’autre des espèces différentes de celle de notre pigeon : il y a même toute apparence que le dernier n’est que la femelle du premier, et qu’ils tirent leur origine de nos pigeons fuyards. On les appelle improprement perdrix à la Martinique, où il n’y a point de vraies perdrix, mais ce sont des pigeons qui ne ressemblent à la perdrix que par la couleur du plumage, et qui ne diffèrent pas assez de nos pigeons pour qu’on doive leur donner un autre nom; et comme l’un nous est venu de Cayenne et l’autre de la Martinique, on peut en inférer que l’espèce est répandue dans tous les climats chauds du nouveau continent.

Le pigeon décrit et dessiné par M. Edwards (pl. clxxvi), sous la dénomination de pigeon brun des Indes orientales, est de la même grosseur que notre pigeon biset; et comme il n’en diffère que par les couleurs, on peut le regarder comme une variété produite par l’influence du climat. Il est

champs, et qui ne laissent pas d’être un fort bon manger. Bosman, Voyage de Guinée, p. 242.

Il y a aux des Maldives quantité de pigeons Il y a à Calicut des pigeons fort gros et des

paons sauvages. Voyage de Pyrard, p.l31 et 426.

a. Fernandez, Hist. nov. Hisp., cap. cxxxn, pag. 42.

h. Ibidem, cap. lvi, pag. 26; et cap. lx, pag. 57.

c. Ibidem , cap. eux , pag. 46.

d. « Columba castaneo violacea; ventre rufescente ; remigibus interius ruüs... Columba vio- « lacea Martinicana. « Le pigeon violet de la Martinique. Brisson, Ornithologie , 1. 1, p. 129, planche xii, fîg. 1. — Perdrix rousse. Du Tertre, Hist. des Antilles, t. II , p. 254.

e. « Columba snperne fusco-rufescens , inferne dilute fulvo-vinacea ; torque violaceo aureo ; « maculis in utrâque alâ nigris ; rectricibus lateralibus tænià transversà nigrà donatis , apice a albis... Columba Martinicana. » Le pigeon de la Martinique. On l’appelle à la Martinique perdrix. Brisson, Ornithologie, t. I, p. 103 et 104.

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